D'UNE ANGLOISE
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Xii est fort ordinaire d'entendre souhaiter que le» bons naturds puissent se rencontrer et s'unir, surtout dans l'état du mariage; maïs ce souhait esl contraire au bien de la soôiété. Il arrîveroit de Ikf par une Conséquence nécessaire^ que.tous les n^ovais caractères s'uniroiont aussi; et qiiels désordre» ne Verroit-^on pas naître d'une union ai pernicieuse? Au-lieu que le mélange, tel que la Providence le permet dans toiit^ les conditions ^e la vie, sfert également aui udtet aux autres. A ceux-ci, par les exemples du Ken qu'ils devroient suivre ;, à ceux-là, par la VuPdu mal qu'ils devroient éviter.
Un gentilhomme anglois, quifaisoit sa demeure à trois ou quatre milles de Londres, setroUvoit partagé d'une si mauvaise femme, qu'étant lui-même du meilleur caractère du monde, onpouvoit dire qu'il étoit parfaitement dans cet ordre de Içi Providence qu'on vient d'expliquer. De mille traits de mavaise humeur qu'il essuyoit tous les jours, il y en
£T A3IKCDOT15S. ÛQt
tni Uû contre lequel sa patiende ne fat point k Vé^ preuve* Il aVoit invité quelques amis à dîner^ sané en averàr son épouse, qu^il ôraignoit de trouver opposée à son dessein. L'heure du repas étant venue ^^ et les conviyesdéjà assfsmblés, il lui fit dire qu^on aVoit servi et^i'on n'attendoit plu» qu'elle. Le secret avoit été si bien gardé qu'elle Pignoroit encore , étle mari se fla ttoit que , par considération du-moins pour des étran^^rs, elle prendroit une fois quelque empire suf^ elle-^méme. Elle entre. Elle voit les préparatifs d'une fête qu'elle n'avoit pas ordonnée. La fureur la saisit.' £Ue en perdit quelques moments la parole. Quel*ques-'Uns prétendent, pour la rendre un peu plus' excusable, qu'il manquoit qudquè chose à son ajûs^ tement, et que le désespoir de paroître dans une oc-^^ casion imprévue, sans avoir mis la dernière main^ à sa parure, lui fit perdre aussitôt toute mesuré/ On convient qu'il y auroit eu bien de la malice a lui causer. une mortification si cruelle. Mais enfin,' de quelque part que vint l'orage, il se fit sentir k tous les assistants qui y perdirent leur dtner. EDd prit les deux coins de la nappe, et l'ayant jietéè par terre avec tout ce qui ét(Mt deâisus, ^ei^ retira brusquement, après avOir lancé un r^rd terrible sur le mari.
La ûonfesion du pauvre gentilhomme ne fut pâ^ plus grahde^que o^e de ses convives. Ils demeu*^ rèrent quelques momenis sanâ' lever les yeux et
ouvrir la bouche. Cependant, ils prirent le pard tous ensemble d'aller dîner chez un traiteur.
Le mari se trouvant seul fit des réflexions sur cette aventure. La bonté a ses bornes dans les cœurs les mieux disposés. Il conçut que son repos dépendoit d'un événement qui l'altoit rendre esclave pour toute sa vie y s'il ne prenoit pas une résolution vi*goureuse*. Il ne pouvoit, d'un autre coté, s'oppo^ fier directement au cours du torrent, sans s'exposer a quelque nouvelle scène qui acheveroit de le déshonorer. Sa prudence et un reste de bonté lui firent prendre enfin le meilleur parti. Il i^eparut devant son épouse 2ivec l'air le plus tranquille et le jilus composé. Quelques jours se passèrent, pendant lesquels il affecta autant de complaisance et de sou* mission que jamais. Cette conduite étant capable de prévenir toutes les défiances, il ne fit pas dîffi* culte, la semaine d'après, de lui proposer le voyage de Londres. Elle y consentit avec joie. Ils partirent dans leur équipage. La route les obligeoit de passer par Chelsea qui^est un bourg fort agréable. Le gen* tilhomme la pria sans affectation de consentir qu'il 9'i^ri*étât qudques minutes, pour rendre ses civilitési un de sesamis. Il l'invita ensuite à descendre aveclui, et die ne se fit pas presser pour le suivre. Il la fi^ entrer dans une belle maison, avec un air de familiarité qui marquoit de l'halûtude. H l'introduisit m^Qie. dans le jardin , en attendant l'arrivée du
Wf^Wfrg» — lIWi., ». V, M. . -T^rr- - -•■'■■ 11.^11 « .......p^- yjsjBT;
ET ANECDOTES- flgî
mattre qo'il fit avtertir par nn domestique. Le maître tardant un peu à paroître , il feignit d'aller à son .ppartement, ponr l'averdr luknême, îfeis , après Faroir laissée seule sous ce prétexté, il gi^oa la; porté du logis ^ et remontant dans son càrosse, il retourna tranquillement à sa terre. :
Cette l^elle maison de Chélsea étoit un Keû de rétablissement pour les malades, et sur-tout pour ceux qui se trouvent mal de Pair épais dé Londres^ On y trouvoit des logemoits à toutes sortes deprix ,. et l'on n'y manquoit de rien quand on payoit libéralement. L'intention du gentilhomme étoit d'y faire faire à son épouse un séjour deqtielcpies mois, sous prétexte que sa raison s'étoit malheÛFeiise-» ment dérangée. Il avoit prévenu le maître là^dessus* B l'avoit payé d^avanee. L'appartement étôit prét^. et l'on avoit eu sein de le rendre propre à l'espècede. maladie qu'on vouloit guérir. Le mattre ixe larda point à paroitre après, le départ du gendl-» bomme.. B pria civilement la (feme de quitter le îardin, et l'ayant menée dans une :cbaml»re t>ù elTe a'atteùdieit de rejoindre son mari , il hû déclara qu'eUe avoit quelque tempsà vivre oheilm*^ qu'elle étoit .daos son apparteineot» cm eQe seroijt servie avec t<)futi9s ^l*i€^ de seiiisy et qu'on n'é|>ai|^rpit riea pour rétablir prom|>f^ml ^ iAQt4-. ■ .
