CHAPITRE VII
Le bumlsBemeut.
'ous les habitants du château et de la petite ville chbourg attendaient impatiemment l'issue du ces intenté à Marie. Tous tes gens de bien Iremeut pour ses jours; car dans ces temps-là on issait le vol avec une eicessive rigueur, et, pluirs exemples en faisaient foi, un bomme était damné à mort pour avoir volé une somme vingt moindre que la valeur de cette bague. Le comte souhaitait rien si ardemment que de . trouver le innocente. Il lisait lui-même attentivement i les procès- verbaux des interrogatoires, s'enenait souvent des heures entières avec le bailli, i pouvoir acquérir une entière conviction de la culpabilité de l'accusée; car il lui paraissait imïible qu'aucune autre personne que Marie pûl ir dérobé la bague. Les deux comtesses, la mère 1 fille, supphaient le comte, les larmes aux yeux, )argDer la vie de Marie. De sa prison le Tieui lues priait Dieu, jour et nuit, de faire recoure l'innocence de sa tille, tandis que Marie, que fois qu'elle entendait approcher le geôlier a son bruyant trousseau de clefs, pensait qu'on ait lui annoncer sa condamnatipn. En attendant, écuteur commençait à préparer le lieu du supe, et à enlever les herbes qui l'encombraient.
Toinellé, en se promenant, le surprit un jour dans celle occupation ; il lui sembla qu'elle recevait un coup de poignard au cœur. Elle en fut consternée; au souper des domestiques, elle était pâle, pensive, sans appétit, et tout le monde voyait clairement qu'elle était inquiète et violemment agitée. La nuit suivante elle ne put dormir; la tête sanglante de Marie ne cessait de lui apparaître dans ses rêves. Le cri de sa conscience la tourmentait jour et nuit. Mais celle fille coupable était trop dominée par ses passions pour avoir le noble courage de réparer sa faute par un aveu sincère.
Le bailli prononça enfin l'arrêt; il portait que Marie, déclarée convaincue d'un vol considérable, crime aggravé encore par ses dénégations obstinées, avait mérité la mort; mais, par considération particulière pour sa jeunesse et sa bonne répulafîon antérieure, on se bornait à la renfermer pendant le reste de sa vie dans une maison dé correction. Son père, qui, soit ctirectement dans celte affaire, soit indirectement par les mauvais principes qu'il lui avait donnés , s'était rendu complice dé son crînie et de son endurcissenient , étaii banni à perpétuité du territoire seigneurial. Leurs meubles, quoique bien insuffisants , devaient être vendus pour payer les dommages-intérêts et les frais du procès. Le comte adoucit la sentence en ordonnant le simple bannissement du père et de la fille ; et , pour éviter tout éclat , il voulut que Èarié et «facques fussent conduits le lendemain, dès l'aurore, au delà des frontières.
Au moment ou ces infortunés passèi^ènt avec leur escorte devant le portail du château , toînette ac-
)urut pour les voir. Cette lîlle insensible et couible, envisageant l'afTaire comme terminée d'une anière plus heureuse qu'on ne pouvait s*y atndre, recouvra bientôt sa gaieté. Laisser périr arie sur l'écliaraud lui aurait paru une vengeance 1 peu trop forte; mais la voir expulsée était présément le but de ses désirs. Elle avait toujours aint que Marie ne parvint h. la supplanter, et cette ■ainte n'existait plus. Totnette était donc connie; cependant elle se livra de nouveau à sa mélanceté et à sa haine contre Marie, dès que la insée de l'échafaud cessa de la troubler. La veille de TexéculioD du jugement , la comtesse mélie, ayant aperçu la corbeille de fleurs sur sa immode, dit à Toinette : « Eloigne de mes yeux itte malheureuse corbeille, qui me rappelle de op funestes souvenirs; je ne puis la voir sans trouver une sensation douloureuse. » Toinette la it dans sa chambre, et le jour du départ de Jacles et de Marie, quand elle descendit pour les voir isser, elle la porta à Marie. « Tiens , voilà ton beau ideau qu'on te rend, dit-elle; nos maîtresses ne lulent rien tenir de pareilles mains. Ta gloire et prospérité sont passées comme ces fleurs que tu fis si bien payer, et c'est avec une véritable saifaction que je me suis chargée de te rendre cette irbeille. » En prononçant ces mots , elle la jeta IX pieds de Marie , s'en retourna avec un sourire oqueur, et referma violemment la porte derrière le.
Marie ramassa la corbeille en versant quelques rmes et continua sa marche. Son vieux père n'ait pas seulement un bâton pour s'appuyer. Marie
ne possédait rien que la corbeille. Bien souvent el tourna la tète pour regarder la maison paternel) Enfin celte maison , le clocher de l'église et le bou disparurent derrière une colline boisée.
Quand l'officier de justice eut quitté Marie et s( père près de la borne limite du territoire seigneurif au fond de la forêt , le vieillard, accablé de chagri s'assit sur la pierre, couverte de mousse et ombragi par un cbéne antique.
« Viens , ma lllle , » dit-il en pressant Marie dai ses bras; puis il joignit les deux mains de Mar dans les siennes et les éleva vers le ciel. ■ Ava tout , remercions Dieu de nous avoir tirés de c borrible cachot , et d'avoir rendu une fille chérie son père et un tendre père à sa fille. »
Jacques leva ses regards vers le firmament , do le bel azur brillait à travers le vert feuillage d arbres, et il se mit k prier à haute voix : « Not Père, qui êtes au ciel! vous, unique consolation ' vos enfants sur la terre ! vous, puissant prolecte des opprimés ! vous nous avez délivrés des cacht et des chaînes , de la captivité et de la mort ! No TOUS en offrons nos actions de grâces ; daignez 1 recevoir encore pour tous les bienfaits dont vo nous aviez comblés dans cette contrée qu'il no faut quitter. Pourrions-nous franchir ces limil sans élever vers vous le pieux hommage de noi reconnaissance? Seigneur Dieu ! au moment où n pas vont fouler une terre étrangère , nous vous adri sons nos humbles supplications : daignez abaiss vos regards sur un malheureux vieillard et sur pauvre enfant tout en larmes. Prenez -nous sg votre égide. Soyez notre soutien et notre protecte
carrière pénible que ma pauvre eafant et moi iFODs sans doute à parcourir. Conduisez nos j des hommes sensibles et humains ; remplîs- 's cœurs de compassion, et, dans l'étendue B vaste univers, faites-nous trouver quelque asile oii nous puissions couler en paix nos s jours et mourir tranquillement. Ce refuge , i nous ne le connaissions pas encore, ah! ute, vous nous l'avez déjà préparé , et dans >ir nous allons le chercher pleins de confiance
3 avoir ainsi prié tous deux, car Marie répét bas toutes les paroles de son père , ils senlesceudre dans leur ftme un calme bienfaiit leur cœur s'anima du courage et de la ce que donne la religion.