AVJSNTUltES
étendue si d'environ, sept Keues de circonférence* Il est entouré de tons cotés par un marais, qui est toùjoiH*s^renipIi d'eau; ce qui avbit peut-^tre autant contribué que tout le teste à fermer l'entrée des montagnes. Cependant/ du côté delà tder, qui n'en est qu'à deux lieues, il se trouvoit quelques langues de terre sèche qu'il h'étoit pas aisé de distinguer du reste de la surface, parce qu'elles n'étoient pas moins: couvertes d'herbes et de roseaux que les endroits les plus fangeux et les plus humides. La colonie atagloisé n'étant» pas encore assee nombreuse / pour occuper l'île entière, il n'étoit pas surprenant que cette portion inaccessâde eut été négligée jus*
qu'alors. On s'étoit attachi,^^™'^^ ^^ arrive toujours dans ces^ortes d'étaUissements, aux lieux les: plus commodes et les plus feeliles. C'esriaÉûreté et Fin^rét qui règlent ordinairement ce choix .
Une révolte des nègres causoit un embarras extraordinaire aux Anglois.' Le mal devenant plus sérîpux de jour en jour, on s'étoit enfin déterminé' à faire partir de Londres quelques compagnies de vieilles troupes qu'on crut suffisantes pour refroidir' l'ardeur des rebelles. Mais comme les habitants de Port-Royal auroient été exposés aux dernières in- 9ultes,^ s'ils avoient attendu l'arrivée de ce secours pour commencef à se^ défendre , ils firent prendre: les armes à tout ce qui se trouva parmi eux de per* sonif^es capables de les pocterl
ET ANBCDOf^ËS. 4l
XiGS troupes angloisés de la Jamaïque s'étant ayancées dans l'ile pour donner la. chasse à un gros de sauvages qui menaçoient une de leurs planta* tions, et pour couvrir quelques travailleurs qui avoient ordre d'élever une redouté à Textrémité ' des terres qui sont en culture, l'ennemi, quoique fort supérieur en nombre, prit la fuite à leur ap-;* proche. ;.Ce n'étoit point assez pour la tranquillité des An^ois, parce que, les barbares se . ralliant aussi facilement qu'Os se dissipent, les mêmes alarmes pouvoient renaître aussitôt. On résolut de profiter de leur première épouvante, et de les suivre de si près qu'on, pût en tuer un certain nombre, dans l'espérance qu!un peu de sang rép^du diminueroit la hardiesse avec, laquelle ils se préseatoient à tous moments. Ce . dessein n'eut point le succès qu'on s'étoit promis. Les fuyards s'échappèrent avee plus dcvit^esse qu'on ne put les poursmvre, et l'ignorance des çliemins fit ci'aindrQ . aux An^ois de s'eogager trop avant. / /
. La poursuite n'avoit pas laissé de durer un jour presque entier ; de sorte que la : seule approdbe de la nuit étoit une forte raison de s'arrêter. Ils se trouyèrent sur Je bord du marais qui environne les monl^gaes dont j'ai parlé. L'endroit étôit commode^ et la saisoQ assez douce pour leur perm^^tre d'y; passer la nuit. Bs préférèrent ce parti à une marche loxigue et dangereuse qu'il auroit fallu faire
i2 AVENTURES
dans robsçùrité. Après avoir recounn les environs, il y en eut quelques-uns qui ppoEtèr^it du reste du jour pour descendre dans le marais j èi le hasard les ayant Tait tomber sur une langue de terre fort sèche, ils gagnèrent insensiblement le pied des mon* lagnes, d'où ils retournèrent au camp diargés de gibier.
