‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 69 sur 107 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La comtesse dans la prison.

La tour destinée à renfermer les criminels, et que le peuple n'appelait que la tour des dilinquanis, était la plus horrible de toutes celles du château. Jamais Geneviève n'avait pu passer auprès sans éprouver un sentiment de terreur et de compassion. Et c'est dans le plus profond cachot de cette tour qu'elle se vit confinée elle-même! Ce

cachot était froid et humide comme un sépulcre ; en beaucoup d'endroits la mousse tapissait les grises murailles , des briques rouges pavaient le sol. Jamais les rayons du soleil ni la douce clarté de la lune n'avaient pénétré dans cet affreux séjour. Une faible lueur qui perçait à travers une grille étroite , et que réfléchissait la robe blanche de Geneviève , ne servait qu'à révéler les horreurs de cette prison ; une poignée de paille était à la fois le siège et le lit . de la pauvre .captive ; un peu d'eau dans une cruche de grès placée près d'elle , un peu de paiii noir, formaient toute sa nourriture. Â force de pleurer, ses yeux et ses joues étaient devenus tout gonflés.

Cependant , dès qu'elle se fut un peu remise de sa première émotion, elle joignit les mains avec mie ardente ferveur, et , les yeux levés vers le ciel , elle pria : « 0 notre excellent et charitable père qui êtes au ciel, me voilà gisante dans les profondeurs de la terre , d'où j'élève mes regarda vers vous. Je suis abandonnée du monde entier; je n'ai plus d'autre refuge que vous. Aucun œil compatissant ne voit ma désolation. Ma voix ne parvient jusqu'à aucune oreille humaine. Hais vous , ô mon Dieu , vous voyez mes larmes , vous entendez mes souphrs-, car vous êtes présent partout, vous êtes présent même dans ce lieu de ténèbres. Mon père et ma mère ignorent encore mon sort , mon époux sô trouve loin de moi. Mes meilleurs amis voudraient en vain me tendre une main secourable. Mais votre bras peut atteindre en tous Heux. Vous avez seul le pouvoir d'ouvrir les portes de mon cachot. 0 mon père céleste, ayez pitié de moi ! »

Puis elle se rassit de nouveau , saisie de douleur.

muette , et ne pouvant pas même pleurer. Oh ! pensa-t-elle, que les plus pauvres des hommes sont heureux en comparaison de mDi! car ils peuvent voir tous les jours l'azur des cieux et la douce verdure des prés. Au lieu d'être comtesse ou princesse ducale , que ne suis-je une bergère , ou la dernière des mendiantes ! Combien je serais moins à plaindre ! Hélas ! tout cet éclat de titres et de richesses m'a été ravi, je ne possède plus rien. Le soleil même, qui luit pour tout le monde, ne luit plus pour moi! Cependant , continua-t-elle , et ses larmes recommencèrent à coulerjpvous existez encore pour moi , ô mon Dieu ; soyez donc le soleil de mon âme affligée. Oui, toutes les fois que mes pensées s'élèvent vers vous , une douce clarté se répand en moi, et mon cœur serré par la douleur se dilate et verse des pleurs qui me soulagent.

En ce moment elle vint à se rappeler les paroles prophétiques qu'avait proférées le vénérable évêque en lui faisant ses adieux. « Était-ce là, disait -elle en parcourant des yeux sa prison , était-ce là le bonheur que vous me prédisiez , homme respectable? C'était donc en passant sous des arcs de triomphe ornés de guirlandes de fleurs qu'il me fallait entrer dans ce cachot?... Cependant, ô mon Dieu, puisque vous m'avez conduite dans cette prison, ce doit être pour mon bonheur. Oui , c'est par amour pour nous que vous nous envoyez les épreuves de l'adversité; ce sont des bienfaits déguisés : sous l'apparence du malheur vous cachez un trésor de bonheur et de bénédictions , comme vous avez su* renfermer un fruit délicieux sous une rude et amëre enveloppe. J'accepte donc mon in-

OENEVIÊVE. %i

fortune actueUe avec résignation , comme venant de votre main paternelle. Je ne veux penser qu'à vous ; je n'élèverai aucune plainte contre mes persécuteurs. Vous l'ordonnez ainsi , eh bien ! Seigneur, me voilà soumise. Disposez de moi selon votre volonté sainte. Conservez-moi seulement votre grâce ;* personne ne pourra me nuire si vous-même ne le permettez. » Après cette prière , elle se sentit consolée comme si une voix intérieure lui disait : « Aie bon courage, Geneviève. Tu dois encore souffrir, il est vrai, mais le Seigneur viendra à ton secours. Aujourd'hui aux yeux des hommes tu parais coupable, mais un jour viendra où ton innocence brillera plus éclatante que le soleil. » Et ces réflexions lui procurèrent un sommeil réparateur.

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