QUI S'ÉTOIT ÉRIGÉE EN PRÉDICATRICE
JyiADAME Aubin *, née k Londres, quoique fille d'un officier François, s'y trouvoit mal en défense contre la pauvreté et ses misérables suites. Son esprit étoit sa seule ressource 5 car quoiqu'il parût à ses ouvrages qu'elle avoit le cœur capable des passions les plus tendres, elle manquoit de ce qu'il falloit pour les faire, naître. Elle étoit donc laide et pauvre , deux qualités qui s'attirent peu de considération dans le siècle de fer où nous sommes^ Après avoir essayé quelque temps ses forces par ses diverses petites brochures qu'elle publioit sans y mettre son nom, elle se bazarda enfin au grand jour dans un roman qu'elle avouoitpbur spn ouvrâge, et qiii se fit lire avec quelque succès, parce qu'il venoit de la plume d'une femme. Mais l'ardeur
. * Cest cette. même dame Aubin dont ou a, parle dans cet ouvrage , au sujet d'un manuscrit» - . . a
du public passa avec la nouveauté. Les volumes qni vinreot après furent reçus si froideipeat , qu'elle brisa de dépit plume et pinceau, avec serment de ne les reprendi^ jaqiais. Le Parnasse , qui n'y perdoit pas beaucoup , s'en consola sans peine. La religion y gagna pli»s qu'on ne devoit s'y attendre. Madame Aubin, guérie de l'amour du monde par son infortune et par celle de ses livres, se tourna entièrement du côté du ciel , et résolut d'employer ses talents pour y faire tourner son prochain. Ellesê mit à composer des sermons , et faute de trouver des prédicateurs qui voulussent les acheter, elle entreprit de les prêcher elle-même. Dans un pays où le caprice plaît par son seul nom , il est rare qu'on n'en goûte pas les effets. L'oratoire^ de madame Aubiafut bientôt rempli d'une foule prodigieuse d'auditeurs de l'un et de l'autre sexe, qui lui apportoient régulièrement leurs trente sous, pour entendre un mauvais discours qpi duroit environ trois quarts d'heure. Le succès répondit à celui de ses livres , il ne dura pas plus que la nouveauté; mais elle gagna, dausTespace de quelques semaines, de quoi se mettre audessus de la nnsère. Malheureusement la mort vint lui ravir bientôt le &uit de ses peines , et l'en laissa jouir si peu , qu'elle n'a eu que le plaisir des avares^ de mourir dans Pabondance.
"* On donné ce nom ant assemblées de piété, qui né foraient point des églises rég:nlières.
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ET ACTEÇDOTES. éyS
EVENEMETrr EXTRAORDINAIRE.
Ox la célèbre histoire du reqmn^ depuis qu'un de nos poètes * Fa revêtue de toutes les grâces de scm imag^nadou , l'emporte pour Fa^éoient sur celle qu'on va lire, eDe lui cède durmoins pour la singu-* laritë et la cei^titude. Parnû plusieurs naufrages ar-p rivés dans le canal d'Angleterre, on avoit beaucoup parlé d'uA fmquebot parti de Hollande, et cbai^ de ric^iesses , qui avoit péri k la hauteur de Col* çhester. Quelques )ui& de- Loodres, qui y éloiem particuCèrement intéressés , se servirent d'une ma-* chine nouvdlement inventée pour ËÂre pécher le bâtiment, et réussirent après beaucoup -de soins et de dépenses. Ma^ h! caiêae forte , où l'on aavoit certainementr que |e capitaine avoit renfermé l'or et les diamants à son dépari de Aotterdantf ne s^ trouva point, malgré toutes les recberehes ; . et comme on n'avoit pas ^^oieodu parier de loi d^uii
Pireo*
son malheur, l'opinion générale fut que Fayahi emportée-, en s'efforçant de 8e sauver, il avoitëté enseveli avec elle au fond des flots. On continua longtemps de la chercher aux environs du même lieu, sans qu'on en pût découvrir la moindre trace. Enfin quelques pécheurs qui marcboient au long de la côte, aperçurent sur le sable un poisson d'une grosseur extraordinaire, ou plutôt un monstre, auquel on n^avoit encore rien vu de semblable dans nos mers, qui s'agitoit avec beaucoup de violence, quoiqu'il parût retenu par quelque lien qui Pempéchoit de s'écarter. Us Vapprochèrent assez pour s'assurer qu'il tenoit eSectivement par une corde à quelque chose d'assez pesant pour l'arrêter. Etant venus à bout de le tuer à force de coups, ils trouvèrent que ce qui l'arrétoit étoit une caisse, et sur le bruit des- rechercha qu'on avoit faites, ils ne doutèrent point que ce ne fût celle du paquebot submergé. • C'éloit die en effet. La corde y tenoit par plusieurs nœuds , et le poisson tenoit k la ccxrde, dont il avoit avalé une partie, l^es pSicbeurs l'ayant ouvert aussitôt, remarquèrent qu^elle avoit pénétré jusqu'au fond de ses entrailles, où die -étoit arrêtée |iar un crochet de cuivre qui étoit au bput, et qui avoit lalbrmed'un hameçon.
Il importe peu aux lecteurs de quelle manière la caisse fut restituée à ses maîtres. Si l'on est curieui; de quelque chose, c'est de l'avMture du poisson.
Mais tous les édaircissemaits qu'os put aiyoir là^ dessus se réduisirent à des conjectui^es.
Les uns pi^étendirent que , par. un châtiment du ciel , le capitaine avoit été changé en poisson , et que, par un arrêt de la méAe justice, il se trouvoit attaché par les entrailles au trésor qu'il avoit sans doute préféré à la vie , puisqu'il est vraisemblable que le soin extrême qu'il en eut l'empécba de sq sauver. D'autres, moins portés à recourir aux miracles, crurent simplement que le capitaine avoit accroché la caisse à sa ceinture en se jetant ^ Ja mer, et qu'ayant été dévoré par le poisson, cet animal goulu s'étoit enferré dé lui-même , en avalant jusqu'au crochet. On conçoit d'ailleurs aisément comment un coup de mer put jeter la caisse et le poisson sur le rivage; et s'il reste quelque obscurité, il faut se souvenir que c'est un prodige.
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