‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 19 sur 76 · AVENTURES D'UN SOLITAIRE · texte numérisé non relu

AVENTURES D'UN SOLITAIRE

A. quelque distance de Spolette ^1 Italie, sur urne montagne qui est à couvert de toutes sortes d'iocoinh xnodités par sa situation , l'on trouve tm grand nOEor Jsa-e d'ermitages oii le goût de la solitude rassemblé jquantité dlionc^tes gens. Chacun y vit en particu^ lier dans la cabane qu'on lui a cédiée, ou qu'il s'esi &it construire. La tranquillité et l'indépendance* sont des biens constants dans cet heureux séjour. On y vit du travail de ses mains , et l'on n'y désire que Gp qui suffit poijir yivre. Quelques riches partiptil^ers des environs y ont fait bâtir une ^fise, et

comme il se trouve toujours quelques pr<èlreseatr<t les solitaires^ onn'a plus besoin d-autre secours pouf le service 4ivio. Il consiste dans une messe- basse y qui se dit chaque jour à la même heure. H n'y a point d'autre exercice commun , ni de loi qui gène la Ih* bertéflont chacun jouit dans sa cabane. Le prâat diocésain est le seul chef qu'on y reconnoisse; naaÎA il se mêle p^u de ce qui se passe dans un lieu où Fin^ nocence et la paix ont toujours régné.

Un Espagnol , après s'être présenté modestement à l'évéque , se fit construire un ermitage dans ua lieu des plus solitaires de la montagne. Quoiqu'il ne l'eut point orné d'une manière éclatante y et qu'il n'eût pris qu'un espace médiocre pour son jarcfin y on s'aperçut qu'il y avoit plus d'élégance et de commodités que dans les cabanes ordinaires. Il y avoit employé plusieurs ouvriers du pays, et les ayant payés libéralement , on avoit jugéaiissi que ce ri^toit poÎBt la pauvreté qui le forçoit à prendre le parti de la retraite; Gependant personne n'èUt l^discré>tion de vouloir péxiétter dans ses vues, ni de l'interroger même sur sa naissance et sa fortune. Il se cbni'iftnniqua peu, H n'assistoit à ià messe<]ue lés jours xsarquéa parle pMcepte , ^ se retirant aussitôt dans sa sofiludé , il se eôntentmt dé sàluar câtilement ceux qui se tronvoient aur son éhemin. Le hazara fit rafnarqtier à quelqiies autres solitaires qu'un Ihonmié à eh&val lui apportôH toutes les semâmes

une mallô remplie, et qu'il la renvoyoit après l'avoir vidée : mais enaupposanl qu'dle contint des pi*oviûoDB, ce n'étoit point un sujet de reproche dans un lieu où cbacun est libre de se vêtir et de se nourrir isondioix. n

n a voit tenu cette conduite pendant d<enx mois ; ÎMUI8 marquer au solitaire le plus voisin , qui étoit éloigné de lui d'environ deux cents pas , la moindre envie de le connoitre« Celui-ci étoit un gentilhomme véronois, qui devoît son inclination pour le genre de vie qu'il avoit embrassé , au dérangement de la fortune. La douceur de son caractère et la force de l'haUtude Yj retenoit depuis qudques années beau-* «oup plus que le E^e. Il s'étoit fait à sa condition, jét réprimant ^ussi aisément sa curiosité que le mou* vement de ses autres passions, il laissoit à^n voisin toute la liberté qu'il soubaitoit pour lui-même. Dans eette di^oâtion , il auroit été indifférent toute sa vie pour une liaison qu'on ne paroissoit pasdéârer. Mais tin jonr qu'il s'étoit retiré chez lui vers le soir, U entendit frapper brusquement k sa porte. Ayant ouvert, il fut surpris de voir tomber à ses genoux une fille de dix^huii ou vingt ans, qui le conjura, les larmes aux yeux , d^ la suivre pour secourir un honnête homme qu'elle croyoit expirant. Cette prière &t faite avec tant d'instances wde grâces, que le Yé- Tonoia, ansii touché de ces deux motife que du désir de sauver la vie à son prochain , lui offrit sans ba^

lancer tout cequi dép^idoit â» son pouvoir. £]Ie le conduisit à Feitmitage de l-Ëppagool 9' el ne 6'eiprimant que pftr ses pleurs, dUe lui montra ce mal** beureqx solitaire qui étoit éidodu^, sans eonnois-^ sance, sur quelques nattes où il étoit tombé. Son inal étoit une mortelle attaque! d'apoplexie.. Le secours étant venu trop tard / il.espira quelques mo-' ments après.