Si l'on a pris quelque «iée.de. sph caraoléi^ sur les premières circoostances de ce récit , on con-
ig^i . AVENTURES
eevra àisémeat quelle fut sa fiireun Elle en donna mille marques qui ne servirent qu'à confirmer le mature de la maison dans l'opîmon' qu'il avoil de son mal. Elle'iut enferméoi comme une persc«ne à qui la liberté pouvoit être fimeste; on lui donna des gardes, et l'on consulta moins son goikqae ses besoins dans tous ses aliments^ Il est vrai qu'elle re^ jfeta pendant quelques Jours, avec beaucoup d'opi-* niâtreté ,. les secours et là nourriture même qu'on lui o&bit. Mais , lor^ue sa faim fiit devenue près* santé , elle consentit à prendre quelque chose , et Fou s'aperçut fort hi«i cpie son dessein n'étoit pas 4e monrirl Elle oontinua" néanmoins fort longlempsdes'^oipbrtèr en menaces terribles contreson màri^etdans ses moments les plus fiirieux, ellefor« môit d!étraàges projets cdntre la fidélité conjugale^ Ib q'étôient pas faciles a exécuter dans la captivité où dlé étoit ; mais , pour n'omettrei aucune pré-» caution y i?on jugea à propos de ne la faire servir que par des femmes. Enfin-,* la' longueur du temps et Feicelleneë du remède produisirent pea^à^peu le changemieiitqa'on espéroit; Elle conçut qt^ildépen-^ doif d'^ll^'^êtfe heureuse^ ' et elle marqua tant de repentie et de soimn^on,- <ju'aprèa avoir nbis l'un ètl'au^è à l'épt*eiÉrt^V'^^^^^^9 qui ne isôttbaitoit que de la voir dafis ces ^seâtiments , lui rendit sa ten-^ dresse ëvee^la liberté/ *^^i ? :
ïiT ANECDOTES. âgS
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jj' ARCHITECTE, qui Construisît à Londres Thôtdt de mylord duc de fïewcastle, sur le modèle de* celai du duc d'Ancaster ^ qui en est voisin , fut génëralement blâmé de rie l'avoir pas suivi en tont. Il Toulut lui donner: plus de hauteur; mais le bon sens devoit suffire pour lui faire comprendre i^«n conservant la niéme largeur ,' il étoit impossiblexie changer quelque chose. a la bamteur, sans violer absolument les proportions. On prétendit excuser^ dans le temps, ce défaut de jugeme^nt jpa^ une aven-* ture qu'on racontoit ainsi : »
' M. . . • • . , jeune et livré à la débauche y souQroi% impatiemment ^e son père éclairât de trop près salcsSonduite. N'ayant point la disposition d'un revenu bie» cottBÎdérable^ il se trouvent hors d'état d'entretenir pour* se» plaisir^ suivant l'tisage des^* seigneurs anglois^ 'On appartement secret* hors dela maison patenieDe. Dans cette contrainte, il avoit pris le parti de se fier à son val«t-de-^ohanilM*e, quoiqu'il eût été plaëé prè» de lui de là main de son père 3 et par le secoiurs de ce garçon, il avdit in-
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troduit, dan$ son propre appartement, nne mat* tresse fort jolie. Il Py retint si long-temps, qtrc le valet commençant à craindre pour le mystère, et prévoyant que cette intrigue ne pouvoit être connue sans ruiner sa fortune, résolut de trahir soû jeime maître, pour se conserver la faveur du pèf:e. La maîtresse fut chassée avec beaucoup d'éclat, sans que le jeune amant put découvrir la trahison, ni de qui il avoit à se plaindre*
' n &lloit chercher un autre asile k ses amours. Le père avoit achevé alors de bâtir l'hôtdi dont on vient de parler; et .quoiqu'il ne £àt point encore meuUé, ni fermé de portes et de fenêtres, parce que Fhiver avoit fait' interrompre le travail, on y pouvoit être à Tabri des injures de l'air. Ce fut ce
Keu que M. choisit pour la retraite de sa
maîtresse. B fit porter dans Tappart^oient le plus commode autant de meubles qu'il en put dérober chez lui, sans fa^ naître de soupçons, et continuant d'employer son valet, dont il ne se défioit pas le moins du monde, il crut: avoir trompé la vigilance de son père et celle de tous les jaloux. Cependant ses abswces fréquentes et d'autres raisons alarmèrent encore le valet-de-chambre. Les mêmes craintes le rendirent de nouveau perfide. Il découvrit tout au père , san» cessw de rendre en apparence les mêmes services! son maître. Le vieui^ seigneur, fort irrité^ ne tarda point à s'éclaircir par
ET Al^ECBOTES. 297
865 propres yeux. Il court au nouvel hôtel ; il entre brusquement; il visite tous les appartements. Les deux amants avertis par le bruit, cherchent à éviter sa présence. Bs montent d'étage en étage» M. . . . . • y eotra heiïreusement ; mais la précipitation et la erainte avmt jeté sa compagne dans un si grand trouble, que , passant contre une fenêtre qui n'étoit pas bouchée, elle eut le malheur de se laîsMir tom« ber de haut en bas , et de se tuer sur-le-champ par cette dbu|e.
