LETTRE CLI
Miss Clarisse HjÊRuorE à miss Hoirs.
Jeudi 9 à bnit hearM àa. niatâi.
iVloN chagrin ne fait qu'augmenter contre M. Lovelace, lorsque je considère avec quelle hardiesse il se flatte que je servirai comme de témoin passif, pour
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confirmer la vérité de son odieuse fable. H se iTompe, s'il la croit propre à m'inspirer plus de goût pour lui; à-moins qu'il n'ait en Tue, comme je le reconnoitrai facilement, de hâter mes résolutions eh sa faveur, par Fembarras que j'aurai à soutenir le nouveau rôle qu'il veut m'imposer. D m'a déjà fait de* mander l'état de ma santé par Dorcas^ et la permission de m'entretenir un moment dans la salle à manger; apparemment pour découvrir si je serai det bonne humeur au déjeuner. Mais j'ai répondu que, devant le voir bientôt ^ je le piriois de modérer cette impatience.
A dix hieures.
Je me suis efforcée, en descendant, de composer mon visage, et' de prendre uii air plus librie que je n'ai le coeur. La veuve et ses deux nièces m'ont ré-
eue avec les plus grandes marqiieà de distinction. Ces deux jeunes personnes ne manquent point d'agréments dans la figure; mais j'ai cru remarquer ùii peu de réserve dans leurs manières : tandis que M. Loveïaée enavoit d'aussi aisées avec elles, que si leur connoissance eût été plus ancienne; et cela, je ne puis le désavouer, avec beaucoup de grâce. Cest davantage de nos jeunes gens qui ont voyagé, smceux qui ne sont pas sortis du royaume.
Dans la conversation qui a succédé au déjeuner,' I veuve nous a vanté le mérite militaire du lieute- Bnt-colonel, son mari; et, pendant son discours^
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elle a porté deux ou trois fois son mouchoir à ses yeux. Je voudrois, pour Pboaneur de sa sincérité, qu'eUe Peut mouillé de quelques larmes, parce qu'il m'a paru que c'étoit son intention; mais je ne me suis point aperçue que ses yeux fussent humides. Elle a prié le ciel que je n'eusse jamais à r^etter un içari que j'aimasse autant qu'elle avoit aimé son cher colonel j;et le mouchoir a recomii<encé son office.
On ne sauroit douter qu'il ne soit fort affligeant pour une femme de perdre un bon mari, et de demeurer, sans y avoir contribué par sa faute, dans une situation difficile, qui l'expose aux insultes des âmes basses et ingrates. C'est le cas où la veuve s'est représentée après la mort du sien ; et je n'ai pu me défendre d'être attendrie en sa faveur.
Vous savez , ma chère , que j'ai le cœur libre et ouvert, et que naturellement ma contenance l'est aussi : du-moins c'est un complimait qu'on m'a toujours fait. Lorsque je mesens du gpût pour qudque personne de mon sexe, je me livre $9ns réserve, j'encourage les ouvertures mutuelles,, et je prends plaisir à dissiper les défiances. Mais, avec les deux nièces, je sens que je n'aurai jamais de familiarité, . sans que jie puisse dire pourquoi. Si les circonstances, et tout ce qui s'est passé dans cet entretien , n'avoient combattu un léger soupçon, j'aurois cru volontiers que M. Lovelace les connoissoit de plus loin qu'hiei*
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Pai remarqué plusieurs coups-d'oeil qu'il leur jetoit à la dérobée, auxquels il m'a semblé qu'elles répon^ doieut ; et je puis dire que leurs yeux s'étant rencontrés avec les miens , elles' les ont baissés toutd'un-coup , sans pouvoir soutenir mes observations.
La veuve m'adressoit tous ses discours , comme à madame Lovdace. Je le soufirois, mais impatiemment. Une fois elle m'a témoigné y avec plus de force que je n'en ai mis dans mes remerciments, combien elle étoit surprise qu'il y eût quelque vœu, quelque raison assez puissante sur un couple si charmant, comme^'elle nous appeloit lui et moi, pour nous obliger défaire lit à part.
