LETTRE CXXVI
Miss HowB à miss Clarisse Harlote.
Mercredi 19 âTtil.
1 li m'est venu des lumières qu'il est important de vous communiquer. Votre frère ayant appris que vous n'êtes' pas mariée, a pris la résolution de découvrir votre retraite, et de vous Êiire enlever. Un de ses amis, capitaine de vaisseau, entr^rend de vous prendre à bord, et de faire voile avec vous versHuIl ou vers Leith, pour vous conduire dans une des maisons de M. James Harlove.
Ils ont l'esprit bien méchant; car, en dépit de toutes vos vertus, ils jugent que vous avez passé les bornes de l'honneur. Mais s'ils peuvent s'assurer, après l'enlèvement, que vous soyez encore fiUe, ils vous tiendront sous une bonne garde jusqu'à l'arrivée de M. Solmes. En même-temps , pour donner de l'occupation à M. Lovelace , ils parlent de le poursuivre en justice, et de faire revivre quelque vieux crime, qu'ils croyent capable de le conduire au supplice , ou du-moins de lui faire abandonner le pays.
Ces nouvelles sont très-réçentcjs. Miss Arabellç
DE CliARISSE. 24gf
les a dites en confidence, et* d'un air de triomphe^ à miss Loyd, qui est à -présent sa favorite, quoi-' qu'aussi remplie que jamais d'admiration pour vous. MissLoyd, dans la crainte des malheurs qui peuvent suivre ime entreprise de cette nature , m'a fait ce récit, et m'a permis de vous en informer secrettement. Cependant, ni elle, ni moi, nous ne serions peutêtre pas fâchées que M. Lovelave fût pendu par les bonnes voies; c'est-à-dire, ma chère, si vous n'y mettiez pas d'opposition. Mais nous ne pouvons supporter que le chef-d'œuvre de la nature soit bafotté par deux esprits violents ; et beaucoup moins, que vous soyez saisie et bientôt exposée au brutal traitement d'une troupe de ^misérables , qui n'ont point d'entrailles.
Si vous pouvez engager M. Lo vêla ce à se modérer , je suis d'avis que vous lui découvriez tout ; mais sans nommer miss Loyd. Peut-être son vil agent est-il dans le secret, et ne tardera-t-il point à l'en instruire. Je laisse à votre discrétion le ménagement d'une affaire si délicate. Ma plus grande inquiétude est que ce furieux projet, si l'on a la témérité de l'entreprendre, ne serve à lui donner sur vous plus d'empire que jamais. Comme il doit vous convaincre qu'il n'y a point d'espérance de réconciliation, je souhaiterois que vous fussiez mariée, pour quelque crime que votre Lovelace doive être poursuivi , à l'exception de l'assassinat et du viol.
a5o HISTOIRE
Hannah est {>énéirée de recônnoissance pour* votre présent; elle vous a comblée de bénédictioQS. On lui a remis aussi le présent de M. Lovelace.
Je suis extrêmement contente de M. Hickman^ qui s'est servi delà même occasion pour lui envoyer deux guinées, comme d'une n^ain inconnue. La manière m'a fait plus de plaisir que la valeur du bienfait. Ces bonnes œuvres lui sont familières; et le silence les accompagne si parfaitement, qu'elles ne se découvrent que par la recpnnoissance de ceux qui en sont l'objet. Il est quelquefois mon aumônier; et je crois qu'il joint toujours quelque chose à n;^ petites libéralités. Mais le temps de le louer n'est pas encore venu. D'ailleurs, il ne me paroît pas qu'il ait besoin de cet encouragement. . Je ne puis désiivouer que ce ne soit une fort bonne ame; et l'on ne doit pas s'attendre à trouver dans un homme toutes les bonnes qualités réunies. Mais réellement , ma chère , je le trouve bien sot de se donner tant de peine pour moi, lorsqu'il doit ^'apercevoir du mépris que j'ai pour tout son sexe; et plus sot encore , de ne pas comprendre que, dans 3es vues, il fera tôt ou tard une pitoyable figure ^vec moi. Nos goûts et nos dégoûts, comme je l'ai souvent pensé, sont rarement gouvernés par la prudence , ou par le rapport qu'ils devroienf avoir à notre bonheur. L'œil , ma chère , ^t allié si étroitQix^ent avQC le cœur ! et tous deu^ sont ennemi3 si
DE CIi.AKIS9£. s5l
dëclarés du jugement ! Quelle union mal assortie que celle de Fesprit et du corps! Tous les sens , comme la famille des Harloyes , sont ligués contre ce qui devroit les animer et faire leur honneur, si Tordre étoit mieun: g*^dé, .
