‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 78 sur 147 · A UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE FILLE

Ma petite nymphe Macée, Plus blanche qu yvoire taillé, Plus blanche que neige amassée, Plus blanche que le laict caillé, Ton beau teint ressemble les liz Avecque les roses cueillis.

Descœuvre-moy ton beau chef-d'œuvre, Tes cheveux où le ciel, donneur Des grâces, richement descœuvre Tous ses biens pour leur faire honneur ; Descœuvre ton beau front aussi, Heureux object de mon souci.

Comme une Diane tu marches,

Ton front est beau, les yeux sont beaux,

Qui flambent sous deux noires arches,

Comme deux célestes flambeaux,

D*où le brandon fut allumé.

Qui tout le cœur m'a consumé.

Ce fut ton œil, douce mignonne.

Qui d'un fol regard escarté Les miens encores emprisonne.

Peu soucieux de liberté, Tous deux au retour du printemps.

Et sur l'avril de nos beaux ans.

Te voyant jeune, simple et belle.

Tu me suces l'ame et le sang:

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Monslre-moi ta rose nouvelle»

Je dy ton sein d'yvoire blanc, Et tes deux rondelets tétons.

Qui s*enflent comme deux boutons.

Las ! puis que ta beauté première

Ne me daigne faire merci,

Et me privant de ta lumière,

Prend son plaisir de mon souci,

Au moins regarde sur mon front

Les maux que tes beaux yeux me font. ^

Toutes ces comparaisons du commencement sont prises de Catulle, Marulle, et des poètes erotiques de l'antiquité et de la Renaissance.

A LA FONTAINE BELLERIE

fontaine Bellerie,

Belle fontaine chérie

De nos nymphes, quand ton eau

Les cache au creux de ta source

Fuya,nles le satyreau,

Qui les pourchasse à la course

Jusqu'au bord de ton ruisseau.

Tu es la Nymphe éternelle De ma terre paternelle :

Pour ce en ce pré verdelet Voy ton poète qui t'orne D'un petit chevreau de lait,

» Éd. p. Bl., t. II, p. 147.

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A qui Tune et Tautre corne Sortent du front nouvelet.

L'esté je dors ou repose Sus ton herbe, ou je compose, Caché sous tes saules vers, Je ne sçay quoi, qui ta gloire Envoira par Tunivers, Commandant à la Mémoire Que tu vives par mes vers.

L'ardeur de la canicule Ton verd rivage ne brûle, Tellement qu'en toutes pars Ton ombre est espaisse et drue Aux pasteurs venans des parcs, Aux bœufs las de la charrue, Et au bestial espars.

lo I tu seras sans cesse Des fontaines la princesse, Moy célébrant le conduit Du rocher percé, qui darde.

Avec un enroué bruit. L'eau de ta source jazarde Qui trepillante se suit. *

Imité d'Horace, liv. III : fons Blandusia^ splendidior vitro. On remarquera le rhythme, qui est de Tinvention du poète ; il a quelque chose de courant et de jazard. Cette troisième rime masculine du dernier vers de chaque stance surprend agréablement Toreille, qui ne

* Éd. P. Bl., t. II, p. 148.

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s'y attend plus : c'est comme un murmure redoublé ou un rejaillissement de Teau.

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