La ntût étant devenue fort sombre ^ ils étoient tous à reposer tranquillement , lorsque les sentinelles , effrayées par un spe<Haele extraordinaire ^ répandirent l'alarme dans toute la troupe. JLa face des montagnes s'étoit comme enflaltumée tout-d'un*^ coup«On voyoit une infinité de feux qui s'^evoient vers le ciel, et dont le nombre ne faisoit qu'augmenter k vue d'œil. Quoique la distance fiit médiocre, il étoit impossible de distinguer la cause de cet embrasement ; et dans un lieu qu'on avoit toujours cru désert, personne ne pôuvoit se Ognrer que ce fût un ouvrage humain. On étoit sûr d'aîl^ leurs que les nègres qu'on venoit de poursuivre , avoiênt pris une route toute différente. Les chefs anglois, MM. Morton et Aiglife, se contentèrent néanmoins de faire passer à leurs gens le reste de la nuit sous les armes., et remirent à examiner le lendemain * queHe sorte de périls ils a voient '^à craindre. -
Pendant ce temps-là, les chasseurs qui avoient traversé le marais quelques heures auparavant , ré-
sohirent ensemble d'y Tetournèr par le même chemin qu'ils tïOQXioissoiéDt. Comme ce desseiu létoit contraire à Tordre des chefs, ils l'exécutèrent secrè-* tement. C'étoit la cmîoshé seule qui les conduisoit. Bs retroui^érent heureusement leur route , et s'étant avances jusqu'aux.moiitagnes , ils reconnurent bientôt que les flammes partoient du sommet de pluâeurs grands arbres qui étoient dispersés sur le penchant de la cote. Le cdurage ne les abandonna point. Us montèrent avec beaucoup de peine , pendant l'espace d'une heilre, neialgré les difficultés d'un lieu des plus sauvages. De quipze qu'ils étoient, il y en eut deux qui tombèrent malheureusement, et qui perdirent la vie en roularit jusqu'au bas de la montagne. Mais les treiee autres ne s'étant point rebutés de cette infortune^ arrivèrent aux pieds dé qaélqaes*uus des premiers arbres , dont la lumière leur avoit servi de guide. '
Ils se croyoient fort proche de l'éclaircissement qu^ils désiroieqt. Cependant ils n'aperçurent rien ftux environs des arbres, qui pût leur faire parottre la moindre conjecture; et pour comble de chagrin , les arbres de cette cÀte n'étant chevelus qu'au sommet , ils n'avoient l'aide d'aucune ht^Mi^e pour y grimper; de sorte qu'au pied même de l'arbre où ils se trouveieot, la flamme se décôuvroit moins à leurs yeux que dans l'éloiguement^, parce qu'elle ne pouvoit percer l'épaisseur du féuilfRge. L'împa-
44 AVBIITURE5
tieace qu'ils ressentirent d'avoir fait inutilement un voyage à, pëniUe, les porta dé concert à faire une décharge de leurs fusils^ en maudissant Parbre et les flammes. Ils tirèrent au feuillage, et quelquesunes de leurs balles portèrent si heureusement qu'elles firent tomber à leurs pieds une masse pesante, qu'ils reconnurent aussitôt pour le corps d'un nègre.
Les lecteurs doivent trouver jusqn'à*prësent que ^ ce récit a tout-à-fait l'air d'un conte de fées. Mais peut-être seront-ils contents de la manière dont cette rdation ramène les choses à la vraisemblance. Les treize aventuriers sendrent diminuer leur hardiesse k la vue de ce cadavl*eb II étoit clair que cet homme n'ayoit pu se trouver seut dans les montagnes, ^ que non*s^aIement tous les arbres oit Fon apercevoit du feu, dévoient porter comme celui-ci quelque nègre pour l'allumer, mais qu'il y avoit dam le voisinage quelque troupe nombreuse de ces barbares, qui n'a voient pas formé une si bizarre résolution sans dessein. La crainte d'être surpris et accablés par le nombre, fit penser les Anglois i la retraite. Ils emportèrent seulem^it le corps du nègre, pour faire foi de leur aventure à leurs compagnons. La peine qu^Is eureiit à descendre pour regagner le pied de la njiontague, les ayant retwu» fort long-temps en chemin, il étoit tout-à-fait )Our lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée du
ImaraiÂ. Maïs au moment qu'ils comnieiiçoient à bâter leUr marche, 3s entendirent le brnit de plusieurs personnes qui descendoient la montagne apr^ eux. Tandis qu'ils balançoient s'ik devcnent ùkre têie,^ prendre la fuite, ils furent rassuré^ par la vue du petit nombre d'ennemis dont ils se croyoient poursuivis. Il ne consistoit qu'en trois personnes, dont la figure et les armes n'annour çoient aucune hostilité; ils tendoientau contraire les bras en s'approchant, comme s'ils eussent eu quelque faveur k demander.
