‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 14 sur 107 · MARTE · texte numérisé non relu

MARTE

chose bienfaisante et nécessaire ; noais , si elle vient à tomber avec trop d'abondance, elle peut faire périr les plantes les plus saines d'un jardin. » Voilà bien exactement les paroles du vieux Jacques; il me senoble Tentendre encore.

« Ut toi, mon Ris, tu lui disais un jour : «C'est pourtant une très-belle femme, fraîche, charmante comme la rose? » Te rappelles-tu comme alors Jacques te répondit avec tant de raison « Les fleurs n'ont pas la beauté seule en partage; elles réunissent encore l'agrément et la bonté ; elles nous offrent des dons précieux; c'est d'elles que nous tenons une cire pure et un miel exquis. Sans la vertu , la beauté n'est qu'une fleur artificielle, un objet sans valeur, sans vie , sans parfum , sans utilité. » Voilà ce que te disait le brave Jacques ; mais nous n'avons pas écouté ses sages remontrances, nous nous eh repentons aujourd'hui. Ce qui nous paraissait alors le plus grand bonheur sur la terre est devenu maintenant noire plus grand malheur. Dieu veuille aujourd'hui nous donner la force de supporter nos peines avec patience ! il n'y a plus d'autre remède. » C'est ainsi qu'ils parlèrent tous trois.

La pauvre Marie ne menait pas une vie plus douce. Elle avait dû céder aux vieux paysans la petite chambre qu'elle avait habitée avec son père; et, quoiqu'il y eût encore plusieurs belles chambres disponibles, la jeune fermière eut la méchanceté de lui assigner le plus étroit , le moins habitable réduit qu'il y eût dans la maison. Elle lui suscita mille chagrins et la tourmenta d'une manière odieuse. Elle ne cessait de la quereller du matin au soir. Jamais Marie ne travaillait assez; elle ne pouvait. rien faire qui plût

la matlresse. La pauvre on>heline senlit trop bien d'elle était devenue à chaîne dans cette maison. es deux rieillards ne pouvaient guère songer à U însoler; ils avaient assez de leurs propres peines, ien souvent elle eut l'idée d'aller se placer ailleurs: lais cil?

Dans cet embarras , elle demanda conseil à H. le iré d'Erlebron. Ce sage pasteur lui répondit : « Vous e pouvez plus désormais rester à Saplncour, ma onne Uarie. Feu votre père tous avait donné une Qone éducation , et vous a fait apprendre tout ce a'il faut pour conduire un ménage boui^eois, indis qu'à Sapincour on exige de vous des services 'une forte fille de campagne : on vous surcharge 'un travail au-dessus de vos forces et qui ne doit JUS convenir en aucune manière. Cependant je ne lus conseille pas de quitter brusquement la maim pour aUer courir le monde au hasard. Le meillur conseil que je puisse vous donner pour le molent , c'est de rester encore provisoirement où vous les , de travailler tant que vous pourrez , de prier, e mettre votre confiance en Dieu, et d'attendre rec patience et résignation que sa volonté veuille [langer votre sort. De mon côté , je vous promets 9 faire tout mon possible pour vous procurer une lace auprès de quelque honnête famille bourgeoise, liez, mon enfant, du courage : Dieu ne vous abanannera point. » Marie le remercia, et promit de livre ses avis.

Le tombeau de son père devint dès lors son reige favori. Elle y avait planté un rosier au pied 'une simple croii en bois, et ce modeste monulent , consacré au meilleur des pères par la plus

vertueuse des filles , et sanctifié par la prière de rinnocence , deyint l'objet du respect des hommes , et fut le moyen dont se servit la Providence pour mettre un terme aux infortunes de la pauvre Marie.

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