Les yeux des deux nièces, dans cette occasion, m'ont fait baisser les miens à mon tour. Cependant mon cœur ne se reprochoit rien. Suis- je donc certaine, en y pensant mieux , qu'il n'y ait point eu de témérité dans ma censure? Je ne doute pas qu'il ne se trouve quantité de personnes véritablement modestes qui, par leur rougeur, dans une acteusalioa injurieuse, ont excusé les soupçons de ceux qui Qe sont pas capables de distinguer , .entre la confusion qui suit le crime -, et ce noble ressentiment qui. colore le visage d'une beUe ame , à la seule pensée d'être jugée capable du mal qu'on lui impute. Je me souviens d'avoir lu qu'un famemx Romain^ après avoir triomphé d'une partie du monde, dQntil a tiré son surnom , se voyant accusé d'une action vile^
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aima mieux souffrir le bannissement , seule punition qu'il aToil à redouter s'il eût été jugé coupable, que de voir mettre publiquement son innocence en question. Croyez- vous, ma chère, que ce grand Scipion l'Africain ne rougit pas d'indignation, lorsqu'il eût appris qu'on osoit l'accuser?
Pendant que la veuve me témoignoit son admirable étonnement, M. Lovelace me regardoit d'un air malicieux, pour observer comment je prendroi^ ce discours. Ensuite il à prié les trois dames de remarquer que son respect pour ma volonté, en me nommant sa cbère ame, avoitplus de pouvoir sur lui que le serment par lequel il s'étoit engagé.
Je n'ai pu m'empêcber de répondre, avec aussi peu de ménagement pour la veuve que pour lui , qu'il étoit fort étrange pour moi d'entendre mettre tin serment au second rang, quelque sorte de motif qu'on pût mettre au premier. Mon observation étoit juste , a dit miss Martin ; et rien ne pouvoit excuser la violation d'un serment, quel qu'en pût être le motif, •
J'ai demandé quelle étoit l'église la plus proche , et j'ai marqué du regret d'avoir été trop long-temps iSans assister au service divin. On m'a nommé l'église de Saint-James, celle de Sainte- Anne, et une autre dansBloomsbury . Les deux nièces ont ajouté qu'elles dloient souvent à Saint- James, parce que FasSera- Wée y étoit belle, et les prédicateurs excellents.
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M. Lovelace a dit que la CbapeUe royale éloit Péglise qu'il fréquenloit le plus, lorsqu'il étoit à Lon-» dres. Pauvre homme! Je ne m'attendois pas à ap-. prendre qu'il fréquentât quelque église. Je lui ai demandé si la présence d'un roi visible ne diminuoit pas l'attention qu'on devoit au maitre invisible des rois, n croyoit, m'a-t-il dit, qu'elle pouvoit produire cet effet sur ceux que la curiosité de voir la famille royale amenoit à la Chapelle. Mais, parmi les autres, il y avoit vu autant de visages contrits que dan» toute autre église : et pourquoi non? Les courtisans et les voisins de la cour n'ont-ils pas autant d'ordures à purger que les autres hommes? '
Ce discours m'a paru prononcé d^un air peu décent. Je n'ai pu m'empêcher de répondre que personne ne doutoit qu'il ne sût choisir parfaitement sa compagnie.
Votre serviteur , Mademoiselle. Il ne m'a pas fait d'autre réplique. Mais, se tournant veilla veuve et ses nièces : Lorsque nous nous connoîtrons mieux, Mesdames , vous aurez souvent l'occasion d'observer que ma chère ame ne m'épargne point sur cet article. Je l'admire autant dans ses reproches, que je suis passionné pour son approbation. i
Miss Horton a remarqué que chaque chose avoit son tecftps; mais qu'dle étoit persuadée qu\in ba^» diaage innocent oonvenoit extrêmement à la jeunesse. '
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Je pense de. même, a continué miss Martin; et Shakespear dit fort bien , que la jeunesse est le printemps de la vie, la fleur des années. Elle a prononcé ces vers d'un ton théâtral. Elle nepouvoit cacher, a-t-elle ajouté, qu'elle admiroit dans mon mari cette vivacité charmante, qui s'accordoit si bien avec l'âge que sa figure annonçoit.