Trouvez bon , je vous en supplie, qu'avant votre départ pour Londres, je vous envoyé quarantehuit guinées. Je fixe la somme pour vous obliger , parce qu'en y joignfint les deux que j'ai fait donner à votre Hannah,ye reconnais que vous m'en devrez cinquante. C'est aller au-devant de vos jobjec^ tîons. Tous savez que je ne puis manquer d'argent« Je vous ai dit que je possède le double de cette somme, et que ma mère ne m'en connottque la moitié. Que ferez-vous dans une ville telle que Londres, avec le peu qui vous reste? Vous jie auriez prévoir les besoins qui naîtront, pour des messages, pour des informations et d'autres occurrences. Si vous faites difficulté <le vous readre^ je ne croirai pas votre fierté aussi abattue que vous le dites , et qu'il me semble qu'eUe doit l'être «a paj- tiouUer sur ce point.
A l'égard des termes <^ j'm sui^ avec m^ mère, il n'est pas besoin de vous dire , à vous qui la con^ noissez si parfaitement , qu'elle n'épouse janaais rien avec modération» Ne devroit^elle pas m souvenir dt^-moins que je suis sa fille? Mais non, je ne suis jamais pour elle que loi fiUe de mou père* Il faut
a5i nïsTt)iAS' •
qu'eUe ait été bien sensible au violent naturel de ce pauvre cher père, pour en conserver si long-ieoips la mémoire^ tandis que toutes les marques deten-^ dresse et d'aflFection paroissent oubliées. D'autres filles seroient tentées de croire que l'esprit de domination doit être bien puissant dans une mère , qui veut exercer sans cesse toute Pauiorité qu'elle a sur ses enfants, et qui, tant d'années après la mort d'un mari , regrette de n'avoir pas eu sur lui le ■même empire. Si ce langage n*est pas tout-à-fait décent dans la bouche d'une fille, il doit vous-paroître un peu excusable par la teiidre affection que je portois à mon père, et parle respect que j'aurai éternellement pour sa mémoire. C'étoit le meilleui* de tousles pères; et peut-être n'auroit-il pas été «m. mari iPloîns tendre, sil'humfeur de nàa mère et la sienne n'avoient'pas eu trop de ressemblance pour être capable^ de s'accorder.
Le malheur, en un mot, c'e^ que Pun ne pouvoit être fâché, sans que l'autre vbulût' l'être auSsi : tous deux ,' d'ailleurs , avec un fort bon naturel. Cependant, à l'âge même où j'étois, je ne trouvoîs pas le joug atfôsi pesant pour ma mère , qu'elle pa- Toît vouloir me le persuader, lorsqu'U lui plaît de désavouer sa part à mon existence .
J'ai souvent pensé que , pour empêcher les partages d'affection dans leurs enfants, les pères et les mères devroient éviter, sur toutes choses, ces que^
relies , longues ou fréquentes y qui mettent un pauvre enfant dans l'embarras pour prendre son parti entte deux persoiities si chères , loi*squ'iI seroit porté à les respecter toutes deux comme U le doit.
Si vous voulez être informée du détail de notre différend , après vous avoir confessé en général que votre malheureuse affaire en étoit l'occasion, il faut vous satisfaire.
Mais comment dois -je m'expliquer ? Je sens ia rougeur qui me monte au visage. Apprenez donc ,
ma chère, que j'ai été.... pour ainsi dire oui,
que j'ai été battue. Rien n'est plus vrai. Ma mère a jugé à propos de me donner un grand coup sur les mains, pour m'arracher une lettre que j'étois à vous écrire, et que j'ai déchirée et jetée au feu devant elle , pour l'empêcher de la lire.
Je sais que cette aventure vous affligera. Epargnez-vous, par conséquent, la peine de mêle dire.