Les transports de la jeune fiUe ne permirent pas de long-iemps au Yéronob de lui demanda quel autre service il pouvoit lui rendre; iÀprâs avoir embrassé nûlle.fois le mort, elle iie:pajrla q^e définir i^e-mémesa vie psa^ k^ voies les, pl^ violentes el les plus courtes. Enfin, b force inéme de sa dou* leur ay^nt commencé à l'affoihliî?, jA prit un momionft pour lui marquer l'intéirêt qu'il pr^Qoit à sa peii^. .Yous ne me trouverez àplaiudfe, lui ditn^Ue, qu'ar près avoir entendu tout^ les cireojastances de mon malheur. Ecoutez mon histoire : . .

• L'infortuné que vous voyez e^t ïomx loari. Il m'adoroit; mais je Faimois aussi |>lwque moirm^ei. Je suis née à Roine , d'Un père 4oot U tendresse m'a causé plus de mal que n'auroit jiBiiriaiis fait sa haiine. Mon mari, quioccûpoit, avantqâedel'étre, un poste eoïîsidérable dans les troupes espagnoles, pntuuèsî forte inclination pour . moi p^nHani qudques ser . màines, qu'il fut obUgé'depafeèr à Rome, que ne pouvant s'éloigner, sânfr être assuré d'ôbtcaûr^m»

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Ei'-XNECDO'rES. '269

tnaiQ , il la demanda ouvertement a mon père. Un officier , à la veille de s'engager dans tous les dangers de la guerre, n'ëtoit point le mari qu'on me destinoit. J'étois la seule espérance de ma fanxille, et trop chérie pour être livrée si légèrement. Cependant l'amour s'étoit déjà emparé de mon cœur. Je fus aussi affligée que mon amant de l'obstacle qu'on mettoit à nos désirs. Je l'exhortai à ne pas se, rebuter, et comptant trop sur l'affection de moti père , je me llattois de vaincre insensiblement sa répugnance. Malheureusement la cour de Rome vintà sebrouiller , avec celle d'Espagne. Tous les Espagnols ayant.reçu ordre de se retirer, mon amant fut peut-être le seul qui manqua d'obéissance. Il ne pouvoit me perdre un moment de vue. Sa tendresse lui coûta son emploi.

H ne m'en devint que plus cher. Mais quelle apparence de faire consentir mon père à un mariage que cette disgrâce rendoit plus désavantageux que jamais? Aussi sa rigueur ne fit-elle qu'augmenter, ir s'aperçut que je recevois des visites secrètes, et non-seulement il me les interdit avec toute la force de l'autorité , mais ayant pris mon amant à l'écart , îl lui déclara que s'ilnerenonçoit à me voir, il allbit devenir son plus mortel ennemi. Cette crainte né nous ôta pasl'envie de nous entretenir dès le même jour. Nou§ examinâmes tout ce qui pouvoit nous rester d'espértocè.' D n'y ea avoit poiat d'autre que

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dans la fuite , et j'eus la foîblesse d'y conseatir. Ce-^ pendant la fortune de mon amant n'ayant jamais consisté que dans ses emplois militaires , et ses dépenses continuelles ayant épuisé toutes ses ressources présentes, à-peine aurions-nous pu trouver dec[uoi fournir aux frais du moindre voyage. Je savois dans quel lieu mon père serroit son argent. J'y conduisis mon amant sans lui avoir expliqué mon dessein , et lui montrant un coffre-fort où j'étois sûre de trouver une fort grosse somme : Voyez, lui dis-je, à. notre bonheur doit être acheté à ce prix ^ je vous en laisse le maître. Il me répondit , sans balancer , que je lui étpis plus chère que la vie ; mais que pour être à moi, il vouloit en être digne 3 qu'il ne mettroit point la maio au trésor que je lui o&ois ; que si cette action pouvoit être pardonnée à quelqu'un^ ce n'étoit qu'à moi, qui étois destinée tôt ou tard à posséder une partie du bien de mon père; mais qu'il ne vouloit pas même qu'elle fût commise à ses yeux. Je ne sais à quoi cette généreuse réponse m'auroit portée; mais au moment qu'il achevoit de parier, mon père parut dans la chambre, accompagné de quelques domestiques , le prit par la main qu'il tenoil malheureusement appuyée sur le coffre, et prenant ses gens à témoin de la situation où il l'a^ voit trouvé, il l'accusa d'avoir entrepris tout-à-la-fqîs de lui enlever sa fille, et son argent. En vain implorat-il h justice du ciel el des hommes. |1 fut mis hors

Ef ANECDOT^ES. Syi

^édéfiense par leB domestiques , qui reçurent ordre de le garder éiroitement.

