LETTRE CXXXVII
M. BELfQRD à M. LorELACE.
# Vendredi ai afril.
JDepuis long-temps, Lovelace, tu fais le rôle d'écrivain , et je me réduis à celui de ton humble lecteur. Je ne me suis pas embarrassé de te communiquer mes remarques sur les progrès et le but de tes belles inventions. Avec tous tes airs, j'ai crû que le mérite incomparable de la belle Clarisse fe~ roit toujours sa défense et sa sûreté. Mais aujour^ d'hui que je te vois assea^ heureux dans tes artifices, pour l'avoir engagée à faire le voyage de Londres, et pour avoir fait tomber son choix sur une maison dont les habitants ne réussiront que trop à te faire étouffer tous les mouvements honorables qui peu- ^ vent te nattre en sa faveur, 'je me crois oMijjé de
osa HISTOIRE
prendre la plume; et je te déclare que je me fau ouyertement Favocat de Clarisse Harlove*
Mes motifs ne sont pas tirés de la yertUé Quand ils viendroient de la, quelle impression feroient-ils sur ton cœur ^ à ce titre?
Un homme tel que toi ne seroit pas touché , quand je lui représenterois à quelle vengeance il s'expose, en outrageant une fille du caractère, delà naissance et de la fortune de Clarisse,
La générosité et l'honneur n'ont pas plus de force, en faveur d'une femme, sur des gens de notre espèce, qui regardent tous les individus de ce sexe comme un butin de bonne prise. U honneur y dans nos idées, et Y honneur ^ suivant l'acception générale, sont deux choses qui ne se ressemblent p^.
Quel est donc mon motif? En vérité, Lovelace, c'est la véritable amitié que j'ai pour toi. Elle me porte à plaider pour toi-même,. à plaider pour ta iamille; dans l'opinion que j'ai de la justice que tu dois à cette incomparable créature, qui mérite d'ailleurs que son intérêt tienne le premier rang parmi ces considérations.
Dan3 la dernière visite que j'ai rendu à ton oncle, ce bon seigneur me pressa fort instamment d'employer tout le crédit ^que j'ai auprès de toi, pour t'engager k courber les épaules sous le joug du mariage, et m'apporta des raisons de famille auxquelles )e trouvai tant de force, que JQjiepusmedéfendie
DB CLARISSE. 5i2l
de les approuver. Je savois que tes intenûons pour cette fille extraordinaire étoient alors dignes d'dOie* J'en assurai mylord M. . . . , qui s'en défioit beaucoup , parce que la famille en usoit mal avec toi. Mais aujourd'hui que ton intrigue a pris une autre face, je yeux te presser par d'autres considérations. Si je juge des perfections de ta Clarisse par le té« moignage public comme par le tien , où trouyerastu jamais une femme qui lui ressemble? Pourquoi tenterois-tu sa yertu? Quel besoin d'éprettye, lorsque tu n'as aucune raison de doute? Je me suppose à ta place, avec le dessein de me marier : si j'aypis pour une femme les sentiments de préférence que tu as pour celle-ci , connoissant ce sexe comme nous le connoissons tous deux, je trembleroisi de pousser plus loin l'épreuye, dans la crainte du succès; surtout si j'étois persuadé que personne n'a plus de vertu qu'elle au fond du cœur.
