Ami d'Haroun-al-Rasrhi<l
VTH — EN VOYAGE. I
loge à rosaces. — Que va-t-on donner? Nous étions dans l'anxiété. La toile se lève. Giafar paraît. On donnait les Ruines de Babylone. Cela ne nous fâcha point. Nous étions satisfaits de revoir ce bel ouvrage, qui nous amusa très fort encore cette fois.
Le surlendemain, ma mère fut excellente, comme toujours, et nous retournâmes au théâtre. On donnait les Ruines de Babyl&ne. Nous vîmes la pièce avec plaisir, cependant nous aurions préféré quelque autre ruine. Le quatrième jour, à coup sûr, le spectacle devait être changé ; nous y allâmes, ma mère nous laissait faire et nous accompagnait en souriant. On donnait les Ruines de Babylone ! Cette fois nous dormîmes.
Le cinquième jour, nous envoyâmes dès le matin Bertrand, le valet de chambre de ma mère, voir l'affiche. On donnait les Ruines de Babylone. Nous priâmes ma mère de ne point nous y mener. Le sixième jour, on donnait encore les Ruines de Babylone. Cela dura tout le mois. Un beau jour, l'affiche changea. Ce jour-là, nous partions...
Du reste, aux Ruines de Babylone près, je me rappelle avec bonheur ce mois passé à Bayonne.
Il y avait au bord de l'eau, sous des arbres, une belle promenade où nous allions tous les soirs... Nous nous assevions là sur un banc, nous regardions les navires et nous écoutions notre mère nous parler...
La maison où nous habitions était riante. Je me rappelle ma fenêtre où pendaient de belles grappes de maïs mûr. Pendant tout ce long mois, nous n'eûmes pas un moment d'ennui ; j'excepte toujours les Ruines de Babylone.
Un jour nous allâmes voir un vaisseau de ligne mouillé à l'embouchure de l'Adour. Une escadre anglaise lui avait donné la chasse, après un combat de quelques heures il s'était réfugié là, et les anglais le tenaient bloqué. J'ai encore présent comme s'il était sous mes yeux cet admirable navire qu'on voyait à un quart de lieue de la côte, éclairé d'un beau rayon de soleil, toutes voiles carguées, fièrement appuyé sur la vague, et qui me paraissait avoir je ne sais quelle attitude menaçante, car il sortait de la mitraille et il allait peut-être y rentrer.
Notre maison était adossée aux remparts. C'est là, sur les talus de gazon vert, parmi les canons retournés la lumière sur l'herbe, et les mortiers renversés la gueule contre terre, que nous allions jouer dès le matin.
Le soir Abel, mon pauvre Eugène et moi, groupés autour de notre mère, barbouillant les godets d'une boîte à couleurs, nous enluminions à qui mieux mieux, de la manière la plus féroce,