‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 95 sur 107 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La vertu récompensée.

Quand Antoine eut achevé son récit , il slnfonna avec intérêt de la santé de ses parents. En considérant leurs cheveux blancs et leurs rides nombreuses, il remarqua avec une pénible émotion combien les soucis et les chagrins les avaient prématurément vieillis ; mais il ne témoigna pas combien ces changements Taffectaient, pour ne pas afdiger sa famille.

D'un autre côté il vit avec satisfaction que Chrétien, Catherine et Louise étaient à la fleur de Tàge et jouissaient d'une brillante santé. Il combla de caresses les deux enfants de son frère Chrétien, et ne put s'empêcher de s'écrier : « Avec quelle rapidité le temps s'écoule! Il y a dix-huit ans que Chrétien , Catherine et moi nous étions à l'flge de ces enfants; Louise était plus jeune encore; maintenant ce sont ces marmots qui ont pris notre place. »

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n ne pouvait se lasser de contempler et de caresser ces enfants. Enhardie par Faimable familiarité de son oncle, la petite Clara se plaignit de n'avoir pas encore reçu ses étrennes de Noël... «Parce que, dit le jeune François en interrompant sa sœur, ce vilain garde général nous a gâté notre fête; c'est un véritable Hérode , un ennemi des enfants. »

Sa mère le réprimanda de cette saillie de méchanceté enfantine.

« Et toi , mon oncle , dit à son tour la petite Clara, nous apportes -tu quelques cadeaux de Noël?

— Je n'ai pas manqué de penser à vous, mes aimables enfants; mais il faut attendre que ma malle soit arrivée. »

Les enfants furent très-satisfaits de cette réponse, et prirent patience.

A cet instaht on servit le souper ; mais Texcës du plaisir que tous les membres de cette vertueuse famille éprouvaient en se voyant encore une fois réunis à ce festin de famille fit qu'on parla beaucoup plus qu'on ne mangea. Les enfants seuls firent honneur au repas , et immédiatement après ils demandèrent à aller se coucher, tandis que tous les autres restèrent encore à converser.

« Il faut que nous ménagions une surprise à ces bons petits enfants, dit Antoine; préparons-leur un arbre de Noël; car, si dans certaines contrées de l'Allemagne on ne manque jamais de construire une crèche , dans d'autres l'usage est d'élever un arbre de Noël, aux branches duquel on attache les cadeaux destinés aux enfants. Chrétien aura, j'en suis sAr, la complaisance d'aller chercher un

jeune sapin là tout prêt dans la forêt. J'ai tout ce qui est en outre nécessaire pour le décorer. En venant, j*ai laissé ma voiture au village d*Ëcbental, parce que les chevaui étaient harassés de fatigue ; pour moi , ne voulant pas retarder d'un« seule minute le plaisir de vous revoir, j'ai pris à pied le sentier qui traverse la montagne. La voiture chargée de mes malles et bagages arrivera ici demain matin avant le jour, et je pourrai préparer à mes petits ami9 un réveil des plus agréables. »

Le lendemain de très-bonne heure, pendant que les enfants étaient encore livrés au plus doux sommeil, toute la famille était déjà occupée à préparer l'arbre de Noël. Un jeune sapin choisi parmi les plus beaux du canton , aux branches bien vertes et bien touffues, fut placé entre les deux fenêtres. Sur ces entrefaites , la voiture étant arrivée et les effets déchargés, Antoine ouvrit une caisse remplie d'une multitude de joujoux , de sucreries et de ces objets dont la possession cause tant de plaisir aux enfants. Il suspendit aux branches du sapin tous ces petits cadeaux, de beaux fruits, des sucreries de diverses couleurs, de petits cornets remplis de dragées et de pralines , de petites guirlandes de fleurs artificielles en sucre, ornés de jolis rubans bleus, verts et couleur de rose; puis encore un grand nombre de jouets de toute espèce. Antoine disposa tout cela d'une manière pittoresque et avec beaucoup de goût. Bnfin il prit quelques douzaines de petits lampions en ferblanc remplis de cire, et les plaça de côté et d'autre, tant autour de l'arbre qu'entre ses branches, de manière qu'ils pussent bien illuminer son brillant étalage^sans y mettre le feu.

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Quand tous ces préparatifs furent terminés , on alla réveiUer les entants. « Attendez , dit Antoine , pour les faire entrer ici, que j'aie fini d'allumer tous les lampions; la grand'maman donnera le signal. »

Dès que les enfants entendirent parler d'étrennes, ils ne songèrent plus au repos et au sommeil ; on ne pouvait les babiller assez promptement suivant leurs désirs. Enfin la grand'maman donna le signal attendu, et dit à haute voix : « Venez, enU'ez à présent. »

Ils ne firent qu'un saut pour se précipiter dans la cbambre; puis ils s'arrêtèrent tout à coup, surpris, éblouis par l'éclat de cette illumination aussi brillante que gracieuse. Ils restèrent là un moment , sans pouvoir parler, tant ils étaient étonnés et ravis. Les yeux fixes et la bouche béante , ils ne détournaient pas leurs regards de dessus cet arbre si éblouissant. La magnifique verdure des branches, la multitude de ces petits lampions qui brillaient au travers comme des étoiles, ces jolies pommes rouges, ces magnifiques noix aux coquilles dorées, et ces mille joujoux de toutes les couleurs et de toutes les formes leur semblaient avoir été apportés là par enchantement. Ils ne savaient s'ils étaient bien éveillés, ou si ce qu'ils voyaient n'était qu'un rêve. Enfin ils purent s'écrier : « Oh ! que c'est beau ! que c'est magnifique !

— Dans toute notre forêt , disait François , on ne trouverait pas un seul arbre aussi beau , ni qui portât des fruits si jolis et si variés.

