‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 14 sur 60 · LETTRE CVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CVIII

Mias HoiTB à miêé CtABJSBE HARLor:^.

(En réponse aux Lettres XCYIII et GIV. ) ^

iVlQDihiÉZ votre inquiétude, ma très-chère amie, sur les petites difficultés qui s'élèvent entre ma mère et moi. Je tous assure que nous né nous en aimerons pas moins. Si ma mère ne m'avoit pas pour

^ Ce mot, daos leur socicté, «loîl U 8c^um?iolaMe^ii atcre^» '

exercer soù humeur, il favidroit qu'elle la 4ournâii sur un autre : et moi, ne suis-je pas une fille ti*ès^ bînrre? Otez^nous cette ocpa^ion, il nous e» re-, nattroit mille pour une. Vous m'ayez souvent en-i teqdue direcpie cVjst uœ ancienne habitude eatre ne^us; et yous 6e le savez que de moi-même : cain lorsque vous ëtie« avec npus , vous aviez Fart de^ nout» ^ïtretenir dans uQe parfaite harmopie. Ea. vérité , je vous ai toujours redoutée plus qu'elle ^> mais l'amour accompagne cette <2rainte. Yos re-. proches portent un air d'instruction et de douceur^; tpà. fait nécessairement impression çur un caractère généreu:]^. La méthode de m% mère est diS^nme :» « Je le veux. Je vous l'ordonne : entendez- vous? y> Ne sai^je pas mieux que vous ce qui vous conyx vient? Jcf ne souffirirai point qu'on me désoblige».,^ Quel moyen, pour une fiUe un peu formée, d» soutenir continuellement ce langage ^^ et de n'avoir pas beaucoup de lenteur pour l'obéissance !

Ne nie cotisiez pas, ma chère, 4'abéir kim mère , lorsqu'elle m'interdit toute correspondance avec vous. Celte défense n'est-pa& raisomiable,, et je sui$ sure que ce n'est pas son propre jugemep^ qu'idle consulte. Votre vieux lutin d'oncle, dont les visite^ sont plus fréquentes que jamais, poussé par votre frère et votre sœur, en est Fiinique occaâon. Dans l^loignement où ils sont de vous, la bouche' de ma mère est une espèce de porte-voix par lequel

ils ^ fdnt entendre. Encore une foU, cette défense ne peut venir de son coeur. Mais quand elle en viendroit, quel peut donc être le danger, pour une 6Uo de mon âge, d'écrire à une personne de son sexe? Que le chagrin et l'inquiétude ne vous causent pas trop d'abattement , ma très-chère amie , et ne vous fassent pas créer des difficultés imaginaires. Si votre inclination vous porte à vous servir d'une plume ^ î'ai le même goût, que j'exercerai dans^toutes les occasions, et pour vous écrire, et malgré toutes leurs plaintes. Que vos lettres ne soient pas rempUes non plus de reproches et d'accusations contre vous* même. C'est une injustice. Je soubaiteroisque votre Aune Hovre, qui n'a pas quitté la maisoo de sa mère, fût ans» bonne de la moitié que miss Clarisse Harlove, qu'on a chassée de celle de son père.

Je ne dirai rien de votre lettre à BeQa j jusqu'à ee que j'^i aye vu les effets. Tous espérez , ditesvous, malgré mes craintes, qu'on vous envernt vMre argent et vos habits. Je suis fèchée d'avoir à vous apprendre que le conseil s'est assemblé à l'occasion de votre lettré; et que votre mère, la seule qui ait opiné en votre faveur, a trouvé des oppositions qu'elle n'a pu vaincre. Ainsi j'exige absolàment que vous acceptiez mes ofires ; et que vous m'expli-» qniez tout ce qui peut vous'manquer d'ailleurs, afin que je me hâte de vous l'envoyer.

fie vous attachez pas tant à l'espoir d'une récdn*-

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cîliation, qu'il vous fasse négliger rbccasioii dé vous assurer d'un protecteur ; tel que seroit votre Lovelace, avec la qualité de mari. Je m'imagine, dumoins, que si vous aviez quelqtie insulte à craindre alors, ce ne seroit que de lui. QueBes peuvent être ses vues, lorsqu'il laisse échapper des circonstances dont on ne sauroit le soupçonner de n'avoir pas connu le prix? Ce n'est pas vous que je trouve blâmable. Vous ne pouviez vous expliquer autrement que par votre »Uence et votre rougeur, lorsque cet insensé s'est retranché dans sa soumission pour des loix que vous lui avez imposées dans une autre situation. Mais, comme je le disois quelques lignes plus haut, vous inspirez réellement de la crainte.... Et puis, je vous réponds cpie vous ne l'avez pas épargné.

Je vous l'ai dit dans ma dernière lettre; le rôle que vous avez à soutenir est extrêmement délicat. J'ajoute que vous avez l'ame trop déKcate pour ce foie. Mais quand l'amant est exalté, Fhéroïne doit être humiliée. Il est naturellement fier et insolent. Je ne sais si vous ne devriez pas engager son orgueil y qu'il nommé son honneur; et s'il n'est pas a-propos d'écarter un peu plus le voile. Je voudrois du-motns que les r^rets de vous élre trouvée au rendez-vous, et d'autres plaintes, fussent supprimés. Que servent les regrets, ma chère? Il ne les supportera point ^ vous ne devez pas espérer qu'il les supporte.

Cependaiitiûon propre orgu^ est mortellement

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blessé , qu'un misérable de ce sexe puisse obtenir cette espèce de triomphe sur une personne du mien.

Je dois avouer, après tout, que votre courage me charme. Tant de douceur, lorsqt^e la douceur est convenable ; tant defermeté, lorsque la fermeté est nécessaire j quelle grandeur d'ame!

Mais je suis portée à juger que, dans les circonstances oii vous êtes, un peu de réserve et de politique ne seroit pas d'un mauvais usage. L'humilité dont il paroit se revêtir lorsqu'il vous voit écbaufifêe contre lui, ne lui est pas naturelle. Je me le représente, hésitant, décontenancé , comme vous le peignez , sous la supériorité de vos corrections. Mais liOVelace n'est rien moins qu'un sot. Ne vous exposez point au mélange du ressentiment et de l'amour.

Vous êtes trèfr*sérieuse , ma chère , dans la première de vos deux lettres, sur ce qui touche M. Hicman et ma mère. A l'égard de ma mère, épargnezvous cette gravité. Si nou^ ne sommes pas toujours bien ensemble, dans d'autres temps nous ne sommes pas trop mal. Aussi: long-temps que je suis capable de la faire sourire, au milieu de ses plus grands accès d'humeur (quoiqu'elle s'eflforce quelquefois de s'en empêcher), c'est un fort bon signe; un signe que sa colère n'est pas profonde , ou qu'elle ne peut durer long-temps. D'ailleurs, un mot d'honnêteté, un regard obligeant , que j'adresse à son favori, met toujours l'un en extase, et rendl'autre d'une humeur

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supportable. Mais votre situation me pénètre le doror ; et, malgré ma légèreté , il faut qu'ils partagent quelquefois tous deux mon chagrin, qui ne cessera qu'avec Fincertitude de votre sort, sur-tout après le malheur que j'ai eu de ne pouvoir vous procurer une protection qui vous auroit garantie de la fatale démarche dont je déplore avec vous la nécessité.

Anne Howb.

ses:

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