M. Lovelacelui a fait une profonde révérence. II est passionné pour les louanges : plus jaloux, je m'imagine, de les obtenir que de les mériter. Cependant , il mérite assez les louanges de bette espèce. Vous savez qu'il a l'air aisé et la voix agréable. Ce compliment lui a dilaté le cœur; il s'est mis à chanter les vers suivans, qui sont, nous a-t-ildit, de Congrève * :
Lia jeunesse apporte mille plaisirs , qui s^envolent à rapproche de la vieillesse; des douceurs charmantes, qui naissent en foule dans le sein du printemps y et qui meurent dans les froids embrassements de Vhiver.
Les nièces , auxquelles il en a fait l'application, l'ont payé de sa politesse en le pressant de recommencer ; et sa complaisance les a fixés dans -ma mémoire.
On a parlé de repas et d'aliments. La veuve m'a offert très-civilement de se conformer à toutes mes
* Poète fort galant.
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volontés. Je lai ai dit que j'étpis facile à contenter ; que mon inclination me portoit souvent à dîner seule, et d'un morceau qu'on m'enverroit de chaque plat. Mais il est inutile de vous entretenir de ces bagatelles.
Elles m'auront li*ouvée fort singulière. Comme je ne les ai pas assez goûtées pour changer de résolution en levm faveur, l'idée qu'elles ont pu prendre de moi m'a'causé peu d^nquiétude; d'autant moins que M. Lovelace m'avoit mise de fort mauvaise humeur contre lui. Cependant , elles m'ont exhortée à me tenir en garde contre la mélancolie. Je leur ai répondu que je serois fort à plaindre si je ne pouvois vivre avec moi-même. M. Lovelace a dit qu'il faUoit leur apprendre mon histoire, et qu'elles sau-* roient alors comment elles pouvoient entrer dans mes vues ; et s'adressant à moi : Cependant, ma chère^ au nom de l'ainour que vous avez pour moi , m'at*il dit avec son air de confiance, donnez le moins d'accès qu'il vous sera possible à la mélancolie. Il n'y a que votre douceur naturelle, et vos hautes idées d'un respect assez mal placé ^ qui puissent vous jeter dans le trouble où vous êtes. Ne vous fâchez pas, mon cher amour, a-t-il ajouté, en remarquant sans doute que ce langage me déplaisoitj et saisissant ma main , il me Fa baisée.
Je l'ai laissé avec les dames, et je me suis retirée dans mcm cabinet pour vous écrire. On m'inler-*'
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roQipt à ce moment de sa part. H va monter à cbe* val : il me demande la permission de prendre me» ordres. Je quitte ma plume, pour descendre dan» la salle à m^ger.
Je l'ai trouvé assez bien dans son habit de campagne.
Il a voulu savoir quel jugement )• portois des femmes de la maison. Je lui ai dit que je n'avois pas de reproche conâdërable à leur faire; mais que ma situation ne devant pas me donner d'empressement pour les nouvelles connoissances , j'en aurois peu pour leur société ; et que je le pnois particulier remeiit de me seconder dans le dé»r que j'avois de déjeûner et de souper seule. Il m'a répondu que si c'étoit ma résolution, je ne devois pas douter qu'elle ne fût exécutée : que mes hôtesses n'étoient pas des personnes assez importantes, pour mériter degrands égards dans les points où ma satisfaction seroit intéressée; et que, pour peu que je prisse de dégoût pour elles en les connoissant mieux, il espéroit que je ne balanceix>is pas à choisir im autre logement.
U m'a témoigné, par des expressions fort vives, le regret qu'il avoit de me quitter. Ce n'étoit que pour se soumettre à mes ordres.^ Il lui auroit été même impossible de s'y résoudre, pendant que le complot de mon frère subsistoit encore, si je n'avois eu la bonté de confirmer , du-moins par mon si-*
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lence , le récit qu'il avoit fait de notice mariage. Cette idée avoit attache si fortement toute la maison' à ses intérêts^ qu^ partoit avec autant de satis&cjtion que de confiance. Il se flattoit qu'à son retour je fixerois le jour de son bonheur j d'autant plus que je devois être convaincue, par le projet de mon frère, qu'il ne restoit aucun espoir de réconciliation.
Je lui ai dit que je pouvois écrire à mon oncle {làrlove; qu'il tn'avoit aimée; qu'une explication directe me rendroit plus tranquille; que je méditois quelques propositions par rapport à la terre de mon grand-père, qui m'attireroient peut-iêtre l'attention de ma famille; et que j'espérois que son absence seroit assez longue pour me donner le temps d'écrire et de recevoir une réponse.