— Je le crois bien, reprenait sa sœur Clara, tu aurais beau chercher dans la forêt ou dans notre

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verger, de tels arbres ne croissent que dans le paradis. N'est-ce pas, maman, que c'est l'enfant Jésus lui-même qui nous fait cadeau de cet arbre pour nos étrennes ?

— Ce n'est pas précisément lui qui vous le donne tel qu'il est là, répondit la mère; mais c'est bien à Jésus que vous devez cette joie, c'est à Jésus, qui vint au monde couché comme un pauvre enfant dans une crèche, et qui maintenant est au ciel; car, s'il n'était pas venu sur la terre, nous ne connaîtrions pas la fête de Noël ni les étrennes.

— Eh bien! ajoutèrent les enfants, nous l'aimerons bien et nous lui obéirons toujours , puisqu'il est si bon et qu'il aime tant les enfants ; jamais peutêtre on n'a éprouvé une joie aussi vive que celle qu'il nous procure aujourd'hui.

— Vous avez bien raison , dit la grand'maman , il nous- serait difficile, à nous autres qui sommes parvenus à un âge avancé , de ressentir des plaisirs aussi vifs que les vôtres, mes chers enfants. Certainement, s'il existe des êtres parfaitement heureux sur la terre, ce sont ceux qui se trouvent encore dans l'âge de l'innocence ; toutes leurs joies sont douces et pures. Que Dieu protège donc votre enfance , et puissiez-vous en conserver longtemps la naïve simplicité ! Hélas ! ajouta-t-elle en s'adressant aux autres personnes de la famille , les plaisirs que l'on goûte dans l'âge mûr ne sont que trop souvent changés en amertume par l'inquiétude et le chagrin, par l'ambition et l'avarice, ou par d'autres passions , quelquefois même par l'anxiété poignante des remords. Voilà ce qui rend si belles et si vraies ces paroles de notre divin Sauveur : Si votu ne vous

convertissez, et si votis ne devenez tels que des enfants, voiLs ne pourrez entrer dans le royaume des cieux. »

Le grand-père dit à son tour: « Cet usage de présenter aux enfants un arbre de Noël me plait beaucoup. Nos ancêtres firent preuve d'autant de prudence que de sagacité en profitant des plus grandes fêtes de la religion chrétienne pour en faire aussi des jours de bonheur pour les enfants. Le retour périodique de ces joies enfantines leur fait chérir davantage les saintes solennités de TËglise, et dispose leur cœur à prendre sa part dans la félicité bien plus élevée que la religion nous prépare. Aussi , je Tai bien décidé^ tous les ans, s'il plait à Dieu, nos chers enfants recevront leur arbre de Noël; plus ou moins richement décoré, il ne leur en fera pas moins de plaisir. Il faut le plus souvent bien peu de chose pour rendre les enfants heureux; quelques jolis fruits, des sucreries, des noix dorées, quelques petits jouets suffisent, à défaut de présents plus coûteux. D'ailleurs l'amour que les bons parents ressentent pour leurs enfants suggère toujours le moyen de leur procurer une joie innocente et salutaire. J'espère même que l'arbre de Noël aura son utilité comme moyen d'éducation; il pourra du moins nous épargner souvent quelque correction. En effet, nos enfants, après avoir eu tant de plaisir à voir un arbre de Noël, se réjouiront toute l'année de l'espoir d'en revoir un nouveau, et la menace de les en priver s'ils ne sont pas sages et obéissants, produira plus d'impression sur leur esprit que les punitions les plus sévères. »

Les parents exprimèrent à Antoine leur vive re-

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connaissance du plaisir qu'il a^ait procuré à leurs enfants.

« C'est une bagatelle, répondit- il, qui ne vaut pas la peine d'en parler; mais je dois tous prier de vouloir bien aussi accepter à votre tour quelques étrennes. d

A ces mots, il ouvrit sa malle, qu'on avait déposée dans un coin de la chambre. « Reconnaissezvous encore cette malle? ajouta-t-il; c'est la vôtre. Quand je partis pour l'Italie , votre bonté pour moi l'avait abondamment garnie; il est juste qu'à mon retour je ne vous la rende pas entièrement vide. »

En achevant ces paroles , il en tira des soieries et de belles fourrures qu'il présenta h la vieille mère en disant : « Daignez agré^g ceci, ma chère maman ; le premier devoir d'un bon fils est d'avoir soin que ses parents soient vêtus chaudement pendant la saison rigoureuse, d

Il donna ensuite à la jeune femme 6t aux denx sœurs quelques pièces de taffetas pour robes , ainsi que des châles et d'autres objets de parure. Chrétien reçut un excellent fusil à deux coups, dont la crosse, en bois de noyer, artistement travaillée, était incrustée d'ornements en aident. « Quanta vous, mon cher père, dit Antoine en s'adressant au vieux forestier, comme vous ne devez plus aller à la chasse, mais bien vous reposer après tant de travaux , j'ai pensé qu'il vous serait agréable d'accepter quelques fortifiants pour vos vieux jours. Voici donc un panier qui contient quelques douzaines de bouteilles de vieux vin du Rhin de première qualité. De temps en temps, pour restaurer vos forces, vous en boirez quelques coups dans ce gobelet que je vous offre

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eomme souyenir. » En disant ces mots il lui présenta un superbe gobelet d'argent dont Tintérieur était doré; à Textérieur se trouvait un travail en relief d'une rare beauté ; au milieu d'une couronne de feuilles de chêne artistement gravées, on lisait rinscription suivante :

A MON TRÈS-CHEIl ET HOimOBË PÈBE,

F&ÉDËRIC GRXmEVTALD,

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