LETTRE CIX
Misa CLjRiasE HjRLorB àmiss Hofts. "
V DUS me répétez, ma chère, que mes habits, et la petite somme que j'ai laissée derrière moi, ne me< seront ppint envoyés. Cependant Fe^érance ne m'abandonne point encore. La plaie est récente. Lorsque leurs passions viendront à se refroidir, il$ considéreront les choses d'un autre vàl. Que ne me promels-je pas avec tme avocate telle que ma chère et mon excellente mère? Charmante indulgence! Hélas! que mon cœur a saigné, et qu'il saigne encore pour die !
Vjous ne voulez pas que je compte sur ime réconeUiatton ! Non , non , je ne me flatte pas de cette idée. Je coniiois trop les obstacles. M^is piû^-ja
DE CliARI^SI;:. l4l
raipéciier que oene soit le plus cher de mas désirs? Ar^ard de <H^ homme , que puis-je de plus? Quand je sérois disposée à préférer le mariage aux tentatives que je me vois oh%ée de faire pour ma réconeiKation , vous voyez que le mariage île dépend pas absolument de moi.
Vous dites qu'il est fier et insolent. Il Fest sans doute. Mais votre opinion peut-dle être qu'il se propose jamais de me réduire au niveau de son or-" gueU? El qu'entendez-vous, ma chère amie, lorsque vous me conseillez ôi^carter un peu plus le voUeî H me semble, en vérité, que je n^en ai jamais eu. Je vous assure hardiment que si j'aperçois dans M. Lovelace quelque apparence qui ressemble au dess^ de m^umilier, son insolence ne me fera jamaisdéoouvrir une foiblesse indigne de votre amitié ; e'esi-à-dire, paiement indigne et de moi et deihon ancien caractère.
Mais, comme je suis sans autre protection que la senne, je ne le orois pas capable d'abuseb de ma âituatic^. S'il a souffert pour moi des peines eitraor- ^âifes , ii n'en a l'obligation qu'à lui-même. Qu'O en acciisè, s'il lui plaît, son propre caractère, qui a fourni un prétexte à l'antipathie de mon frère. Jâ ne lui ai pas caché là'-dessus mes sentiments. D'ailleurs, me sui»^je jamais engagée avec lui par quelque promesse? Mon affection s'est-eUe jamais déclarée pour lui? Ai-je jamais désiré Ja continuation de ses
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politique, qui ne sera jamais, ma t^èsr^^r^ voies
Howe, le caractère ni le rôle de vôtre sincère et
fidèle amie
Clarisse HAniiOVE. .
LETTRE ex.
Misé CtjÊRissn ffjiRLors à miss H^fTB.
Vous ne sauries doater, nm chère miss Ho^ei qfue les circonstances de ma fuite, et les cris affeo^ tés que j'entendis à la porte du jardin, nem'ayent laissé d'étran^ inquiétudes. Combien nWje pai frémi de la seule pensée d'être entre les mains d'oii tiomine qui auroit été capaUe de me tromper lâchie^ meut par «p arûBoe prLëditéJ Chaque foy q-H s'est présenté à mes yeux , mon indignation s'estré* veillée avec celle idée; d'autant plus que j'ai ont remarquer sur soti visage une sorte de trioŒfifae^ qui me ref>rochoit ma crédulité et ma foiblesse.Peut*' être n'estHse au fond que la mâne TÎvacité et le même air d'enjouem^QKt qu'il porte nàturéU^oaent àmà sa physionomie*
J'étois résolue de m'expUquer arec lui sur coi important article, la pr^nière fois que je me sentirois asses de patience pour Im en parier aveamo^ ^érati<m; car, oiitre la natnra de l'artifice qui. me
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piqùoit excessivement d'elle-même, je m'attendois^ s'il étoit coupable, à des excuses et des évasions qui dévoient m'irriter encore plus ; et s'il désavouoit mes soupçons, je prévoyois que son désaveu me laisseroit des doutes, qui nourriroient mon inquiétude ^ et qui augmenteroient mes dégoûts et mes ressentiments à la moindre offense.
L'occasion que je désirois s'est présentée, et je ne veux pas différer un moment-à vous informer de ce qu'elle a produit.