Je demeurai seule avec mon père. H m'accabla deineproches. Cep<endantsa tendresse ordinaire ayant bientôt préralu, il employa lés prières et les caresses pour me guérir d'une pasâon dont il commençoit à craindre les[suites fun estes. Dansles alarmes où j'é tois, je ]ui promis une obéissance absolue, sans autre condition que de rendre aussitôt la liberté à mon dmant. Quoiqu'une promesse de cette nature dût ]ûi pârottre extrêmement suspecte , il feignit de me croire ancère, et se le faisant amener aussitôt, il m'ordonna de répéter la même chose en sa présence. Je cédai à ses ordres, mais avec des marques de douleur qui étoient capables de servir d'interprètes à mes sentiments. Mon amant reçut en e£fet la liberté ; mais à-peiné fut-il éloigné de mes yeux , que je fus menée à Féglise, oix je trouvai un jeune homme qui ^effbrçoit depuis long-temps de me plaire. Le prêtre fut appelé, et, sans me laisser un moment pour rappeler mes esprits que la frayeur itfavoit fait perdre , je fus mariée avec les cérémonies ordinaires.

Mon père sentit néanimoins un reste de pitié, qui ne lui permit pas d'exiger tout-d'un-coup que je me livrasse aux empressementsd'un mari si odieux. Après avoir mis tout en usage pour me consoler, il

m'assura qu'on me laisserpit le teiups de me dâî^ vrer des sentiments qu'il avoitcoudamiiés, et. que reprenant pour moi toute sqû affection , il alloit se faire une étude Je me rendre heureuse. Je vottlois l'être, mais ce n'^it point parc^tt^^oiet^iJen'étois pas capable non plus de penser jamais à le devenir aux dépens de ma vertu. L'impossibilité de m'arréler à quelque chose d'honnête et de raisonnable entre deux extrémités si cruelles, me fit prendre^ dès le même jour, la résolution de renoncer au monde. Je me dérobai de la maison de mon père^ pour me retirer dans un couvent où j'étois connue, et dont on m'accorda volontiers Ventre^. En me. dér terminante ce sacrifice , je nepus me re^ser la seule douceur qui me restoit«i prétendre. J'écrivis à mon amant qu'une horrible violence m'empêchant d'etr^ à lui, je prenois le parti de m'ensevdir dans un cloître. Cette nouvelle le mit en fureur. Ignd^rant encore ce qui venoit de m'arriver, et n'attribuant mon désespoir qu'à mon embaicras^ il accourut ai| couvent. Mon malheur le fit s^rriver au moment que mon père et le mari qu'il m'avQit donné accou-r roient eux-niémes, sur l'avis qu'ils avoient déjà reçu de ma fuite. Ils l'aperçurent, et ne doutant point de ses intentions , ils fondirent sur lui l'épée à la mam avec toutes les marques' du dessein qu'ils avoient de s'en défaire. Son courage ne le seryk

-1|V^P*— "T^-Viq^yV^V^mt 1 mm ■■!«

que trop bien. Pour une légère blessure qu'il reçut au bras, il en fit deux mortelles à ses adversaires. U^ moururent toUsdeux avant -la fin du jour.

Jugez avec quelle horreur j^appris cette funeste nouvelle I Elle me confirma dans la résolution de quitter le monde, et ne croyant plus même que lé meurtrier de mon père pût jamais se présenter dé^ vaut moi , je ne m'occupois que de l'exécution^ de mon dessein . Il fallut céder néanmoins aUx instances de mes parents, qui jugèrent ma présence nécessaire pour disposer de mon héritage. Ils me forcèrent de quitter mon asile, et ne se croyant pas moins obligés par l'honneur à venger la mort de mon père , ils dressèrent une plainte en mon nom pour commencer les poursuites. Dans l'accablement où j'étois, j'ignorai cette démarche. Je ne sais à quoi mon cœui^ aurbit consenti , car sessentimentsn'étoient pas cbàn^ gés ,'et la vengeance étoit peu capable de l'emporter sur l'amour. Je comprenois bien les devoirs que la raison m'imposoit; mais cette. pensée ne faisant qu'augmenter mon trouble, parce qu'elle combattoit mes plus chères inclinations , je passai quelques jours dans une agitation ^' violente^ que je perdis Fidée du cloître et toute Fardeilr que j'avois marquée pour me dérober au monde»

• Pendant ce temps-là , 'mon amant, qui n'avoit d'abord songé qu'à se mettre à couvert de la justice, apprit qu'on avoit commencé effectivement les pro-

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cédures à ma soUicitation , et que c'étoit moi -par conséquent qui paroissois en vouloir à sa vie. II ne résista point à cette pensée. La crainte du péril qui le menaçoit ne put l'empêcher de venir chez moi vers le soir. U se jeta à mes pieds pour m'offrir sa vie qu'il ne vouloit pas conserver un moment si elle m'étoit odieuse; il me reprocha mon inconstance et ma rigueur y il se plaignit que je le chai^eois des injustices du sort; il me renouvela ses protestations de fidélité et de tendresse; enfin il m'attendrit jufr* qu'A m'ôter la force de lui répcHidre. J'étois dans cet embarras, lorsque le hasard amena mes parents qui le surprirent dans la posture où il étoit encore. U ne leur fut pas difficile de l'arrêter, et le chargeant de chaînes avec la dernière rigueur, ils alloient le faire conduire aux prisons publiques.

