‹ uvres choisies illustréesChapitre 144 sur 240 · LE COMBAT · texte numérisé non relu

LE COMBAT

Des renseignements parvenus à mess Lethierry, il résulte que la machine de la Durande est « à peine atteinte » et se trouve comme scellée « entre les deux roches Douvres ». Mais comment la tirer de là? Lethierry promet Déruchette, et Déruchette se promet elle-même, à qui accomplira l'espèce de miracle. Gilliatt, secrètement et follement épris de la jeune fille, se dévoue. Et alors commence cette épopée de la volonté et de l'intelligence humaines, qui est à la fois le centre et le sommet de l'œuvre, et dont la grande merveille est de n'avoir jusqu'au bout qu'un héros. Héros dont le poète peut dire : C'« était une espèce de Job de l'océan. Mais un Job luttant, un Job combattant et faisant front aux fléaux, un Job conquérant, et, si de tels mots n'étaient pas trop grands pour un pauvre matelot pêcheur de crabes et de langoustes, un Job Prométhée 2 ». Pendant plusieurs semaines, en effet, malgré le froid, la faim, la fièvre, Gilliatt travaille sur l'épave suspendue de la Durande, avec une sorte de génie presque égal à son courage. Et c'est au moment où il croit « tout fini », où il vient d'installer la machine intacte dans son propre bateau, qu'une tempête se rue sur lui.

Gilliatt monta sur la grande Douvre.

De là il voyait toute la mer.

i. Le lecteur du roman apprend beaucoup plus loin que Clubin a été la proie d'une pieuvre.

2. IIe partie, livre II, chap. iv. — Quant à l'épopée même, Victor Hugo la définit plus loin, joliment : une <t Iliade à un » (IIe partie, livre IV. chap. vi).

3(jQ les TRAVAILLEURS DE LA MER

L'ouest était surprenant. Il en sortait une muraille. Une grande muraille de nuée, barrant de part en part l'étendue, montait lentement de l'horizon vers le zénith. Cette muraille, rectiligne, verticale, sans une crevasse dans sa hauteur, sans une déchirure à son arrête, paraissait bâtie à l'équerre et tirée au cordeau. C'était du nuage ressemblant à du granit. L'escarpement de ce nuage, tout à fait perpendiculaire à l'extrémité sud, fléchissait un peu vers le nord comme une tôle ployée, et offrait le vague glissement d'un plan incliné. Ce mur de brume s'élargissait, et croissait sans que son entablement cessât un instant d'être parallèle à la ligne d'horizon, presque indistincte dans l'obscurité tombante. Cette muraille de l'air montait tout d'une pièce en silence. Pas une ondulation, pas un plissement, pas une saillie qui se déformât ou se déplaçât. Cette immobilité en mouvement était lugubre. Le soleil, blême derrière on ne sait quelle transparence malsaine, éclairait ce linéament d'apocalypse. La nuée envahissait déjà près de la moitié de l'espace. On eût dit l'effrayant talus de l'abîme. C'était quelque chose comme le lever d'une montagne d'ombre entre la terre et le ciel.

C'était en plein jour l'ascension de la nuit.

Il y avait dans l'air une chaleur de poêle. Une buée d'étuve se dégageait de cet amoncellement mystérieux. Le ciel, qui de bleu était devenu blanc, était de blanc devenu gris. On eût dit une grande ardoise. La mer dessous, terne et plombée, était une autre ardoise énorme. Pas un souffle, pas un flot, pas un bruit. A perte de vue, la mer déserte. Aucune voile d'aucun côté. Les oiseaux s'étaient cachés. On sentait de la trahison dans l'infini.

Le grossissement de toute cette ombre s'amplifiait insensiblement.

La montagne mouvante de vapeurs qui se dirigeait vers les Douvres était un de ces nuages qu'on pourrait appeler les nuages de combat...

Gilliatt examina fixement la nuée et grommela entre ses dents : J'ai soif, tu vas me donner à boire.

Il demeura quelques moments immobile, l'œil attaché sur le nuage. On eût dit qu'il toisait la tempête.