Il étoit à me faire sa cour dans les termes les plus polis; déplorant le malheur qu'il avoit, disoit-il, d'être moins avancé que jamais dans mon estime, sans savoir à quoi il devoit attribuer cette disgrâce ; et m'accusant de je ne sais quel préjugé , ou d'un fond d'indifférence, que son chagrin étoit de voir croître détour en jour. Enfin il me supplioit de lui ouvrir mon cœur, pour lui donner l'occasion de reconnoître ses fautes et de les corriger; ou celle de justifier sa conduite, et de mériter un peu plus de part à ma connance.
Je lui ai répondu assez vivement : Eh bien ! monsieur Lovelace, je vais ni'ouvrir avec une franchise qui convient peut-être à mon caractère plus qu'au vôtre (ilseflattoit que non, m'a~t-il dit), et vous déclarer un soupçon qui me donne fort mauvaise opinion devons, parce qu'il m'oblige de vous regar-
FreTOst. Tome XXL IQ
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<[er comme un homme artificieux, dûat les desseins doivent m'inspirer de la défiance.
, JTécoute, Mademoiselle , ayec la plus vive attention.
U m'est impossible de penser favorablement de vous 9 aussi long*temps que la voix qui s'est fait en^ tendre du jardin, et qui m'a remplie d'une terreur dont vous avez tiré tant d'avantage, demeure sans explication. Apprenez-moi nettement, apprenezmoi sincèrement le fond de cette circonstance, et celui de vos intrigues avec ce vil Joseph Léman. La |)OQne foi que vous aurez sur ce point , sera ma règle à l'avenir, pour juger de vos protestations. » Comptez , très-chère Clarisse , m'a-t-il répondu, que je vais vous expliquer tout sans le moindre dé^ guisement. J'espère que la sincérité de mon récit expiera ce que vous pourrez trouver d^offaisanl dans l'action :
ce Je ne connoissois pas ce Léman , et j'aurois y> dédaigné l'infôme méthode de corrompre les » domestiques d'autrui pour découvrir les secrets if> d'une famille , si je n'avois pas été informé qu'il 9> s'efibrçoit d'engager un de mes gens à lui rendre 3^ compte de tous mes mouvements et de toutes y> mes intrigues supposées ; en un mot , de toutes » les actions de ma vie privée* Ses motifs ne de- ». mandoient pas d'éclaircissement. J'ordonnai a
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» mon valet*de-chambre , car c'ëtoit à lui-même 7> que les offres étoieût adressées, de me faire en- ]» tendre la première conversation qu'il aur oit arec 1^ lui ; et prisant le*moment où j'entendis proposer y> une somme assez considérable pour une informa-* y> tion qu'on demandoit particulièrement, avec » promesse d'une récompense encore plus forte ]» après le service , je me présentai brusquement y » j'affectai de faire beaucoup de bruit : et demany^ dant un couteau pour couper les oreilles du >> traître, dont je tenois déjàl'mie , dans la vue, lui D di»-je, d'en faire un présent à ceux qui l'em- ^ ploy oient, je le forçai de m'apprendre leur nom.
y> Votre frère , Mademoiselle , et votre oncle i> Antonin, furentles deux personnes qu'il nomma.
D n ne me fut pas difficile , après lui avoir fait y> grâce, en lui représentant l'énormité de son eo'- )) treprise et mes honorables intentions , de l'enga- » ger dans mes intérêts par l'e^oir d'une grosse » récompense; sur-tout lorsque je lui eus fait con- :p cevoir qu'il pouvoit conserver en même -temps ib la faveur de votre frère et de -votre oncle, et que 7> je ne décrois ses services que par rapport à vou9 -» e^ k moi, pour nous ^rantir des effets d'une » mauvaise volonté , dans laquelle il me èonfessa » que lui et- vos autres dpmestiques trouvoient )>• beaucoup d'injustice.
» C'est par cette voie, je vous l'avoue, Made<«
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y> moiselle , qne j'ai souvent fait tourner ses mattres y^ sur le pivot que je tenois à la main , sans qu^s 7> ayent pu s'en défier. Mon agent, qui ne cesse pas }» de se donner pour honnête homme, et qui me y> rappelle toujours à sa conscience, s'est trouvé "» d'autant plus à l'aise, que je l'ai assuré continuel- ^ lement de la droiture de mes vues, et qu'il a jf reconnu par hii-m^e que ses soins avoient préy> venu plus d'un âcheux accident.