; Et remarque , Loyelace , que , dans sa situation , l'épreuve est inji^ste, parce qu'elle n'est pas égale. Considère la profondeur de ta malice et de tes ruses; considère les occasions qui se renouvelleront sans cesse, en dépit d'elle-tnéme, aussi long-temps que les folies de sa famille agiront de concert avec ta tête féconde en méchancetés; considère qu'elle est sans protection ; que la maison où tu la conduis sera rem* plie de tes suppôts, de jeunes créatures bien élevée?, jolies, adroites, d'apparence trompeuse, et difficUies
Prévost. Tome XXL 52 X
Sa^i HisToiRis
à pénétrer lorsqu'elles se masquent , sur-tout pour une jeune personne sans expérieace et qui ne connoit pas la yille : attache-toi, dis-je, à toutes ces con- ^dérations , et di^moi quelle gloire, qi^el sujet de triomphe tu te promets à la faire succomber? toi, un homme né pour Pintrigue , plein d'inventions , intrépide, sans remords, capable de veiller patiem* ment l'occasion ; un homme qui compte pour rien les serkients qu'il fait aux femmes; l'innocente vie-* tane attachée scrupuleusement aux siens , incapable de ruse, disposée par conséquent à bien juger d'autrui : je regarderois comme un miracle qu'elle pût tenir ferme contre le tentateur et contre là tentation, au milieu de tant de pièges dont tu veux l'environner. Après tout, lorsque , sans aucune sollicitation , aotre «exe est si fragile, je ne sais pas pourquoi l'on exige tant des femmes, qui sont nées des niémes pères et des mêmes mères, etcomposéeâ des mêmes ingrédiens , avec la seule différence de l'éducation ; ni quelle si grande gloire on trouve à les vaincre.
Ne peut-il pas exister, me demandes-tu, quelque autre Lovelace , qui , séduit par les charmes de sa* beauté, entreprenne de triompher d'elle?
Non; c'est ma réponse. A tout prendre, figure, esprit, fortune, caractère, il est imposable qu'il y ait jamais d'homme tel que toi. Si tu croyoîs que la nature te pût donner un rival, je connois ton infernal orgueil, tu t'en estimerois moins.
Mais je veux parler de ta passion dominante, la
vengeance ; car l'amour (quel peut être Famour d'un
libertin?) ne tient que le second rang dans ton cœur,
comme je te l'ai soutenu assez souvent, maigre la
fureur où je t'ai mis contre moi. Quels misérables
prétextes pour te venger d'une maîtresse, que les
peines qu'il t'en a coûté pour l'enlever ! J'accorde , si
tu veux , qu'en demeurant, elle auroit couru grand
risque d'être la femme de Solmes;. je te passe ses
conditions, que tu as su faire tourner cruellement
contre elle-même , et la préférence qu'elle a touj ours
donnée au célibat. Si c'est autre chose que des pré-^
textes, pourquoi ne rends-tu pas grâce à ceux qui
l'ont comme J6tée entre tes mains? D'ailleurs, tout
ce que tu allègues pour autoriser ton épreuve , n'est-il
pas fondé, avec autant de contradiction que d'in-*
gratitude , sur la supposition d'une faute dont elle
ne deviendroit coupable qu'en ta faveur?
Mais,* pour confondre entièrement toutes tes pauvres raisons de cette nature, je te demande ce que tu penserois d'elle, si c'étoit volontairement qu'elle eût pris la fuite avec toi ? Tu l'en aimerois mieux, peut-être, en qualité de maîtresse : mais pour en faire ta femme, disconviendras-tu qu^elle te plairoit la. moitié moins ?
Qu'elle t'aime, méchant comme tu es, et cruel comme un tigre, je ne vois aucune raison d'en don-^ ter : cependant quel empire ne faut-il pas qu'elle ait
3â4 HISTOIRE
sar elle-^mémô, pour réduire quelquefois au doute un amour-propre aussi pénétrant qUe le tien ? persécutée d'un côté y comme elle Pétoitpar sa propre Emilie, attirée de l'autre par la spleûdeur de la tienne, où chacun la désire et se croirpifhonoré de la voir entrer?
Tu vas croire, peut-être, que je m'écarte de ma proposition, et que je plaide ici la cause de ta belle plus que la tienne. Point du tout« Je n'ai rien dit qui ne soit plus pour ton intérêt que pour le sien, puisqu'elle peut faire ton bonheur, et que, si elle conserve sa délicatesse, il me paroit presque impo^ sible qu'eUe «oit heureuse avec toi. Il est inutile d'expliquer mes raisons. Je te connots assez d'ingénuité pour souscrire à mon sentiment , dans l'occasion.