L'amant ne s'aperçut point tostr-d'un-coup-d'un si triste accident. Mais ne la voyant plus parottre, quoiqu'il £ikt certain^ qu'elle étoii miontée derrière lui , il eut assez de soupçon de la vérité pour s'avancer vBrs la fenêtre et pour jeter les yeux au pied de l'édifice.
D y vit, quel objet ponrles yeux d^un amant! *■
il y yit son cadavre dans l'état le plus affreux; meurtri, écrasé, couvert de sang. Il allc^tk suivre et se précipiter Ti^lontairemem^ mais un génie fa* Torable^ qui veilloit à son ss&ut, le tira rudement par le bras, le fit descendre ma%ré lui, et lexon-* duisit dans un lieu de sàreté, où, à force de>prâë#es jetdeboniiesrf0sons,.ille fit consentir à souffirir la
.^ G^ vers »i do lUciiie*
tiijS . AVENTURES
vie. C'est ainsi qu'une infinité de gens le i^cort-» toient, et on ne rëussiroit point à leur persuader qa\m jeune Anglois , bien amoureux , pût être sauvé dans les mêmes circonstances par un autre secours que celui du ciel. Cependant d'autres prétendirent que le Valet -de -chambre ayant suivi de près son î^une maître, et lé trouvant à la fenêtre, où il côuroit quelque danger, le prit entré, ses bras, sans consulter sa volonté^ et lui ât^ le pooroir de se précipiter, ce qu'il demandoit instamment.. Ce com-^ mentaire est appat^niiliént le phtsr certain ; et pour népondre à ceu^ qui sont de l'autre opinion, on peut dire que la douleur et la con^terdâuoo ayant altéré toa«*d'un-^oup les forces du jeune mylord,' il n'en put tirer assez de son désespoir pour s'opposer au secours imprévu qu'il reçut de son valet; ce qui fit que l'a^istance immédiate du cjel ne fut point nécessaire pour le sauver. On doit sentir que s!ii y a eu quelque difficulté ^ c'est uniquement parce qu'il est Question d'ujQ jebne Angk>is i^ cai? il y a peu de François dont on oe put expliquer' la patience^ e^ la réàigsatiott dana le; même cas, sané èbrer.obl^é deirecofarir aiu gédiesi . ! -i .l . - >
^^QétDfqik'il enisoit'f I4v.i.#.i.»k étant devenu: dans la suite xnaitré de Fi)ô<)el,.t)n^dssura^eG^éMnt pour conserver la mémoire de son infortune , et pour en consacrer le lieu , qu'il avoit changé les greniers en chambres, et fait hausser, par coiàséquent*, sa mai-
son d'ua étage; la perte d'un peu^de régularité, dans les proportions, n'étant f^s uq obst$K^Ie qui pût. tenir contre une raison si forte.
TRISTE é;x:emple de morale.
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OAlNT-EvREMONT â prétendu que Paris, Londres ou Rome, étoient lé seul séjour digne d'un honnête Homme. Cette idée est-elle juste? Si Fidée qu^I se formoit d'un honnête homme est celle d'un homme vertueux , quelle satisfaction peut-il y avoir pour la vertu, dans la présence continuelle de tous les vices qui y sont opposés? Les grandes villes sont comme leur asue. Ds y trouvent une espèce de protection dans l'exemple, et d'encouragement dans l'impunité.. Qu'on écoute le misanthrope :
Trabi de toutes* parts, accablé d'injiislicéa, .?.
Je veux sortir d^aii gouffire ou triomphem^le^vices ,
Et chercher sur la terre un endroit écarté.
Où d'être homme d'honneur on ait la Uberté.
. En efiet, si If onpouyoit diretque 1^ liberté manquât jamais pour iaîre le bien^oq seroii/ dans def • lieux où le pouvoir du vice est ai tyrahiôque^ qu'oa-
3oO AVENTUR3S»
•'y troave quelquefois soumis malgré son iocKnataon. Mais ou est du-moins libre de fuir, quatid aa se sent trop foible pour résista. CW la doctrme de l'évangile 9 de l'honneur et de la raison.
Le trait .suivant y qui va servir d'explication à cette morale, escita à Londres la compassion de tout le monde. Un jeune hcHume, dont le nom et îa famille étoient connus de toute la viDe, et qui, par ses qualités personnelles, sembloit pouvoir as-r pirer aux premières distinctions de la patrie, s'étoit marié, par le conseil de ses parents, à une personne de son âge, qui lui avoit apporté pour dot autant de mérite que de bien. Quoique ce mariage ne fût point de son choix , il voyoit son épouse sans aversion , et il se seroit accoutumé à l'aimer, si rien n'eût troublé sa douceur naturelle et ses vertueuses inclinations. Mais la bonté de sou caractère avoit déjà été dérangée par quelques amis , dont la société avoit en trop d'agrément pour lui. Ik Favoient entraîné dans la débauche. Le mariage devoit naturellement le ramener à une conduite plus r^lée ,' et ses par^its n'avedent point eu d'autre vue.pdur l'y porter ; cependant le remède m^kiie se diangea en poison, et la natUfé de son mal eu devint plus ma- Kgne et plus dangereuse.
