Victor Hugo raconté, ... chap. i.v
quelles idées. Enfin, on ne les comprend bien qu'à la condition de ne pas les détacher de la cathédrale, dont ils sont, chacun à sa manière, des expressions humaines (du moins selon Victor Hugo).
Quant à sa « science » et à sa « conscience », l'auteur avait le droit d'en parler. Il s'était documenté sérieusement. Et c'est pourquoi tout ce qui dans l'ouvrage constitue la couleur locale nous procure une forte sensation de vérité (Les noms mêmes de plusieurs personnages ont été empruntés à des gens de l'époque : il y a eu un Claude Frollo, seigneur du ûef de Tirechappe, et un Jehan Frollo, et des Châteaupers, etc.). Mais ce qu'on doit particulièrement admirer, c'est l'intelligence passionnée qu'avait Hugo de l'art du moyen âge, et qui permit à son génie d'évocation de ressusciter, en quelque sorte, tout le Paris de Louis XI autour de Notre-Dame.
Tout jeune — un peu sous l'influence de Charles Nodier, l'exquis auteur des Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France (1820), — Hugo s'était épris de la France des vieux châteaux, des vieux monastères, des vieilles églises Et son royalisme, avouons-le. n'avait pu qu'ajouter à son juste enthousiasme esthétique. Les deux sentiments animent comme d'un même souffle l'ode intitulée la Bande noire (1823) :
Parvis où notre orgueil s'enflamme !
Maisons de Dieu ! manoirs des rois !
Temples que gardait l'oriflamme, Palais que protégeait la croix1 !
Mais il cessa d'être légitimiste sans que faiblit son culte pour nos vieux monuments. L'éloquente brochure qu'il publia en 1825 sous ce titre : Guerre aux démolisseurs, n'est royaliste que par échappées2. Notre-Dame de Paris est l'œuvre d'un libéral. Et, non content de ce qu'il avait dit de l'architecture dans le roman.ee libéral ajoutait dans la préface de la réédition de 1832 :
Inspirons, s'il est possible, à la nation l'amour de l'architecture nationale. C'est là, l'auteur le déclare, un des buts principaux de ce livre ; c'est là un des buts principaux de sa vie.
Notre-Dame de Paris a peut-être ouvert quelques perspectives vraies sur l'art du moyen âge, sur cet art merveilleux jusqu'à présent inconnu des uns, et, ce qui est pis encore, méconnu des autres. Mais l'auteur est bien loin de considérer comme accomplie la tâche qu'il s'est volontairement imposée. Il a déjà plaidé dans plus d'une occasion la cause de notre vieille architecture, il a déjà énoncé à haute voix bien des profanations, bien des démolitions, bien des impiétés. Il ne se lassera pas. Il s'est engagé à revenir souvent sur ce sujet, il y reviendra. Il sera aussi infatigable à défendre nos édifices historiques, que nos iconoclastes d'écoles et d'académies sont acharnés à les attaquer. Car c'est une chose affligeante de voir en