‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 13 sur 107 · CHAPITRE XIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIll

La jeane fermière.

Depuis ce temps Marie était toujouts^ triste, I) lui mbiftit que. toutes les Qeurs avaient perdu leur

fraîcheur, et les hauts sapins dont la métairie était entourée lui paraissaient enveloppés d'un crêpe funèbre. Le temps adoucit peu à peu son extrême douleur , mais de nouvelles infortunes ne tardèrent pas à fondre sur elle.

Après la mort de Jacques il s'opéra de grands changements à Sapincour. Le bon paysan avait cédé la métairie à son fils unique, garçon paisible et doux, qui venait d'épouser une jeune femme assez belle et fort riche. Elle était dominée par deux passions : l'orgueil de sa beauté et l'amour de l'argent. Hors ses charmes et l'argent, rien ne la touchait. Aussi la fierté et l'avarice imprimèrent -elles peu à peu à sa physionomie un caractère repoussant , malgré sa beauté. Il lui suffisait de savoir qu'une chose serait agréable à son beau-père ou k sa belle -mère pour qu'elle s'y opposât opiniâtrement , et elle ne leur accordait la nourriture et l'entretien stipulés dans l'acte de cession qu'avec mesquinerie et à contrecœur. En revanche, elle leur prodiguait les mortifications, leur faisait mille querelles, et semblait compter les morceaux qu'ils mangeaient. Les bons vieillards, fort affligés de tous ces désagréments, se confinèrent dans leur petit logement , sur le derrière , et ne parurent plus que bien rarement dans la chambre du devant.

Le jeune mari n'était guère plus heureux. Sa femme , dure et acariâtre , lui adressait sans cesse des paroles grossières, et plus de cent fois par jour lui reprochait la grande fortune qu'elle lui avait apportée. Sous peine de passer toute la journée en querelles^, le pauvre homme était réduit à souffrir et à se.taire. Elle voulut même, l'einpêçher d'aller voir

S vieux parents , craignant , selon son expression , 'il ne leur fourrSt quelque chose en cachette. Ce Èlail qu'en tremblant qu'il osait leur rendre une iile furtive, le soir, après son travail. Alors, les luvant presque toujours assis sur un banc, et fort sles , il s'asseyait à côté d'eux et leur contait ses ines.

d Oui, oui, disait le vieux paysan, voilà ce que !stl Toi, ma femme, tu t'es laissé éblouir par iclat de la fortune; loi, mon fils, tu as élé séduit r le charme d'un joli visage ; et moi , j'ai été assez ble pour céder h vos prières : nous eu voilà punis us trois. Nous aurions dû suivre les conseils du ave Jacques. Ce mariage-là n'eut jamais l'approtion de ce sage vieillard lorsqu'il en fut question tre lui et nous. Je me rappelle fort bien tout ce 'il nous disait à ce sujet , et j'y ai pensé plus de ille fois depuis.

« T'en souviens- tu, mère? tu disais un jour : Dix mille francs sont pourtant une belle somme irgent ! » Mais Jacques te répondit : « Une belle mme! que dites-vous donc là?... Ne croyez-vous s que les fleurs de ce jardin sont mille fois plus lies?... Vous aïez peut-être voulu dire une pente somme. Alors vous avez raison, car il faudrait re fortement constitué de corps et d'âme pour la rter sans en être accablé, et sans devenir par là un re tout à fait mondain, attaché aux richesses ules, et incapable de s'élever vers tout noble senaent.' Pourquoi donc désirer tant d' aident? Jus- ;'à ce jour vous n'avez manqué de rien; vous avez 9me du superflu. Croyez-moi, trop de fortune igendie rorgueil. La pluie est certainement une

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