‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 6 sur 76 · ET 4M£CI>OT^£S. S · texte numérisé non relu

ET 4M£CI>OT^£S. S

qnelqtte r^et de a'y trolivef que- sa: fiUé. L'oiiise^ apprenaai qui il ëtoit^ le reçut!avec uaeoocifusion ionoceate , mais avec plas 4e grâces et/ de polîtes^ qu'il n'en avoit attendu d'une jeune personne de nette condition. Il fut satisfait de ses manières, èl ebarmé de sa beauté. L'ayant entretenue* quelque temp5 d'un air libre et enjoué , il la salua civile^ ment, et la quitta sans/a^eotatidn*

Depuis ce moment, mylord devint plus assidu auprè$ d'elle; mais, il ne lui parla d^amour (|u!ei^ éecret , et ne prenant pas mémo les choses de t^çlp loin y il lui fit une «peinture brillante d;e^ àgré^ ments de Londres, où il lui proposa dcallto vivA'p avec lui. Louise fut égatement flattée dé sa ponquête et de-la pêrepëçûve de tant de plaisir^; c^ pendant le setftijçQeot de l'honneur et c^ùi du resr pectqû'eUeportoitàaead pèr4,'lui firent su^monl^r son pencbauft/Avee quelque^ précautions que mylord eût Conduit ses desseins »; ils ne .purent édiapr per tout - à -&it à l'attentioa du fermier, qipi en marqua même de la défiance à sa fiQe^^t quil'f^r jiiorta avec toute la force de l'affe^tiOn ^t^f^jç^elle, à rompre une intell^nçe qui ne potiVjoit nânquer tôt ou tard de Itii être fuiiesié. Louise eepfi^sd une partie de la;vérHé^.!èt lui promit de suivre ses oùn* -setis. Mais les assidiûiés du mylord y son adresçey )4s agréments de ses discours ei des» personnéy tnom-

èrei^lil'aa Ciàar sio^é et innocent. Elle nii. put

56 AVENTUREE

se défeûdre de le yoir, dé Tëcouter avec plaisir} et croyant qu'il était iinposâble que son coeur ne f&t pas d'accord avec ^ laogae ^ die lui laisftà gagner tant d'ascendant sur toutes ses volontés, qu'il la fit absolument consentir à prendre la fuite avec lui. Le jour, l'heure et le lieu où l'on dêvoit se joindre poDur partir , furent choisis avec des précautions qu'on croyoit infaillibles; mais quelques soupçons qui suirviurtot au fermier , lui firent troubler le rendez'-vous par d'autres mesures. Mylord , trompé ^ns son attente ^ retourna chez lui, sans> avoir pu péâétrer d'où venôiênt des obstacles qu'il n'avoit pas prévus. ' * : • : • ' • '-- ' ' ^ ' > ...

Le 'même jour il' (m encoreplus surpris <le reco<* voir la visite du fermier, qui lui reprocha hardiment le dessein où ilétoit de l'acCaUër de honte- et dé douleur , par la ruine d'une chère fille qui faisoiî toûtesies déliûes de sa' vie. Dieft plaintes si amères et à Justes confondirent le coupable. Il se trahit |)ar «à' rongeur «t par son embarras. Sa- ressource fat de ttaiter Paceusfttidn de ohîrnère. Il soutint que rien ii'étojit si^âoigné de sa pensée, et que d'il avo^ pHjS plaisir k badiner innocemmeàot av^îC Louke, U Hé s'étoivpdsséTi^i de plus entre elle et lui. Le fer- -nder souhaita qu'il ne fifi^ pas allé efteciivêm'ent plus ^loin ; et le conj^uraiit, les larmes aux yeux , d'être assez généreux pour ne pas outrager un pràirre -ViçiMard dans la seule dibsequi&tsenàîhlt^à soq

