CHAPITRE XVIII
Cadeau de la bague.
Pendant ce temps, le comte, la comtesse et les autres étrangers de distinction étaient rassemblés dans la grande salle du château, où depuis une heure déjà le digne curé d'Ërlebron s'était rendu pour rassurer les parents d'Amélie, en les instruisant des causes de son absence prolongée. Toute la société avait entendu avec le plus vif intérêt ce qu'il disait de Jacques et de Marie. Il avait raconté l'histoire de ce sage vieillard d'une manière si naïve et si touchante; il avait fait une peinture si émouvante des nobles sentiments et de toute la conduite de ce brave homme pendant son séjour à la métairie
B SapincDur ; il avait si bien su faire ressortir l'adlirable déTouement de Harie pour son père ; il avait lé tant de traits de sa piété, de son amour Blial, } SOD infatigable activité, de sa douceur et de sa odestie , que des pleurs d'atteudrissement vinrent II yeux de toutes les personnes qui l'entendirent; noble comtesse mère d'Amélie versa des larmes >ondantes.
Dans cet instant même, la comtesse Amélie, coalisant d'une main Marie , et tenant de l'autre la TbeiQe de fleurs, entra dans ce salon, magnifiqueeut éclairé. Tout le monde vint au-devant d'elle, fit k Marie les plus affectueux, les plus honorables impliments.
Le comte la prit par la main , et lui dit : « Pauvre liant, escetlente créature, comme tu as l'air déit et souffrant! pardonne-nous tout le mal que itre erreur, hélas! bien involontaire, a fait à ton irtueux père et k toi. Nous nous efforcerons de le parer. Nous t'avions chassée de la maison qui t'a :e naître; ton père n'en avait que l'usufruit. Eh eu! je te la donne avec le jardin et toutes les ipendances. »
L'épouse du comte embrassa Marie, lui fit les us tendres caresses, en l'appelant sa chère fille, raut ensuite de son doigt cette superbe bague qui ait causé toutes les souffrances de Marie : « Écoute, on enfant , lui dit - elle , ton innocence et ta vertu nt certainement des bijoux beaucoup plus précieux le le grand et beau diamant qui brille au miUeu de itle b^ue ; mais , quoique tu sois riche en trésors us estimables que celui-ci , tu ne refuseras point , ispère , ce joyau, que je te donne comme un faible
dédommagecaent de rimmense injustice qa^on Va faite, et comme le gage de la tendresse véritablement maternelle que j'ai pour toi. Si cette bague est trop riche pour servir à ta parure de noces , elle servira du moins à ta dot. Quand viendra le moment de pourvoir à ton établissement , je te rachèterai ce bijou en t'en payant toute la valeur...» Et, en disant ces mots, la comtesse mit la bague au doigt de Marie.
Marie, qui, peu d'instants auparavant, avait versé les larmes les plus amères sur son malheureux sort , en répandait alors de bien délicieuses. Elle se sentait tout étourdie de tant de bontés inattendues ; elle succombait presque à l'excès de son bonheur ; elle ne pouvait parler, elle ne savait que pleurer, et ne voulait point accepter la bague.
L'un des seigneurs étrangers lui dit : « Prenez toujours, mon enfant, ce que vous offrâ la richesse généreuse. Dieu a comblé de biens M. le comte et sa digne épouse; mais ce qui vaut encore beaucoup mieux, il leur a donné une &me noble et élevée, qui sait faire un digne emploi de leur grande fortune,
— Pourquoi nous flatter ainsi, monsieur le baron? répliqua la comtesse ; ceci n'est point une générosité. Nous avions donné au monde le scandale d'une criante injustice, que je me rappellerai toute ma vie avec douleur et confusion : nous regardons comme indispensable , pour la paix de notre conscience, de réparer autant qu'il est en nous la faute que noua avons commise. Nous ne voulons pas nous faire un mérite de cette réparation, qui n'est que l'accomplissement d'un devoir. »
UARIE.
Marie , toujours modeste , simple et sans prétenm, était restée debout, tenant d'une maio tremante la bague, qu'elle avait dtée de son doigt, el gardant avec des yeux remplis de larmes H. le iré, comme pour lui demander ce qu'elle devail ire.
Le respectable pasteur, qui s'aperçut de son emirras, lui dit : « Oui, Marie, tu peui, tu dois actpter cette bague. M. le comte et 1il'°' la comtesse ) consentiront jamais à la reprendre- ils ont appris tr une funeste expérience jusqu'à quel point ud lupçpn trompeur peut nous abuser, et ils veulent ODtrer comment les cœurs généreux savent répair les fautes qu'ils ont commises par trop de prépitation. Tu vois, ma bonne fille, que Dieu te ^compense de ta piété filiale. Celui qui sincèrement more père et mère doit être heureux, car Lieu l'a •vmis ainsi. Dieu se sert aujourd'hui des mains ienfaisantes de M. le comte et de M°>* la cornasse pour te dédommager de tes infortunes. Acipte donc ce riche présent avec reconnaissance ; ■ puisque tu as su supporter tes malheurs avec mt de résignation, de douceur et de patience, il e te restera plus qu'à te conduire dans la prospété avec autant de modestie, avec autant de recoDaissance envers Dieu , et de bienveillance envers : prochain. »
Marie se décida enfin à mettre la bague à son 3igl. Son émolioE, sa reconnaissance étaient si ives, qu'il lui était impossible de proférer une iule parole.
Amélie , la corbeille de fleurs k la main , se tenait
côté de Marie ; la générosité de ses parents la met-
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tait au comble de la joie ; elle regardait Marie avec des yeux où se peignaient Tamitié et la satisraction. Le curé , qui trop souvent avait pu remarquer corn* bien , dans de certaines familles , les enfants voient de mauvais œil les libéralités faites à d'autres personnes par leurs parents, fut touché de la bonté désintéressée d'Amélie. « Que Dieu vous récompense , monsieur le comte et madame la comtesse, de tout le bien que vous faites à une pauvre orpheline, disaitil ; et qu'il vous récompense surtout par mille et mille bénédictions dans la personne de votre aimable fille , dont le cœur excellent et Fàme élevée sont dignes de ses nobles parents.
— J'ose l'espérer, repartit la comtesse ; car la portion de notre fortune que nous employons au soulagement de l'humanité devient un riche trésor qui nous procure les plus douces jouissances, et une inépuisable source de bénédictions pour nous et nos descendants. »