Sa galérienne était dans la poche de sa vareuse, il l'en tira et s'en coiffa. Il prit, dans le trou où il avait si' longtemps couché, sa réserve de hardes ; il chaussa les jambières et endossa le suroît, comme un chevalier qui revêt son armure au moment de l'action. On sait qu'il n'avait plus de souliers, mais ses pieds nus étaient endurcis aux rochers.

Cette toilette de guerre faite, il considéra son brise-lames, empoigna vivement la corde à nœuds, descendit du plateau de la Douvre, prit pied sur les roches d'en bas, et courut à son magasin. Quelques instants après, il était au travail. Le vaste nuage muet put entendre ses coups de marteau. Que faisait Gilliatt ? Avec ce qui lui restait de clous, de cordes et de poutres il construisait au goulet de l'est une seconde claire-voie à dix ou dùuze pieds en arrière de la première.

Le silence était toujours profond. Les brins d'herbe dans les fentes de l'écueil ne bougeaient pas.

Brusquement le soleil disparut. Gilliatt leva la tête. La nuée montante venait d'atteindre le soleil. Ce fut comme une extinction du jour, remplacée par une réverbération mêlée et pâle.

La muraille de nuée avait changé d'aspect. Elle n'avait plus son unité. Elle s'était froncée horizontalement en touchant au zénith d'où elle surplombait sur le reste du ciel. Elle avait maintenant des étages. La formation de la tempête s'y dessinait comme dans une section de tranchée. On distinguait les couches de la pluie et les gisements de la grêle. Il n'y avait point d'éclair, mais une horrible lueur éparse ; car l'idée d'horreur peut s'attacher à l'idée de lumière. On entendait la vague respiration de l'orage. Ce silence palpitait obscurément. Gilliatt, silencieux lui aussi, regardait se grouper au-dessus de sa tête tous ces blocs de brume et se composer la difformité des nuages. Sur l'horizon pesait et s'étendait une bande de brouillard couleur cendre, et au zénith une bande couleur plomb ; des guenilles livides pendaient des nuages d'en haut sur les brouillards d'en bas. Tout le fond, qui était le mur de nuages, était blafard, laiteux, terreux, morne, indescriptible. Une mince nuée blanchâtre transversale, arrivée on ne sait d'où, coupait obliquement, du nord au sud, la haute muraille sombre. Une des extrémités de cette nuée traînait dans la mer. Au point où elle touchait la confusion des vagues, on apercevait dans l'obscurité un étouffement de vapeur rouge. Au-dessous de la longue nuée pâle, de petits nuages, très bas, tout noirs, volaient en sens inverse les uns des autres comme s'ils ne savaient ^que devenir. Le puissant nuage du fond croissait de toutes parts à la fois., augmentait l'éclipsé, et continuait son interposition lugubre. Il n'y avait plus, à l'est, derrière Gilliatt, qu'un porche de ciel clair qui allait se fermer. Sans qu'on eût l'impression d'aucun vent, une étrange diffusion de duvet grisâtre passa, éparpillée et émiettée, comme si quelque gigantesque oiseau venait d'être plumé derrière ce mur de ténèbres. Il s'était formé un plafond de noirceur compacte

qui, à l'extrême horizon, touchait la mer et s'y mêlait dans la nuit. On sentait quelque chose qui avance. C'était vaste et lourd, et farouche. L'obscurité s'épanouissait. Tout à coup un immense tonnerre éclata.

Aucun flamboiement électrique n'accompagna le coup. Ce fut comme un tonnerre noir. Le silence se refit. Il y eut une sorte d'intervalle comme lorsqu'on prend position. Puis apparurent l'un après l'autre et lentement, de grands éclairs informes. Ces éclairs étaient muets. Pas de grondement. A chaque éclair tout s'illuminait. Le mur de nuages était maintenant un antre. Il y avait des voûtes et des arches. On y distinguait des silhouettes. Des têtes monstrueuses s'ébauchaient ; des cous semblaient se tendre ; des éléphants portant leurs tours, entrevus, s'évanouissaient.