Au reste, quand je plaide en faveur du mariage, tu sais bien que mon goût n'eu est pas plus vif pour cet état. Je n'ai pas encore eu la pensée d'y entrer. Mais comme tu es le dernier de ton nom, que ta Êtmille tient un rang distingué dans le royaume, et que tu te crcHs toi-même destiné quelque jour à l'esclavage conjugal, je veux que tu me dises d tu peux jamais espérer une occasion comparable à celle qui est entre tes mains; une fille qui, par sa naissance et sa fortune, n'est pas indigne de la tieni^e (quoique l'orgueil de ton sang et celui de ton propre coeur te fassent quelquefois parler légèrement des
familles qui ne te plaisent point); une bf^auté qui fait l'admiration de tout le monde; une personne ^ en même -temps, qui jouit d'une ég^e réputatioa d'esprit , de jugement et de vertu !
Si tu n'es pas une de ces âmes étroites, qui pré-> ferent leur simple et unique satisfaction à la posté*^ rite, toi, qui dois souhaiter des enfants pom*perpé-« tuer ta race, tu ne remettras pas ton mariage au terme des libertins, c'est-à-^dire à ce temps où le^ années et les maladies viendront fondresur toi. Songd que tu exposerois ta mémoire aui reproches de tes légitimes descendants, pour leur avoir donné une misérable existence , qu'ils ne pourroient donner . meilleure à ceux qui descendroient d'eux , et qui au-» toriseroit toute ta race, en supposant qu'elle pût subsister long -temps, à te maudire jusqu'aux der-^ nières générations.
Tout méchants que le monde réformé nous sup* pose, il n'est pas certain que nous le soyons sans retour. Quoique nous trouvions la religion coutre nous, nous n'avons pas encore entrepris d'en com"» poser une qui s'acdorde avec notre pratique* Cens qui le font nous paroissent méprisables , et nous ne sommes pas même assez ignorants pour nous dégrader jusqu'au doute. En un mot , nous croyons ui^ état futur de récompense et de punition; mais, aveq beaucoup de jeunesse et de santé, nous espérons que le temps ne nous manquera pas pour le repei^*^
Sâ6 . HISTOIRE
lir ; co qui signifie, en bon anglois (ne m'accuse pas d'être trop grave, Lovelace; tu l'es quelquefois aussi), que nous espérons de vivre pour les sens, aussi long-temps qu'ils seront capables de nous rendre service; et que, pour quitter le péchë, nous attendrons que le plaisir nous quitte. Quoi ? ton admirable maîtresse sera-t-elle punie des généreux èSbrts qu'Ole fait pour hâter ta réformiation , et du désir qu'èDe a d*en obtenir des preuves avant que de se donner à toi?
"Concluons; Je t'exhorte à bien considérer ce que tu vas entreprendre, avant que de faire un pas de plus. Tu es a l'entrée d'une nouvelle carrière. Jusqu'à-présent , les apparences de ta marche sont si droites , que si ta belle se défîoit de ton honneur j elle n'a pas centre toi la moindre preuve. Garde les loix de Y honnêteté^ dans le Sjens qu'elle attache à ce mot. Aucun de tes compagnons, tu le sais, ne rira de ton mariage : et si quelqu'un le trouvoit plaisant, après t'avoir entendu tourner si souvent cet état en iâdicule, tu as cet avantage, qu'il n'aura rien dont tu doives rougir.
Samedi aa«
Ayant différé à fermer ma lettre jusqu'au jour de poste, j'en reçois une des mains d'Osgood, qui lui est venue depuis deux heures pour votre chère dame, et qui est cachetée des armes d'Harlove.
DB CliARISSE. 537
Comme elle peut être d'importaaee*, je me hâte
de la faire partir avec la miemie , par un courrier
que je vous dépêche exprès.