M. Hickman arriva quelques moments après. Je ne voulus pas le voir. Je suis, ou trop grande pour être battue, ou trop enfant pour avoir un trèshumble serviteur. C'est ce que je déplarai à ma mère. Quelles autres armes que du chagrin et de la mauvaise humeur, lorsqu'il ne seroit pas pardonnable de penser même à lever le petit doigt!
Elle me dit , en style d'Harlove , qu'elle vouloit être obéie j et que la maison seroit fermée à M. Hick^
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nian ménae^ s'il contribuoit k l'entretien d'une correspondance qu'elle m'avoit défendue.
Pauvre Hickman! son rôle est asse2 bizarre entre la mère et la fille. Mais il sait qu'il est sur de ma mère, et qu'il ne l'est pas de moi. Ainsi son embarras n'est pas grand à choisir, quand il ne ^roit pas porté dlnclination à tous rendre service.
Je m'enfermai pendant tout le jour; et le peu de nourriture que je pris, je le pris seule. Le soir, je l-eçus un ordre solennel de descendre pour le souper. Je descendis; mais environnée du nuage le plus épais. Oui et non, furent les seules réponses que je fis assez long^temps. Cette conduite, me dit ma mère, n'avanceroit pas mes a£Paires auprès d'elle. Elle ne gagneroit rien à me battre, Itd dis-je à mon tour. C'étoit, répliqua -t- elle, la hardiesse de ma résistance qui l'avoit provoquée à me donner un coup sur la main. Elle étoit fèchée que je l'eusse ir^ ritée jusqu'à ce point : mais elle n'en exigeoit pas moin^, de dcut choses l'une ; ou que ma correspondance fût absolument interrompue , ou que toutes nos lettres lui fussent communiquées.
Je teii dis qu'elle demandoit deux choses égalefenent impossibles; et qu'il convenoit aussi peu à mon honneur qu'à mon inclinatioja d'abandonner une amie dans Pinfortune. . . . sur-tout pour satisfaire des ames^ basses et cruelles.
Elle ne manqua point de rappeler tous les lieux communs du devoir et de l'obéissance.
Je lui répondis qu'un devoir exigé avec un excèjs déraisonnable de rigueur, avoit causé toutes vos disgrâces; que si elle me croyoit propre au mariage, elle devoit me juger capable de former, ou du-moins d'entretenir des amitiés, particulièrement avec une personne dont eUe m'avoit félicitée mille fois, dans d'autres temps, d'avoir obtenu l'estime et la confiance ; qu'il y avoit d'autre^ devoirs que ceux de la nature, et qu'ils pouvôient tous s'accorder; qu'un' commandement injuste, j'osois le dire, dût-elle me battre encore, étoit un d^é de tyrannie; et que je n'aurois pas dû m'attendre qu'à mon âgé on ne me laissât aucun exercice de ma volonté , aucune démarche à faire de mon choix , lorsqu'il n'étoit question que d'une femme , et que le sexe maudit n'y avoit aucune part.
Ce qu'il y avoit de plus favorable à son argument, c'est qu'elle se réduisoit à demander la communi'^ cation de nos lettres. Elle insista beaucoup sur ce point. Vous étiez, me dit-elle, entre les mains du plus intrigant de tous les hommes, qui, suivant quelques avis qu'elle avoit reçus, tournoit son Hiokman en ridicule. Quoiqu'elle fût portée à bien juger de vous et de moi , qui pou voit lui répondre d^ suites de notre correspondance?
Ainsi, ma chère, vous voyez que l'intérêt dis
M.4ïickman a beaucoup de part ici. Je n'aurois pad d'éloignement pour faire voir nos lettres à ma mère, si je n'étois persuadée que votre plume et la mienne en seroient moins libres; et si je ne la voyois si atta- .chée au parti contraire, que ses raisonnements, ses censures, ses inductions et ses interprétations deviendroient un sujet perpétuel de difficultés et de nouveaux débats. D'ailleurs, je ne serois pas bien aise qu'elle sût comment votre rusé monstre a joué une personne d'un mérite si supérieur au sien. Je connois cette grandeur d'ame qui vous élève audessus de vos intérêts propt'es; mÂs n'entreprenez point de me faire renoncer à notre correspondance.