Je ne pus supporter ce spectacle. Arrêtez, leur di^je; ne le menez pas i la mort si vous n'avez ré* solu la mienne; et croyant m'être aperçue que le silence que j'avois gardé qudques jours sur le couvent avoit commencé de les alarmer, je résolus de les prendre par le motif auquel je les croyois sensibles. J'avoue, continuai-je, qu'il a donné la mort à mon père ; mais dans le dessein où je suis de me consacrer au cloître , je ne dois souhaiter celle de personne. Accordez-moi sa vie et sa liberté ; je vous promets en récompense de vous donner tout mon bien , et je fais vœu devant le ciel de quitter aussitôt

ET ANECDOTES. flySî

le monde. Cette proposition leur inspira plus de donceur. Us feignirent d'admirer ma générosité , et la crainte de me voir changer de sentiment les fit consentir sanspdneàla prière que je leur fisde rece«* voir sur^le-cbamp ma donation. Elle fut revêtue d^ toutes les formalités qui pouvoient la rendre irré^ vocable. Ils eurent soin d'éloigner de mes yeux mon amant , qui me reprochoit avec trop de grandeur d'ame le sacrifice que je lui faisois de ma fortune» Ils le firent garder dans une chambre voisine ^ et cette précaution leur fut d'autant plus utile, qu'éUe servit à me faire hâter ma résolution. Je n'exceptai du pré* sent que je leur as de mon héritage, que le coffre-* fort, où je savois que mon père avoit amassé une somme considérable. Mon prétexte fut la nécessité de payer ma dot au couvent , et de m'y attirer quel* que considération par mes libéralités. Mais j^avois une autre vue.

A-peîne leur avidité pour mon bien fut-eHe sa** tisfaite , qu'ils rendirent la liberté k mon amant sans se faire presser , en l'exhortant seulement à s'éloi-* ^ gner de Rome, pour les délivrer de l'obligation de le poursuivre. La joie qui les occupoit ne leur permit point de s'arrêter long-temps auprès de moi. Je vis paroitre aussitôt mon malheureux amant, qui ne m'a^* borda qu'avec transport* Qu'avez-vous fait?me dit-il. Ma vie vous est donc assez chère, pour Vous faire renoncer à toutes les douceurs de la vôtre ! H est

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donc vrai que vousiie me haïssez pas? Mais quelle preuve m'en donnez-vous? Est-ce me rendre la vie que de me condamnera vous voir malheureuse? II ajouta mille choses passionnées ; mais le plaisir que j'avois à les entendra né m'empêcha point de l'interrompre. Fuyez, lui dis^je, en détournant la tête ; il n'y a que la fuite qui puisse vous mettre en sûreté. Je ne vous ai rien sacrifié , puisque mon bien va cesser de m'être nécessaire. Je ne pense pas même, a)Outai-je en luimontrant le coffre, que cette somme que je me suis réservée pour vous la faire accepter, vous oblige à la moindre reconnoissance. Tous avez tout perdu pour moi. Il est juste qu'en prenant le parti du cloître, je me décharge de toutes mes dettes, et celle de la tendresse et de la générosité sont les plus pressantes. Je le priai de £iire emporter le doffre , ayant d'un autre côté ce qui suffisoit pour me faire ouvrir l'entrée du doitre , et de recevoir mes dern^rs adieux. Que vous dirai-je? mon projet étoit sincère; mais en me flattant d'être prête à l'exécuter, j'ignorpis le pouvoir de l'amour. Les reproches et les instances d'un homme que j'aimois uniquement eurent plus de force que mes résolutions. Il sut me persuader que l'honneur et le devoir ne s'opposoien t point à notre bonheur ; et pour le vœu que j'avois fait indiscrètement , il dissipa mon scrupule en me proposant de chercher quelque retraite écartée où nous renoncerions effectivement au commerce du

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monde , pour joindre les exercices d'une vie cage et réglée, aux douceurs d'un mariage légitime. J'em-

brassai d'autant plus avidement ceUe ouverture^ qu'elle me paroissoit satisfaire tout-à-la-fois la bienséance, Famour et la religion. Avec peu d'ambition et beaucoup d'indifférence pour les richesses, je me promis plus de tranquillité et même plus de plaisir dans la sollitude , que dans toutes les distinctions que ma naissance et ma fortune dévoient naturellement me faire espérer.

