‹ uvres choisies illustréesChapitre 141 sur 240 · UN INTERIEUR D'ABIME ECLAIRE · texte numérisé non relu

UN INTERIEUR D'ABIME ECLAIRE

Clubin a son plan. C'est, d'abord, de briser la Durande — en la faisant dévier légèrement de sa route — sur certain rocher appelé le Grand-Hanois. Favorisé par le brouillard, il la brise, en effet, et, croit-il, sur ce Grand-Hanois, d'où un nageur comme lui peut gagner la pointe de Plainmont Guernesey). Il fait embarquer passagers et matelots dans la chaloupe, et reste seul sur la Durande. « Quand le navire est perdu, le capitaine est mort *, répond-il à ceux qui lui crient : « Venez avec nous »... La chaloupe s'éloigne.

Quand cet homme se vit sur ce rocher, sous ce nuage, au milieu de cette eau, loin de tout contact vivant, loin de tout bruit humain, laissé pour mort, seul entre la mer qui montait et la nuit qui venait, il eut une joie profonde.

Il avait réussi.

Il tenait son rêve. La lettre de change à longue échéance qu'il avait tirée sur la destinée lui était payée.

Pour lui, être abandonné, c'était être délivré. Il était sur les Hanois, à un mille de la terre ; il avait soixante-quinze mille francs. Jamais plus savant naufrage n'avait été accompli. Rien n'avait manqué ; il est vrai que tout était prévu. Clubin, dès

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