M. Hickman, immédiatepoient après la querelle diont je vous ai fait l'histoire, m'a ofiert ses services; > et ma dernière lettre vous a fait voir que je les ai acceptés.' Quoiqu'il soit si bien avec ma mère, il juge qu'elle a trop de rigueur pour vous et pour moi. Il a eu la bonté de me dire ( et j'ai cru voir dans son discours un air de protection) que, nonseulement il approupùit notre correspondance, mais qu'il admiroit la fermeté de mon amitié ; et . que , n'ayant pas la meilleure opinion du monde de votre homme , il est persuadé que mes informations et mes avis peuvent quelquefois vous être "Utiles.
Le fond de ce dfscours m'a plu , et c'est un grand boEiheur pour lui , sans quoi je serois entré en
BS CliAIlISdE. ù5j
compte sur le terme ^approuver, et je lui auroi^ demandé depuis quand il me croyoit disposée à le souffrir. Vous voyez, ma chère, ce que c'est que cette race d'hommes : vous ne leur avez pas plus tôt accordé l'occasion de vous obliger, qu'ils prennent le droit $ approuver vos actions , dans lequel est renfermé apparemment celui de les désapprouver, lorsqu'ils le jugeront à propos.
J'ai dit à ma mère combien vous souhaitez de vous réconcilier avec votre famille, et combien vous êtes indépendante de M. Lovelace. La suite, m'a-t-elle répondu, nous fera juger du second point. A regard du premier, eUe sait, dit-elle, et son opinion est aussi, que vous ne devez espérer de réconciliation qu'en retournant au château de Harlove, sans prétendre au moindre droit d'imposer des conditions. C'est le plus sur moyen, ajoute-t-elle, de prouver votre indépendance. Voilà votre devoir, ipa chère, dans l'opinion de ma mère.
Je suppose que votre première lettre, adressée à M. Hickman, me viendra de Londres.
Votre honneur et votre sûreté sont l'unique objet de mes prières.
Je ne puis m'imaginer comment vous faites pour changer d'habits.
Ma surprise augmente sans cesse de voir l'obsti*^ nation de vos proches à vous laisser dans l'embarras. Je ne comprends pas qudles peuvent être leurs
PréYost. Tamt XXL 1 7
5l58 HISTOIRE
vues. lïs vous jetteront entre ses bras , soit que vous le vouliez pu non.
' J'envoie ma lettre par Robert, pour ne pas perdre de temps, et je ne puis que vous répéter PoflTre de mes plus ardents services. Adieu, ma très^hère et mon unique amie.
Anne Homte.
LETTRE CXXVIL Mis8 Clarisse HjRLorM à miss Hows.
Jeudi ao avril.
J £ me Croirois absolument indigne de votre amitié, si mes plus pressants intérêts ne me laissoient pas trouver assez de loisir pour déclarer en peu de mots, à ma chère amie, combien je suis éloignée d'approuver sa conduite, dans des circonstances où sa générosité l'empêche apparemment de reconnoitre sa faute, mais où j'ai plus de i^ison qu'un Autre d'en gémir, parce que j'ai le malheur d'en être l'occasion.
Vous save^, dites-vous^ que vos démêlés avec votre mère m'afQigei^ont beaucoup , et vous voulez que, par conséquent', je m'épargne la peine de vous le dire.
Ce n'est pas là^ ma chère, ce que vous désiriez
DE CLAHISSE. 269
autrefois. Vous me rëpétie» souvent que vous n'en aviez que plus d'axnitîé pour moi , lorsque je vous faisois des plaintes de cette excessive vivacité, dont votre bon sem vous apprenoit à vous défier. Quoique malheureusement tombée j quoique dans Finfortune, si jamais j'ai valu quelque chose par le jugement, c'est aujourd'hui que je mérite d'être écoutée , parce que je puis parler 'de moi-même aussi librement que d'aucune autre; et lorsque ma faute devient contagieuse , lorsqu'elle vous entraîne dans une correspondance qui vous "est défendue, n'élèverai-je point ma voix contre une désobéissance, dont les suites, quelles qu'elles puissent être, aggraveront mon erreur, et la feront regarder comme la racine d'une si mauvaise branche?