Je suppose qu'on vous verra bientôt à Londres^
sans là dame, comme je l'espère. Adieu. Soyes hon*
néte et soyez heureux.
Bjblford*
LETTRE CXXXVIIL Madame HsRrBY à miss Czjrisse ffjRZorE^
Vendredi ai avril.
J li seroit bien dur de refuser quelques lignes aux instances d'ime nièce que j'ai toujours aimée. J'ai reçu votre première lettre, mais je n'ai pas eu la liberté d'y répondre; et je viole ma promesse pour vous écrire actuellement.
Quelles étranges nouvelles on reçoit de vous tous les jours! Le misérable avec qui vous êtes, triom* phe, dit-on, et nous brave à chaque instant. Vous connoissez son indomptable caractère. Quoiqu'on ne puisse vous reiuser des qualités admirables, son
* CVtoit celle de miss Arabelle Harlovc ^ qui est après les deux suivantes*
5a8 HisToiAB
humeur lui. est plus chère que vous. Combien de foi$ vous ai-je av^tie! Jamais une jeune personne ne l'a été plus que vous. Miss Qarisse Harlove s'oublier jusqu'à ce point!
Vous deviez; attendre le jour marqué pour l'assemblée de vos amis. Si votre aversion s'étoit sou* tenue, ils auroient eu la complaisance de céder. Ausâtôt que j'ai su moi-même qudie étoit leur intention , je me suis hâtée de vous le faire entendre * , en termes obscurs peut-«tre: mais qui se seroit ima*
glné O Miss! une lîiite si artificieuse! tant de
ruse dans les préparatifs!
Vous m'offrez des éclaircissements. Eh ! que pouvez-vbus éclaircir ? N'êtes-vous pas partie? et partie avec un Lovelace? Que voulez-T'y ous donc éclaircir?
Votre dessein, dites-vous, n'étoit pas de partir. Pourquoi vous êtes-vous trouvée avec lui? Le carrosse à six chevaux , les gens à cheval, tout n'étoit-il pas préparé? O ma chère ! comme l'artifice produit l'artifice I Est-il croyable que ce n'ait pas été votre dessein? Si vous voulez qu'on le croye, quel pouvoir ne faut-T'il pas lui supposer sur vous? Lui! qui? Lovelace ; le plus infâme des libertins : sur qui ? sur Clarisse Harlove. Votre amour pour un homme de ce caractère étoit-*il plus fort que votre raison , plus fort que votre courage? Quelle opinion cette idée
? To»c n. Voyei; la Lnue LXXXVUÏ.
DE CliAKISSE. ' 539
donncrôit-elle de vous? quel remède apporteroildUe au mal? Ah! que n'avez -vous attendu le jour de l'assemblée !
Je veux vous apprendre ce qui devoit s'y passer. On s'imaginoit , à-la-vërité , que vous ne résisterie» pas aux prières et aux ordres de votre père, lorsqu'il vous auroit proposé de signer les articjes. Il ëtoit résolu de vous traiter avec une condescendance paternelle, si vous ne lui aviez pas donné de nouveaux sujets de colère. c< J'aime ma Clarisse, disoity> il une heure avant l'affreuse nouvelle ; je l'aimo y> comme ma vie. Je me mettrai à genoux devant » elle, s'il ne me reste que cette voie pour la faire j) consentir à m'obliger ». Ainsi, par un renverse^ ment d'ordre assez étrange, votre père et votre mère se seroient humiliés devant vous; et, si vous aviez pulesrefuser,ilsauroientcédé,quoiqu'à regret.
Mais on présumoit que, du caractère doux et désintéressé dont on vous avoit toujours crue, toua les dégoûts possibles pour l'un des deux hommes ne vous rendroient pas capables de cette résistance; à moinsque votre entêtement pour l'autre ne £(it beau*coup plus fort que vous n'aviez donné raison de le croire.
