‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 17 sur 76 · HISTOIRE DE CIDAL ACMET · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE CIDAL ACMET

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JjB commerce amène tant d'étrangers à Londres, que l'habitude d'en voir arriva tous les jours de nouveaux , empêche qu'on ne fasse attention k la ângularité de leur habillement , de leurs usages et de leurs mœurs. I^a plupart n'y demeurent pas plus long -temps que leurs a&ires ne le demandent. D'autres y filent leur s^our , soit qu'ils se laissent prendre aux charmes de la liberté , soit qu'il» jugent i propos de s'y établir pour FutiUté de leurs affaires , et sur-tout pour entretenir de là des corres^ pondances avantageuses dans leur propre p^ys* Ce

£T AKECDOTSS. ^ âSg

âernier prétexte est si commun , qu'il sert ordinairement de voile à tous les autres motifs ; de sorte qu'un étranger qui s'arrête long*temps à Lon-dres , passe pour un marchand qui y est retenu par quelque relation de commerce.

On avoit cette opinion , depuis plusieurs années y d'un Turc qui se faisoit nommer Herby , et qui avoit la réputation d'être extrêmement riche. Il faisoit sa demeure à deux milles de la ville , dans une maison magnifique, mais écartée, qu'il avoit achetée d'un directeur de la compagnie du Sud , et qu'il avoit embellie par des dépenses continuelles. Les jardins en étoient vastes , et les bâtiments d'une grande étendue. Comme il n'y avoit point d'autres maisons dans le voisinage , à la distance de plus d'un mille , et que M. Herby n'entretenoit aucune communication avec les Anglois , peu de personnes connoissoient l'intérieur de cette belle solitude. Ce n'est pas qu'il n'eut des domestiques en grand nombre , mais la plupart étoient des Turcs qu'il avoit amenés de son pays , et qui paroissoient lui être fort attachés. Il n'employoit qu'eux pour le servir dans ses appartements et dans ses jardins. Ceux qu'il' avoit pris k son service en Angleterre àvoient des bornes qu'il leur étoit défendu de passer , et dans lesquelles ils se eontenoient d'autant plus facilement, que la moindre indiscrétion les faisoit chasser sAos miséricorde ; ils craignoient de

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perdre une Condition qui étoit d'ailleurs fort douce et fort avantageuse pour eux. * , ^

Pendant que M. Herby Se tenoit renfermé dans eette retraite, d'où il ne sortoit que pour se faire voir quelquefois à la bourse et sur le port , plu- ' sieurs familles de Londres avoient vu disparoître de leurs maisons des filles fort aimable, dont on avoitattribué la fuite au libertinage ou à la séduction de leurs amants^ Dans une ville de la grandeur d^ Londres, ces sortes d'aventures ne font point assez d'éclat pour donner lieu à des recherches incommodes. Le plus grand soin des parents est de cacher leur perte ; l'impossibilité d'y remédier fait à-la-fia qu'ils s'en consolent. D'ailleurs, qui se seroit défié que tant de beautés angloises fussent volontairement ^ au pouvoir d'un Turc ? C'étoit néanmoins chez M. Herby qu'il s'en trouvoit une douzaine des plus charmantes ; et si la plupart y avoient été attirées par adresse, et sans savoir à quel sort elles étoieut destinées , il a voit trouvé le secret de rendre leur esclavage si agréable, qu'elles en auroient regardé la fin comme un malheur.

Elles n'étoient pas d'une naissance bien distinguée. Mais la beauté est de toutes les conditions; et pour un Turc , qui ne se piquoit pas sans doute de cette délicatesse de goût qui fait regarder la polit lesse des manières et les grâces comme l'attrait le plus séduisant du beau sexe, c'étoit assez qu'elle»

