‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 53 sur 107 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le bon ermite.

Il y avait dans ces montagnes un vénérable ermite très-âgé, car il comptait plus de quatre-vingts ans. Sa sagesse et sa piété le faisaient respecter et chérir dans toute la contrée; on le nonamait père Ambroise. Ce fut -auprès de ce digne vieillard que le berger songea à conduire l'enfant qu'il venait de rencontrer. L'ermitage , dont il ne se trouvait pas fort éloigné, était situé sur le penchant d'une col-

Une, tout proche du lac. La petite cabane du solitaire, garnie à Textérieur d'un toit de chaume, dont une mousse verdâtre attestait Tancienneté, était ombragée par un groupe d'arbres à fruits. Elle occupait le centre d'un jardin rempli des plus belles fleurs et de toutes sortes de plantes utiles. Derrière la cabane s'élevait une vigne, à côté de laquelle se prolongeait, en entourant le pied de la moi^tagne, un riche champ de blé ; partout on avait mis le terrain à profit , pour y planter, ou un arbre fruitier, ou au moins quelque buisson portant des baies délicieuses. Sur un rocher élevé , dont la cime saillante paraissait s'avancer au-dessus du lac, on voyait la chapelle de l'ermitage , ornée de son petit clocher pointu : un escalier taillé dans le roc y con* duisait.

Au moment où le jeune berger, portant l'enfant sur ses bras, entra par la petite porte grillée dans le jardin , le vénérable vieillard était assis sous un pommier, d'où l'on jouissait de la plus belle vue sur le lac et ses environs. 11 lisait avec recueillement dans un livre posé devant lui sur une table. Sa longue barbe, et le peu de cheveux que conservait sa tête presque chauve , étaient blancs comme la neige.

Aussitôt qu'il aperçut les deux nouveaux venus , il se leva, alla à leur rencontre et les reçut avec une affabilité franche et cordiale. Il écouta attentivement le récit du jeune berger , prit ensuite l'enfant dans ses bras, et lui demanda son nom. Il soupçonna bientôt que cet enfant appartenait à des parents distingués et qu'il avait été enlevé par des voleurs. Il en fut pénétré d'une vive compassion.

(c Laisse -moi ce paayre petit, dit-il au berger, et surtout n'en dis rien à qui que ce soit. Tespère encore pouvoir retrouver ses parents ; en attendant il trouvera chez moi un asile où les brigands ne viendront pas le chercher; car ils évitent soigneusement ma cabane , où ils ne trouveraient ni or ni argent, et ils détestent les eihortations salutaires que je leur adresserais.

Le vieillard offrit ensuite à ses convives du pain et du lait ; et quand le jeune berger se fut suffisamment rafraîchi, il prit sa houlette pour retourner auprès de son troupeau. L'enfant ne voulait point le laisser partir, il pleurait , et le retenait par ses babils. Mais le jeune homme ayant promis de bientôt revenir, et lui ayant fait présent du petit agneau, Henri s'apaisa, et témoigna beaucoup de joie de ce cadeau, qui , à ses yeux , avait une valeur immense.

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