Il me demandoit pardon, m'a-t-il dit; mais c'étoit une promesse à laquelle il ne pouvoit s'engager. Son dessein étoit do prendre des informations sur les mouvements de Sin^eton et de mon frère. S^l iie voyoit aucun sujet de crainte après son retour, il se rendroit directement dans Berkshire , d'où il • ise promettoit d'amener miss Charlotte Montaigu, qui m'engagéroit peut-être à lui nommer l'heureux jour, plutôt que je n'y paroissois disposée. Je l'aï assuré que je regarder ois la compagnie de sa cou-^ ^
^ne comme une grande faveur. En effet, cette proposition m'a fait d'autant plus de plaisir-, qu'elle est «Tenue de lui-même. ^
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II m'a pressée d'accepter un bOlet de banque. Je l'ai refusé. Alors il m'a offert son valet-de-chambre, pendant son absence, afin que, s'il arrivoit quelque chose d'extraordinaire , j'aye sar-le-champ quelqu'un à lui dépécher. Je n'ai pas fait difficulté d'y consentir.
n a pris congé de moi, de l'air le plus respec* tueux , en se contentant de me baiser la main. J'ai trouvé sur ma table son billet de banque, qull y avoit laissé sans que je m'en fusse aperçue. Soyez sûre qu'il lui sera remis à son retour.
Je suis à-présent beaucoup mieux disposée que je ne l'étois en sa faveur. Lorsque les défiances ont commencé à se dissiper, un esprit capable de quelque générosité se porte de lui-même, par une espèce de réparation, à juger avantageusement de tout ce qui peut recevoir une explication favorable. J'observe sur-tout, avec plaisir, que s'il parle des dames de sa famille avec la liberté que donne le droit dusang, ce n'est jamais, néanmoins, sans quelque marque de tendresse. Il me semblé que les sentiments d'un homme pour ses parentes , peuvent donner à une iemme quelque raison d'espérer de lui des manières obligeantes après le mariage, lorsqu'elle est résolue d'apporter tous ses soins à les mériter. Ainsi, ma chère, je me vob au point d'être assez contente de lui ; d'où je crois pouvoir conclure qu'il n'est pas naturellement d'un mauvais
tsaractèi^. Tellessont du^^moins mes réflexions. Pui»sie^-votis, ma chère, être toujours heureuse dans les vôtres!
ChAKÏSSB HAIlX.OYEi
LETTRE CLIL
JLiOT'BLACBj dans une lettre de la même date à son ami Belford, triomphe d*avoir emporté leé deux grands points qu^il se proposoit : de faire penser dans la maison ^ Clarisse pour sa femme ^ et de coucher une nuit sous le même toit. Il se croit sûr j dit^il^ d'emporter bientôt le reste/ par surprise du^moins, si ce n^estpas par persuasion. Cependant^ il s'attribue quelques petits remords J" Il reconnoit que le rôle qu'il joue, n'est pas celui des bons anges : mais après avoir réussi jusqu'^^ lors ^ il ne peut s'empêcher, dit-^il, d'essayer, suivant son projet, s'il pourra porter ses apan^ tages plus loin.
Le détail qu'il fait de ses débats avec Clarisse diffère peu de celui qu'on a lu dans les demièred lettres. Il pamtt que tout sonrnérite , par ràp^ port à elle, consisté dans la Justice qu'il rend à
Trcvost. Tomt XXL a7
4l8 HISTOIRE
êeê perfections de corps et d^esprit, quoique câ aveu fasse sa condamnation.
Dans une seconde lettre , il rend compte à sort ami des circonstances du déjeûner. Elle commence dans ces termes :
« Te peindrai-je Pair noble, l'air serein, elle » poil charmant de ma déesse, en descendant vers )> la compagnie qui l'attçndoit? Sou approche im- 7) posoitle respect aux yeux, le silence aux lèvres y> tremblantes, et le mouvemeut a!;ix genouz ^ pour y> se plier d'eux-mêmes : tandis qu'armée du senti- » meut de son mérite et de sa supériorité, die 0) s'avançoit, comme une reine , au milieu de ses }^ vassaux; sans fierté néanmoins ej; sans hauteur^ » conune si la dignité lui étoit naturelle ,' et les )» grâces une habitude».