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fussentbeUespourluiparoîtreaimables, sans qu'elles eussent besoin de ces autres charmes qui sont le fruit de l'éducation et de l'usage du monde. La première qu'il avoit attirée dans sa maison étoit une lingère. Il l'avoit gagnée à force de présents. Celleci avoit contribué ensuite à lui en procurer d'autres ^ caria crainte du partage avoit fait moins d'impression sur elle, que le déplaisir de se voir con* damnée à une solitude continuelle. On sait que les jeunes filles , qui sont nées avec un peu de beauté y se recherchent et se lient naturellement. La lingère avoit plusieurs amies aussi jolies qu'elle. L'envie de les avoir pour compagnes', la fit entrer avec joie dans les idées de. M. Herby. Elle écrivit d'abord à celles qu'elle connoissoit les plus faciles, et sanslair marquer le lieu de sa demeure i dont elle ignoroit elle-méipe le nom , elle leur faisoitune peinture^ agréable de son sort, qu'elle les fit consentir aisément à lui rendre ensemble une visite , et à se laisser conduire par la personne qu'elle avoit chargée de ses lettries.. Un carrosse que M. Herby avoit envoyé jusqu'aux murs de Londres les reçut et les lui amena. Elles étoient trois. U avoit étalé ses meu-» blés les plus précieux, et tout c^ qi^i pouvoit donner une grande idée de ses richesses. En, effet ^ on verra par la suite dç cette histoire qu'elles étoienf immenses. Les. bijoux et les curiosités brillantes qui éblouissent les yeux des femmes, y paroissoient;

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seines avec profusion. La lingère avoU; eu soin surtout de se couvrir des parures les plus riches. Ce fut dans cet ëtat qu'elle reçut' ses trois amies , et la description qu'elle leur fit de son prétendu bonheur, surpassa encore le témoignage qu'elles en recevoient de leurs propres yeux.

Trois petites bourgeoises , qui n'avoient peutêtre rien vu de plus beau que leur boutique , ne manquèrent pas de se laisser prendre à tant de magnificence. La jalousie suivit sans doute Fadmiration , et elles se demandèrent au fond du cœur Ce qu'elles ayoieut (ait à la fortune qui ne leur ac- Cordoil pas les mêmes faveurs. Maïs cette réflexion ne les fit pas souffrir long-temps ; car, après avoir achevé de leur faire voir toutes les beautés de ce délicieux séjour, la lingérè leur fit entendre qu'elle s'^timeroit fort heureuse, si elles voûloient partager son bonheur avec eHe* Elle leur apprit qu'en les priant de la venir voir , elle n'avoït point eu d'autre dessein que de leur faire celte offre ; qu'il dé^endoit d'elles de l'accepter , et qu'elle^ ti'àvoient qu'à donner un signe de consentement pour être aussitôt matiressèsi aus^ absolues qu'elle-même , et de la maison et dé toutes les richesses qu'elles y avbient vues. Elle ajoiita à ce discours l'éloge dû inaltre, qui étloit effectivement un hohime de bonne tnine et d'un naturel fort doux. Il avoît prêté l'orbe à tout ce qui s'étoit passé ; de sorte que venant

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^ paroitre dans îe temps que les trois filles ëtoient déjà fort ébranléeb , il acheva ^e les ^gner pat* se$ civilités et par ses promesses.

C'est ainsi que M. Herby commença son établis^ sèment. Il sefoit trop long d'entrer dans le même détail à regard dés anti^es compagnes de sa solicude. Il en séduisit quelques-unes par lui-même, d'autres par ses émissaires; et il vint à bout, par sa complai-* sénce et par la vie délicieuse qu'il leur ût mener, de les rendre contentes de leur sort^ Il fallait être tassi riche qu'il 1 etoit, pour pouvoir fournir constamment à tant de Repensés. Les engagements qu'il avoit aveé ses douze mahresses s'étendirent bientôt plus loin. Il se trouva bomme forcé de pourvoir à Pentrelien de leurs familles ; et la crainte d'être découvert , s'il eut refusé d'y consentir , lui en fit une nécessité indispensable. Cet incident mérite d'être rapporté avec toutes ses circonstances. '

Une de ces filles commençant peut-être à s'eqpuyer de la retraite , le pressa un jour de lui accorder la liberté de voir son père et sa mère qu'elle suppo*soit être fort affligés de son absence. Soit caprice ^ ou tendresse naturelle , elle lui fit cette prière aveô tant d'instances et de larmes, que si elle n'obtint point la liberté de sortir du logis, elle fut du-moiris satisfaite autrement. M» Herby forma lui-même le plan de cette entrevue, et se proposa d'en tirer au* tant de plaisir que sa maîtresse. H résolut de faire