Nos Afiglois les reçurent avec beaucoup d'hu* mahitë. Us connurent d'abord à leur langage ^ que c'étôient, trois E^agnols; et aux marques de leur ioie, qu'ils avoient essuyé dès malheurs ddtat ils se croyoient délivrés. L'un des trois avoit la ^ barbe et lès cheveux d'une blancheur admirable; et tc'étoit moins l'eSet de l'âge que des chagrins; car il âvoit à-peineiSoixante ans. L^ deux autres étoient son fils et sa fille, qui paroissoîent être encore dans la fleur de leur jeuneisse. Le fils avoit la taille fort belle, mais le teint si brun, qu'il étoit peu difi^rent d'un nègre. La jeune fille, au contraire, étoit beaucoup plus bhncbe que' ne le sont communément les Espagnoles; et quoiqu'elle fût vêtue d^ûnema-
* Les Anglois qui passent en Amérique, apprennent ordinairement Fespi(|paol.
46 AVEIlTUItES
pièrefortbûaf re, die paroissoit ^xtrémettientl>dl& Les ÂDglois ^vouloîent être informés sar^le*cbamp du détfôlîde leur aventure; mais le vieillard leur fit entendre que s'ils aimolent la liberté, Us ne devoLent pd3 perdre un momeut pour se, retî4^. Il apprit avec, joie qu'ils étoieot soutenus par un corps de troupes considérable^ et il les pressa de les conduire À leur chef. Il ne se ladsoit pas en chemin d'embrasser ses en£aiuts, et de marquer par toutes sortes de lémoignages sa teconnoissancé a ses libérateurs. ^
Le colonel Morton., qui commandoit la petite armée angloi^jétoit prêt à lever son camp ^ lorsqu'on lui apprit que treiEe de ses gens revenoient des montagnes. La joie de les recevoir fit oublier leur crime. Ils firent un rapport qu'on auroît eu peine k croire ^ s'ils n'en eussent en même-temps offert les preuves. Tout le monde souhaitoit avec impatienee d'enteodre le vieîUard espagnol, de qui dépendoit l'éoÊtircissement de tant de* merveilles; mais l'attente comtoaiae fut trompée par la prière qu'il fit aux che{s de lui donner un moment cf àu-^ dienise à l'écart. Yôiei le discours qu'il leur tint :
Le triste état. où jc; me trouve ne m'empêchera pas de iV<ràs eoufesser que je suife lin homme d^ disdnctiôh. Les deux persoxmes qui m'accompa^gnent, ^^sont mon fils et ma, fille. Malgré la vive reconnoissance que je vous dois coiiifne à mes libérateurs, j'ai balancé en chemin si je devois vous
^lEpliqQèFlôutes les circonstances de mon aveùtùre. Mes tE% icfnt rôiigir depuis <|ne je stiis libre^ mais la rigueur de moli sort ne tn'a pa^ permis de le^ étiter. Je ttouve néanmoins un tempérament qui sftlÔBfei^a votre curiosité; c'est qu'en vous décôu* ttant *ôes infortunes', je vous cacherai mon nom , pour mettre à couvert llionnenjr de mes enfants et le mien.