. Ses aiiHS jcie'poavant sotdRrinFair' de^réfarmation: qn^ lui virent prendre après ses noces y.concer-. tèrent ensqmhle les moyens de le rim^er dans kor
£T ANECBOTJSS. 5ôl
club ^* Comme il avoit trop de raison pour ne pas sentir ce qu'il' devoit à son épouse, i son honneur et à son établissement dans le monde, ils n'auroient pas réussi à lui faire reprendre le chemin du vice ; «Mis, connoissant son humeur, ils eurent assex d'adresse pour ne lui rien proposer qu'avec certains ménagements. Ils lui firent considérer que Londres est d'une si vaste étendue, qu'il pourroit, sans scan* dale, se partager entre ses plaisirs et ses devoirs; qu'il n'étoit question que de choisir , pour leurs as* semblées, un quartier éloigné de sa demeure; que son épouse même pouvoit être trompée aisément par quelque prétexte; enfin , que rien n'étoit si facile dans une grande ville , que d'en imposer au public , et de jouer différents personnages. Ces raisons le séduisirent. Il entreprit tout-à4a-fois deux rôles fort opposés; pendantle jour, onlevoyoitgrave dans ison quartier , attentif à ses affaires , laborieux, modeste; et le soir, ausdtôt qu'il pouvoit se dérober, avec bienséance, il aUoit se' livrer, pour toute la nuit , aux excès qui sont ordinaires à la jeunesse de Londres. .
Il auroit faUu, pour soutenir constamment un
* C'est le nom qu'on donne, en Angleterre , i certaines assemblées régulières qui se font dans les cabafets, et aa-^ très lieux de plaisirs*
So2 AVENTUEES
genre dé vie si bizarre, qu'il eût trouvé le secret de conserver au même d^ré le goût du vice et de lu vertu; mais cet équilibre étant impossible, on ne fut pas long -temps à voir le vice emporter h ba« lance.^ Son respect pour le public, êes égards pour son épouse, las ménagements qu'il avoit gardés pour sa fortune et pour sa réputation , tout disparut par degrés. H négligea ses affaires. U ruina son crédit. £n moins de six ou sept ans , il dépensa tout son bien-, avec la meilleure partie de celui de son épouse, et il. se rendit méprisable à tous les honnéles gens.
Cette triste épouse n'avoit pas attendu si long** temps à lui tendre la main dans le précipice, et i faire toutes sortes d'offres pour le rappeler i lui-* même. Elle l'aimoit avec une tendresse extrême* Elle avoit eu de lui, dans les premières années de son mariage, deux enfants, dont Fintérêt étoit un motif aussi pressant que sa tendresse. Cent fois elle avoit employé ses prières et ses larmes, les sollici-^ tations de ses parents, et Fintercession de ses amis. Elle s'étoit même flattée quelquefois d'avoir em-* porté la victoire. Mais, s'il y av(Ht eu quelques moments où l'infidèle avoit paru touché de ses pleurs, la force de l'habitude , l'exemple, les railleries de ses compagnons de débauche avoient détruit presqu'aussitpt spn ouvrage. Enfin, trop foible pour résister plus long-temps à son infortune, elle tomba
ET ANECDOTES. 3o5
dans une maladie * qui n'a point de nom dlins notre langue, et qui n'est nulle part aussi funeste qu'en Angleterre. Réduite, en peu de moments, à l'extrémité, elle prit la plume, et elle recueillit toutes ses forces pour écrire les lignes suivantes à son mari , qui étoit dans le lieu ordinaire de ses débauches , où il passoit quelquefois des semaines entières. Elle lui envoya la lettre avec ses deux enfants, dont le plus âgé n'avoit pas six ans.
ce C'est à ces petits orateurs à plaider pour eux- » mêmes. Jetez sur eux un œil de père. Ils sont au )) moment de tomber dans* l'opprobre et dans la j> misère. A qui auront-ils recours pour l'éviter? » Hélas ! qui pourra les croire lorsqu'ils accuseront » leur père de leur malheur? Jetez encore une fois » les yeux sur eux. Quoi ! la nature ne vous dit- » elle rien en leur faveur? Oh! cher époux, ayez y> pitié de vos misérables enfants. Pour moi j'ai reçu » le coup au fond du cœur. Tous mes maux vont y> finir. Adieu ».
L'effet de ce billet paroîtra incroyable. Avec plus de rapidité, dit-on, qu'on ne peut le représenter, le père arrache ses enfants des bras de leur nourrice, les serre entre les siens. d'une manière toute passionnée , et sans prononcer une parole , ni vou-
* En anglois , brokenhearU Ce mot traduit littéralement , signifie cœur brisé*
5ô4 AVlBNTUItBS
loir rien entendre , il sort impétuensemetit , en le* tenant toujours dans cet ëtat , traverse plusieurs rues y court , fçnd la presse , ne répond à personne, et arrive tout hors d'haleine à sa maison, où il monte d'abord à l'appartement de son épouse. Elle étoit expirante. La vue de son mari ne laissa pas de la ranimer un moment. Elle parut s'apercevoir de l'heureux effet de sa lettre, et mourut contente d'une pensée si douce. Pour lui, qui reconnut aussitôt qu'elle rendoit Je dernier soupir , il n'y a point d'expression qui puisse donner une juste idée de son désespoir. Ses premiers mouvements allôient à finir sa vie de ses propres mains. D'un grand nombre de spectateurs , que le brait de ses efforts et de ses gémissements attira dans sa niaison , il s'en trouva quelques-uns, qui, dans Hudignalion de sa conduite passée , et pleins de compassion pour le sort de son épouse , vouloient qu'on lui laissât la liberté de se punir lui-même, comme il paroissoil le désirer ; mais les plus sages s'y opposèrent pour l'intérêt de ses enfants. Il se retira ensuite à la campagne, où son repentir fut sincère et constant.
