‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 3 sur 76 · iLVBNMJRSg · texte numérisé non relu

iLVBNMJRSg

ch«r: ses halMts, et pour 9^ xiiett(e:^â ëtat de^^e^ tour ner^che^ lui safi& £nre 8Ôiipcoâner«8ou aventura à sa propre ^MuiMe. «^ ■- ^ ' ' ;■ . . /

Le notaire 9 âpres s'être acquitté fort habilemeiK de sa €onimissi<Hi, le rejoignit dans le liea «qu'il ïxù avoit ji9ibmë. Il lui» raooi\u<ju'ayant trouvé ]e pètê et la fille dans une profonde consternation y le .âi^ cours qu'il Içur ayoit tenu aVQit paru les consolée beaucoup, crt que, s^ns s'expliqua autrement, ils ay oient promis la discrétion qu'on l0ur demandent, li'infame! la perfide! s'écria K^conqu en^^ livrant un momeiit à S6& distractions, devois-*je épargner flg vie, et qûeHcr fureur m'a fidt tourner mes vues eontre la mienne ? Mais ne pensons pli|s à d'ajitre vengeance cpxe lé mépris. Je siiî^tnpp engagé avea vous, réprit^ii en regardant ses. deux libérateurs^ pour vous laisser ignbrpr ce qui m'a conduit au précipice dont yaus m'ayez tii^é; et si je veux liie mettre en drpit devons demander le secret sur ce qui s'est passé à va6.]^eux, je dois^vous marquer, par une oonfiaxk^ volontaire, que. je vqus crqis ôapables de le ^garder. Ecoutœ.'ma triste et honteuse histoire» > , ' \

» Je suis L'ainé d^une &mille fort rîdbe , et je se^b ttiffiurié dejMiis long-.temps d'une mamére conve-* nable àimanaissance,jsi la force d'une passion que jen'ai puy^inccdiie aasb'avoit j'enduinsensible à tona te avantages de le foriune/JUn jnioMlre^ dont je 21»

BT ANECDOTES. jrj

dois plus parleft" qu'aved horreur, mais ^ssez char-»' mant pour se faire adorer, m'a séduit il y a deui aus ; c'est la fille tmiqùe d'un médecin qui demeu-^ roit alors dans knon voisinage. Je la yoyois aveè mes sœurs, chez lesquelles elle se croyoit fort ho-f ^orée d'être reçue. Je cHinçus pour elle une tendresse inexprimable; A-peine avoit-elle attûnt sa douzième années Je ne J>us lui cacher mes sentiments. Elle ne me désespéra point par sa réponse^ mais soit .qu'elle eût alors le cœur plus vertueux soit qu'elle fôt déjà assez rusée pour ménager ses avantages, elle cessa de voir mes sœurs, et parut se fidre une étude de nï'éviter. ^J'employai tittit de soins pour la rejoindre, qu'ayant trouvé l'occasion de lui parlera la promc^de, je lui fis des plaintes amères de son absence affectée. Elle m'écouta et si fétob enchanté de sa figure , je le fus encore plus de son caractère^ lorsque m'ayant <Jonfessé qu'elle 9e ^entoit de ^'inclination pour moi, elle ajouta que c'étoit la crainte de s'y Jivrer trop aisément , et la connoissanGeen même-temps qii'elle avoit del'iné-. galité de nos noms et de nos fortunes, qui lui avoit fait prendre le parti de nous épargner à tous deux des peines inutiles. Je lui aurois sacrifié tout dès Ce moHient, et je lui fis connoîire sans détour que ce n'étwt point un cœur tel que le mien qui pouvoif être arrêté par d§s obstacles si foibles. Elle ne se^ rfladit point à mes instances. Je pa^ quel*

Prévost. Tom^ XXXV. ^

î8 AVENTURES

ques semaôies h chercher de nottteDes occaaîoDS dé k voir, et, désespéré de lai vtûw^ tant de con-^ élance à me rc^^uer, je temfti pltmeurs fois de m'in^ iroduîre dan* sa meisôii^ ilidlgfé la résistance qtiè fe tr<mvai à se porte ^ et que jé ne pus attribuer qa'ià ses ordres* Son père, averti ijue j^avôi^ menacé seè domestiques d'emploj^ le ttoienee, en fit des plamtes au imenj mais, lotn de nuire à me» vues^ cette déiMffobe -f servit doublement ^ parce qu'dle me fit naître k pensée de mWresser directement au médedtB , ei qu'eDe a toujours éloigné les soup-* çons de mon père, a qui divers incidents venus k k suide auroient pu Sûre ouvrir les yeux sur ma eooddiie. ^