IJ y à près de menr ans qu'un naufrage me jeta 6ur la fcôté de cette île. Pétois parti du Mexique avec mafamille, et la kneilleure partie dé mon bien , pour r^agner l'Espagne que j'avoîs quittée dès ma jeunesse. Un vent favorable nous avoit conduits jusqu^à la: sortie du ^oife, Joi'sque nous fûmes accueillis d\iae si furieuse tempête , que tout l'art des matelots D^y put résister. Le pilote m'avertit ique le vaîsseail faisant eau de toutes parts, il n'y avoit plus de sûreté que dans la chaloupe. J^bandoûnai mes riches^ ses , pour sauver mon épouse et six enfants qaè j'avois d'die. Mes domestiques les portèrent heureusemeôt hors dû vaisseau, ^ j'en sortis après eux^ sans regretter autre chose que mes matelots et mou pilote, qui fut*èntsa6s doute engloutis dans lesflôt^; Nous étiôhs dii-hùit dans là chaloupé, avec queU ttiie espérance de gagner une côie inconnue què hotts croyions apèi*èevdif*tldia}gi*é l'obscurité j maii la mer rie souffrit pas lohg^témps ce fardeau i'-Urf nouveau soulèvement des vagues fat ousprécipita toùtl
48 AVENTÙnEÔ
d'un^coup/àu fond de l'abime. Mon épouse y périt avec quatre de ides enfants et huit de ixie||idoaie8tiques. Pour moi , que la colère du ciel réservoit à de plus longues douleurs, j'auroi^ peine à vous dire par quel miracle je fus.sauyé dés flots. £d revenant à moi^ je me trauvai sur le sable ^vec déus de mes en&nts entre in^ bras. Vous les voyez tous deuil ici. Mon fils avoit douze ans , et ma fiUe n'^i avoit que neuf accomplis. Je les tenois si -serrés contre mon sein que mes bras obéirent avec peine lorsque je voulus les relâcher. Je cherchai ii^utileT ment des yeux leur malheureuse mère et le reste jde ma triste famille. Je ne me souviens pas mémç de Finstant oh la violence des flots m'avoit séparé de ce que j'avois de plus cher. Mais je mHmagine qu'étant assis proche des deux en&nts que j'ai sauvés , un moifvement de tendresse naturelle me les £t saisir, au milieu du trouble , et dans l'extrémité
dûpérii. :
Hélas ! si je bénis le ciel de mon salut , ce n'est point avec la joie qiji'inspirent ses Jûenfiiits. Quel fruit ai-je tiré du miracle qu'il a fait m ma faveuf ? La vie qu'il m'a laissée ne m'a servi qu'ai sentir mes pertes, et à les pleurer. Cependant la vue des djeux enfants qui me restpient eut la focoe d'adoucir mon désespoir.. J?avois toujours ;eu quelque prédilection pour eusf. Leurs larmes m'attendrirent, et me firent penser à les secourir. En pai>cour8int la côte, PP^f
ET ANECDOTES. Aq
4;hercher quelque poisson qui pût séfrii* à leur nourriture , j'aperçus deux corps qui flottoient sur l'eau. Je les reconnus pour deux de mes domesti^ ques. Ils paroissoient morts, mata je ne laissai point de faire mes efforts pour les attirer au rivage , et j'eus la satisfaction de leur voir ouvrir presqu'aus* ' sitôt les yeux. Juste ciel ! il ne vous plut point d'ac* corder la même protection à mon épouse et à mes cbers enfants. Avec quelle ardeur néanmoins sol* Ucitai-je votre bonté , et combien de fois n'osai -je point me flatter de cette espérance !