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amener cbc» lui le père et la mère, qui^ n'étoîeDt pas des gens d'une condition fort relevée, et de s'y prendre pour cela copime il avoit fait à l'égard de ses trdis premières fiJles, c'est-à-dire, de leur cacher, autant qu'U seroit possible, le npm et le Ueu de sa demeure, en les Ëdsant conduire par des chemins détournés, et de les recevoir avec tant d'honneur et de magnificence qu'il pût se faire un avertissement de leur sur][)rise et de leur embarras* H y ajouta une circonstance qui servit encore à rendre l'exécution de ce projet plus agréable; ce fut de prolonger si bien le temps par les détours qu'on leur fit faire sur la route, qu'ils n'arrivèrent k sa maison qu'à l'entrée de la nuit. Rien ne fut si facile à exécuter. Ces bonnes- gens , qui avoient été yéritabl^nent a£Bigés de la perte de leur fille, n'eu- X&at pas plutôt reconnu sa main dans la lettre qu'eUe leur écrivit y qu'ils brûlèrent de la revoir. Elle |fiur parlait d'ailleurs de sa fortune, comme â; elle eût été la première reine du monde, et elle les prioit de venir s'en assurer par leurs propres yeux. JiC porteur de la lettre ne leur recommanda que le silence et la discrétion , et convenant avec eux du temps de leur départ, il leur proi|]\it.iie les venir prendre dans un carrosse; C'étoit peutêtre la première fois qu'ils y étoient montés de leui'

yie. • • . . .. ' -.

, L'ordre de n'arriver que dans l'obscurité fut

observé fidèlement. M. Herby s'étoit prépare, pendant ce temps-là , à l'accueil qu'il vouloit leur faire, n avoit embelli ses appartements par des ornements extraordinaires. Les bougies, sur-tout, n'avoient point été épargnées^pour rdever l'éclat des meubles^' • et frapper plus vivement l'imagination de ses hôtes. Comme c'étoit pour leur fille qu'il célébroit cette fête , il avoit voulu que ses onze compagnes con-^ tribuassent à tout ce qui pouvoit lui faire honneur. Elles furent vêtues plus simplement qu'elle^, quoique cette simplicité même fût magnifique, afin, qu'elles pussent passer pour ses suivantes. Pour elle^ rien n'étoit si riche et si brillant que sa parure. EUè fut placée sous un dais, dans un fauteuil doré^ tan(> dis que toutes les autres, et M. Herby même, qui voulôit être regardé comme son premier domestique, étoient debout, à quelque distance d'elle, dans une posture- soumise et respectueuse. Les valets turcs de la maison setenoiènt dans les anti* chambres , où ils avoient aiïssi» leur rôlequi convenoit au dessein de leur maître.

La scène que M. Herby vouloît se donner, île pouvoit manquer d'être agréable, après tant de préparatifs. EOe réussit au-ddà de ses espérances. Les deux bourgeois de Londres se crureait dans une maison royale, et s'imaginèrent que leur fille étoit devenue tout au-moins une princesse d'Angleterre. Oales traita délicatement à souper. Ils furent servie.

avec autant de respect que leur fille; et, pour mettra le comble k leur joie, ils reçurent d'elle, en la quittant, un sac plein d'écus, qui leur prouva clairer inent que tout ce qu'ils avoient vti n'^toit point un ^nge.

On eut soin de les faire partir avant la fin de la nuit, et de leur faire tenir encore une route détour*, née pour les empêcher de se reconnoître. Cepen^ dant, quelque précaution qu'on eût pu prendre 3^ on ne trompa point tout-à-iEait les ^loupçons du père, qui étoit un homme de boii sens* Il avoit déjà re^ marqué, en venant, que le carrosse avoit fait pluûeur^ détours. Les réflexions qu'il fit, en sortant de cette belle oiaison , sur l'éclat ou il avoit vu sa^ fille, et le peu d'explication qu'il avoit tiré d'elle sur la cause de sa fortune, lui firent comprendre aisément une partie de la vérité- Il en devint plus, attentif à observer le chemin par lequel on le con-: duisoit. La nuit n'étoit pas si sombre qu'il ne put découvrir certaines marqués. Il en découvrit assez pour s'assurer de pouvoir les reconnoilre le lender main; et quittant le carrosse sans aifectaiion, dans les rues de Londrl^s, il résolut de ne pas laisser pas* ser le. jour suivant, &àn$ s'éclaircir du sort de sa Rlle^ Ses recherches réussirent heureusement. Il apprit que M.Herby étoit unTurc qui possédoit de grandes richesses. Il ne doitta pas qu'il n'eût débauché sa fille. Après s'être un peu livré au ressentiment de