Au-lieu donc de penser à rexécution 4c mes metiaces , je demanda» honnêtement k voir le méde* cîn , qm ne put me rduser cette kvëur . Je PacQu-sai tendremeat de me oawer un chagrin mortel en pFeDant parti contre moi, sans avoir connu k na-*ture de mes sentimenu et ]^e mes intentions. Ayant presque trente ans,' j'étois d'un âge où l'on pouvoit faire quelque Soàd sur mon caractère et sur mes promeases; or j'mmois sa ^le avec les sentiments d'un b^onéte hmsnve, et j'élôis prêt k hii donner ma panrfe de Pëpouser. La peiiaii^on de la voir, que fs le conjurois de m'accorder, lie pouvoit être am hv&ï pour moi qu'avec cette espérance. Enfin je lèkissois le maître-de prendre k-dessos les précau-^

ET' AN£CDOT:idS. 10

^ons les plus propres à guérir son inquiétude ^ et de ré^er tui-tnémeles moyens qui potrvoient ftssu^ rer la fôrtutie dé te fille et mon bonbeut**

Ce discours ^ auquel je dénnai toute k forée que l'honneur etramout SOnt capables d'inspitêr, fit plus d'iàiprêssiôn sur le médecin que je n'avois Osé m^en promettre. Ses objections se réduisirent k la crainte d^offénset mon père, et de s'aitirèfii' le ressentiment d'un homme dont il connoissoit également l'humeur Yiolente et le crédit; mais je lui persuadai aisémentque j'étois libi^e, à mon âge, d'épouser une fille qui m'a voit plu , et dont k vertu réparoit asseï: la for-' tune. Si j'avois qudqué ménagement à garder pour mc^n père, il étôit aisé de remplir ce devoir en lui cachant ma passion et les engagements que je vùvh lois prendre. Ils pouvùieài être cachés de même BU public , âans qu'Us perdissent rien de leur forcé et de leur Stànteté par lé mysièt^. Un langage ai net et ai sincère me fit obtenir lé consentement du mé« decin. n y itiit seulement deux conditions; Tune, que, pour lever ses do«ie6^ je oommencerois par épouser sa: fille ; l'autre^ que je rmoncerdis pendant -deux ans aujt droits du mariage, parce que la disproportion èe nos forces hn fkisoit craindre quel** que ^losè pour sa santé.

' Meê dentîm^ts éloient si purs, que sans me plaindre de son sdit, qui lui faisoit mettre un si long obstacle à mes désirs^ je me crus trop heureux

ap AVENTURES

de ce que j'obtenois. Je m'eàgageai sur-Ie-cliànnp k FexéGtttion de ces deux artidei, et j'en fis aussitôt le serment aux pieds de sa fille, qui parut aussi sar tisfaite que moi d^uDévéoemeut si peu espéré. Nous convînmes que, pour faciliter mes visites et pour cacher mes démarches à ma famille, il se logeroit dans un quartier différent. Je me chargeai du soin de lui chercher une maison commode. Je fis meubler l'appartement de sa fille avec autant de magûi- ^cence que de goût. Le jour qu'elle y entra fut choisi pour la célébration de notre mariage. En évitant toutes les cérémonies éclatantes', j'eus soin que la décence fût observée , et qu'il ne manquât rien d'essentiel à des liens qui dévoient Siire toute la douceur de ma vie.

• Vous admirez ma retenue , dans un siècle où l'on ne fait plus gloire de tant de modération. Depuis deux ans que j'ai formé cette malheureuse chaîne , je ne me suis rien permis qui ait blessé mes promesses. Trop content.de la liberté que j'avois.à tous >moments de voir une femme que j'adorois, et d'observer avec soin le développement de ses charmes, j'attendois sans impatience le terme auquel je m'étois assujetti. J'employoîs toute mon étude à lui in-* spirer du goût pour moi, par la douceur de mes #nanières et par les témoignages continuels de ma tendresse. Je me fis même une occupation sérieuse de me i appeler tout ce que l'éducation et l'usage

du monde ont pu me communiquer de goût et de lumières pour lui former le cœur et l'esprit. Je croyois m'apercevoir tous les jours qu'elle profitoit de mes soins, et avec cela je lui donnois les meilleurs maitres, et je n'aurois pas souffert quelque chose â son usage , si je n'eusse pas cru que c'étoit ce que la cour et la yille pouvoient offrir de plus exquis. Pai passé deux années entières dans cet enchantement, revenu du monde, des plaisirs de mon &ge, du commerce même de mes amis, enfin ne pensant qu'à fiiir tout ce qui pouvoit me détourner d'un lieu où je trouvois tous les biens réunis. Mon père, qui s'est aperçu du changement de ma conduite et de mes inclinations, m'a pressé mille fois de lui expliquer un mystère qui l'alarmoit. Il s'est mém^ défié que l'amour m'avoit engagé dans quelque démarche téméraire; mais ses soupçons n'ayant fait qu'augmenter ma vigilance, 'j'ai toujours réussi fort heureusement à tromper la sienne.