7> Ce qui a servi encore à me les rendre plus » agréables, permettez que je le reconnoisse devant » vous, Mademoiselle, c'est que, sans votre parti* j> cipation , ils vous ont procuré constamment la y> liberté d'aller au jardin et au l>ûcher, qu'on ne :>^ vous auroit peut-être pas laissée si long-temps. Il 7> s'étoit chargé, auprès de la famille, d'observer y^ toutes vos démarches; et son attention étoit d'au- » tant plus empressée, qu'eUe servoit à écarter tous Ha les autres domestiques )>•
Ainsi, ma chère , il se trouve que , sans le savoir, )'avois obligation moi-même à ce profond politique.
Je suis demeurée muette d'étonnement. Il a con-tinué.
^ <c A Fégard de Fautre circonstance, qui vous a j> fait prendre, Mademoiselle, une si mauvaise opi- )» nion de moi , je confesse ingénument que votre 7> résolution de partir m'étant un peu suspecte , et »:la mienne étant de jo^ rien épargner pour vous
3) soutenir dans iiotre première idée, la cramte de )> ne pas avoir assez de temps pour yottsfaire goÀter D meç raisons, m'avoit fait ordonner à Léman d'é^ y> loigner tons cettx qui se présenteraient , et de se » tenir lui-même à peu de distance de la porte ))• '
Mais, Monsieur, ai- je interrompu, commesit vous est- il arrivé de craindre que je ne changeasse de résoIuticHi? Je vçus avois écrit, à-la-vérité , pour vous en informer ; mais voui» n'avez pas eu ma lettre: et comme je m'étois réservé le droit d'abandonner mon prCToier dessein, avez* vous pu savoir si ma Ëimille ne s'étoit pas laissé fléchir, et si je n'avois pas de bonnes raisons pour demeurer?
ce Je serai sincère , Mademoiselle. Vous m'aviez » fait espérer que , si vous changiez de résolution', î) vous m'accorderiez une entrevue, pour m'en ap- » prendre les mptife. Je trouvai votre lettre : mais )) n'ignorant pas que vos amis étoient inébranlables y> dans leurs i^ées^ et ne doutant pas néanmoins » . que vous ne m'écrivissiez pour suspendre votre » résolution, et probablement pour éviter aussi » l'entrevue , je pris le parti de laisser votre lettre , » dans l'espérance de vous engager du-^moins à me » voir : et n'étant pas venu sans^quelque prépara- » tion , j'étoia résolu , quelles que fussent vos nou- » v^es vues, de ne vous pas laisser retourner au y> château. Si j'eusse pris votre lettre, il auroitftlln » s'en tenir k ces nouveatu^ ordres, du-moins; jus-
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)) qu'à d'autres évëtiements : mais ne Payant pas » reçue , et vous croyant bien persuadée que, dans » une situation si désespérée, j'étois capable de 3> reridre une visite à tob amis, je cohiptai absoluyx nEient sur l'entrevue que vous tti'aviez fait espé- » rer ». (
Médiànt esprit que vous êtes ! lui ai-je tlit ; c'est mon chagrin de vous avoir donné l'occasion de prendre des mesures si justes pour abuser de ma ibiblesse! Mais estr-il vrai que vous auriez poussé la •hardiesse jusqu'à rendre visite à ma famille?
ft Oui, Mademois^e. J'avoisqtielquës ëhiis prêts y> à m'accompagner; et si les vôtres avoient refusé y> de me voir et dé m'entendre, je serois allé direcj» tément chez Solmes avec le même cortège ».
Qu'auriez-vous donc fait à M. Solmes?
(c Pas le moindre mal , s'il nous eût reçus de y> bonne grâce ».
Mais enfin , s'il lae vous eût «pas reçusf de bonne grâce, comme vous l'entendez , que lui aurie^vous fait? Cette question a paru l'émbari^asser. Pas le moindre mal dans sa personne , |al'a-4;-il répété. Je l'ai pressé de s'expU<ïuer mieux.
« Si je lui permettois de le dit<e, il s'étoit pro- » posé seulement d'enlever ce pauvre niisérable, et » de le tenir enfermé i'espaee d'un ou deux mois. » C'étoitune entreprise dont l'exécutiohétoit jurée, » quelles qu'en pussent être les suites ».
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A-t-oa jamais rien entendu de si horrible! J'ai poussé un profond soupir, et je lui ai dit de reprendre à l'endroit où je l'ayois interrompu.