'\ Il observe la jalouâe de Sally Martin , et de FoDy Horton, en voyant son respect pour miss Clarisse. Ces'deux filles ayant reçu une éducation trop relevée pour leur fortune, et s'étant livrées au goût du plaisir, .étoient devenues facilement la proie de ses artifices. Elles s'étoient associées depuis quelque temp^ avec madame Sinclair, pour attepdrel'occasion dese faire des amants; et, suivant la remarque de M. ^ velaoe , elles n'avoient point encore efiàcé , dans leur cœur, ce sentiment de distinction, qui fait ^'une fenomc préfère un homme k un autre. ^ « ^iH est diffieilè;^ dit-il, dé faire souscrire utt«
ik A..- V ^
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y> femme h mie préférence qui la blesse , quelque » juste qu'elle puisse être, sur-tout, lorsque Famour » y est intéressé ! Cette petite enragée de Sally a » l'inscJence de se comparer à un ange, en confe»' » sant néanmoins que c'est un ange, Gardez-^ousy » m'a-t-elle dit, je vous en avertis, monsieur Lor » velace, de vous livrer devant moi à vos trans* )) ports extravagants de tendresse, pour cette fiére » et sombre beauté : je ne le soutiendrois pas. £n^ )) suite, elle n'a pas manqué de me rappeler sea y> premiers sacrifices. Quel bruit ce sexe fait pour )> moins que rien ! Otons les agréments de l'intrigue ; )) dis-moi, je te prie, Belford, ce que les femmes y> font de si merveiUeus; pour nous.
» Mais tu serois surpris toi-même des efforts que » ces deux créatures font pour m'anîmer. Une » femme tombée , cher Belford , derirât plus diable » que le plus méchant d'entre nous. EUe est au-^ ^ dessus des remords. C'est on je ne suis point j ei » je t'assure qu'elles ne parviendront jamais, quoirc » qu'aidées de tout le pouvoir infernal, à me faire » traiter celte admirable fille avec indignité ; autant » du- moins que l'indignité peut être distinguée )) des épreuves , qui m'apprendront si c'est une y> femme ou un ange.
)) Je ne suis qu'un poltron , si j'en crois ces deux » coquines. Je l'aurois déjà , si je le voulois. Si je y> la traitois comme un composé de chair et de
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1» sang, jela trouver ois telle en effet. Elles m'avoient t> cru bien instruit, si quelqu'un Fest au monde, 7> que faire une déesse d'une femme, c^est être sur » qu'elle prendra les airs d'une déesse ; que lui 3) donner du pouvoir, c'est l'autoriser à l'employer » sur celui qui le donne, si l'abus ne va pas plus j> loin; et l'on m'a cité la femme de notre ami, 7> qui tient , comme tu sais , le plus complaisant des y> maris dans une respectueuse distance, et qui fait :k> les yeux doux à un brutal de laquais. Je me suis )) vivement emporté contre tous ces blasphèmes* y> Je leur ai dit qu'elles me feroient haïr leur mai- » son, et prendre le parti d'en retirer ma char- » mante. Sur ma foi, Belford , je commence à me 7> repentir de l'y avoir amenée. U est vrai que, sans }> connoitre lé fond de leur cœur, elle est déjà y> résolue d'avoir avec elles aussi peu de commerce y> qu'elle pourra. Je n'en suis pas fâché j car la 7> jalousie n'échappe guère aux yeux d'une femme , 7> et Sally n'a pas le moindre empire sur eUe-méme.
» LOVELACB ».
LETTRE CLIIL
Misa Cljrisss Harlove à miss Howe.
Vendredi 18 avril.
Al. LovELACE est déjà reveniu.Il apporte le complot cle mon frère pour prétexte.* Mais je ne puis prendre une si courte absence que pour une manière d'éluder sa promesse j sur-tout après le soin qu'il avoit eu de se précautionner ici, et n'ignorant pas que je m'étois proposé de garder soigneuse^ ment ma chambre. Je uq puis supporter d'être jouée. J'ai insisté , avec beaucoup de mécontente^ ment, sur son départ pour Berkshire, et sur la parole qu'il m'avoit donnée de proposer le voyag^j de Londres à sa cousine.
