‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 48 sur 76 · D'UN ANGLOIS DEGOUTE DE LA VIE · texte numérisé non relu

D'UN ANGLOIS DEGOUTE DE LA VIE

»3i le dégoût de la vie porte tant de personnes en Angleterre à s'en délivrer parune mort volontaire ^ cette cruelle maladie n'y a pas tomfours des effeié aussi violents. Un gentilhomme anglois , fati^é du monde, et ennuyé du commerce deshommes^ prit le parti de rompre tous les liens qui IWoient attisiché jusqu'alors à la société. Cette entreprise lui parut aisée sans renoncer à la vie. Aù'lieu de se jeter dans la Tamise y il se cûiOtenta de;faire mottre dans les papiers puè&cs qu'il s'y étoitjeté , ettrompauttout le monde par ce faux bruit, il se retira dans le parc de Windsor y qui reii^erme des lieux, fort sauvages et £brt écartés, sans autre opnfideât sque son fils uiÂque, qu'il avoit engagé au secret par d'affreus serments; il y passa aept à huit moisraussi soUtaicé et aussi tranqiûUe^ qu'il l'avait désiré; Il ne voyoit pas même sbfi) fils, qui vivoit à^Londres, et qu'il n'avoit mis dans sou secret que pour recevoir de lui^ par intervalles,* les vivres et les autres secours qot

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lui éioient nécessaires. Mais, k la honte de toutes lesi résolutions humaines , ayant rencontré un jour dacis sa solitude la fille d'un chirurgien qui y étoit venue cueillir des herbes inédicioales avec son'pèrç., il ea devint sur-le-champ si amoureux, que dans la crainte de ne la retrouver jamais, s'il la perdoitde vue, il ne pensa qu'à la sqivre. Ainai, quittant la forêt, sans avoir pris soin même de fermer la porte de sa cabane, il eut la constance de suivre à pied, pendant l'espace de quatorze milles ,' la voiture de sa maîtresse, que lehazardseul avoit&it' entrer dans la forêt avec son père, en retournant dVne autre ville à Londres. Il s'assura de sa demeure ; maisn'o-r sant rq>aroitre dans sa propre maison, qui étoit oer enpée par son fils,. il le fit seulanent avertir de le joindre dans un autre lieu. Celui-ci, fèché peutêtre de voir arriver le maître de son bien, lui représenta qu'après l'opinion qa^ià avoit fait prenilre de sa mort au publie, il ne pputoi|seJBCifOQtrer^ec honneur; et lorsqu'il eut appris la raison qui l^menoit à Londres, il s'en servit encorre avec plus d'à-? dresse , pour lui £iire concevoir que ce seroit se donner un qouveau ridicule ique de sortir d^ecÈlre les morts pour épouser lafilled'un chirurgiffli. Mais le prenant par $es deux foibles, il lui fit naître l'en-r vie de satisfaire toutàja-fois son £OÙt pour l'arnoon et p0ur la solitude , en éponsffiit sa maîtresse et ebt se retirant avec elledans quelque village écarté. Ce;

ponseil lé flatta extrêmement. Un homme de sa nai»-f sance , et qui pouvoit reprendre, sans appauvrir son fils, de quoi mener une vie douce à la campagne, n'eut pas de peine à se faire écouter du chirurgien , lorsqu'il lui proposa sérieusement d'épouser sa fille. Le mariage fut célébré secrètement ; et le projet dm se retirer à quelques distances de Londres, n'ayant point trouy^ d'obstacle du côté de la jeune épouse, il* s'exécuta avec tant de satisfaction et de secret, qu'il se soutint heureusement pendant le reste d'une vie douce et tranquille , dont jouit le gentilhomme.

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