(c J'avois ordonné a Léman de ^ tenir à peu dé » distance de la porte ; et , s'il enténdoit quel(|ùe ï> dispute entre nous , ou s'il Toyt^it paroÙ.re quèl^ » qu'un dont l'arrivée pût nous troubler, de poUs^ » ser les cris que vous avée entendus : et cela, dàUs )) la double vue de le meUI'e à couvert des soupçon^ » de votre famille, et d'étt^ averti qu'il étoit temps y> pour moi de vous engager, s'il étoit possible, à » partir suivant votre promisse. J'espère , Made-^ » moiselle, que si vous considérer toutes les'èir- » constances , et le danger où j'étois de vous pel'di'ô )) sans retour, l'aveu que je vous fais de cette iâvên- » tion, et de celle qui regarde jSolmes, ne m'atti-^ » rera point votre haine. Suppose2 que vos pilrenis ^> fussent arrivés , comme nous pouvions nous y » attendre tOiis deux , n'aurois- je pas été le plus » méprisable de tous les hommes , si je vous avois » abandonnée aux insultes d'un frère et de toute » une famille , qui vous ont traitée si crudlement )) sans avoir le prétexte que notre entrevue leur » auroit fourni »?
Que d'horreurs ! me suis'je écriée. Mais , Mon^sieur, en prenant tout ce que vous me dites pour autant de vérités, s'il est venu quelqu'un, pourquoi
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n'îlHe yu que Lëmw. à la porte? Pourquoi nous a-tiU suivis seul,* et à tant de distance ?
Il est fort heureux pour moi, mVt-il répondu en mettant. la main dans une de ses poches, et puis dans une autre*... Pespère que je ne l'ai pas jetée..- JEU^ est peut-être dans l'habit que je portoîs hier* Je pensois peu qu'il ser oit nécessaire de la produire... M^is J0 ^uis bien aise d'en venir à la démonstration, qu^nd l'occasion s'en présente. Je puis être un étourdi.^., je puis être un négligent. ... et je siiis en vérité l'un et l'aui;re. Mais par rapport a vous, Mademoiselle , jamais un cceur ne fiit plus âncère.
.11 s'est levé la*deaâus ; et s'avançant vers la porte, U s'est fait apporter le dernier habit qu'il avoit quitté. Il en a tiré une lettre chiffonnée, comme un papier, doat il avoit tenu peu de compte. La voici, m'a-t-il dit, en revenant à moi d'un air joyeux*
ËUe est datée , lundi au soir, et de la main de Joseph Léman , a qui lui demandoit pardon d'avoir ^ crié trop tôt. Lia crainte d'être soupçonné lui )) avoit fait prendre le bruit d'un petit chien, qui le » suit toujours, et qui avoit traversé la dbarmiUe, ^) pour le mouvement de quelqu'un de ses maîtres. » Lorsqu'il s'étoit aperçu de son erreur, il avoit » ouvert la porte avec s» propre ckf j. et sortant )> avec précipitation , il avoit voulu lui apprendre » que sa seule frayeur l'avoit fait crier. Mais bien-
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y> tôt, ajoutoît-il, plusieurs personnes de la maison y> avoient pris Falarme; et les recherches ëtoient » commencées à son retour * ».
J'ai branlé la têle après cette lecture. Ruses, ruses, ai~je dit : c'est ce que je puis penser de plus favorable. Ah ! monsieur Lovelace! que le ciel vous par(|onne, etquril aide à votre réformation ! Maïs je ne vois que trop , par votre propre récit, que vous êtes un homme rempli d'artifices.
(( L'amour, ma très-chère vie, est une ingénieuse y> passion. Nuit et jour j'ai mis ma stupide cervelle » à la torture (quelle stupidité! ai-je dit en moi- » même), pour trouver le moyen de prévenir un j> odieux sacrifice, et tous les malheurs qui seroi^U 2> venus à la suite. Si peu d'assurance de votre af- D fection ! Une antipatlne si injuste de la part de » vos. amis! Un danger si pressant de vous perdre y> par cette double raison ! Je n'avois pas fermé l'odl 3> depuis quinze jours; et je vous avoue, Made-, 7> moiselle, que si j'avois négligé quelque chose y> pour empêcher votre retour au château , je ne y> me le serois pardonné de ma vie j>*
Je suis revenue à me blâiper moi-même d'avoir consenti à le voir ; et mes remords sont justes; car^ sans cette malheureuse entrevue, toutes ses médi-
* On a TU , dans une lettre de M. Lovelace, qu^il avoît promis à Léman de lui en faire une de cetle nature^ qu'il: n'auroit qup 1» peine de copier.