cette injure 9 il revint doucement à penser que le mal étant sans remède , il n'avoit pas d'autre paili Il prendre que d'en tirer tout le fruit qu'il poijrroit pour sa fortune- Une fête qui n'avoit duré qu'une nuit, et un sac d'écus, lui paroissoient un prix trop modique pour l'honneur de sa fîlie. Quoiqu'il ignorât encore que M. Herby en avoit débauché onze avec Ja sienne y ce qui lui auroit donné beaucoup plus d'avantage sur lui , il crut pouvoir lui causer assez d'inquiétude sur l'article auquel il étoit intéressé, pour l'obliger d'entrer en composition. Ainsi, prenant la plume sans perdre de tenips, il lui marqua , avec beaucoup de hauteur , non - seulement qu'il le connoissoit pour le ravisseur desa fille, mais que s'il ne recevoit de lui un dédommagement proportionné à l'insulte, il étoit réçolu de le poursuivre dans toute la rigueur de la justice. L'amour de la paix, l'ignorance des loix du pays, et d'autres craintes firent souhaiter ausûtôt à M. Herby dç finir secrètement cette affaire. II convint , avec lé père, de lui faire une pensioa annuelle , a^issî long «temps que sa fillé consentiroit à viVre avec lui.

D'un autre côté, les autres filles, à qui cette aven** ture ne put être cachée, et qui n'avoient p^ vu, sans jalousie, l'honneur qu'on dvoit fait à leur cotn* pagne , souhaitèrent les mêmes faveurs pour ell^Sr* mêmes et pour leurs familles. M. Herby craignit les

conséquences de leur mécontentement et de lenrat murmures. II secrut perdu , si l'histoire deses amours éclatoit. Enfin , étant eu état de donner beaucoup sans s^apauvrir , il prit le parti de satisfaire toutes ses maîtresses, et il devint ainsi comme le père de douze filles et de douze familles.

Quelque temps après, un des domestiques de M. Herby étant entré dans la chambre de son (naître , à l'heure qu'il avoit ordonné de FéveiHer y ne trouva dans son Kt qu'un cadavre sanglant auquel on avoit coupé la tête. Une fille, qui avoit passé la nuit proche de lui, avoit été assassinée aussi de pluâeurs coups. Ce tragique accident ayant attiré aussitôt toutes les filles et tous les domestiques dans la chambre, on s'aperçut qu'il manquôit deux valets turcs qui n'ont pas reparu depuis, quelque diligence qu'on ait faite pour les trouver. On reconnut aussi que les cabinets avoient été ouverts, et que les mon-^ ceaux d'or et de pierreries, qui y étoient renfermés^ de la connoissance même des domestiques turcs ^ avoient disparu. La consternation de tous ceux qui fur^t les premiers témoins de ce spectacle^ fit açsez connoitre que ce n'étoit point parmi eux qu'il falloit chercher les coupables , et la fuite des deux valets étoit une preuve qui s'expliquoit d'ellemême. Cependant il paroissoit difficile de comprendre que deux hommes eussent pu transporter^ en si peu de temps, tous lés trésors de M. Herby^