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b'UNE GÉNÉROSITÉ SANS EXEMÏ»LE.
Morale historique.
JL A morale ne paroîtroit pas si souvent ennuyeuse, si elle se présentoit toujours sous des traits aussi agréables que dans Phîstoire suivante.
Un homme (il importe peu de quel pays, mais on lui donné pour patrie le comté dé Derby) éloit demeuré séiil dé sa race, et ne cbnnoissoit personne iassez iTamilièrément pour se promettre beaucoup de douceur dans le commerce ordinaire de la société« Il a voit des biens considérables. Mais ses désirs étant bornés par l'habitude d'une vie frugale, il ne voyôit point quel usage il en pouvoit faire pour augmenter le bonheur dé sa vie. Nulle passion qui put le déteriotunér piar les motifs du plaisir. Nul engagement qui parût le porter à rien par devoir. Sa condition lui devint si ennuyeuse, qu'après un grand nombre de réflexions mélancoliques , il par* vint à douter si une vie, dans laquelle il ne voyoit
Prévost. TomtXXXV. SO
5o6 AVENTURES
aucune apparence de trouver jamais plus d'agré* ments, ne méritoit pas d'être abandonnée, ne fûtce que par cette raison , qu/'un état incertain , tel que celui qui vient apF^Ja moFt^ paroît préférable à celui dans lequel on n'éprouve certainement que de )a po^pt^qr fit de F^nui. Il en étoit déjà au choix de la mort, et dans le trouble dont il ne pourvoit se défendre , il 3'agitoit avec tant de marques d'inquiétude, qu'un pauvre, qui le trouva rêveur et distrait dans un lieu public où il se promenoit seul , se détermina à kii demander s'il avoit besoin de ses services , ou s'il avoit quelque dotUeur pressante à laquelle on pût remédier* M. Ily, c'étoit son nom, étoit conpu du pauvre qui l'interrogeoit. U lui répondit du ton d'un hpiumq riche , qui n'est pas si^siait de sa fortune. Ah! que ne faitesr-vous part aux autres, lui dit le pauvre, d'un bien qui paroit vous être mutUe ! Ce reproche fit naître mille ré£ie;(ioQS, à M. Ily. Il trouva du plaisir à penser qu'il, pouyolt, satisfaire un désir a^issi empressé que celui qu'on lui marquoit, et se faisant suivre du
Çauvre. il le conduisit à sa maison où il lui laissa le choix de ce qui lui parpîtroit le plus propre à le rei^dre- heureux. Ce misérable ne manquoit pas de raison. Il confessa naturellealent . à M. Ily qu'il n'ayoit pas le goût des plaisirs rqui he se trouvent que dans^ l'abondance^ mais qu'ujie spmme. d'ar* gent^ ^ui le mettroit en état de formçr un petit
feT ANJÎCDOTES. 3o^
iiiablÎ6se#<ol avec sa famille ^ suffiroit pour rejai|)lir ^es Yceut*. EQà loi fut accordée sur-lè-^h^mp. II ta fit uDsi boQ iisa{$è, que dàn$:.pea de semaines il ae TÎi éh état de.ue. pas cfaindre la misère* M. Ily suh voit d^ J^œill^ progrès de son ouvrage ; et presque <^galemént^^8Î.Ue:à la joie d'avoir âhaogé là situatioD d'iuie faitûUe oiâlheùreiisé, et aux témoignages de recomK>is8atice %i'il eçi recevoit continuellefenent , il s'aperçut qu'une occupation si douce avoit tni4 Un ehâiogement esitréme dans s^ piropre condi^ lion*.
, S4s îdées^s'ouvrirent ^insi par degrés; il.<k>ûçuft ^ixe lie nombre des mis4ra)>Ies n'étoit pa3 iKHué k ceux ^ attendant dés secours de la libéralisé de4 passants 9 et que si un particulier étbit çàpslMe de tant de sensibilité pour ses bienfiÂts» il en pduvoît esj^i^ir beapiiboup {4ùs d'une infinité d'honnétés g&a$ qoi joigaea^ pius d'élévation d'ame aux méme^ be-» iBoins; Son cceur fut flatté de oette éspérdiiiee. Il se fit un0 étude de chercher ceux: qui loi parol^ibroient dignes de son attei^tion jpar d'autres mqiifi^ que h simple humanité. Il en dééouvtit ùb grand nombre; iôar le amende est r^mpli'de malhenrmx quilméri-* tent Un meilleuir sort. Il joignit au bien qu'il leur fit, iîeS'jBbanîère$ bonnes . et. généreuses q«}i.;épar'f gneot aux ames^ bien nées là confusion de Voir bàr misère U*op connue ^ et celle même d'y voirappotter éii âoufegemtlBnt Ces deuxsoins, celui de répàQ<lr«
5o8 AVEKTUKÏS
ses bienfaits et de De les ^s- trop faire i^Ioir , occtl* pèrent si agréablement M. By/<(|ue loin d'avoir des^ moments 0»& à remplir^ il se plaignoit que le temps étoît trop court, ou qu'il passoit trop vite.