Après avoir passé plus de quinze jotirs sui* le ri-^ vage , sans pouvoir obtenir sur moi de m'en éloi-^ gner , je montai enfin sur la côte, suivi de mes deux, hommes et de mes deux enfants. Quoique j'ignorasse absolument dans quel pays j'étoia, il kie m'étoit pas encore venu la moindre crainte qu'il fût désert.^îppendant je fus surpris qu'après avoir marché l'espace de plusieurs milles, je n'aperçusse aucune traee d'habitation. JMous arrivâmes au bord de ce marais, oii j'eus d'abord quelque répugnance à m'engager, n'y apercevant qu'un fond trè»-humtde, et le voyant bordé de l'autre côté par des montagnes. Mais cette dernière raison fut ensuite le motif qui m'y fil chercher un passage. Je me flattai que du sommet de quelques monts nous pourrions découvrir dans le$. plains voisines d^ maisons et des hs^Uants. Noo» traversâmes le marais avec beaucoup de pîiiii^. Celle
Prévost. Tom€ XXXF. 4 /
5o AVENTURES
que nojis èiia^es à mQHler acheva d'épuiser nos forces;. Il Q^ nous restoît pouF nQuriitur^qa'un petit nombre de poissonn seci>. L^ fatigue, la Ëiim et la tris* te^se me firent r^^piratter mille fois d'être échappé au courroux de h wm*
., Nous n'ap^çùmfis riw autour de nous qui fût propre k nous inspira le moindre espoir, et nous passâmes le reste du jour dans une mortelle inquié^ iude, Mm «^yant toorné les yeuK le soir vers l'intérieur do^ mofttikgnes > je découvris une fumée épaisse qui ne pouvoit pas venir d'un lieu fort éloigné. Nous nous balamest de suivre ce rayon d'espérance, et le bruit que nous entendimes en avançatît ne nous permit plus de douter que noua ne fussions proche d'ui^ lieu habitée. JSn eS^ , c'étoieni dés hommes qui l'habitoient , maia- si grossiers et si sauvages , qu'il n'y avoit qu'une misère eitrâme.<psi nous pàt faire regarder cette rencontre comme un bonheur» Ils furent effrayés de noua voir; qcipcodant notre sou-^ mîsfion el aotre petit uombn les rassurèrent. L'ob^ seurité m'avpit empâoké d'apercevoir que leur ca-baoe n'étoît pé» seule, comme )e me l'étois d'abord figuré J car » l'eusse pu d'abord m'knaginer qu'il y en ^% u«i gnind nombre à coté'l'uae de Fautre^ peutretjPe auroisr)e pressenti a quoi î'aUoîs être ex« posé en las abordant pendant la npit , et la prudence m'auroit &it renaettre a nous présenter le lendemain. Je fus trompé par la fumée qpe j'avob vue ,
E^i? ANECDOTES. Si
et qui ne paroissoil Vëleyer tque .d'une âeule ôhemitiée. Enfin , soit malheur ou dé&ut de prudence y e'est «\ cettte démarche ineonsidërée qu^l faut attri^ buer les fautes <|ai causent aujourd'hui ma honte, et qui nepeuTcnt même être excusées par la nécessité qui me les a fait commettre. Les sauvages n'étoient que dix ou douze dans cette première cabane. Mais tandis que je nfefibrçoispar mes signes de leur faire connoitre que nous avions besoin de leurs secours^ il en sortit quelques-uns qui avertirent leurs voisina de notre arrivée. Dans un instant nous F&mes en-^ vîronnés d'une multitude de ces barbares, et lelDruit qui se faisoit dehors me fit juger qu'ils y étoient encore en plus grand nombre. Ils ne nous firent au-» enne violence; màb leur admiration ^exprimoit (Pane manière fort importune. Ma £3Ie , qui a voit alors toutes les grâces et tous les charmes de l'enfànce y atûrck' partictifiérement leurs regards. Sa rdbfe * étoit d'ime étoffe dW , que l'eau de la mer n'avoit pas ternie, et sa eoifilire, qui étoit enrichie de diamants , relevoit encore son éclat naturel. Je la tenoîis par la main , et je la rassurois par mes discours , lorsqu'elle me fut enlevée par quelques fem-
■■ ■* ■ ■ ■■ I ■ i # ■ ■ ■ Èimmm ■* ■ M
* Cela ne paroîtra point étrange a ceux qmi sav^t avec quel air de magnificence les Espa^ols affectent de rentrer en Espagne , lûrsqu^Hs' reviennent riches éa Mexique on
du Fëroti.