Ainsi, sans regretter ce que j'avois abandonné à mes parents*, je consentis à quitter Rome sous la conduite et la bonne foi de mon amant. La somme qui me restoit lui parut suffisante pour nous garantir de la nécessité. Notre premier soin ftit de mettre le ciel dans nos intérêts en scellant nos liens par les cérémonies de l'église. Nous primes un nom différent du nôtre, et ne cherchant plus qu'une retraite conforme à nos vues, nous en tendîmesbientôt parler delà montagne de Spolette, et de la facilité que tout le monde a de s'y établir. Quoiqu'on nous assurât que la liberté y passoit pour la première loi, nous '• n'osâmes nous promettre qu'une femme inconnue y fiit aisément admise avec son mari, et cette difficulte nous auroit eSràyés , si étant venus nous-mêmes pour reconnoitre la situation delà montagne, nous n'avions conçu qu'avec un peu de prudence et de soins je pouvois me dérober à la curiosité de ceux

qui l'habitent. Mon mari , prenaAt d'dbord toutes le» mesures qui sont en usage, se présenta à Pévéque sous le simple titre d'un officier espagnol à qui la fatigue des armes et le dégoût du monde Élisaient désirer une retraite Kbre et solitaire* Après lui avoir fait agréer son dessein , il employa qudques saxiaines à faire bâtir eet ermitage. J'étois dans on village voisin , d'où je venois chaque nuit visiter le lieu qui devoit me servir de demeure, et sans penser à l'em-* bellir, j'exhortois mon mari à ne rien épai^ner pour le rendre commode et agréable* Nous avions deux domestiques fidèles^ gens sans passion, quoique de sexe différent , et résolus de borner leur fortune à la nôtre. Nous leur proposâmes de se marier poujç les rendre plus utiles à notre service. Ils y consen-* tirent , et mon mari ayant placé assez avantageuse^ ment le reste de notre bien à Spolette , il leur en laissa la jouissance avec la seule condition de nou$ foamir ici tout ce qui noiis seroit nécessaire.

Pans la douleur qui m'accable, vous n'exigeres point que je vous< représente tout le bonheur que j'ai goûté avec un homme dont la tendresse n'étoit point capable de se refroidir, et pour qui la mienne ue£aiisoit tousles jours qu'augmenter. Hélas! je ne lui étois pas plus chère que la religion et la vertu, lia droiture de sop coeur , l'innocence de ses désirs » le mépris du mQn4e et l'espérance des biens célestes^ l'attachoient autant à çettiç. montagne que les senti

ments qa'il avoit pour moi. Nous étions irop heureux dans un monde que Dieu a maudit. Mais tout est changé pour sa malheureuse épouse. Il n'y a que la mort qui puisse me délivrer du désespoir que je ressens ^ et de tous les maux dont je suis menacée.

Ses larmes et ses plaintes recommencèrent avec la même impétuosité qu'au premier moihent. Le Yéronoisqui n'avoit rien contracté de la rudesse de sa profession , lui offrit poliment tous les services qu'elle poovoit attendre d'un' honnête homme , et la pria d'abord de prendre un parti sur les circonstances prés^ites. Il lui fit comprendre qu'elle étoit encore libre de cacher son aventure au public , et de se retirer même sans être aperçue. D'un autre câté, pour peu qu'elle conservât de goût pour la solitude y il ne jugea pas qu'il lui fût impossible de continuer le genre de vie qu'elle avoit embrassé. Il lui en proposa même les moyens, en lui promettant un secret inviolable sur son sexe. L'histoire de l'é*glise est pldme de ces exemples, et si la prudence ne permet pas toujours de porter une femme à les imiter , le respect dû à la religion défend du-moins qu'on les condamne. Il y avoit d'autant plus de bonne foi et d'honneur dans celte alternative du so« Ktaire, qu'il a confessé lui-même que les charmed de sa voisine avoient déjà fait sur lui beaucoup d'impression j et que n'étant forcé au céitihat par