On rapporte des effets extréûietneut singuliers de cette passion de contribue^ au bonheur (Fautrui, qui avoit succéder à l'ennui d'une vie^ pesante et inutile. Un soir, qu'il revencft seulcbeashii, après avoir passé le jour dans les exercices ordinaires de sa gàaé^osîté , il entendit deux bourgeois qui s'entretenoient de leurs affaires, et qui, après s?étre' con(esi»é»nfiturdieùient qu'elles étoient en fott mau- -vais ordre', r^eito^nt der n'être pas connus de M. Dy, dont on commetoiçoit à publier de tous côtes lesbiénfeils. Avec cinquante gtiinée^j disoit l'un, j'acquitterois mes dettes, qui m'ôtent le pott- Toir de soutenir inon cortimercéj et mon travail, qui deviendrbit aussitôt plus tranqui&é et plus libre,' merétabHroit bientôt dans Fétat doidi^knesmalheurs m'ont fait toiùbef. Cinquante gùinée^ seraient bien âmgnées de me suffire, répondit l'autre ; et qpelque âoge qu'on faèséf des Kl^alHés de M. Ily, je ne le croirois jamais disposé à 'me prêter mille guin^ ,' sans lesquelles il n-y â< point de rétablisse* ment à espérer pour moi. M. Iiy^s^)pyo<AfôL-d'eux : Mes ênfents, leur dit-il'., fm entend' y o§ Ifesoins. Je comtois M. Ily, dont vous avez une m haute opi* iBon, çt je pourro^ vousrandre prâs delui'cptelque
ET AîîïEXîBOTES. ScK)
service; mais: il est aoeablé de xmfie sgins, et je n'oserois vous répondre qu'il se portât toxit*<i'un^ coup à vous obliger. Cependant il ne faut pas que vous le regardiez comme le seul homme de notre pays qui saqhe rendre service aux honnêtes gens. Je veux.qué vous recevieai àe moi celui qui vous est nécessaire^ et je n'y met^ que deux conditions; Tunè , que vous ne chercherez, pas a me connoître ; l'autre, qiie vous m'af^porterézf demain , à k^n^oié heure et au même lien /.une attestation de votre ministre, qui me rende témoignage de votçe conduite. Ce discours Jutrecud'abord comme un bâ-* .dinage. .Cependant les deux bourgeois prirent Je partik de risquer Faventure. Us se trouvèrent le lein^ deotôin au rendes-ivous ; et M. lly^ aussi fidèle qu'eux à sa promesse, leur apporiales mille cincpiantë gui* nées^ I^eur joie parut «itréme^ Ils lui rebâtirent eu éehange lés certificats du ministre, qui furent ^joss^ «a seule caution^ car il -se déroba aussîtôf pour év»^ ter d'être reconnu. On ignore si son Intention étoit de leur faire un don de cette somme ^ ou un simple prêt; mais ces deux honnêtes gens y qui n'àvoi^ôt compté de recevoir ^on bienfait qu'à cp dernier titre, et quls'étoient proposé de lui en faire leur obligalîoa^ fur^at extrêmement sùrpria dé voir dis^ paroitre leur hâen&iteur. Ils prirent ensemble une résolution aussi extraordinaire que son laction. Ce fut de faire afficher dès le loidematn', : sur la place
^10 ATEKTTUHES
de Derby, toutes les ciroonstmioes de leur aventura, avec une déclaration, par laquelle ils s'eng&geoieot devant le public à restituer, dans certains termes^ la somme qu'ils reeonnoisficttent avoir reçne. Et pour écarter toute apptarenee d'équivoque , ib pro* mettoieni de la déposer entre les mains, du magîs-s trat, en l'autorisant à la remettre au ^porteur des certificats du ministre. Un procédé si noble attîroi^ Fadmîratiop de tout le tÉH>cufe, lorsque le joursui-^ tant .en' offrit une nouvdb' matière, dam une antre aflKefae, qui eont;çn0it Jadédaration dii bienfaiteur, II protestok que,- charmé devoir plaoé si beureu-it sèment, son bienfeit, il jie demandoit point d'autre Fetour que le sentiment de deux cœurs qui lui par roisacôentsi capables de ree^Hmoissanoe; et prâ:iant le j^ibBca témoin qu'il leur abandonnoii la pix>» piiélé de la somme, il ajouloit que^ pour éteindre jusqu'axt* droit de la redemander, il avoit renvoyé lé mèmBf iôur les certifioal» du minière au mk^m trat. Ce ne fuf pas toutrd^un*rCoap qu'on perça le voile où la modestie de M. Uy s'étoit «lyeloppée ; eiifieiYtrétiie cette bette lac^âDÎi aucoitreUe éebappé pour toujours au public^' si lîiatendantdetses-^ffaires n'avott senvi à la révéler , en rendant ténkoîgnage qu^ilavoit fourni les deux mêmes sômniesà son maître dai» le temps de l'événement*
On ne trouvera pasle irait . suivant moinâadmi-^ rable. IJne^^fe de quinze' ans s'étoit laissé iséduir^
IT ANECDOTES. 5li