6a . AVENTURIÎ8
messauvages, sans que )e pusse m'oppos^r a un de»seiii dont je n'avois pas eu la moindre défiance. Je sentis en ce mooptent des ^-ansports qui ne peUTent être bien conçus que par un père. J'abattis en pas^ 9ant sept ou huit sauvage J^i rejoignis -ma fille , et je la pris entre mes bras. On ne s'opposa point à mes mouvements. Je crus reconnottre.au contraire, dans le murmure de tous les spectateurs^ qu'ils con-* damnoient l'entreprise de leurs femmes; et peutêtre n'avoient-elles point elles-mêmes d'autres vues , que de caresser un eniâ nt qu'elles trouvaient aimable. Mais 4a tendresse paternelle ne se rassure pas si aicément. Mon imagination se représenta aussitôt tout ce que j'avois à craindre pour ma fille , et, dans l'ar* 4eur de ce sentiment, je formai un projet affreux que j'exécutai sans délai, avec autant de bonheiy que d'impiété. Je plaçai ma fille au milieu du cercle que formoient les sauvages, et je me jetai à genoux devant elle. J'ordonnai k mon fils et à mes deux valets de suivre mon exemple. Je joignis les mains, je me prosternai le visage contre terre, je proférai un long discours avec le .ton d'une piière ; çnfin je n'oubliai rien de tout ce qui pouvoit avoir l'apparepce d^une véritable adoration , et fair^ passer ma fille pour une divinité. Les mouvements na* ttirels étant les mêmes dans tous les hommes, je ne doutai point^que si les,^uvages adoroient quelque chose ^ ils ne comprissent tout-d'un-coup que.mies
eërémoaies étoient une adoration , et je me flattai de leur inspirer pour ma fiUè un respect conformé à cette idée. ; ^
Us me r^ardèrent pendant quelque temps dW œil qui marquôit leur surprise ; mais je découvrir bientôt^ par leur âlence et par leurs gestes respectueux, l'impression que mon artifice avoit faite sur eux. En èfiet, après un murmure d'un moment,' par lequel ils se communiquoiènt àppareinmeni leur pensée, je les vis tomber k genouit, et rendre à ma fille les mêmes honneurs que moi , comme s'ils eussent voulu réparer l'injure tju'dle vedbit dé recevoir. ;^ :
Voila le premier des crimes quéla mauvaise ftfr^ tune m'a fait commettre. Je suis porté i vous en mirel'aveu, par l'espérance que le ciel'prendra éettë humiliation voloottûre pour une* marque de nion repentir, ^ ^
n me fut àisë après cela d'entretenir les sauvages dans la méâie opinion; et le second fritît 'qlie f etf tirai fut d'être, après ma fille, ce qu^s respectoienï et ce qu^ honorbient le |)lus. Cette dispositidh né s*est point r^chëe parmi eux depuis près de neuf ans. Je vous confèis^ërar aussi qub pour établir mieux mon entreprise,' j*eus soin dès la première nuit de 'ne laisser prendre à ma fille aucune nourriture ert ptthBc, et j'ai toujburs continué de lui faire obser-^ ver la même chose:' des sauvages fâdles à tromper j
9e sont persuadés sans peine qu'elle vivolt sans ali-* jpients.
Lorsque j'eus reconnu dans la suite qu'ik avoient uni^.vénératioD particulière pour le feu, je profitai de eetayeuglementpaur foi^tîfier le lien q^ii^oua les attacdioit ^ en alkunai^t quelquefois un grand féu mr le sommet d^ la (>ahaae qu'ils nous avaient ac-^ cordée^ lis n'ont paa manqué de croire que e'éloii une. marquée d'intelligence entre leur ancteonedivi^ i^té et la nouvelle. De là encore le vêtepent bis^airreqpe^ous voyes^à ma fille, a^e^ d'eux-'inemes qu'dle tient cette parure» Ils prenoient soia d'y ajouta chaque-jour quelque nouvel ornOToent; e^ Mlle fraichettr de tant qui doit vous surprendre après, neuf aua de séjour dans ua lieu tel qae^ cdui d'où Q^us sortons j elle la doit à Pf^iAenfioi» qu'ils opt eu» Gontinuellçmeot delà jyaAÛr des phislé^ gères incommodités de l'air et vK saisons^,
Je.ueoiQ'ar^^^P^^^^^^^^'^M^^ de^Ieiârs ]pE|iiQlirs et de leurs tfsages, qui n'oqt ri^,der plusî
extraordinaire que ce que vous copaoissea des aixtree^
sau^figes. Leur nalipn n'est point j;icimbyef&se.> ce
^ m'a fait croire qu'*elle est peu anqîieiine, e( que
c'est le bazard qui a qoudui^t ^ comine moi, leurs
fondateurs, dans cesim'ontagnes. Stupides comme ils
}e sout /il m'a été inayma^ble de tirer d'eux le mpin-%
dre éclaircîssemeni là-dessus, même aprjès «vi^ûr
aLppris leur laiigu^e^ Ilsne s^yo^ leui;
pays est une ûe , ni quel est son nom et son étendue ; et je viens d'entendre pour la première fois , de vos compagnons, que je suis dans la Jamaïque. 8i vous me demandez ee qui notift a pu retenir si loùg«4etnp$ parmi ces barbares, c'est, premièrement, l'ignorance de ce que nous avions k espérer en les quittant, et la crainte de nous exposer i des maux Mcôre plus terribles. Msôs, d'un autre oâté, la deKcatease de ma fille ne m'auroit pas permis 'd'entreprendre un voyage pénible pour chercher un terme incertain, rétôis résolu d'attendre du-moins qu'elle eût vingc ans, Ajottterai-je une aptre raison quidevroil peut^ être noua faire souhaiter de ne jamaià revoir l'Eu-^ rope? Je orains, par des confes^ns â siâoères, de vous &ire perdre les sentiment^fàvoraUes que notre malheur a pu vous inspirer : mais j'a^ ptf le tuotif que«)e 9ous ai déjà dédaré.
