‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 4 sur 60 · LETTRE XCIV · texte numérisé non relu

LETTRE XCIV

M. LorMLACE à M. Belforjd.

A Saint-AliiaBs , loqdî aa soir.

1 ANBis que Fidole de mon cœur prend un pett de repos, je dérobe quelques moments au mien pour exécuter ce que je t'ai promis. NtfUe pour** ^mte; et je t'assure que je n'en ai redouté aucune, ^oiqu'il ait fallu feindre des crainles pour en in^ spirer à ma charmante.

Apprends, dier ami , qu'il n'y eut jamais de j<ne

INB CliARISSE. iS

MS6I parfaite que la mienne ! Mais ]aisse**iDoi jeter les yeux un moment sur ce qui se passe : l'ange ne 9eroit-il pas disparu?

Ah ! non. Pardonne mes inquiétudes. Elle est dans l'appartement voisin du mien. Elle est à moi! pour toujours à moi !

ce O transports! Mon cœur, pressé de joie et 3)^ d'amour, cherche à s'ouvrir un passage pour s'éy> lancer dans son sein ^ ))•

Je savois que toutes les combinaisons de la stu-^ pide famille étoient autant de machines qui se re^ muoi^it en mai faveur. Je t'ai dit qu'ils travailloient tous pour moi, comme de misérables taupes qui s'agitent sous terre ; et plus aveugles que les taupes mêmes, puisqu'ils travailloient pour moi sans lô savoir. J'étols le directeur de tous leurs mouvements , qui s'accordoient assez avec la malignité de leurs cœurs, pour leur faire croire que c'étoit leur propre ouvrage.

Mais pourquoi direquema joieest parfaite! Non , non : elle est diminuée par les mortifications de mon çi^eU. Comment puis- je supporter l'idée que je dois plus aux persécutions de ses proches, qu'à son penchant pour moi, ou qu'au moindre sentiment de préférence? C'est du-moins ce que j'ai le chagrîa

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tfîgnorer encore. Mais je veux écarter celte pensée^ m. je m'y abandonnois trop, il en pourroit coûter cher à cette adorable fiJle. Réjouissons-nous qu'elle 911 passé le Ruhiœn; que le retour lui soit devenu impossible; que, suivant les mesures que j'ai prises, ses implacables persécuteurs croyent sa fuite volontaire; et que, si je doute de son amour, je puisse la mettre à des épreuves aussi mortifiantes pour sa délicatesse, que flatteuses pour mon orgueil; car, \é ne fais pas difficulté de te l'avouer, si je pouvois croire qu'il restât la moindre incertitude au fond de son cœur, sur la préférence qu'elle me doit, je la traiterois sans pitié.

Mardi I à la pointe du jour.

Je retourne, sur les ailes de l'amour, aux pieds de ma charmante, qui valent pour moi le plus glorieux trône de l'univers. Ses mouvements me font juger qu'elle est déjà sortie du lit. Pour moi, je n'ai pas fermé l'ceil , pendant une heure et demie que j'ai invité le sommeil. Il semble que je sois trop élevé au -dessus de la matière, pour avoir besoin d'une réparation si vulgaire.

Mais, pendant la route, et depuis notre arrivée, pourquoi, dière Clarisse! n'ai-je entendu de toi que des soupirs et des'^ marques de douleur? Poussée païf une injuste persécution , menacée d'une horriMe contrainte ; et si vivement affligée , néanmoins , après une heureuse délivrance! Garde-toi..,, garde-

DE CliAmSSË. i5

toi bien. . • . C'est dans un cœur jaloux que Famour t'élève un temple.

Cependant il faut accorder quelque chose aux premiers embarras de sa situation. Lorsqu'elle se sera un peu familiarisée avec les circonstances , et qu'elle me verra religieusement soumis à toutes ses YoJontës, sa reconnoissance lui fera mettre quelque distinction , sans doute , entre la prison d'où elle est sortie, et la liberté qu'elle se réjouira d'avoir obtenue.

Elle vient ! elle vient ! Le soleil se lève pour l'accompagner. Toutes mes défiances se dissipent à sou approche, comme les ténèbres de la nuit à l'aspect du soleil. Adieu, Belfdrd. Avec la moitié seulement de mon bonheur, tu serois, après moi, le plus heureux de tous les hommes.

LoVEIiACE.

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