L'ame qui peut mettre sa gloire dans la constance et la fermeté d'une aussi noble amitié que la vôtre , d'une amitié qui est k l'épreuve de la for^ tune , et qui croît avec les disgrâces de la personne aimée , cette ame doit être incapable de prendre mal les avertissements ou les conseils de l'amie pour laquelle elle a des sentiments si distingués. Ainsi la liberté que je prends n'a pas besoin d'apologie: elle en demande d'autant moins, qtre, dan^ les conjonctures présentes , elle est l'effet d'un désintéressement si absolu, qu'il tend^ me priver de la seule consolation qui me reste.
Votre hun]ffbr chagrine; l'action de déchirer
a6o HI9TOIRB
entre les mains de votre mère une lettre qu'eDe aTph droit de lire, et de la brûler, comme vous en faites l'aveu , devant ses propres yeux ; le refus de voir un homme qui est si disposé a vous obéir pour le service de votre malheureuse amie, et ce refus ^ dans la seule vue de mortifier votre mère; pouvezvous penser, ma chère amie , que toutes ces fautes , qui ne sont pas la moitié de celles que vous reconnoissez, soyent excusables dans une personne qui est si bien instraite de ses devoirs?
Votre mère étoit autrefois prévenue en ma faveur. N'est-ce pas une raison de la ménager davan^ tage , aujourd'hui que, suivant ses idées, j'ai perdu justement son estime ^Les préventions favorables ^ comme celles qui ne le sont pas, ne s'effacent guère entièrement. Comment une erreur, à laquelle on ne peut pas dire qu'elle ait d'intérêt pamculier j la frapperoit-elle assez pour l'éloigner tout-à-fait de moi ?
Il y a, dites-vous^ d'antres dévoila que celui de la nature. D'accord : mais c'est le premier de tous les devoirs ; un devoir qui a précédé en quelque sorte votre existence même : et quel autre devoir ne doit pas lui céder, lorsque vous les supposerez en concurrence?
Tous êtes persuadée qu'ils peuvent s'accorder, y otre mère pense autrement. Quelle est la conclu-sion qu'il faut tirer de ces prémicea#
DE ClIiARiaSE. ^6ê.
Quand votre mère-.TOÎt combieoije'âouffirej da&S ma réputation , de la malheureuse démarché où je me suis engagée , moi, de qui toixt iemonde avoit de me^leures espérances, qudle raisofi n'a-t*d)e pas dé trembler pour vous? Un* mal en attireunautte après soi ; et comment saura^t^^e où I0 fsitat pr<H grès peut s'arrêter? ' ■"'
Une personne qui entreprend de justifier les fautes d'autrui, ou qui dierche à les diminuer , ne donnet-elle pas lieu de la soupçonner ou de corruptidni ou de foiblesse? et les censeurs ne penseront-ils pas qu'avec les mêmes motifs et dans les'méniel^circonr stances, elle seroit capable des mêmes^rreurs?'
Mettons à part les persécutions extraol^dinaireB que j'ai essuyées : la vie humaine peut-eUe fournir lin exemple plus terribife-que celui qtiej'ai donné, dans «jm espace fort court^ de la nécessité cpti oblige des parents h veiller sans cesse sûr. lihe'iille, quelque opinion qu'elle ait* donnjée de^sa: prudence ? - fi'e^t*ce pas depuia seize ans. jtisqii'à vingt>«un, qttj^ cette vigilaibce est plus nécbssaiire que dans aucun autre tempa de la vie d'une femme? C'est dans eet espace que nous attirons ordinfiârement les yeùK des booimes , et que naos devepicms l'objet de leurs soins, où de leurs at^ues : et n'est-ce pas dans le même temips que nous nous faisons i;iné réputatio)3i de bonne ou de n^auvaise conduite, qui nous âccom-
,piigiie{)(lriesqu6>iQ8tfparabIrâ jusqu'à la fin detoos
. . ISetScnfamBRoias pas alors ^ê^'dan^, de la pan ^è o^nis^méinesy-à cause <^^h distinction a^ec )afffmli^nw^ commençons à negarder l'autre sexe? u iÇt( Jof^fic noft âan§ers se multiplient , au-dedans comme au-dehors, nos parents ontrilstort de croire <{ue leur 'vrîgilaDpe doit redoubler? f^otre taille, qui comrii^ic^'B 88! fermer, sera^t^elle une raison de
Mvs en plaindre?, i. ;;;
',iivSÏ€i^fg^iai^m^ey dities-isoi dônts quelle sera pré- -cisétneni'hi^aÂIlje^ quel sera l'âge qui exemptera une liontie(ti9^i61fefdi»iia< sounûfision qu'elle doit à-sespa- «oaàiA^'eitjqiiabpowTakiS autoriser ^ à l'exemple des animaux^ à 6Qd^>atuller deb t^mdresse etdess soins qu'ils doKV^eivtà leàrs enfanCs? ■ ^ . .
