CHAPITRE XII
L'auberge de la forêt.
La première journée de ce voyage se passa sans accident. Henri s'amusa beaucoup du mouvement de la voiture , et de la fuite apparente des arbres , des villages et des hameaux, qui semblaient passer rapidement devant lui.
Chaque fois que dans le lointain il apercevait un château, il demandait toujours si ce n'était pas la Rochêne.
Vers la fin de la seconde journée ils arrivèrent près d'une épaisse forêt. Les chemins étaient si mauvais, qu'ils avaient beaucoup de peine à s'en tirer. Pour comble de contrariété , il s'éleva un vent terrible, la pluie tomba par torrents ; la nuit survint, et fut très -noire. Nos voyageurs se virent forcés de chercher un abri dans une auberge isolée, au milieu de cette forêt qui passait pour être infestée de voleurs. Ils se hâtèrent de souper, montèrent immédiatement après dans leur chambre, et se couchèrent bien vite , afin de pouvoir se mettre en route le lendemain de très-bonne heure. Excédé de fatigue, tout
le monde ne tarda pas à s'endonnir. Le père Ambroise, qui avait pris Henri dans sa chambre, veillait seul, agenouillé contre une table, sur laquelle il avait placé une bougie allumée. Vers minuit il lisait et priait encore.
Tout à coup un bruit épouvantable se fit entendre devant la maison. Plusieurs hommes, criant et jurant avec des voix rauques, frappaient violemment à la porte et aux volets. Toute la maison , éveillée en sursaut^ fut glacée d*effroi. Le père Ambroise sortit de sa chambre pour savoir ce que signifiait ce vacarme. « Ah! mon Dieu! s'écria Marguerite, qui venait également de se lever, ce sont peut -être les voleurs qui viennent enlever encore une fois le jeune comte. » L'ermite lui imposa silence et descendit. L'aubergiste aussi paraissait fort effrayé , et n'osait ouvrir. Cependant les hommes qui étaient dehors continuaient leur tapage, et menaçaient d'enfoncer la porte.
Ambroise, homme ferme et résolu, dit avec calme : « Ne vous effrayez point, Dieu nous protégera. Allons voir si on ne pourrait pas, par la douceur, faire entendre raison à ces gens-là. »
Il ouvrit la porte, et quatre hommes grands, robustes, armés de pied en cap, entrèrent brusquement. L'un d'eux portait une torche allumée. « Il faut que nous visitions toutes les chambres et tous les lits, criaient -ils; notre maître va arriver, et il faut^ue la maison entière soit à sa disposition.
— Quel est donc votre maître? » leur demanda Termite.
Sa surprise fut extrême lorsqu'il apprit que c'était le comte Frédéric de la Rochêne, qui, la paix
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étant coDclae, revenait de Tannée pour retourner dans ses foyers^ suivi de ses compagnons d'armes. Cette nouvelle répandit Fallégresse dans toute la maison. Chacun s'empressait de prodiguer ses soins à ces braves guerriers, qui, à leur tour, devinrent plus confiants et plus doux. Us s'excusèrent de la manière violente avec laquelle ils avaient demandé rhospitalité , en rejetant la faute sur le temps, qui était affreux. « Au milieu d'un terrible orage, disaient- ils, et à l'heure de minuit, on doit pardonner à un soldat mouillé jusqu'à la moelle des os de n'avoir pas la patience d'attendre trop longtemps qu'on lui ouvre la porte. » Us racontèrent aussi qu'ils s'étaient égarés dans la forêt, et qu'ils ne seraient jamais parvenus à trouver cette maison si une lumière qu'ils avaient aperçue ne leur eût servi de fanal pour les diriger.
L'ermite, accoutumé à reconnaître et à adorer jusque dans les moindres événements les voies de la Providence , fut vivement ému en apprenant que c'était la lumière auprès de laquelle il priait si tard , qui avait servi à diriger les pas du comte vers cette maison , où il devait retrouver son fils. Aussi le pieux vieillard s'empressa4-il , en cette circonstance, d'adresser à Dieu de tout son cœur de nouveUes actions de grâces pour cet heureux événement.