fi8o AYJBNTURilS. \

aucun engagement, il aurpij; r^rdé comme noi l^ouheur extrême die pouvoir succéder à tons le& droits du m^ri cp'eUe perdoit. C'étoit même ce qu'il vouloit lyi faire entendre, en lui proposant sou& d'autres termes, et par des moyens plus difficiles, de perôster dam legoiit qu'elle avoit pour la soUk^e^ Il s'efforça de lui faire sentir la nécessité où ella étpit de se déterminer promptenoiait entre les deux voies qu'il lui proposoit ; car la mort de son mari lie pouvoit être cadbée long-temps., et la eonnois-. sance de son aventure hii auront ôté aussitôt la liberté de choisir. £lle conviât de. la sagesse de ce conseil ^ mais ^yant déjà pris.^on parti au fond du cœur, elle n^ lui demanda que le secours dont elle 9Voit besoin pour faire avertir ses domestiques de^ se rendre auprès d'elle, y et lui ayant recommandé, le secret jusqu'à son départ , elle lui confessa que^ son di^ssein, après avoir rendu les derniers devoirs, à son rqari, étoit de s'écarter deSpoIette, et de se renfermer da^s un couvent. Il combattit en vain cette; résolution. Ne voyant rienméaiedans sessentîments, qu'il ne pût découvrir sans honte, il s'expliqua net-, tement siur l'intérêt qu'il auroit eu à la retenir , et, il lui offrit sans détour un cœur aussi pur . et aussi ^cère que celui qu'elle avoit possédé. Sesoffres ne ]a touchèrent point. Elle passa quelques jours danS( )e Yoisinage, tandis que lessçlitaires^ doonoiçnt uuQ

sépulture honorable à son mari , et laissant son ermitage au Yéronois , avec la liberté de raconter 9on histoire , elle partit sans autre suite que ses deux domestiques, ^

■*B>a*a«-A aM^akta

EFFET Héroïque

Dï: vertu morale.

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Un écrivain célèbre *y examinant les principales passions qui font la guerre au cœur humain, nW trouve qu'une qui puisse être avouée sans honte ; c'est l'amour. Encore suppose^-il qu'elle soit telle qu'il la représente dans l'histoire suivante, dont il garantit la vérité.

Un de nos meilleurs officiers généraux dans les guerres de Flandres (c'est l'auteur anglois qui parle), étant allé reconnoitre les dehors d'une ville ,^ à la tête de quelques escadrons, aperçut un détachement considérable delà garnison, qui s'éloignoit des murailles^ et qi;ii paroissoit servir d'escbrte à une chaise^ roulante qui étoit au centre. Il ne balança point

Mjlord Shaftsburji

d83 AVENTURES

à Fattaquer , et malgré la rësistaoce des François et de leur commandant, qui fut dangereusement blessé en /se défendant avec la dernière valeur, îLen. taUla la meilleure partie en pièces, et prit le reste* La chaise tomba aussitôt entre ses mains. Il n'y trouva qu'une jeune dame évanouie de frayeur, mais si belle, que cet accident même ne la dé6guroit pas. L'ayant fait revenir à force de soins, il apprit d'eUe que le commandant de ^escorte, qui cornmandoit aussi dans b place voisine ,. ëtoit son mari, et que la crainte d'un siège, auquel on s'attendoit dans quelques semaines, lui avoit fait prendre le^ parti de la conduire à Lille. Elle marqua en mémet^mps beaucoup d'inquiétude de ne le pas voir paroitre. Il étoit tombé parmi les morts, et sans le prompt secours que le général angloislui fil porter^ il n'auroU pas sunréeu long*temps à son malheur et à ses Uessurea.

Les prisonniers furent conduit» au quartier du, vainquoir, qui a'eut pas besoin d'autre motif que sa génénosilé aaliKelle pour prendre un soin particulier des deus époux. Cependant, un intérêt plus Iseœke le fiôsoît agir sans qu'il s'en aperçût. Il les fit loger tous d^uK dans un appartement de la maison qa'il oecupott. Il donna ordre qa'ik fossent trai-^ tés- avec le OBéme zèle et le même respect que luî.^ Vingt fbifr le jour il s'i^ormoit de leur santé, et n'étant point satisfais du rapport de ses gens, il

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trouYoit un prétexte dans le danger .pressant du mari , pour s'en édaircir souvent par ses propres yeux. Il s'oublioit auprès deux pendant des heures entières. Il louoit la dame, il la plaignoit; et après les plus longs entretiens , il croyoit sentir, en la quittant, que c'étoit le moment où il auroit trouvé le plus de plaisir à l'entretenir.

Ce n'étoit donc jamais sans se faire quelque violence qu'il se séparoit d'elle, lorsque la bienséance ou les devoirs de son.emploi l'obligeoient de se retirer. Ce sentiment, qui augmentoit tous les îoui*s, fut comme la première marque à laquelle il recon*' nut sa passion. Son âge nepassoit pas cinquante ans. D avoit l'esprit droit et le cœur généreux. Sans avoir fait profession de haïr les femmes, il avoit toujours vécu dans une grande indifférence pour les plaisirs de l'amour. Les exercices de la guerre Foccupoient tout entier; de sorte que, se trouvant plus enflammé qu'il ne convenoit à son devoir et à son repos, il ne put s'empêcher, avec un car^Cn tère aussi raisonnable que le sien , de frémir du danger auquel il se crut exposé.