*, Ilarôop parofttdar, >mb chère^ d'étire traitëeicomme 'Biié petite fiHe {* Eh ! pourez^vous p^ser qu'il ne soit pas aussidnrÀ d'hoEinétes parantsidese croôréfiÈiiiB la.nàBessîtë. de tebîr. cette) conduÂe? Vous figurez- Youaqti'à^la jilaee de YOtré pière^ si vôtre fille rotï^ avoit nsfttéé ce qûcTOtre mène dèmandoit de vou$, et vous avoit «fispùté le droit de vous, faire lobéu^, vous ited^itedssîez pas deoné un coup sur la main , pour lui faire quitter un papîet- dëfeiidu? C'est une jgrâitde vérité , comme votre mère- vpus Fa dit ,' que vous l'aviez provoquée à cette rigueur; et c'est de
sa part une exlrêfOQ condescendant , à laquelle vous n'avez pas fait l'attention qu'elle méritoit, d'avoir reconnu qu'elle en ëtoit fôcluée.
Avant le mariage (oùnousentroiietoiisiineautre espèce de protection , qui n'abroge pas néanmoins les devoirs de la nature ) , il n'y a point d'âge auquel notice sauve-rgarde Ja plus nécessaire et la pluA poisH santé ne poit les ailes dé nos parehta; pour noue ga*« rantir des vautours, des milans , des éperviers et d'autres vilains animaux de proie , qui voltigent sans cesse au-dessus de nos têtes, avec le dessein de nous surprendre ei de nous dévorer, aussitôt qu'ils nous voy ent écartées de la vue , c^est^-<lire du soin de nos ^rdiens et de nos protecteurs naturels.
Qudque dureté que vous puisses trouver dans l'ordre qui nous interdit une correspondance autre^ fois approuvée, si votre mère juge néanmoins qu'auprès ma faute elle soit capable die jet^ une tacbe sur votre réputation, c'est une dureté à laquelle il faut ise soumettre. Ne doit-elle pas même se confirmer dans son opinion , lorsqu'elle voit que le premier fruit de votre attach^nent à la vôtre est de vous inspirer de l'immeur et de la répugnance à lui obéir? .
Je sais, ma chère, qu'en parlç^nt. d^ humeur, et du nuage épais cjue vous m'avez représenté, vous ne pensez qu'à mettre, dans vos termes, ce sel délicieux qui fait le cbarme de votre conversation et
de vos lettres. Mais, en vérité, ma chère amie , )e le. crois déplacé dans cette occasion.
Me permettez -vous d'ajouter à ces ennuyeux reproches, que je n'approuve pas non plus, dans votre lettre, quelques-uns des trails qui ont rapport à la manière dont 'votre père et votre mère vivoient ensemUe. J'ose dire que ces petits démêlés n'éloient pas continuels, quoiqu'ils fossent peut-être trop fréquents. Mais votre mère est moins comptable à sa fille qu-à tout autre, de ce qui s'est passé entr'elle et M. Howe, dont je dirai seulement que vous devez révérer la m^émoire. Ne feriez-vous pas bien d'examiner un peu , si le petit ressentiment qui vous restoit contre votre mère , lorsque vous aviez la plume à la main , n'a pas servi à réveiller vos sentiments de respect pour votre père?
Chacun a ses défauts. Quand votre mère auroit tort de rappeler des mécontentements dont le sujet n'existe plus, vous ne devez pas avoir besoin qu'on vous fasse considérer, à l'occasion de qui et de quoi ces idées renaissent dans son esprit. Ce n'est pas à ^ vous non plus qu'il appartient de juger de ce qui' doit s'être passé entre un père et une mère, pour faire vivre et pour aigrir même d'anciens souv^rs dans la mémoire du survivant.
CX/AKTSS£ HAHIiOVE.
DE ciiARissE. a65
cas