Odes et Ballades, livre II
quelles mains l'architecture du moyen âge est tombée, et de quelle façon les gâcheurs de. plâtre d'à présent traitent la ruine de ce grand art. C'est même une honte pour nous autres hommes intelligents qui les voyons faire et qui nous contentons de les huer. Et l'on ne parle pas ici seulement de ce qui se passe en province, mais de ce qui se fait à Paris, à notre porte, sous nos fenêtres, dans la grande ville, dans la ville lettrée, dans la cité de la presse, de la parole, de la pensée. Nous ne pouvons résister au besoin de signaler, pour terminer cette note, quelques-uns de ces actes de vandalisme qui tous les jours sont projetés, débattus, commencés, continués et menés paisiblement à bien sous nos yeux, sous les yeux du public artiste de Paris, face à face avec la critique, que tant d'audace déconcerte. On vient de démolir l'archevêché, édifice d'un pauvre goût, le mal n'est pas grand ; mais tout en bloc avec l'archevêché on a démoli Févêché, rare débris du quatorzième siècle, que l'architecte démolisseur n'a pas su distinguer du reste. Il a arraché l'épi avec l'ivraie ; c'est égal. On parle de raser l'admirable chapelle de Vincennes, pour faire avec les pierres je ne sais quelle fortification, dont Daumesnil1 n'avait pourtant pas eu besoin. Tandis qu'on répare à grands frais et qu'on restaure le palais Bourbon, cette masure, on laisse effondrer par les coups de vent de l'équinoxe les vitraux magnifiques de la Sainte-Chapelle...
Il s'est trouvé un maçon pour bâtir une maisonnette blanche entre les vénérables tours du Palais de Justice. Il s'en est trouvé un autre pour châtrer Saint-Germain-des-Prés, la féodale abbaye aux trois clochers... Tous ces maçons-là se prétendent architectes...
Cette page, comme on va le voir, complétait un passage de la première préface — ou préface de la première édition (mars 1831), — ainsi conçu:
Il y a quelques années qu'en visitant, ou, pour mieux dire, en fuietant Notre-Dame, l'auteur de ce livre trouva, dans un recoin obscur de l'une des tours, ce mot gravé à la main sur le mur
"ANAl'Ivl!-.
Ces majuscules grecques, noires de vétusté et assez profon-