O ma chère vie ! m'a-t-il répondu , pourquoi me vouloir bannir de votre présence? Il m'est impossible de m'éloigner aussi long-temps que vous semblez le désirer. Je ne me suis pas écarté de la ville depuis que je vous ai quittée. Je n'ai pas été plus loin qu'Ëdgvrare; et mes justes craintes, dans une crise si pressante, ne m'ont pas permis de m'y arrêter deux heures. Vous représentez- vous ce qui se passe dans un esprit alarmé , qui trembla pour
tout ce qu'il a de cher et de précieux au monde? Vous m'avez parlé d'écrire à votre oncle. Pourquoi prendre une peine inutile? Attendez jusqu'après l'heureuse cérémonie, qui m'autorisera sans doute à donner du poids à vos demandes. Aussitôt que votre famille sera informée de notre mariage, tous les complots de votre frère s'évanouiront; et votre père , votre mèce , vos oncles , ne penseront qu'à se réconcilier avec vous. A quoi tient-il donc que vous 1)6 Qietties le «ceau i mon bonheur? Quelle raison y encore une fois, avez-vous de me bannir de votre présence ? Si je vous ai jetée dans queiqae embar*ras , pourquoi ne pas m'aocorder la satisfaction de TOUS en tirer avec honneur?
U est demeuré en silence. La voix m'a manqué pour seconder le penchant que je me sent ois à lui faire quelque réponse qui ne parût pas rejeter toutà*-fait une si ardente prière.
Je vais vous dire, a-t-il repris, qud est mon dessein, si vous l'approuvez. J'irai sur-le-champ &ire la revue de toutes les nouvelles places et des pttfs beDes rues, et je reviendrai voua apprendre si l'y ai trouvé qudque maison qui nous convienne. Je prendrai eelle que vous choisirez. Je me hâterai de ia mettUer, et je lèverai un équipage confornae à notre eonditioti; Vous dirigerez tout. Ensuite ayes la bonté de fixer un jour, soit avant, soit aprè» notre étaMissement, pour me rendre le plus heit-
reiïx de tous les hommes. Que mahquera^t-il alors à notre situation ? Vous recevrez dans votre propre maison , si je puis la meubler aussi promptement que je le désire , les félicitations de tous mes pa*rents. Miss Charlotte se rendra auprès de vous dans l'intervalle. Si Faffaire. des meubles prectd trop de ten^ps ) vous choisire2> dans m% famille qui vous voudrez honorer de votre compagnie, en premier, en second^ en troisième rang, pendant les premiers mois de la belle saison. A votre retour, vous troii-^ verez tout arrangé dans votre nouvelle demeure; et nous n'aurons plu» autour de nims qu'une chaîne eontinueDe de plaisirs^ Ahî chère Clarisse! prenezmoi près de vous, au-lieu derme coxidamner aix bannissement ; et faites que je s<às à vous pour tou-'. jours.
Vous voyez, ma chère, que les instances ne tombaient pas ici sur un jour fixe. Je>u'en ai pas été fâchée 9 et j'en ai repris plus aisément mes esprits; Cependant, je ne lui di pas donné sujetdese plaindre que j'eusse refusé l'offre de chercher une maison.
Il est sorti dans cette vue. Mais j'apprends qu'il se propose de passer ici la nuit ; et ^il y passe cellecf , je dois m'attendre que^ lorsqu'il fera quelqueséjoui^ à la ville, il y passera toutes les autres. Comme Iç^ portes et les fenêtres de mon appartement spnt à l'épreuve; qu'il ne m'a donné jusqu'à-présefit aucun sujet 4^ défiance; qu'il a le prétexte du complot de
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mon frère; qne les gens de la maison sont fort obligeants et fort civils, particulièrement miss Horton j qui parott avoir conçu beaucoup de goût pour moi, et qui a plus de douceur que miss Martin dans l'humeur et dans les manières; enfin, comme tout a pris une apparence supportable, je m'imagine que je ne pourrois insister sur sa promesse, sans un air excessif d'affectation, et sans m'engager dans de nouveaux débats, avec un homme qui ne manque jamais de raisons pour justifier S€6 volontés. Ainsi, je crois que je ne prendrai p^s eonnoissance du dessein qu'U a de se loger ici , s'il ne m'en parle pas lui-même.
Marquez-moi^ ma chère, ce que vous pensez de ehaque artidk.- Vous vous figurez biep que je lui ai rendu son billet de banque au moment de son arrivée.