par UD domestique de sa maison , et la crainte de son père, qui étoit d'une humeur fort violente^ lui avoit fait prendre le parti de se cacher chez de pauvres voisins. Le domestique, encore plus efirayé^ s'étoit mis à couvert par la fuite. On avoit tenté inutilement d'inspirer de la patience au père pour un malheur sans remède. La seule ressource qui restoit à la jeune nlle, étoit d'aller à Londres, avec Fespérance de se placer dans quelque maison ou sa disgrâce ne seroit pas une raison pour refuser ses services. Mais 51. Hy, dont toute Poccupation étoit de s'intéresser à la peine et aux embarras a autrui, jugea que dans une ville o\ila corruption des mœurs est égale dans les deux sexes, elle alloit achever dé se perdre. Oï\ lui avoit parlé d^ailleurs fort avantageusement de son caractère. Il la vit j et Kiî déclarant qu'après une faute telle que la siénàe , il n'y avoit qu'une voie pour revenir à l'honneur , mais une voie dure et choquante, il lui demanda si elle consentiroit à épouser son séducteur. (Comme l'amour avoit eu moins de part à son désordre que la fragilité de la nature , la fierté de sa naissance lui ïit faire quantité d'objections. ]^ais le: secours n'étant offert qu'à ce prix, elle' se rendit enfin aux motifs de sagesse et de vertu qui furent lés seuls que M. Dy affecta d'employer. L'idée qûll pnt d'une femme à qui des conseils de cette nature étoient capables de faire surmonter les sentiments
313 AVENTU1ÎIE&
naturels de Torgueil, le porta k ne rien épargna pour réparer son malheur. Il commença par acheter, une chaire honnête à son amant, et l'ayant envoy^Si à Lqndre^ avec son nouveau titre, il eut soin de le recommander aux amis qu'il avoit dans cette ville ^ pour lui donner occasion de le former au commerce des honnêtes gens. Ensuite, l'ayant établi dans le lieu où il avoit acheté son emploi, il prit luirmême la peine de lui conduire sa femme, qu'il avoit fait garder soigneusement dans cet intervalle. Il les fit marier, et il leur procura mille moyens de mener une vie douce et agréable. Cette entreprise étoit exécutée avec tant .de secret , que le père de la jeune fille n'ayant été informé de rien , il fut extrêmement surpris de recevoir un iour la visite d^ M. Ily, qui venoit le prier de rendre son amitié à sa fille , et d'agréer qu'elle lui rendit sa visite s^ vec le commissaire son mari. L'étonnement du père augmenta encore, lorsqu'il apprit qu^avec cet emploi , qui mettoit son gendre au rang des plus honnêtes gens de la ville où il s'étoit établi , il étoit associé a l'entreprise des mines, dont les directeurs jpassent pour les plus riches particuliers de la pror yince. C'étpit M. Ily qui avoit engagé son crédi^ pour le faire entrer dans cette société. Dans un pays .où les richesses ^ont plus considérées que la nais-sance, tout changea de face pour le père. Il rendit ses bonnes grâces à sa fille pendant le reste de sa
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ET AN£€BOa?£S. ^ 5*5
vie, et il lui fit en mourant dçs avantages qui JU mirent en état de restituer à 31, Ily ce qu'il aypiç avancé pour son établissement.
On s'exposeroit à nç pas finir, si l'on entreprçnoit de rapporter tous les exemples <le sa générosité et de sa modestie. Il se reprochoi^ souvent, comme Titus, d'avoir perdu tout le temps qu'il n'avo.it pas employé à faire du bien. Les çsprits austères ne louèrent pas une autre sorte de yertu qu'il exerça dans sa maison , et que la vieillesse même ne l'empêcha point de pratiquer jusqu'à la fin de sa vie. Il §voit remarqué que parmi les filles livrées à la débauche , il s'en trouvoit toujours un gra^nd nombre q^i s'yabandotinent sans penchant, et qiji ne s'attachent à cette misérable profession que par des nécessités de fortune auxqoeQeâ il ne se présente point d'autre remède. Son cœur, devenu si facile à toucher , étendit sa compassion jusqu'à ces malheureusça victjmes. Il en retira cliez lui une mukitudej qu'il trouva le nipyen d'occuper d'une manière si utile, que non-rseulement leur entretien nel'eng?igeoit point dans une dépense, considérable, mais qu'avec le produit de leur travail,. il en n^ar:ia plusieurs à diyersies personnes qui ne firent pas difficulté de les épouser. Ses -censeurs crurent remar* quer que eejlles dont il faisoit choix n'étoient pas les plus laiç)^ , et lui attribuèrent d'autres vues que pelles de.léisî appeler à une vie plus régléç ; mais, en
5i6 AVENU v]|.E$