U avoit un ami d'un âge inférieur, mais d'une humeur si conforme à la sienne, que cette ressem-^ blance avoit été jusqu'alors le principal noeud de leur amitié. Il se hâta de lui faire la confidence de son trouble.

(( Je suis, lui dit*il, dans un embarras qui me

y> fait honte, et que je ne vous avouerois pas, si je » comptois moins sur votre amitié. J'aime l'épouse )) de ce commandant. Je ne m'en ferois pas une )f> peine, si elle pouvoit être à moi; car je n'ai point » de raisons qui doivent me faire renoncer au may^ riage; mais son époux est vivant et se rétablit de » jour en jour. Elle est sage, et je le suis aussi. Je » n'ai rien à prétendre d'elle; cependant, par un » caprice de cœur, auquel je ne puis rien compren- > dre, je ne saurois être un moment tranquille » hors de sa présence. J'ai lu mille divers effets de » 'Pamour, ajouta-t-il , mais ne les ayant jamais resy> sentis, je ne me suis guères attaché à raisonner » sur leur cause, et j'ignore par conséquent où il j> en faut chercher le remède. Si voip en connoisy> sez quelqu'un , au nom de l'amitié ne me le cay> chez pas, ou aidez-moi prompteilient à le trou- » ver».

Son ami y qui étoit aussi un officier de distinction , et qui faisoit comme lui toute son occupation des' armes, reçut cette ouverture de cceur en riant, et n'y répondit pas d'un ton plus sérieux. • c{ Yous vous moquez, lui dit-il, de donner un » air si important à une bagatelle. Vous né me per- » suaderez pas qu'on aime malgré soi. On voit une » beHe femme, on l'admire : on souhaîteroit, si vous y> voulez, de pouvoir obtenir quelque droit jsur son )) eceur et sur sa personne. Mais îl en est comme

». d'un beau tableau ou d'une belle fleur, dont oa » n'est par le maître ; un homme raisonnable ne » désirera pas de les posséder avec une ardeur qui » trouble son repos. Cette pensée même ne se pré- » sentera pas à son esprit , s'il sait que celui qui )) les possède les aime trop pour consentir à s'en » défaire. Qui ne riroit, continua-t-il, de cette pré- >> tendue néagnté dont la plupart des amants font » leur excuse? Je conçois bien qu'une inclination » à laquelle on n'a jamais résisté, et qu'on a pris ^> plaisir à nourrir , peut devenir assez forte pour » coûter beaucoup de peine à vaincre^ il n'en est » pas autrement de toutes nos habitudes. Mais des » charmes tout-puissants, des attraits invincibles, » des conquêtes certaines, des passions qui pren- )) nent tout -d'un -coup l'ascjsndant sur toutes les )) forces de la raison, c'est ce que j'ai toujours re-* » gardé comme autant de chimères badines qui » n'existent que dans l'imagination des poètes et » dans leurs ouvrages. Ainsi, cher ami, ajouta cet » admirable conseiller, vous vous plaignez d'un » mal dont la guérison dépend de vous. Aime^- )> vous? c'est que vous avez lâché volontairement la » bride à votre cœur, et vous ne devez accuser que )) vous-même. Voulez-vous cesser d'aimer? envéj> rite, je ne vois pas qu'il y ait rien de plus à faire >y que ce qu'on fait quand on veut sérieusement )) quelque chose. N'aimez plusj qui vous y force »?

Ce discours n'étant guères propre à consoler IV tnoureux général, il soupira tristement, et convaincu par expérience que la raison seule n'a pas toute la force que son ami lui attiîbuoit , il résolut de se priver absolument de la vue de sa beOe piisonnière , dans l'espérance que l'éloignement ferait pljiis d'effet que tout autre remède. Il pria son ami de se charger du soin de ll^lpir, et forma secrètement le dessein de la renvoyer sans rançon , elle et son mari , aussitôt que celui - ci serait rétabli de sa blessure. Mylord Shaftd)ur]r &it remarquer jusqu'ici dans cette conduite deux traits dignes de la plus haute sagesse et du plus grand courage. L'un est la droiture avec laquelle ce général condamne son amour, par la seule raison qu'il le trouve criminel. L'autre est cette supériorité héroïque sur un sentiment involontaire , qui lui fit prendre le parti de couper à ses désirs toute voie de se satisfaire , avant que de savoir »'il pourra venir à bout de les éteindre. Tout amant, ajoute cet écrivain , qui^ consultant son cœur sur le parti qu'il prendroit dans la même situation, ne le sent pas porté à suivre cet exemple, doit se regarder comme un misérable, et ne pas douter qu'il n^entre toujours quelque chose de bas et de honteux dans ses amours les plus légitimes.