coeur > H se retira^ sam être tout*-à-fait rassuré. Quoi<{a'uiie visite si touchante eût fait d'abord quelque impression sur le cœur de mylord, il ëtoit trop gadant homme pour laisser prendre le dessus aux impresâons de Fhumanité et de la vertu,, sut les mouvements, de sa passion et sur son goût pour le plaisir. Dèi le soir du même jour , U trouva le moyen d'exigager Louise à un rendez-- vous, qu'il lui donna dans sa propre maison. Il loi représenta que leur amour commen«çant à éclater^ il valoit bien mieux pour eUe-Hooême se livrer à sa tendresse

et ouvrir PoreiUe à son intérêt, que d'être en butte, aux mauvais discours de l'çnvie sans en tirer aucun avantage; qu'à l'égard de son père, il seroit aisé de le satisfaire en lui donnant âa ferme à vie , et que le i>on homme aurpit d'ailleurs assez de joie en apprenant ^e sa fille seroit aimée constamment et traitée toute sa vie comme une reine. Louise méditant scula force de toutes ces raisons, son silence fut pris pour un secret consentement* On ne perdit point un moment si favorable ; on l'embrassa; on lui pro« mit une tendresse et une coifêtance étemelle. Lé plaîsir que sa crédulité lui fit trouver à de si charmantes promesses, l'empêcha de s'apercevoir que la nuit s'avançoit. Il étoit bien tard pour retourner chez elle. On la pressa de passer la nuit au château: die y consentit. Il est ai^ de juger que sa ruine ne fut pa$ teoHse aujen4einaûi<^ . >

58 AVENTUllES

Le triste fermier, après avoir passé tonte la soirée dans nne mortelle inquiétude , ne reôomiut que trop tôt qu'il aVoit perdu sa fillè. On "l'assura, le jour suivant, qu'on Fàvoit vue chez tnjlôrd. Il ne perd pas un moment pour s*y rendre , et il înàste absolument à le voir. Son cœur, iabtmé de chagrin , se soulagea d'abord par un torrent de pleurs ; et passant aux invectiv<és les plus amères, il lui reprocha Toutrage qu'il lui avoit fait , contre s» parole d'honneur la plus forte et la plus expresse^ Mylord se figura qu'il pouvoit terminer en un moment celte • bagatelle; et protestant à son fermier qu'il ne lui de- 'manderoit pas un sou de sa ferme pendant tout le reste de sa vie, il «jouta qu'une faveur de cette nature devoit sans doute le consoler du petit désagré- * ment qu'il lui avôit causé. Mais le vertueux vieiHard rejeta cette offre avec indignation : Non, Mylord, dit-il à son miittre, je ne suis point capable de vendre ITitonneur de ma fille, ni detecevoirle prix de sa honte et de son infamie. Vous m'avez fait une mortdle injure. TVf a vengeance sera du-tnoins ' ie niépris ; et Je vous déclare que je dédaigne autant " vos faveurs que je redoiAe peu votre pouvoir. A l'égard de la malheureuse fille que vous avez trompée, je ne la verrai plus ; eBe se repentira trop tard d'avoir manqué à l'obéissance qu'elle toedoit. Et peur vous, Mylord, je prie le tiû de vous traiter bftmme sa justice et sa sagesse làî feront juger qu'il lè'd^it,

ceux qiii sacrifient l'honneur et le repos des familles k leur libertinage , et qui se font un jeu de conduira par le chemin de l'amertume et des larmes un in-» nocent vieillard au tombeau. Après ce discours , il lui tourna le- dos en redoublant ^es pleurs* * Mylord ne le vit pas plutôt sorti , que se remet** tant aisément de cette fiàcheuse scène , il donna ordre qu'on lui. tint prêt un carrosse à àx chevaux dana lequel il se rendit sur-le^hamp à Londres avec sat maîtresse. Depuis stir semaines qu'dle y est avec lui, il n'y a point de plaisirs qu'il ne lui ait &it goàter; mais si l'on en juge pac le son dé pluâeurs autres^ filles qu'il a trompées si|psceS8ivement , cette fiflimté sera courte; son destiii sera bientôt d'être aban-» donnée au torrent des f ices de la vUle, etia prédiction Jk son père ne Sera q^etrop infaiHiblemmit vérifiée» r > .

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