‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 48 sur 60 · LETTRE CL · texte numérisé non relu

LETTRE CL

Miss HovTE à miss Clarisse Hatulove.

( Cette Lettre fut envoyée sons une même enveloppe , avec les deux dernières de miss Howe. }

^eudi «u soir, 37 ayril.

J £ reçois vos dépêches des mains de M. Hickman, qui me donne en même-temps un expédient fonr heureux 9 par lequel )e me trouverai en état, avec le secours de la poste, de vous écrire tous les jours. Un homiéte coquetier, nommé Simoi;i CoUins, que je chs^rge de cette lettre et des deuxqu'elle contient, &it trois fois chaque semaine le voyage de Londres. En s'acquittant de mes commissions, il pourra prendre , chez Wilson , xe que vous y aurez fait porter pour moi.

Mes félieitaûons sont.extrémement vivessur votre arrivée à Londres et sur le rétablissement de votre santé. L'occaâon me presse. Je souhaite que vous lie vous . repentiez pas de m'avoir renvoyé mon

DE CLARISSE. 4o5

Norris, Il reprendra la m^énie route au premier mot.

Je suis très-fachée que votre Hannah ne puisse être auprèsde vous* Elle est encore très-aiaI,,quoi<juQ sans danger. ,

II me tarde beaucoup de savoir quel . jugement vous aurez porté des femmes de votre maison. Sijf ce ne sont pas des gens d'honneur, un déjeuner vou$ suffira pour les démasquer.

Je ne sab que vous dire sur ropinion qu'il leur qi fait prendre de votre mariage. Ses raisons me paroissent plausibles^ mais il aime les inventions et les expédients bizarres.

Soit que vous conceviez de l'estime ou noiï pour vos hôtesses, il faut prendre garde que votre noble franchise ne vous, en fasse des ^Duemies. Tous êtes dans le monde à-présent; songe^y bien.

Je suis ravie que vous ayez eu la pensée de le prendre au mot, s'il vous eut renouvelé ses offres. Mon étonnement , c'est qu'il ne l'ait pas fait. Mais s'il diffère , et s'il ne le fait pas d'une manière que vous puissiez accepter, ne pensez point à demeurer plus long-tempç àyçp lui.

Attendez-vous, ma chère , à-présent qu'il a gagné du terrain, qu'il^he vous quittera, s'il le peut, ni jour ni nuit.

, Je le regarderois avec horreur, depuis le récit qu'il a fait de votre mariage, s'il n'y ayoit pas^oint

4o6 HISTOIRE

des circonstances qui vous laissent toujours le pouvoir de le tenir dans l'éloignement. S'il s'échappoit à la moindre familiarité. . . . mais Pavis est superflu. Ce qui me porte à croire qu'il n'a pas d'autres vues que celles dont il fait profession ^ c'est qu'il doit être persuadé que sa fable augmentera votre vigilance.

R^oses-vous sur le soin avec lequel j'examinerai le sceau de vos lettres. S'il est capable, comme vous dites, d'une bassesse sur ce point, il le sera de toutes les autres. Mais il est impossible qu'il ne soit qu'on infâme pour une personne de votre mérite, de votre naissance et de votre vertu. On ne lui reproche point d'être un fou. Son intérêt, du coté de sa propre famille comme du vôtre, l'oblige d'être honnête. Plût au ciel, néanmoins, que votre mariage ftil célébré ! C'est le plus ardent de mes souhaits.

Anne Howe.

Page 1