Il y a trois jours, que m'entrelenant avec le médecin de la santé de sa fille , qui me paroissoit assez forte pour dissiper toutes ses craintes, je le fis souvenir quele terme dont nous étions convenus étoît fort proche , et que s'il n'avoit plus de meilr leures raisons à m'opposer ,. il étoit temps de me céder des droits que j'avois bien mérités. Elle n'étoit point présente à ce discours. L'opinionque j'avois de son innocence m'aurcfit fait appréhender

de lui offrir des imuges qui Jui aurolcnt paru nou* velles. S'il m'ëtoit quelquefois arrivé de hazarder devant elle quelque badinage de cette nature , j'avois cru m'aperccvoir qu'eDe »V comprenoit rieq , et |*espectant sa modestie, je m'étois hâtQ de changer delangage. Cependant son père m'ayant répondu, qu'il la croyoit telle qu'il l'avoit souhaitée pour me l'abandonner entièreinent , je ne fis plus mystère de l'espérance où j'étois de passer bientôt I^ nuit comme le jour avec elle. On» proposa même de célébrer nos plaisirs, par une fêtô f à laqt?e)lQ je con-. sentis qu'on invitât qi^elques-uns de ses plus proche», parents , que je n'avois aucune répugnaiiç^ à faireu entrer dans notre secret. J'ordonnai les préparatifs d'un ^and souper qui de voit se faire demain » et nfi'ë*-. tant avisé de feindre cheas mon père que je devoir partir le maûn pour aller passer bttit jours dansla maison de campagne d'un ami , je me pcomettois de le» employer avec bien plus de douceur au premier exercice de ma tendresse. Je vais cette après-midi , et si je puis le dire, avec plus d'empressement qu'à Farr dinaire, chez mon innocente et modeste maîtresse^ Je ne la trouve point au lo^s. Son père m'apprend cju'eUe lui a diemuindé la permission d'allei* au Palais pçur s'y 4o4[^>ev quelques bijou; ; qu'elle es^t sortie dans \xn fiacre y suivie dç son laquais , et que devant souper ensuite <4ie9 uue de ses tantes , ^e ne pou-» voit êire de remur avwt di^ qu onze heures*

' LHmpatience de la voir, et Feavie de lui aolieier moi-mênie tout ce qui pouvoit loi plaire, me coo-' doit sarcle-champ au Palais. Je passe imMilemeoti deux heures à la chercher. Je retourAC diee son père, sans autre chagrin que celui d'avoir manqué le plaisir que je în'étois propose , et ne pouvant me retirer sans avoir vu ce que faUnoia uniquâment y je prwds le parti de l'attendre.

Ce &t en méditant sur la satisfiM^tion qui m'étais assurée le lendemain , que m'étant livré d'ava&ee k ions mes transports , je pensai ^e rien ne m'obligeoit de remettre â loin ce que je pouvois obtenir dés le même jour. Le parti même que j'ayois pris d'attendre , étoit un prétexte tout naturel. Je eom? muniquai mes idées au médecin , qui parut y entier volontiers. Dans cette résolution , je me 6s up nouveau (4aisir d'afler au-devant de ma vertueuse ma^* tresse , et m'étant fait nommer le lieu oii elle étoit, î'eua la patience de demeurer plus d'une deicni^ heure dans la rue, seul , parce que j'avoîs renvoyé chez moi mon laquais , pour colorer mon absence par quelque excuse ; et ne voulant point par<^tre avant qu'elleeût quitté sa tante, parce qa# je pensois toujours à ménager, sa modestie.