Une colonne de brume, droite, ronde et noire, surmontée d'une vapeur blanche, simulait la cheminée d'un steamer colossal englouti, chauffant sous la vague et fumant. Des nappes de nuées ondulaient. On croyait voir des plis de drapeaux. Au centre, sous des épaisseurs vermeilles, s'enfonçait, immobile, un noyau de brouillard dense, inerte, impénétrable aux étincelles électriques, sorte de fœtus hideux dans le ventre de la tempête.

Gilhatt subitement sentit qu'un souffle Féchevelait. Trois ou quatre larges araignées de pluie s'écrasèrent autour de lui sur la roche. Puis il y eut un second coup de foudre. Le vent se leva.

L'attente de l'ombre était au comble ; le premier coup de tonnerre avait remué la mer, le deuxième fêla la muraille de nuée du haut en bas, un trou se fit, toute l'ondée en suspens versa de ce côté, la crevasse devint comme une bouche ouverte pleine de pluie, et le vomissement de la tempête commença.

L'instant fut effroyable.

Averse, ouragan, fulgurations, fulminations, vagues jusqu'aux nuages, écume, détonations, torsions frénétiques, cris, rauquements, sifflements, tout à la fois. Déchaînement de monstres.

Le vent soufflait en foudre. La pluie ne tombait pas, elle croulait.

Pour un pauvre homme, engagé, comme Gilliatt, avec une barque chargée, dans un entre-deux de rochers en pleine mer, pas de crise plus menaçante. Le danger de la marée, dont Gilliatt avait triomphé, n'était rien près du danger de la tempête. Voici quelle était la situation :

Gilliatt, autour de qui tout était précipice, démasquait, à la dernière minute et devant le péiil suprême, une stratégie savante. Il avait pris son point d'appui chez l'ennemi même; il s'était

associé l'écueil : le rocher Douvres, autrefois son adversaire, était maintenant son second dans cet immense duel. Gilliatt l'avait mis sous lui. De ce sépulcre, Gilliatt avait fait sa forteresse. Il s'était crénelé dans cette masure formidable de la mer. Il y était bloqué, mais muré. Il était, pour ainsi dire, adossé à l'écueil, face à face avec l'ouragan. Il avait barricadé le détroit, cette rue des vagues. C'était du reste la seule chose à faire. Il semble que l'océan, qui est un despote, puisse être, lui aussi, mis à la raison par des barricades. La panse pouvait être considérée comme en sûreté de trois côtés. Etroitement resserrée entre les deux façades intérieures de l'écueil, affourchée en patte d'oie, elle était abritée au nord par la petite Douvre, au sud par la grande, escarpements sauvages, plus habitués à faire des naufrages qu'à en empêcher. A l'ouest elle était protégée par le tablier de poutres amarré et cloué aux rochers, barrage éprouvé qui avait vaincu le rude flux de la haute mer, véritable porte de citadelle ayant pour chambranles les colonnes mêmes de l'écueil, les deux Douvres. Rien à craindre de ce côté-là C'est à l'est qu'était le danger.

A l'est il n'y avait que le brise-lames. Un brise-lames est un appareil de pulvérisation. Il lui faut au moins deux claires-voies. Gilliatt n'avait eu le temps que d'en construire une. Il bâtissait la seconde sous la tempête même.

Heureusement le vent arrivait du nord-ouest. La mer fait des maladresses. Ce vent, qui est l'ancien vent de galerne, avait peu d'effet sur les roches Douvres. Il assaillait l'écueil en travers, et ne poussait le flot ni sur l'un ni sur l'autre des deux goulets du défilé, de sorte qu'au lieu d'entrer dans une rue, il se heurtait à une muraille. L'orage avait mal attaqué.

Mais les attaques du vent sont courbes, et il fallait s'attendre à quelque virement subit. Si ce virement se faisait à l'est avant que la deuxième claire-voie du brise-lames fût construite, le péril serait grand. L'envahissement de la ruelle de rochers par la tempête s'accomplirait, et tout était perdu.