Si vous ^viez refusé de signer, rassemblée du mercredi n'auroit été qu'une simple formalité. Oa vous auroiit présentée à tous vos amis, avec une courte harangue : (c La vojdà^ cette jeune fiUe, aur
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» trefob si soumise, si obligeante, qui feit gloire j^ aujourd'hui de son 'triomphe, sur un père, sur j» une mère , sur des oncles, sur l'intérêt et les yues j> de toute une famille, et qui préfère sa propre 9 volonté à celle de tout le monde : pourquoi 7 y> parce qu'entre deux hommes qui demandent sa j> main, elle donne la préfâ*6nce à celui qui est dé^ j> crié pour ses mœurs ». ^
Après vous avoir accordé ainsi la victoire, et peut-être après avoir prié le ciel de détourner les suites de votre désobéissance , on en auroit appelé à votre générosité, puisque le motif du devoir se seroit trouvé trop foible; et vous auriez reçu ordre de sortir, pour faire encore mie demi-heure de réflexion. Alors les articles vous auroient été présentés une seconde fois, par quelque personne de votre goût ; par votre bonne Norton peut-être. Votre père auroit pu la seconder par q^ielques nouveaux efforts. Enfin , si vous aviez persisté dans votre refus, • on vous auroit fait r^itrer , pour le déclarer à Pas* semblée. On auroit insisté sur quelques-unes des restrictions que vous aviez proposées vous-même. On vous auroit permis d'aller pass^ qudque temps chez votre onde Antonin, ou chez moi, pour attendre le retour de M. Morden; ou jusqu'à ce que votre père eut pu siq)porter votre vue ; ou , peutêtre, jusqu'à ce que Lovelace eût abandonné torità-fïtit ses prétentions..
D£ CLARISSi:. 35l
Le projet ayant été tel que je vous le représente, et votre père ayant tant compté sur votre soumission, tant espéré que vous vous laisseriez toucher par des voies si tendres et si douces , il n'est pas surprenant qu'il ait paru comme hors de lui-même à la nouvelle de votre faite, d'une faite si préméditée...; avec vos promenades du jardin, vos soins afiPectés pour des oiseaux, et combien d'autres ruses pour nous aveuglef tous! malicieuse, malicieuse jeune créature!
* Pour moi, je n'en vouloîs rien croire , lorsqu'on vint me l'annoncer. Votre oncle Hervey ne pouvoit se le persuader non plus. Nous nous attendions, en tremblant, à quelque aventure encore plus désespérée. Il n'y en avoil qu'une qui pût nous le paroître f>lus; et j'étois d'avis qu'on cherchât du côté de la cascade, plutôt que vers la porte du jardin. Votre mère tomba évawouie-, pendant que son cœur étoit déchiré entre ces deux craintes. Votre père, pauvre homme! votre pèfe fat près d'une bettre sans j)Îe)u- Tôir revenir à M->ïnéme. Jusqu'aujourd'hui, à-péine peut-il entendre prononcer votre nom. Cependant il n'a que vous dans Tésprit. Votre mérite, ma chère, ne sert qu'à l*endre votre faute plus noire. 'Chaque jour, chaque heure du jour wons apporte quelque nouvelle aggravation. Comment potti'rieaî^ous vous promettre quelque faveur ?
33a HISTOIB.&
J'en suis affligée; mais je crains que to^t cSe que vous demandez ne yous soit refusé.
Pourquoi parlez-vous, ma chère, de pous épapgner des mortifications; vous qui avez pris la fuite avec un homme? Quel pitoyable orgueil, d'avoit* quelque délicatesse de reste!
