‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 81 sur 147 · A CASSANDRE · texte numérisé non relu

A CASSANDRE

Ma petite colombelle, Ma mignonne toute belle, Mon petit œil, baisez-moy ; D'une bouche toute pleine De musq, chassez-moy la peine De mon amoureux esmoy.

Quand je vous diray : Mignonne, Approchez-vous, qu'on me donne Neuf baisers tout à la fois ; Donnez-m'en seulement trois :

Tels que Diane guerrière Les donne à Phebus son frère.

Et TAurore à son vieillard :

Puis reculez vostre bouche, Et bien loin toute farouche Fuyez d'un pied fretillard.

Comme un taureau par la prée Court après son amourée, Ainsi tout chaud de courroux Je coiirray fol après vous ;

Et prise d'une main forte Vous tiendray de telle sorte Qu'un aigle un cygne tremblant.

Lors faisant de la modeste, De me redonner le reste Des baisers ferez semblant.

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Mais en vain serez pendante Toute à mon col, attendante (Tenant un peu Toeil baissé) Pardon de m'avoir laissé.

Car en lieu de six, adonques J'en demanderay plus qu'onques Tout le ciel d'estoiles n'eut, Plus que d'arène poussée Aux bords, quand Teau courroussée Contre les rives s'esmeut. *

Quand je vous diray : Mignonne^ imité du 9* Baiser de Jean Second :

Cùm te rogabo ter tria basia, Tarn deme septem, nec nisi da duo, Utrumque nec longum nec udum . Qualia teligero Diana Dat casta fratri, qualia dat patri Exporta nullos nata cupidines :

Mox è mais lasciva ocellis Curre procul natitante planta, etc.

J*en demanderay plus qu'onques. Ainsi Catulle :

Si quis me sinat usque basiare.

Usque ad millia basiem trecenta,

Nec unquam saturum inde cor futurum est,

Non si densior aridis aristis

Sit nostrsB seges osculationis.

Mais ni Catulle ni Jean Second ne sont ici supérieurs à Ronsard. En fondant Fun dans Tautre les tableaux de ses deux modèles, il a composé on petit chef-d^œuvre, où tout se rencontre, passion, badinage et poésie ; il y a

1 Éd.. p. Bl., t. II, p. 169.

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ajouté cTadmirables traits, tels que celui de Vaigle qui tient UH cygne tremblant.

Pour boire dessus Therbe tendre Je veux sous un laurier m'estendre, Et veux qu'Amour d'un petit brin Ou de lin ou de cheneviere Trousse au flanc sa robe légère, Et my-nud me verse du vin.

L'incertaine vie de l'bomme De jour en jour se roule comme Aux rives se roulent les flots :

Puis après notre heure dernière Rien de nous ne reste en la bière Qu'une vieille carcasse d'os.

Je ne veux, selon la coustume, Que d'encens ma tombe on parfume, Ny qu'on y verse des odeurs :

Mais tandis que je suis en vie, J'ai de me parfumer envie.

Et de me couronner de fleurs.

De moy-mesme je me veux faire L'héritier pour me satisfaire :

Je ne veux vivre pour autruy.

Fol le pélican qui se blesse Pour les siens, et fol qui se laisse Pour les siens travailler d'ennuy.*

Imité d'Anacréon.

« Ed. P. BU, t. II, p. 161.

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