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liVr seul , suivant le témoignage d'un de ses esn claves turcs , qui avoit toujours été son confident , montoit encore à plus d'un million , malgré tdutes les dépenses qu'ils avoient faites depuis environ dix ans. La justice , qui fut appelée sur-le-champ y se trouva fort embarrassée au récit qu'elle se fit faire de ces circonstances; mais comme on n'arrête point les gens en . Angleterre sur des soupçons vagues et sur de simples vraisemblances , les filles et les domestiques eurent la liberté de se retirer. Quelque obscure que cette affaire eût paru d'abord, on eut le même jour, avant la nuit, divers éclaircissements qui servirent à expliquer une partie de l'aventure. Les esclaves turcs n'ayant plus d'intérét à déguiser le nom et les affaires de leur maître ^ déclarèrent naturellement tout ce qu'ils savoient de sa fortune. Le véritable nom de M. Herby étoit Cidal Acmet. Il étoit de Constantinople, et Fun des grands seigneurs de l'empire Ottoman. Une passion ambitieuse avoit causé toutes ses infortunes^ Ayant porté ses désirs jusque sur une des filles du sultan, il avoit eu la hardiesse d'aspirer à l'épouser, et il avoit employé, pendant plusieurs années, tous ses efforts pour l'obtenir. Un bâcha, plus heureux, l'avoit emporté sur lui; mais favorisé par l'amour, autant que son rival l'étoit pisir la fortune, il s'étoit fait aimer de la jeune sultane, et il avoit entretenu avec elle un commerce de galanterie, jusqu'à ce

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qu'ayant en quelque raison de croire qu'il étoîl trahi par les confidents de son intrigue, il avoit fait consentir sa maîtresse à la fuite, pour se dérober tous deux à la vengeance du grand -seigneur et du bâcha. Il ayoit chargé un vaisseau de ses richesses. La sultane avoit fait main- basse, de son côté, sur 'le trésor de son mari. Ils s'étoient rendus le plus heureusement du monde à Y enise , où ils avoient Técu fort .tranquilles jusqu'à la mort de la sultane, qui étoit arrivée au bput de quelques mois. Le chagt-in de cette perte, et la crainte d'être reconnu tôt ou tard dans une ville si voisine de la Turquie, le portèrent ensuite a changer d'asile. Il avoit entendu parler des avantages qu'un étranger trouve en Ajor gleterre. C'est l'extrémité du monde pour un Turc. Il remonta sur le même vaisseau qui l'avoit apporté 9 Venise , et il vint droit à Londres avec toutes ses richesses. Ce détail parut certain touchant sa personne,

. A l'égard de sa mort, on sut, par les dépositions de plusieurs marchands turcs établis 'à Londres, qu'il y étoit arrivé , six semaines avant cet accident, trois hommes de leur pays , avec lesquels ils avoient eu plusieurs entretiens, sans pouvoir découvrir le véritable objet de leur voyage. Ils faisoient entendre seulement qu'ils étoient chargés d'une commission importante , et ils s'informoient, avec beaucoup dô curiosité, du nom et de la situation de touslesTurcs

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l|iii étoîent à Londres. Il se trouva que ces trois Turcs avoîent pris congé de leur hôte, pour retourner, disoientrils , d^ps leur patrie, le jour même qui précéda la mort de Cidal Acmet. Cette circonstance, jointe à la fuite des deux valets, avec l'impossibilité qu'il y auroit eue pour deux hommes de transporter un million en or et quantité de pierreries, avec la connoissance qu'on eut d'ailleurs de l'enlèvement de la sultane et du ressentiment que le grand - seigneur et le bâcha durent concevoir de cet outrage ; toutes ces raisbns firent croire que )a cause du malheur de Cidal Acmet étoit venue de plus loin que Londres, et que ses assassins étoient des émissaires de Constantinople qui avoient gagné deux de ses principaux domestiques pour avoir la facilité d'exécuter leur coup. Sa tête, qu'ils avoient coupée, fut encore une circonstance qui favorisa ce soupçon. Ils l'emportèrent avec eux, sans doute pour rendre témoignage du succès de leur commission , et pour satisfaire pleinement la vengeance de ceux qui les avoient employés , en remçrttant entre leurs mains l'objet de leur haine. On raconte injJle traits semblables qui confirment cette opinion. U est arrivé soiiVent que des esclaves turcs , chargés par leur maître de se défaire d'un ennemi, ont emr ployé vingt ans à le pour^vre, ou à chercher Foc* çasion de lui ôter la vie , et n'ont osé rcparoîlre sans lavoir exécuté cet ordre. Td fut enfin le sort d^

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malheureux Cidal Acmet. On auroit pu espérer d'autres éclaircissements, s'il avoit laissé quelqu^iin après lui qui prit assez de part a sa mort pour chercher ses meurtriers avec un peu de vigueur; mais chacune de ses filles ne s'y intéressoit sans doute que pour un douzième, ses domestiques n'étoient {capables de rien , et tous ses trésors avoient ^té enlevés.

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