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talions de quinze jours ne lui auroient servi de rien ; et peut-être n'en serois-je pas moins échappée à M. Solmes.
Cependant, s'il eût exécnté la fésolution de;se présenter à ma famille, et s'il en eût reçu quelque insulte , comme il n'auroit pas manqué d'en recevoir , à quels (désastres ne falloit-il pas s'attendre ?
Mais que penser de ce dessein formé d'enlever le pauvre Solmes, et de le tenir prisonnier pendant deux mois? O ma chère! à quel homme ai- je permis de m'enlever, au-lieu de Solmes !
Je lui ai demandé s'il croyoit que des énormités de cette nature, et cette audace à braver les loix de la société , pussent demeurer impunies ?
Il n'a pas fait difficulté de me dire , avec un de ces airs enjoués que vous lui connoîssez, qu'il n'avoît eu que ce moyen pour arrêter la malice de ses ennemis, et pour me garantir d'un mariage forcé; que ces entreprises désespérées lui causoient peu de plaisir, et qu'il n'auroit fait aucun mal à la personne dé Solmes ; qu'il se seroit exposé satis doute à la nécessité de quitter son pays , du-moins pour quelques années ; mais que , s'il avoit été réduit à l'exil, parti, d'ailleurs, qu'il auroit embrassé volontairement après avoir perdu l'espérance d'obtenir mon coeur , il se seroit procuré un compagnon de voyage de son sexe et de ma fq mille, auquel je ne pensois guère.
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A-t-on jam^û rien vu d'approchant! Jenepui^ douter qu'il ne parlât de mon frère !
Voilà donc, Monsieur, lui ai -je dit avec les marques d'un vif ressentiment , l'usage que vous faites de votre agent corrompu
Mon agent, Mademoiselle! il est celui de votre frère comme le mien. Vous savez , par mes aveux sincères, qui a commence la corruption. Je vous assure, Mademi^iselle, que je me suis échappé à bien des choses, en qualité de représailles, dont je n'aurois pas été capable de donner l'exemple.
Ce qui me reste à dire là-dessus, mon^ur Love- )ace, c'est que ce misérable agent à double faee ayant cause de grands maux de part et d'autre^ et paroissant continuer ses viles pratiques, mon devoir m'oblige de faire connoitre à me^ amis quel serpent ils nourrissent dai#leut sein.
Oh ! par rapport à lui, Mademois^e, vous ferez tout ce qu'il vous plaira ; le temps de ses seirvicés touche à sa fin. Le coquin en a lit^ hon pailî. Son dessein n'est pas de vieilKr danssa eondilion. Il est actudlement en traité pofi^ une h6teKérie> qu'ii r^arde comme le sommet de la fort^iàe. Je vous apprendrai même qu'il £giit l'amour à la Bétty de votre sœur; et cela, par mon conseil. Ds doivent se marier , lorsque Léman sera établi. Je médite déjà quelque moyen de punir cette eflRpontée soubrette, de toutes les insolences que vous avez es-
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suyées d'elle, et de Ten faire repentir jusqu'au der*nier moment de sa vie.
Que de misérables projets, Monsieur! Comment ne craignez-vous pas aussi de trouver quelque vengeur, pour des maux bien plus grands dont vous êtes coupable? Je pardonne de tout mon cœur à Betty. EUe n'étoit point à moi ; et, suivant les apparences , elle n'a fait qu'obéir aux ordres de celle à qui die devoit de l'obéissance , avec plus de soumis*sion que je n'en ai eu pour ceux à qui j'en devois beaucoup davantage.
N'importe, m'a-t-il répondu ; peut-être, ma chère, dans la vue de m'effrayer. « Le décret étoit pro- » nonce. Il falloit que Betty portât la peine de son » insolence : et si je croyais que Léman né méritât » pas moins d'être puni , il me promèttoit que dans » son plan , qui étoit double , l'A et l'autre auroient » part à sa vengeance. Le mari et la feqame ne dej^ vment pas souffrir séparément».
La patience m'a manqué. Je lui en ai fait nette-^ ment l'aveu. Je vois. Monsieur, lui ai-je dit, avec quel homme je suis condamnée à vivre ; et nie reti-^ rant , je l'ai laissé dans un état que j'aurois pris, dans un autre, pour de^l'einbariias et de la confusion.
Clarisse Harloté.
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