Nous sommes donc maintenant en
qui commence à partir du dernier petit bourgeois gêné et qui se prolonge de misère en misère dan^ les bas-fonds de la société jusqu'à ces deux êtres auxquels toutes les choses matérielles de la civilisation viennent aboutir, l'égoutier qui balaye la boue et le chiffonnier qui ramasse les guenilles.
La « principale locataire » du temps de Jean Valjean était morte et avait été remplacée par une toute pareille. Je ne sais quel philosophe a dit : On ne manque jamais de vieilles femmes.
Cette nouvelle vieille s'appelait madame Burgon, et n'avait rien de remarquable dans sa vie qu'une dynastie de trois perroquets, lesquels avaient successivement régné sur son âme.
Les plus misérables entre ceux qui habitaient la masure étaient une famille de quatre personnes, le père, la mère et deux filles déjà a.ssez grandes, tous les quatre logés dans le même galetas, une de ces cellules dont nous avons déjà parlé- Cette famille n'offrait au premier abord rien de très particulier que son extrême dénûment. Le père en louant la chambre avait dit s'appeler Jondrette1. Quelque temps après son emménagement qui avait singulièrement ressemblé, pour emprunter l'expression mémorable de la principale locataire, à l'entrée de rien du tout, ce Jondrette avait dit à cette femme qui, comme sa devancière, était en même temps portière et balayait l'escalier : — Mère une telle, si quelqu'un venait par hasard demander un polonais ou un italien, ou peut-être -un espagnol, ce serait moi.
Cette famille était la famille du joyeux va-nu-pieds. Il y arrivait et il y trouvait la pauvreté, la détresse, et, ce qui est plus triste, aucun sourire ; le froid dans l'âtre et le froid dans les cœurs. Quand il entrait, on lui demandait : — D'où viens-tu? Il répondait : — De la rue. Quand il s'en allait, on lui demandait : — Où vas-tu? Il répondait : — Dans la rue. Sa mère lui disait: — Qu'est-ce que tu viens faire ici?
Cet enfant vivait dans cette absence d'affection comme ces herbes pâles qui viennent dans les caves. Il ne souffrait pas d'être ainsi et n'en voulait à personne. Il ne savait pas au juste comment devaient être un père et une mère.
Du reste sa mère aimait ses sœurs.
Nous avons oublié de dire que sur le boulevard du Temple on nommait cet enfant le petit Gavroche. Pourquoi s'appelait-il Gavroche ? Probablement parce que son père s'appelait Jondrette.
i. Ce Jondrette, c'est Thénardier.
Casser le fil semble être l'instinct de certaines familles misérables.
La chambre que les Jondrette habitaient dans la masure Corbeau était la dernière au bout du corridor. La cellule d'à côté était occupée par un jeune homme très pauvre qu'on nommait monsieur Marius...
(IIIe partie, livre I, chap. xm.)