L'étourdissement de l'orage allait croissant. Toute la tempête est coup sur coup. C'est là sa force ; c'est aussi là son défaut. A force d'être une rage, elle donne prise à l'intelligence, et l'homme se défend ; mais sous quel écrasement ! Rien n'est plus monstrueux. Nul répit, pas d'interruption, pas de trêve, pas de reprise d'haleine. Il y a on ne sait quelle lâcheté dans cette prodigalité de l'inépuisable. On sent que c'est le poumon de l'infini qui souffle.

Toute l'immensité en tumulte se ruait sur l'écueil Douvres. On entendait des voix sans nombre. Qui donc crie ainsi? L'an-

tique épouvante panique était là. Par moments, cela avait l'air de parler, comme si quelqu'un faisait un commandement. Puis des clameurs, des clairons, des trépidations étranges, et ce grand hurlement majestueux que les marins nomment appel de l'océan. Les spirales indéfinies et fuyantes du vent sifflaient en tordant le flot; les vagues, devenues disques sous ces tournoiements, étaient lancées contre les brisants comme des palets gigantesques par des athlètes invisibles. L'énorme écume échevelait toutes les roches. Torrents en haut, baves en bas. Puis les mugissements redoublaient. Aucune rumeur humaine ou bestiale ne saurait donner l'idée des fracas mêlés à ces dislocations de la mer. La nuée canonnait, les grêlons mitraillaient, la houle escaladait. De certains points semblaient immobiles ; sur d'autres le vent faisait vingt toises par seconde. La mer à perte de vue était blanche ; dix lieues d'eau de savon emplissait l'horizon. Des portes de feu s'ouvraient. Quelques nuages paraissaient brûlés par les autres, et, sur des tas de nuées rouges qui ressemblaient à des braises, ils ressemblaient à des fumées. Des configurations flottantes se heurtaient et s'amalgamaient, se déformant les unes par les autres. Une eau incommensurable ruisselait. On entendait des feux de peloton dans le firmament. Il y avait au milieu du plafond d'ombre une espèce de vaste hotte renversée d'où tombaient pêle-mêle la trombe, la grêle, les nuées, les pourpres, les phosphores, la nuit, la lumière, les foudres, tant ces penchements du gouffre sont formidables !

Gilliatt semblait n'y pas faire attention. Il avait la tête baissée sur son travail. La deuxième claire-voie commençait à s'exhaus • sei. A chaque coup de tonnerre il répondait par un coup de marteau. On entendait cette cadence dans ce chaos. Il était nu-tête. Une rafale lui avait emporté sa galérienne.

Sa soif était ardente. Il avait probablement la fièvre. Des flaques de pluie s'étaient formées autour de lui dans des trous de rochers. De temps en temps il prenait de l'eau dans le creux de sa main et buvait. Puis, sans même examiner où en était l'orage, il se remettait à la besogne.

Tout pouvait dépendre d'un instant. Il savait ce qui l'attendait s'il ne terminait pas à temps son brise-lames. A quoi bon perdre une minute à regarder s'approcher la face de la mort ?

Le bouleversement autour de lui était comme une chaudière qui bout. Il y avait du fracas et du tapage. Par instants la foudre semblait descendre un escalier. Les percussions électriques revenaient sans cesse aux mêmes pointes de rocher, probablement veinées de diorite. Il y avait des grêlons gros comme le poing.

Gilliatt était forcé de secouer les plis de sa vareuse. Jusqu'à ses poches étaient pleines de grêle.

La tourmente était maintenant ouest, et battait le barrage des deux Douvres ; mais- Gilliatt avait confiance en ce barrage et avait raison. Ce barrage, fait du grand morceau de l'avant de la Durande, recevait sans dureté le choc du flot ; l'élasticité est une résistance...

La claire-voie de renfort du barrage de l'est s'achevait. Encore quelques nœuds de corde et de chaîne, et le moment approchait où cette clôture pourrait à son tour lutter.

Subitement, une grande clarté se fit, la pluie discontinua, les nuées se désagrégèrent, le vent venait de sauter, une sorte de haute fenêtre crépusculaire s'ouvrit au zénith, et les éclairs s'éteignirent ; on put croire à la fin. C'était le commencement.

