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d'un petit Hercule ; il dormait sur le ventre, avec ses deux poings dans ses yeux. Gros-Alain avait les deux jambes hors de son petit lit.
Tous trois étaient en haillons; les vêtements que leur avait donnés le bataillon du Bonnet-Rouge s'en étaient allés en loques ; ce qu'ils avaient sur eux n'était même pas une chemise : les deux garçons étaient presque nus. Georgette était affublée d'une guenille qui avait été une jupe et qui n'était plus guère qu'une brassière...
Mais les haillons des enfants c'est plein de lumière. Ils étaient charmants.
Georgette jasait.
Ce qu'un oiseau chante, un enfant le jase. C'est le même hymne. Hymne indistinct balbutié, profond. L'enfant a de plus que l'oiseau la sombre destinée humaine devant lui. De là la tristesse des hommes qui écoutent, mêlée à la joie du petit qui chante. Le cantique le plus sublime qu'on puisse entendre sur la terre, c'est le bégaiement de l'âme humaine sur les lèvres de l'enfance. Ce chuchotement confus d'une pensée qui n'est encore qu'un instinct contient on ne sait quel appel inconscient à la justice éternelle ; peut-être est-ce une protestation sur le seuil avant d'entrer, protestation humble et poignante... Ci que balbutiait Georgette ne l'attristait pas, car tout son doux visage était un sourire. Sa bouche souriait, ses yeux souriaient, les fossettes de ses joues souriaient. Il se dégg?ait de ce sourire une mystérieuse acceptation du matin. L'âme a foi dans le rayon. Le ciel était bleu, il faisait chaud, il faisait beau. La frêle créature sans rien savoir, sans rien connaître, sans rien comprendre, mollement noyés dans la rêverie qui ne pense pas, se sentait en sûreté dans cette nature, dans ces arbres honnêtes, dans cette verdure sincère, dans cette campagne pure et paisible, dans ces bruits de nids, de sources, de mouches, de feuilles, au-dessus desquels resplendissait l'immense innocence du soleil.
Après Georgette, René-Jean, l'aîné, le grand, qui avait quatre ans passés, se réveilla. Il se leva debout, enjamba virilement son berceau, aperçut son écuelle. trouva cela tout simple, s'assit par terre, et commença à manger sa soupe.
La jaserie de Georgette n'avait pas éveillé Gros-Alain, mais au bruit de la cuiller dans l 'écuelle il se retourna en sursaut, et ouvrit les yeux. Gros-Alain était celui de trois ans. Il vit son écuelle, il n'avait que le bras à étendre, il la prit, et, sans sortir de son lit. son écuelle sur ses genoux, sa cuiller au poing, il fit comme René-Jean, il se mit à manger.