MAGIE
ou DELIVRANCE d'aMOUR
Sans avoir lien qui m'eslraigne, Sans cordons, ceintures ni nouds, Et sans jarliere à mes geuous Je viens dessus cesle moutaigne;
Afin qu'autant soit relasché Mon cœur d'amoureuses tortures, Gomme de nœuds et de ceintures Mon corps est franc et détaché.
Venez tost, aërins gendarmes ; Démons, volez à mon secours ; Je quitte, apostat des amours, La solde, le camp et les armes.
Vents qui meuvez Tair vostre amy, Enfans engendrez de la Seine,
» Éd. F. Bl., t. if, p. 368.
En rOcean noyez ma peine :
Noyez Amour mon ennemy.
Va-t'en habiter les Cytheres, Ton Paphos, prince Idalien :
Icy pour rompre ton lien Je n'ay besoin de tes mystères.
Anterot, preste-moy la main, Enfonce tes flèches diverses ; n faut que pour moy tu renverses Ce boute-feu du genre humain.
Je te pry , grand dieu, ne m'oublie :
Sus, page, verse à mon costé Le sac que tu as apporté , Pour me guarir de ma folie.
Brusle ce soufre et cet encens :
Gomme en Tair je voy consommée Leur vapeur, se puisse en fumée Consonyner le mal que je sens.
Verse-moy Teau de ces te esguiere; Et comme à bas tu la respahs .
Qu'ainsi coule en ceste rivière L'amour, duquel je me repens.
Ne tourne plus ce devideau :
Comme soudain son cours s'arreste.
Ainsi la fureur de ma teste Ne tourne plus en mon cerveau.
Laisse dans ce genièvre prendre Un feu s'enfuraant peu à peu :
ODBS 173
Amour I je ne veux plus de feu, Je ne veux plus que de la cendre.
Vien viste, enlasse-moy le flanc, Non de thym, ni de marjolaine, Mais bien d'armoise et de vervaine , Pour mieux me rafraischir le sang.
Verse du sel en ceste place :
Comme il est infertile , ainsi L'engeance du cruel soucy Ne couve en mon cœur plus de race.
Romps devant moy tous ses presens, Cheveux, gands, chifres, escriture, Romps ses lettres et sa peinture.
Et souffle les morceaux aux vens.
Vien donc, ouvre-moy ceste casge, Et laisse vivre en libertez Ces pauvres oiseaux arrestez, Ainsi que j'estois, en servage.
Passereaux, volez à plaisir.
De ma cage je vous délivre.
Comme désormais je veux vivre Au gre de mon premier désir.
Vole, ma douce tourterelle, Le vray symbole d'amitié ; Je ne veux plus d'une moitié Me feindre une plainte nouvelle.
Pigeon, comme tout à l'entour Ton corps emplumé je desplume ,
io.
174 ODBS
Pui>sé-je, en ce feu que j'allume.
Déplumer les ailes d'Amour.
Je yeux à la façon antique Bastir un temple de cyprès, Où d'Amour je rompray les traits Dessus Taulel Anterotique.
Vivant il ne faut plus mourir, Il faut du cœur s'osler la playe :
Dix lustres veulent que j'essaye Le remède de me guarir.
Adieu, Amour, adieu tes fiâmes, Adieu la douceur, ta rigueur.
Et bref, adieu toutes les dames Qui m'ont jadis bruslé le cœur.
Adieu le mont Val e rien Montagne par Venus nommée, Quand Francus conduit son armée Dessus le bord Parisien. *
Ânterot, preste-moi/ la main. Anterot est pris pour une divinité contraire à l'Amour. — Adieu le mont Valerien. On ne voit pas trop par quelle transformation Valerien vient de Vénus ; mais il n'y faut pas regarder de si près en cette sorte de ballade fantastique, où Ronsard a mis en œuvre toute la liturgie de l'antiquité, en y ajoutant quelques cérémonies de sa propre invention.
» Kd. P. Bl., t. II, p. 372. \^<^