‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 4 sur 76 · AVENTURE DE MISS B · texte numérisé non relu

AVENTURE DE MISS B

JVLissB.... n'avoit que quinze ans, lorsque sa mère l'amena à Londres, dans l'espérance qu'une éducation un peu distinguée, jointe aux charmes qu'elle avoit reçus de la nature, sqppléeroient pour son établissement au défaut des biens de la fortune* La retraite où elle avoit yécu pendant deux ans ^ qui fureat employés à lui faire acquérir toutes les

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perfections de ddh sexe , àTon ethpéùhè qa'elle n'eût été eôtintte dans lé monde , juMjfu'iiu iroisième hiver , qti'dle commençai à se montrer en public , et <}u'eUe détint tôut44ft^foîs Tidote dés hommes et Fobjiet de Feiivie des femmes. Là vivacité n^tareHè de Sôti imagination , accompagnée d'ane simplicité charmante , la rendoient anM aimable à eenï qui jouissoient de son entretien, que Fécht dé son visage , et la beauté de Sa taille , la faisoit trouver admiiffi)Ie à ceui qui ne faisoient que là voir.

Avec qud plaisir sa mère ne lui voyoit-elle paS surpasser arma s$s plus tendres souhaits? Elle sé jRattoit défji qu'il n'y auroit qu'à choisi)* pour elle entre tous les partis de là ville. Un bien médiocre n'étoit pas une proposition qui pût être écoutée ; et la plus grosse fortune, sans titre , n'auroit pas été digne non plus d'être acceptée.

Il «n'y avoit phîs d'iissenibtéQpubKque où Lbdmde ne parût. Parloit-on d'un bal, elle y étoit invitée la première; d'un coiïcert, d^ttil opéra, on étoit sûr de l'y trouver. £Ue étoit aussi assidue à la promamde dn parc qu'à FégHie.Dahs qudque lien qu'^e ise montrftt , elle s^attiroit (es tegdrds de totne l'as^ tmhHié^. Entre le» jeunes gens , c'étoit une tè^e de Jtn filtre des politesses pour s'acquérir une rép^it^^ tion de galanterie, comme c'étoit une néci^sité de iB^attaeher à elle et de suivre des impressions dont on ne pouvoit se défendre.

ET ANECDOTES. Si

L'un des plus empressés tai le )eune lord M ^

Comme il àyoit peu de btens, il ne se flatta point qae sa qualité filit une raison de s'attendre à des préférences ; mais se trouvant néanmoins enflammé fFune violente passion , il résolut de se satisfaire k tontes sortes de prix. Une flgure brillante , de Pagrément dans l'esprit et dai|6 les manières, une ré* patation déjà fidte par cent aventures qui Ploient mis en honneur parmi les femmes, enfin tout le mérite qui fait exceller dans la galanterie , lui attira bientôt des dbtinctiôns qui désespérèrent ses rivaux . Flatté de ce qui pouvoit les écarter, il ne déguisoit ses prc^rès qu'à sa mère, et il crut sa victoire cer-^ taine, lorsqu'il la vit aussi empressée que lui à fa-^ voriser ce déguisem^oit. Je passe sur mille circon-^ stances où l'adresse eut autant de part que l'amour. On étoil, à Londres, dans la fureur des assemblées de u^aux^hatt^ qui ont succédé à l'opéra italien , et qui venoient de la même source. Un grand jardin , omë d'un bois et de tout ce qui étoit propre à iavorîséf les plainrs, servoit de rendez-vous pendantla nuit à la coor et à la ville. Les danses et les festins y étoient multipliés à chaque pas , à la lu-* mière d'une prodigieuse qtïâniité de flambeaux , et au bruit de toutes sortes d'instruments. Cétoit manquer dégoût^ et comme renoncer au monde ^ que de n'avoir pas été du-môins une fois au ridotté dewaux^hall. Miss B.... étoit plus faite qu'une autre

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pour y parbtire .avec éclat, et sa^ mère ne pensoit point à la priver de cette saûsfactîoo. ' Cependant, comme il y avoit des bienséances à garder dans un lieu qui devenoit plus célèbre de jqur en jour par bien des aventures , on écarta de cette partie tous les gens d'un âge suspect. Elle se fit avec des bar-^ bons. Qiû n'auroit pas cru que û'étoit se .mettre audessusMe toutes les craintes, «t parer à tojis les soupçons?

En effet, on ne s'aperçut de rien qui fût capables de choquer des yeux délicats; mais le jeune lord ne put ignorer qu'on devoit être au vraux-hall. Il y avoit un bois, et dans ce bois d^ allées plus sombres que d'autres, des prom,euades couvertes, qui ne pouvoient être si bien éclairées. Il s'y rendit , pour le seul plaisir de voir de loin miss B...., car il ne vouloit point s'approcher malgré, elle et sa.mère. Cependant il trouva moyen de lui faire dire qu'il n'étoit qu'à deux pas d'elle, et qull ne pouvoit être si près sans lui parler un instanL II se fit voir en mâmeHemps^au bout d'une allée , et cela avec tant de sagesse et de discrétion , qu'elle fîit la seule de sa compagnie qui l'aperçut. Comment refuser de lui.diredeux mots? mais deux mots seulement; car on ne pouvoit s'en permettre davantage. Un prétexte naît tout-d'un«^oup , et les allées sombnss ea ioornissent pour mille besoixts. Il est certain que ini^ B.^. ne fat absente qu'un moment. Cependant,

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avant la fin d€ la saisaa ^ sa mète s'est trouvée forcée de retouroer avec elle en province. On a . compté neuf ou dix mois depuis la nu4 du riddtto jcËK|a'à leur retour àXondres* Dans quel lie» du monde la médisance n'est-elle pas accoutumée à tout empoisonner ? On a chagriné miss B.... par. tant de: maîi-' vais dîsceursetde bruits injurieu^à sa réputation^ gne, ppur.les &ire. finir, elle a pris le parti d'épouser un vieun marciianid , qui s'est heuneùsemeat disposé .à compter pour, rien la médisance. Ceux qui savent la vérité de l'aventure y ont trouiné miss B..- fc>rt heureuse qu'il y ait des gens de ce^carae*tére-lji dans ;le monde, etcroyent qu'elle l'aiiroit j été beaucoup plus ^encore de » ne pas doxiner dans le goût du ridotto. j

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