£Ue sortit enfin. Son laquais lui avi^t nmtné une chaise à porteurs , qui se mit en mard»e aussitôt. J'étoia à vingt pas de là pottr Fatlendre . au passage^ et j'avob déjà la bouche ouverte pour

a4 AVKNTUR-ES

parler aux porteurs, lorsque je les vis d'eux*méme5 s'arrêter. C'éloit le laquais qui leur en donnoii l'ordi*^i II étoit de l'aulr^ côté de la chaise , et s'a-r dresfilSint à isa inattresse, j'enteûdis qu'îF la prîoift iiistamteeut de retourne^ sur le quai des Orfèvres. I) l'assuroit qu'il n'étoit pas tard , et qu'elle pduyoii ericol'edi^pofserd'uoe heure. Après quelques difficultés et quelques marques de orainle, diè y çout seâlit/ Le^ porteurs prirent le chemin que le laquais leur iBarqua. * -

- Quoiqu'il ne me tombât rien dans l^esprit qui eât l'air de crainte ou de soupçon, la* curio^t^ suflBsoit^exile pour me porter à^ la suivre. Quelle affaire pouvoit Fappeler à onze heures de buit sur ie quai desOrféyres? Je me rangeai soigneus^nent icontre une porte pour laisser passer la chaise , et marchant â qu4elque dislance , j -arrivai sûr le quai «lu^^tôtque les porteurs. Ils ^'arrêtèrent a la port^ qu'on leur montra. Le laquais introduisit sa mai-r tresse dans la maison , et leur donna ordre.' de l'ettendre. Je ne balançai point à m'avancer aussitôt que je l'^us vue disparoitre, et passant sans faire 1^ moindre question aux porteurs, qui me prirent apr paremment pour un habitant de la même maison j je m'engageai dans une allée obscure, qui me. conduisit au pied d'un escalier. . ^ / Je montai avec quelque frayeur, quoique f eusse pour guide le bhût de ceux qui me pcécédoienU

ET ANECDOTES. sS

Ib se firent ouvrir la porte du second ëtage, et la fermèrent aussitôt sur eux. J'y prêtai curieusement l'orale pendant quelques minutes. La défiance cotiamençant déjà à ^'emparer de mon cœur, je fus phis alarmé du silence qiii régnoit autour de moi ^ que je nel'aurois été de toute autre expUcation sur mon sort. L'impatience me prit ; mais voulant gar^ der encore quelques mesures , ]e frappai fort doueeAaent , et je parlai de même à une petite servante qui vint ouvrir. Lui ayant demandé si mademoiselle.... étoit là pour long-temps, elle me répondit qu'elle l'ignoroit, mais que sa maîtresse n'é toit point accoutumée à souffrir si tard les demoiselles dans sa inaison. Ce discours me fit trenibler. Quelques mots d^explication , que j'eus la force de demander avec la même douceur., ayant achevé de m'apprendre dans quel funeste lieu j'étois , il ne s'en &llut guères ^ue ma fureur n'édaiàt d'ahord par des cris , et par toutes les violences où celte afireuse'aventtire étoit capable de me pcjrten Cependant un reste d'espérance combattant encore mes mouvements , je dé* taandai, pourunique grâce à la servante, deme £atire entrer sans bruit dans l'antichambre ,' où elle avoit eu ordre de demeurer JUn louis que je' lui présentai , la <Ësposa tout-dhm-coup à me servir ; et s'ima *^ ginant qiie j'avois dessein de me procurer :quelque plaisir, elle ine^t diivei:ses objections, que je laissai ««ms réponse* L'ayant priée seulement de me .dire

ô6 • AYEIITURES

OÙ la demoiselle s'étoit retirée, elle ne se fit paf presser pour me niontrer. la porte d'ua cabinet qui donnoit dans l'antichambre* ' Vous expliquèrairj^ toute ma hopte. Je m'ap-' prûchai de cette porte, et l'imprudente ardeur avBc laquelle on s'eatrtôenoit dans le cabinet, m'épargna la pdme de me gêner pour enteodre. C'étoit moi qui faisoisle sujet de cette modeste couversation. Le plus vil des hommes s'applaudissoit de ip'avoir couvert d'opprobre , et 9e fêlicitoit d'avoir o}:^enu ce qu'ilse plaignoit qu'on loi avoit refisse trop long-r temps.

