A LAMARTINE
Haitleville-House*, 24 juin 1862.
Mon illustre ami,
Dans ma pensée, les Misérables ne sont autre chose qu'un livre ayant \a, fraternité pour base et le progrès pour cime.
Maintenant jugez-moi. Les contestations littéraires entre lettrés sont ridicules, mais le débat politique et social entre poètes, c'est-à-dire entre philosophes, est grave et fécond. Vous voulez évidemment, en grande partie du moins, ce que je veux; seulement peut-être souhaitez-vous la pente encore plus adoucie. Quant à moi, les violences et les représailles sévèrement écartées, j'avoue que, voyant tant de souffrances, j'opterais pour le plus court chemin.
Cher Lamartine, il y a longtemps, en 1820, mon premier bégayement de poète adolescent fut un cri d'enthousiasme devant votre aube éblouissante se levant sur le monde. Cette page est dans mes œuvres, et je l'aime ; elle est là avec beaucoup d'autres qui glorifient votre splendeur et votre génie. Aujourd'hui, vous pensez que votre tour est venu de parler de moi, j'en suis fier. Nous nous aimons depuis quarante ans, et nous ne sommes pas morts; vous ne voudrez gâter ni ce passé, ni cet avenir, j'en suis sûr. Faites de mon livre et de moi ce que vous voudrez. Il ne peut sortir de vos mains que de la lumière.
i. Le père du poète s'était remarié peu après la mort de sa première femme (1821). 2. A Guernesey, on le sait. - Voir d'ailleurs la lettre que nous citons après celle-ci.
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