la d^pnûner en sa faveui^. Il .iié hi resloii /cpie de ,1q disposer à si^vre toutes fias volontés; et ne voulant rien Jaifiaer au hazard, elle le fit languir pen*dant cinq ou; s»x; mois pour l'enflammer autant . qu'il pouvoit l'être ,. en lui Ëiisant entendre qu'elle étoit arrêté^ par des raisons qu'il pouvoit vaincre, 'jiaais qui deman^oient tant d'amour et de. conf stançe , qu'elle l'en croyoit peu c^paHe. Enfin , pressée par ses instances , et presqu'assurée du succès .par ses serments , elle lui çonfe^ que l'amour du ^plaisir la faisoit moins penj^r au mariage, ^e le 2èle .de la relîgiqn,; qu'elle vouloit faire un apôtre ,de son mari, partager se^ tfayaux, et quitter Lppjtr dres, en. iln.iïipt, pour aller prêcher l'évangile; en j^jnériqgf;. Ce,, discours pa^rut si extraprdii^re. au .jninîstre,;que ne pouvant soupçonii^r sa p^aîu^^sse . de le railler, il ,ci:aignit que son esprit n'eût sçyxlS^ .quelqu'altër^lâoji^. Il n'osa la contredire ouverte^ ment; mais «n'étant gu^ères (l^iqipsé'non plus à goûter ;Ses prppcKSHL)^om,.il,se retroiM^ha d^i^s des excili9<[s et des objeçtipns.si frivoles, qu'il ^^t| fallut, j^js^ diair vantage à la sincère Anne p.Qp^ lui faire juger ^'el|p avoit été trompée, par les. apparences, Son;Zè)ej)'et'- ^cluoit pas un peu de fierté, et la moindre de ,o^ '^éux causes étoit capable de lui inspirer un jiiste dédain pour un homme qui r^pondoit si maii à ^n attente. Elle désespéra même de parvenir par d'aur tres.voies à ce qup lareïigLop et l'amour q'avoient
pli Im Taire dbiènir . Le miDisiré et lotit ce qui Iiû* resseihbloît fut côjigëdië. ' - '
Cependant leur mariage ëtbit ^î avàlncé, trù'iT fallut justifier, aux yeuxdes deiirfkmiUes, une rup-lure si éclaiante/'AteiëTeftisoit dé s'expliquer. Le ministre, confus de sa disgrâce, et piqué de se voir tourner en lidicule par ceux qui avoient envié sea bonheur, n'eut pas plus de discrétion que de courage. JLraveu qi^'il fit^de son aventure n'ajant pomt tardé à se répandi*e, il parvint aux oreilles du jeune cavalier qu'Anne avoit rebuté, et que cette rigueur ii'avoit pas guéri de sa passion. Que n'eut-il pas fait pour lui plaire? H rie balança pas un moment à s'aller jeter à ses pieds, et ne lui déguisant tien de ce qu'il venoit d'apprendre , il lui offrit d'embrasser l'état ecclésiastique , si c'éioit à cette profession qu'elle destinoit son cœur, et de parcourir avec elle tous les déserts de ^Amérique. Elle avoit trop de bon sens pour rie pa^ distinguer un enipoftement de passion d'un zèle sincère ; mais ce transport dumoins ne lui perinettoit pas de douter qu'elle ne Ait aimée, et c'étoit déjà un des avantages qu'elle atvoït voulu se procurer. L'autre pouvoit en être la suite, et devenir même lè fruit d'une afdeur moins ttfmultueuse. Elle promit sa main au jeune homme ^ sans autre condition que de Taitiaer constamment. Ce mariage né tarda' pas à se éoridlurej et si leur ardeur pour le voyage de l'Amérique; qui ne pa-
enseveli. Il ramassa la boite qui étoit tombée , ëi {('imaginant qiié le poison qui avoit mis son maître dans Fétat oii il le voy oit , en étoit sorti , il la regatdoit avec douleur, et jetoit de temps en temps de triâtes regards sur celui qu'il trouvait si défiguf é.
A force de remuer la botte , il s'aperçut qu^ restoit encore quelque chose dedans. Enfin , étant vend à bout de rappeler la connoissanee à son maître , il lui remit ce fatal objet. Betlem, après l'avoir considérée dé plus près , reconnut que lé fofid n'étoit placé que dans le milieu , et qu'elle s'oit vroit dés deux côtés; Il la rétourna pour eu lever le couvercle,' t(u'il n'avoit pas d'abord aperçu. Il y vit ces paroles en caractères beaucoup plus petits que les premiers i P(Àir mon irifidèle. Il en frémit. Ce né fut qu'eii tremblant et avec beaucoup de peine qu'il enleva le couvercle , qu'il croyoit ne devoir rien annoncer que de funeste. Il l'ouvrit , et y trouva un billet conçu en ces termes f
« Avouez , cher Betlém , que Findiscrétioh eèi » inséparable du caractère dés hcfoimes; que nous » ne saurions prendre trop de précautions pour ")> nous assurer de leur fidélité , et qu'il est bien 7) rare d'en trouver qui méritent qùé nous ayons » une entière confiance en leur parole. Je vous yk^ pardonne cependant l'infidélité que vous venee y> de me faire , puisque c'est moi qui vous ai tendu y> ce piège pour vous y faire tomber. Observez -i
15T AîîEC BOTES. Sai
» Tavenir plus rdigieusement que vous -n'avez fait y> toutes les conditions que je vous ai prescrites, si D vous voulez que je continue de souffrir que vous 9> me donniez cfu^lquefois des marques de votre » amour *^. • '
Il ne &lloit pas moins que des expression^ si flat-^ teuses pour effîicer de son esprit les terihes du pre^ mier billet. Se tf bdvànt tout-à-coup mëtamer^ phosé , Betlem voulut examiner ce qui restoit dans la boîte ; il y trouva trois petits paquets qu'il ou-^ vrit, et qui contenoieut trois bagues, sur lesqudle^ ^toient trois devises, vrais prodiges d'esprit et d'â-*mour. *
ttmagmmàL,m^^^^ÊÊÊmmt^ammm0Êmmi,m,Ktlhitm^mmÊÊmé^mmm^m>mmàm^Ê^