£a un mot, )e compris par les disqours^de ces honnêtes amants , qu'apràs s'être aqfêtés pendant plus der dix -huit mob à certaines boroes que la crainte leur avoit imposées ^ ils avoi^it choisi ce jour-là pour se dédommager d'une si longue eon-r trainte , et qu'on ne me réservoit que les restes de ee qu'on venoit de prodiguer à l'amouré

Jugez de ma fureur* J'àurois poignardé sur-Ie^

champ deux infâmes Je les aurois Doyés dans

le sang l'un de l'autre ; mais une porte é{li^isse et bien fennée les garantiosant contre mon premier tran^ort , je pris le parti de desoeadre , et de ror mettre leur chàtiçaent à la porte de la jcrn» L^beure, le lieu , tout mWuroit d'une pleine veogesoce* Je quittai la se|[<vante, son^prétexle^qi]^ éioit trop tard pour m'arréter plus long-temps. Ayant retrouvé les

ET ANECBOTIS5. E?

porteurs qui âiteadoieat ipfipatiemmeot à ]a porle, je me hâtai ae les payer, et je les pressai de se re-. tirer. Ls^ nuit n'étoit pas si obscure qu'elle pût me dérober^ mes victimes. Je me .plaçai k quelques pas de Fallée , et chaque moment que je passai à les, attendre , ne fit que redoubler ma rage.

Je les entendis. Lear approche me causa une joie cruelle. J^aurois souhaité de pouvoir les percer du même coup. Mais au lieu de les voir paroîtra ensemble, je ne vis que mop ind^pe rival, qu^ toumoit la tête de côté et d'autre, pour découvrir lef porteurs. J'aurois pu fendre mv lui , et lui ar^racher la vie par mille blessureSt J^ crainte que sa compagne n'eût le temps de m'écbapper , étoif la seule raison qui m'arrêtât, lorsque m'ayamt aperçu, il prit tout-d'uu'-coup la foit^ avec tan^ de vttessë , que je désespérai de l'atteindre Je m'en plaignis amèrement au ciel , eu l'accusant^ d'injus^ tice ; et ne gardant plus de mf^sur^ , }e me préci-r pitai vers la porte ^ pour assurer du-moinsla prin-cipale partie de ma vengeance. Mon ipfâme , qui me prit sans doute pour son aidant, se trouva sur le seuil â ma rencontre. Je la saî$î^*aveç un ti^ansport inexprimable; et la m^paçant de l'égor-^ ^er $i elle jetoit le moindre cri, je la traînai vers les dfgrés du parapet ou je crus trouver. plu« de facilité â monter. J'avois pris sur-le-chaxpp la ré-r solution de la noyer. Son premier effroi et la vio*

lence de mon action, l'empêchèrent d'abord de me' reconnoître ; mais n'ayant pu long-temps s'y méprendre, elle s'évanouit dans mes bras. Loin d'en être attendri, je sentis redoubler ma fureur par |a difficulté de la faire avancer dans cet état : les efforts que je fis pour la porter, lui rappelèrent bientôt la eonnoissance. Elle poussa quelques cris, qui ne pouvoient être bien éclatants dans la foiblesse et le trouble où elle étoit. Enfin je gagnai le parapet , et je la forçai de monter.

Peut-être ne se défioit-eUepas encore dé mon dessein. Je n'a vois pas encore prononcé un seul mot. Mais lorsqu'elle conçut, par le mouvement que je fis pour la pousser contre le mur , que je pensois à me défaire d'elle , sa résistance devint si animée , qu'elle me fit craindre de n'étre^pas le* plus fort. Elle me saisit le bras , et le serrant jusqu'à m'oter le pouvoir de m'en servir, elle m'a-, dressa, d'une voix à-demi étouflfôe parla crainte, tout ce qu'elle crut capable de me toucher. Je ne lui répondbis pas, et jJus obstiné que jamais à me délivrer de ma honte, je me se^vois de l'autre bras pour la eourber sur le mur , dans Pespérance'de la pousser plus facilement avec le genou. Ce fut dans ce moment que je «rus entendre quelqu'un qui s'a.-, vançoit sur le pont. Elle l'entendit; comme moi , « et l'espérance d'être secourue redoubla ses forces. Je conçus, en efiet, que j'allois manquer ma ven-

geance ; le désespoir s'empara derinon eceur , et oe doutant pas qu'avec la rage de mé voir enlever raa proie j je n'eusse aussitôt la confusion d'être reconnu, et dès le jour suivant, celle d'entendre publier, mon aventure dans tous les quartiers de Paris , je pris la funeste résolution de me précipiter moi-même. Ce ne fut pas sans avoir balancé un moment, si je ne me servirois pas de mon épée pour ôter la vie d'un seul coup à celle qui alloit peut-être triompher de ma mort; mais je crus être, encore mieux vengé par le mépris. Je la repoussai, avec quelques expressions qui me furent arrachées par ce sentiment, et je me lançai san^ précaution dans la rivière.

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