La saute de vent était du sud-ouest au nord-est.

La tempête allait reprendre, avec une nouvelle troupe d'ouragans. Le nord allait donner, assaut violent. Les marins nomment cette reprise redoutée la rafale de la renverse. Le vent du sud a plus d'eau, le vent du nord a plus de foudre.

L'agression maintenant, venant de l'est, allait s'adresser au point faible.

Cette fois Gilliatt se dérangea de son travail, il regarda.

Il se plaça debout sur une saillie de rocher en surplomb derrière la deuxième claire-voie presque terminée. Si la première claie du brise-lames était emportée, elle défoncerait la seconde, pas consolidée encore, et, sous cette démolition, elle écraserait Gilliatt. Gilliatt à la place qu'il venait de choisir, serait broyé avant de voir la panse et la machine et toute son œuvre s'abîmer dans cet engouffrement. Telle était l'éventualité. Gilliatt l'acceptait, et, terrible, la voulait.

Dans ce naufrage de toutes ses espérances, mourir d'abord, c'est ce qu'il lui fallait ; mourir le premier ; car la machine lui faisait l'effet d'une personne. Il releva de sa main gauche ses cheveux collés sur ses yeux par la pluie : étreignit à pleine poignée son bon marteau, se pencha en arrière, menaçant luimême, et attendit.

Il n'attendit pas longtemps.

Un éclat de foudre donna le signal, l'ouverture pâle du zénith se ferma, une bouffée d'averse se précipita, tout redevint obscur, et il n'y eut plus de flambeau que l'éclair. La sombre attaque arrivait.

Une puissante houle, visible dans les coups sur coups de l'éclair se leva à l'est au delà du rocher l'Homme. Elle ressemblait à un gros rouleau de verre. Elle était glauque et sans écume, et

barrait toute la mer. Elle avançait vers le brise-lames. En approchant, elle s'enflait ; c'était on ne sait quel large cylindre de ténèbres roulant sur l'océan. Le tonnerre grondait sourdement.

Cette houle atteignit le rocher l'Homme, s'y cassa en deux, et passa outre. Les deux tronçons rejoints ne firent plus qu'une montagne d'eau, et, de parallèle qu'elle était au brise-lames, elle y devint perpendiculaire. C'était une vague qui avait la forme d'une poutre.

Ce bélier se jeta sur le brise-lames. Le choc fut rugissant. Tout s'effaça dans de l'écume.

On ne peut se figurer, si on ne les a vues, ces avalanches de neige que la mer s'ajoute, et sous lesquelles elle engloutit des rochers de plus de cent pieds de haut, tels, par exemple, que le Grand Anderlo à Guernesey et le Pinacle à Jersey. A Sainte- Marie de Madagascar, elle saute par-dessus la pointe de Tintingue.

Pendant quelques instants, le paquet de mer aveugla tout. Il n'y eut plus rien de visible qu'un entassement furieux, une bave démesurée, la blancheur du linceul tournoyant au vent du sépulcre, un amas de bruit et d'orage sous lequel l'extermination travaillait.

L'écume se dissipa, Gilliatt était debout.

Le barrage avait tenu bon. Pas une chaîne rompue, pas un clou déplanté. Le barrage avait montré sous l'épreuve les deux qualités du brise-lames : il avait été souple comme une claie, et solide comme un mur. La houle s'y était dissoute en pluie.

Un ruissellement d'écume, glissant le long des zigzags du détroit, alla mourir sous la panse.

L'homme qui avait fait cette muselière à l'océan ne se reposa pas

L'orage heureusement divagua pendant quelque temps... Gilliatt en profita pour compléter la claire-voie d'arrière.

La journée s'acheva dans ce labeur...

Mais, pendant la nuit, la tempête redouble. De « terrible » elle devient « horrible ». Gilliatt y répond par un surcroît d'adresse dans l'obstination de son courage. Et, le matin venu, « brusquement le ciel fut bleu ".

(IIe partie, livre III chap. vi.)

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