ACTE II, scÈNC n lY
davantafire, je ne l'épouserais pas^ nous ne serions Seureincni l'un ni l'autre : j'ai le cœur pris; j'aime ailleurs.
M. RBMi, (fun ton raiUeur^ et traînant ses mois, j^ ..
« J'ai le cœur pris ! » Voilà oui est fâcheux. *^5 "^ Ah ! ah ! le cœur est admiraDle ! Je n'aurais Jamais deyiné la beauté des scrupules de ce cœur-là, qui veut qu'on reste intendant de la maison d'autrui, pendant qu'on peut l'ôtre delà sienne. Est-ce là votre dernier mot, herger ûdèle?
J>OIUMTB.
Je ne saurais changer de sentiment, monsieur.
M* RKMI.
Oh Me sot cœur ! Mon neveu, vous ôtes un imbécile, un insensé; et je tiens céHe que vous aimez pour une gUQlUim, si elle n'est pas de mon seotuneot. N'est-U pas vrai, madame, et ne le trouvez-vous pas extravagant 1
'ARA.BfiNTB, doucement.
Ne le querellez point. Il paraît avoir tort, j'en conviens. ^
M. RBin, woemenL Comment! madame, il paraît...
ARAMINTS.
Dans sa façon de penser, je l'excase. Voyez pourtant. Dorante; tâchez de vaincre votre penchant, si vous pouvez : je sais bien que cela est difficile.
nORANTB.
n n'y a pas de moyen, madame; mon amour m'est plus cher que ma vie.
M. REMI, (f un air étonné»
Ceux qui aiment les beaux sentiments doivent être contents ; en voilà un des plus curieux qui se fassent. Vous trouvez donc cela raisonnable, madame ?
ARAMINTE
Je vous laisse, parlez-lui vous-même. {A paH.) Il me touche tant, qu'il faut que je m'en aille.
{Elle sort.)
DORANTE, à part.
Il ne croit pas si bien me servir.
SCiNE III DORANTE, M. REMI, MARTHON.
M. REBfi, regardant son neveu.
Dorante, sais-tu bien qu'il n'y a point de fou, aux Petites-Maisons^ de ta force? {Marihon arrive.) Venez, mademoiselle Marthon.
MARTHON.
Je viens d'apprendre que vous étiez ici.
M. REMI
Dites-nous un peu votre sentiment : que pensez- vous de quelqu'un qui n'a point de bien, et qui refuse d'épouser une honnête et fort jolie femme, avec quinze mille livres de rente bien venant?
MARTHON.
Votre question est bien aisée à décider: ce quelqu'un rêve.
ACTB 11^ SCÈNE III 49
M. RBMi, montrant Dorante,
Voilà le rôveur; et, pour excuse, il allègue son cœur, que vous avez pris; mais, comme apparemment il n'a pas encore emporté le vôtre, et que je vous crois encore à peu près dans tout votre bon sens, vu le peu de temps
âu'il y a que vous le connaissez, je vous prie B m'aider à le rendre plus sage. Assurément, vous êtes fort jolie, mais vous ne le disputerez point à un pareil établissement : il n*y a point de beaux yeux qui vaillent ce prix-là.
MARTHON.
Quoi, monsieur Rémi! c'est de Dorante que TOUS parlez? c'est pour «^ garder ^ moi qu'il refuse d'être riche? i^^jt
^•éjbLi^ M. REMI.
Tout iiftte : et vous êtes trop généreuse pour le soufDrir.
BiARTHON, avec un air de passion.
Vous vous trompez, monsieur; je Taime trop moi-même pour l'en empêcher, et je suis enâiantée. Ah! Dorante, que je vous estime!
Je n'aurais pas cru que vous m'aimassiez tant.
M. REMI
Courage ! Je ne fais que vous le montrer, et .^. vous en êtes déjà Cûlfiée ! Pardi î le cœur -^-^ ^ d'une femme est bien étonnant; le feu y prend bien vite.
MARTHON, comme chagrine,
Bh ! monsieur, faut-il tant de bien pour être heureux? Madame, qui a tant de bonté pour moi, suppléera en partie, par sa générosité, à ce qu il me sacrifie. Que Je vous ai d'obligation. Dorante 1
DORANTE
/ . Oh ! non, mademoiselle, aucune: vons n'i
/ ' '^"TiJ'îS? P^"^* ^® SXè ^ Joae savoir de ce qtf^ > ^w^t ™®i i® ™® ^?® ^ ^®® sentiments, et ne re-
gparde que moi là dedans : vous ne me devez rien, je ne pense paB a votre reconnaissance.
MARTBON.
Vous me charmez: que de délicateisse! n n'y a encore rien de si tendre que ce que vous me dites.
M. REMI, .j f ^^^ ^ f^"^^
Par ma fbi, je ne m> connais donc gu&S^ car je le trouve bien plat. (Â Marthon.) Adieu, la belle enfant : je ne vous aurais, ma foi»
pas évaluée ce qu'il vous achète. Serviteur, idiot ! garde ta tendresse, et moi ma succession.
(// sort)
MARTHON.
U est en colère; mais nous rapaiserons.
DORANTS.
Je l'espère. Quelqu'un vient.
MARTHON.
C'est le comte, celui dont je vous ai parié, et qui doit épouser madame.
DORANTE
Je vous laisse donc; il pourrait me parler 4e son procès; vous savez ce que je vous ai dit là-dessus, et il est inutile que je le vc^e