L'autre officier, ce philosophe qui rioit de la ibî^ blesse de son ami, vit la belle commandante,

comme il s'en étoit chargé, et ne la vit pas deux jours sans reconnottre la vanité de son système. H devint encore plus passionné que le général; avec cette difiéreace , que , malgré L'honnêteté de son ca*ractère, qui ne le cédoit point, comme j'ai dit, à celui de son ami , le feu de la jeunesse ne lui permit pas de se vaincre si facilement. En effet, le charme de mille sentiments délicieux qu'il n'avoit jamais si bien éprouvés, lui fit oublier une partie de ses principes; et s'il ne le porta à rien de criminel, il l'écarta bien loin de cette sublime vertu dont il venoit de recevoir l'exemple. L'historien ne fait aucun détail de ses foiblesses ; mais après l'avoir traité d'amant téméraire et d'ami infidèle, il ajoute qu'une fièvre violente qui survint au commandant, lorsqu'on espéroit le mieux de sa guérison, le mit dans peu de jours au tombeau. Cette mort fut d'aboixi regardée du général comme un coup du ciel qui favorisoit l'innocence de ses sentiments. Son rival ne s'en applaudit pas moins, et ils s'employèrent tous deux à consoler la belle veuve, avec le même sèle et les mêmes espérances. Cependant, celui-ci, qui n'avoit point renoncé à toutes maximes d'honneur, ne put voir la vertueuse passion de son ami, sans «e reprocha la sienne. Ses remords, quoique trop fbibles pour l'étouffer, eurent du-moins la force de lui en arracher l'aveu. Il prit le général en partie culier, et lui tint ce discours:

ûSS AVENTURES

c( La hoDte devroit me lier éternellement la lany> gue; mais le souvenir de votre exemple m'«n- » courage à la vaincre , et je sens heureusement au. J> fond de mon cœur que l'honneur et l'amitié y j> sont encore plus forts qu'elle. Je n'en suis pas 7> moins un perfide et un hypocrite ; mais mon ex- » cuse est que je suis devenu tel sans le vouloir; y> car je commence par abjurer la fausse philoso- 3» phie sur laquelle se fondoit toute ma force , et J> dont j'ai fait parade, lorsque vous m'avez dé- :» couvert votre pas^on. Il est faux qu'on n'aime 7> point sans le vouloir. Il n'est pas plus vrai qu'on D [>uisse cesser d'aimer quand on le veut. Je suis ^persuadé en même- temps qu'avec beaucoup » de courage à résister aux premières impressions » del'amour, et sur-tottt à fuir l'objet dont on resy> sent le pouvoir, un homme de bon sens peut se y> délivrer, de sa tyrannie. Vous l'avez fait. Vous » m'avez donné un exemple digne de votre vertu. )> Ma confusion est de ne l'avoir pas suivi. Je viens y> vous çn faire l'aveu. Quoi! vous aimez la com- » mandante? interrompit le général avec beaucoup y> d'agitation. Oui , répondit timidement l'officier^ )) je l'aime , je l'adore, je n'en guérirai jamais. Voiis D m'avez dit, enm'apprenant votre passion , qu'elle » ne vous permettoit pas d'être un moment transe quille hors de )sa présence; et moi, qui n'en suis » plus à des termes si modérés, je vous confesse que

ET ANECpOTES. 989

Ih la vie me seroit insupportable sans elle; que si elle )» ne peut être à moi ^ je vais chercher la mort à la y> bouche du premier canon ».

Le général, coiisterné de ce qu'il ^nteadoit^ garda quelque temps un profond silence, pendant lequel il paroissoit abimé dsms ses réflexions* Enfin ^ reprenant la parole avec quelques soupirs, il ia-* terrogea son ami sur toutes les circonstances qui pouvoient le convaincre de la violence de son amom*. H lui demanda ensuite s'il pensoit à l'épou* ser? L'autre ayant répondu que c^étoit son dessein^ s'il n'y trou voit pas d'obstacle invincible : <ic Eh bien, >) laeprit le vertueux général, épousez-la. jPai pu » vaincre une fois mon cœur, je le vaincrai encore ^ y^ quoi qu'il m'en coûte. Tous étés plus jeune et D plus aimaUe que moi ; je ne pourrois me décla^ » rer votre rival, sans m'exposer à voue voir préy> féré. D'ailleurs, nous devieiidrions ennemis, et 7> notre batde ne manqueroit pisis d'avoir des suites » funestes. C'est k moi, que Fâ^e, l'expérience et » mon rang, imposait l'obligàtiop de les préve- » nir».

B l'embrassa après ce discours, en lui promet-^ tant d'être toujours son ami, et de ne pas voir la commandante, qu'il n^ le vit assuré d'elle par leê liens du mariage«

Prévost Tome XXX f^. J 9

ego AVENTUBJES

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