Vendredi an soir«
Il a VU trois ou quatre maisons, dont aucune ne lui a plu. Mais on lui a parlé d'une autre, qui promet quelque chose, dit-il, et dont il sera mieux in-^ formé demain;
.'Samedi à mkK.
'Il a pris des informations. Il a même déjà vu la maison dont on hii avoit parlé hier au soir. Le propriétaire est une jeune veuve qui est inconsolable de )a mort de son mari. Elle se nomme madame Fret-, chville. Les meubles sont du meilleur goût, n'étant faits que depuis six mois. Si je ne les trouve pas.^
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tnon grë , ils peuvent être loués pour quelque temps, avec la maison. Mais si j'en suis satisfaite , on peut louer la maison , et faire marché sur-le-champ pour acheter les meubles.
La dame ne voit personne. On n'a pas même la liberté de viâter les plus beaux appartements d^ea haut, jusqu'à ce qu'elle les ait quittés pour se rendre dans uue de ses terres, où elle se propose de vivre retirée* Elle pense à partir dans quinze jours , ou dans trois semaines au plus tard.
Le sallon et deux pièces d'en bas, qui sont la seule partie de la maison qu'on ait fait voir à M. Lovelace, sobt d'une parfaite élégance. On lui a dit que tout le reste y répond. Les offices sont. commodes j les remises et l'écurie fort bien situées. Il sera fort impatient, dit^il, jusqu'au moment où j'en pourrai juger moi-même ; et s'il ne se présente râen d'ailleurs qui me plaise plus que soii récit, il ne fera point d'autres recherches. Pour le prix, c^est à quoi il ne s'arrête point.
Il vient de recevoir une lettre de mylady Law^rance, qui regarde principalem^it quelques affaires qu'elle sollicite à la Chancellerie. Mais elle ne laisse pas d'y ^ parler de moi dans des termes fort obligeants. Toute la famille , dit-eUe , attend l'heureux jouf* avec une impatience égale. Il en a pris occasion de me dire qu'il se flattoit que leurs désirs et les siens seroient bientôt remplis : mais, quoique
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le moment fût si favorable , il ne m'a pas pressée pour le jour. C'est ce que je trouve d'autant plus extraordinaire, qu'avant notre arrivée à Londres, il marquoit un extrême empressement pour k célé^ bration.
Il m'a demandé en grate de lui accorder ma compagnie, à lui et k quatre de ses meilleurs amis, pour ime petite collation qu'il doit leur donner ici, lundi prochain. Miss Martin et missHortoan'ea pourront pas être , parce qu'ellest sont engagées d'un autre côté, pour une fête annuelle, avec les deux filles du colonel Solcombe, et deux niècea du cbeyalier Holmes. Mais il aura madame Sinclair^ qui kû a fait espérer d'avoir aussi missPartington^ jeune demoi-î selle d'un mérite et d'une fortune distinguée, dont il paroît que le colonel Sinclair a été le tutecur jusqu'à sa mort, et qui donne, par cette raison, le nom de maman à madame Sinclair.
Je l'ai prié de m'en dispenser. Il m!a' mise, lui ai-je dit, dans la désagréable nécessité de passer pour une personne mariée ; et je voudrois voir aussi peu de gens qu'il me sera possible, qUi ayentidesmo» cette opinion. Il m'a répondu qu'il se g^rderokt bi^si de j^e presser, ai j'y avois trop de répugniuoioe; mais quec'étoit eSecûvementses jBeiUeur&amid,des9ens de mérile ^t bien établis dans le monde, qui mouroientd'enViede me voir : qu'à-la'véf ité,ils croyotent iiatre mariage réel, comme son ami Dolemai», mai^
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avec]es restrictions qu'il avoit expliquées à madame Sinclair; et que je pou vois compter, d'aiUeurs, que sa politesse seroit portée devant eux jusqu'au plua profond respect.
Lorsqu'il s'est bien résolu à quelque chose , on n'a pas peu d'embarras , comme je vous l'ai dit ^ à lui faire abandonner son idée. Cependant, je ne veux ))as être donnée en spectacle, si je puis l'empêcher; sur-tout a des gens dont le caractère et les principe» me sont très*suspects. Adieu , très-chère amie j, objet presque unique de mes tendres affections.
Clarisse Harloye.
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