La beauté de ma fille n'ayant ftit l)li'àugmenter avec I^g9, je m'aperçus, lorisqii'èHé eiit passé sa dounéme année, qu'un grand ifiomhre dé jeunes sauvnges la regardj^îeiit éve6 d^autres yeui qu'ils n'avoient fait jusqu'alors. Je ne pouvois th^y tromper. Leûra séins , lettre âii^duités , k jal6tisié Même que jé-voyôiSrAfaiire éhtjiseui , et plt^efuts t)ùérdles sanglMtes dent eûê devint fer cstùsé , tbé firent craindre qu'une passion brutale ù'éteigntt têt ou tard leur réspectv €e fut alors que je pensai sérieuse* aaent à^itt^ Fhabi^tiotr. Mais poui* combler mes
malheurs, je tombiEii dans une maladie violente. Lé danger de ma fille m'en parut pluspressânt ; ear à quoi p'auroit-^epas dû s'attendre si Istmortl'eùt privée de. nion secoui^? Je-aie crus obligé dé la Boai^. !|\Iais hélas ! à qui? Pouvois-je doufierune fiDerqne l'aime plusque^moi-méme^ à uu misérable sauvage? Il falloit donc la dcmner à un de mes deux valet». Quoi ! la^fille d'un homme tel que moi devenir l'é-^ pouse d'un vil domestique ! Cette mortelle peàsëe faillit seule de me mettre au tombeau. Enfin, pressé ^e mon mal, et troublé du danger de ma chère fille ^ après avoir invoqué le ciel avec un ruisseau de lar-^ mes, après l'avoir pris àtéspôinde la nécessité fa*^ taie où j'étois réduit, je pris le parti de la dènoer à SQxi frère ; de sorte <{ue vous voyea ici* dans la même persqnne j'épouse et la tour, de 'mon fils.
Ma santé ne fut pas plutôt réta^bli6,qUe.jl nwre^ pentis amèrement de ina témérité. Dévoile perdrei ai .aisément tout^ confiance au secours du oiet, et le croire nooios intéressé que moâ à prèndresoin de l'imipcence? J'avois commis ua mal , non^uleoieul irréparable, mais qu'il n'étoît pas fp4asie*en mon ppuvgir de faire cesser ; car mes én£iU»ts ocmçbFènt une si violente passion l'un poiu* Fautre, qu'il me fut impossible de leur &ire re^onoer ^ I^ qualité 4^époux. J'^dmirois quelquefois cette, tendresse ar^. dentequ'il ne.dép^ndoitplusde moid^rréter. J'èxa^ Qiinois si 1^ nature pouvoit |âtre;bl^essée d^une unioD
qui doit avoir été nécessaire (dans l'origine du genre humain , et sans laqudie on ne coAçoit pas que les hommes aient pu se multiplier. Mais je n'étois pafi long-temps à reconnoitre que, dans quelque sens qu'on explique le passé, ce qui est défendu anjouiv d'hûi par les loit divines et humaines, ne sauroil être innocent. Si quelque chose pouvoit me tenir lieu d'excuse , et déguiser mon crime à mes propre» yeux , c'étoit la néee^té de notre situatjion qui n'étoit guères diiB^rente de celle des premiers hommes; car un sentiment invincible dé fin^té né me permet-*, toit pas de regi^der'des sauvages et mes valets comme des hominés d'un même ordre que moi , et môi> fils éloit4e seul par. conséquent qui pàt être l'époux dé sa sœur^ lorsque la crainte d'un plus grand mal me fbrçoitide lui en donner lin. Cette pensée diminuoit un. j^eules alarmes dç ma conscience.^ mais elle re-^ ircâdisêoit le désir que je devoîs avoir de quitter les sauvages,' parce que je ne pouvoia trouver cette éx^ cuse que: parmi euxi Gep^dant il n'y a point de eonsidération qui ait pu me Sàïre balancer cette nuit à saisir l'occâsîcEÉî de nous remettre en libellé. Pes^. père seulemoit que l'honn^ir et la reUgion vont êtr# des motifs assez forts pour &ire consentir mon; fils et ma fille à renoncer' l'un à l'ai^tre ; et c'est peur commencer k les yexciierpar la hohte^ que je vous découvre en leur pcéswce toute la vérité' de notre aventure.