Je n'ai pas la hardiesse d'ouvrir la bouche en votre faveur. Personne ne l'ose plus que moi. Votre lettre se présentera seule. Je l'ai envoyée au château d'Harlove. Attendezrvous à de grandes rigueurs. Puissiezvous soutenir heureusemient le parti que vous avez embrassé! O ma chère! que vous avez fait de mal^ heureux ! Quel bonheur pouvez-vous espérer vou»<même? Votre père souhaiteroit que vous ne fiissiez jamais née. Votre pauvre mère.... mais pourquoi vous donnerois-je dçs sujçt3 d'afflicdon? U n'y a plus de remède. Vous devez être effectivemeot biea changée , si pas propres réflexions ne font pas votre malheur.
nrTî?^ le meilleur parti que vous pourrez de votre sittation. Mais, quoi? pas encore mariée, si je ne me trompe!
Vous êtes fibre, dites-vous , d'exécuter tout ce que vous voudrez entreprendre. Il se peut que vous vous trompiez vous-même. Vous espérez que votre réputation et votre faveur anprès de vos amis pourront se rétablir. Jamais, jamais l'une et l'autre, sL je juge bien des apparences; et peut-être nulle des
^m^m^w II laiiqpi I
deux. Tous mes amis^ ajoutezr*vous, a doivent se )) joindre à vous polir obtenir votre réconcîKa- » tion J> : tous vos amis , c'est-à-dire tous ceux que vous avez offensés ; et comment voulez- vous qu^s s'accordent dans une si mauvaise cause?
Tous dites (( qu'il seroit bien afBîgeant pour vous » d^étre précipitée dans des mesures qui pourroient )) rendre votre réconciliation plus difficile ». Est-il temps,, ma chère, de craindre les précipitations ou les précipices ? Ce n'est point à-present qu'il faut penser à la réconciliation , quand vous pourriez jamais vous en iQatter . U est question de voir d'abord la hauteur àxx précipice où vous êtes tombée. Il peut encore arriver, si je suis bien instruite, qu'il y ait du aang de répandu. L'homme qui est avec vous est-il disposé à vous quitter volontairement? S'il ne l'est pas, qui peut répondre àék suites? S'il l'est effectivement, bon Dieu ! que faudra-t-il penser des raisotis qui l'y font consentir ? J'écarte cette idée. Je connois votre vertu. Mais n'est-il pas vrai , ma chère, que vous êtes sans protection, et que vous n'êtes pas mariée? N'est-il pas vrai qu'au mépris de votre prière de chaque jour, vous vous êtes jetée votis-même dans la tentation? et votre homme n'est-il pas le plus méchant de tous les séducteurs ?
Jusqu'à-présent, dites vous (et vous le dites, ma obère, d'un air qi;i me paroit convenir assez mal à vos sentimçuts de pénitence), vous n'avez point
à VOUS plaindre d'uB homme dont on appréhendoit toutes sortes de maux. Mais le péril est -il passé? Je prie le ciel que vous puissiez vous louer de -sa conduite jusqu'au dernier moment de votre liaison. Puisse-t-il vous traiter mieux qu'il n'a fait toutes les femmes sur lesquelles il a eu qudque pouvoir! Ainsi soit-il!
Point de réponse, je vous en supplie. Je me flatte que votre messager ne publiera point que je vous écris. Pour M. Lovelace, je suis bien sûre que vous ne lui communiquerez pas ma lettre. Je ne me suis pas trop observée, parce que je compte sur votre prudence.
Vous avez mes prières.
Ma fille ignore que je vous écris. Personne ne le sait, sans en excepter M. Hervey.
Ma fille auroit souhaké plusieurs fois de vous écrire ; mais ayant défendu votre faute avec tant de chaleur et de partialité , que nous avons conçu de» alarmes (c'est l'effet, ma chère, qu'une chute teUe que la vôtre doit produire sur des parents), on lui ^ a interdit tout conunerce avec vous, sous peine
* d'être privée pour jamais de nos bonnes grâces. Je
puis vous dire néanmoins , quoique sans sa participation, que vous faites le sujet continuel de ses» prière», comme de celles de votre tante très-affligée,
D. Hervey.
DE CI.ARISSE. 335