n me reste à vous apprendre la fin de notre 0^ olavage, etlaoansedecesfeuxdontvoscômpi^oond m'ont assuré que vous avezeu quelque firayeuK Deux sauvages qui étoiènt hier a la chasse sur le bord de la montagne, ap«içiirentpb»euiis de vos gens au pied de la côte, et retournèrent à Fhabitaûon fort effrayes de ce spectacle. Ils répandirent la crainte dans toutes -les oahaocs, et leur rapport ner tarda point à venir jusqu'à moi. Je compris dPabord que les étrangers qu'ils avoient vus étoient. des Euro-^ péens; c'étoient des hommes vêtus, me dit- on ^ comme je l'étois il y a neuf ans. TouMBon sang s^ mut à cette douce nouvelle: je ne délibérai plus sur la raison que j'avois crue eapaUe de m'arréter chea les sauvages. Je serois parti stir4ocliamp, sil'appro-* che de la nuit ne m'eût fait eraindrede nous égarer 4ans les marais j mais étant forcé d'attendre au len-* demaia, je ne voulus rien né^iger de ce qui pou-* voitaasurer nos errances} il me vim à Feqmt que vous pourricE vous- éloigner avant le jour; je pei^ siiadai aux sauvages d'allumer pour leur sâreié tout les feus que vous avez vus sur la eêie. Outre la cbn* fiance qu'ils ont au£eu comme k lepr prîikcipde A-» vidité, il me fut aisé de leui^ fat^e eroire que c'étoit le seul moyeu de vous 6tM l'ettm de* lés attaquer^ Us se bâtèrent de* monter «ti seMmet dés arbres ; je les assu^ qu^k ne pou voient choisir de meilleure pl^ce pour vous inspirer de l'effroi. Mon espoir
ET AN£CPOTtES« 5q
étoît, au contraire, <ie faire naître votre curiosité par ces flammes, de vous engager du-moins à différer votre départ jusau'au jour pour en découvrir la cause. Pétois à quelque dbtanoe avec un gros de sauvages, lorsque j'ai entendu les coups de fusil que vos gens ont tîréf sur la rnoota^Q. Ce qpi a effrayé mortellement les sauvages, m'a paru le signe certaki d'un heureux changement de fortune. Jeles ai quittés avec mes enfants, ^ en leur faisant entendre que j'ailois m'exposer au péril pour l'amour d'eux; mais bien sûr de n6 les revoir jamais, et de joindre bientôt mes libérateurs, que j'ai aperças effectivement à l'eutrée du n^arais.
Ce discours ei le témoignage de recooxioissaace dont il fut accompagné, excitèrent une généreuse compassion dans le cœur des Aoglois. Ils ne changèrent point le dessein qu'ils avoient de partir, n'ayant aucune raison qui pût les porter à troubler le repos des sauvages ; maisii la prière des Espagnols, îts firent uoiB^éobaFgegéaérale pour avertir les deux v^eu qui «toietàt restés dans les montagnes, de quel côté ils devoîfQtob/^r^ber.lepr mattre^Onlesvkarrir Yjn'pead'beureiaprès. jLeSBau.va^, selon leur rap* port, «voient été consteri^jau bruit qu'Us avoienjt emeadu* M. M orU»a reprit le cbeorâ de la 4$(Jonie 9ai^ais0y ou les E$pi|gnob reçurent toutes sortes de cMCiéeel dt^ sèeDuàrS|. jusqu'à ce qu'Us trouyèrefit rocCdsiô& dé passer datis l'île de.Saint-Domihgue. <
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