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Musée

ii)<; — POST-SCRIPTUM DE MA VIE

On peut, à coup sûr, être un esprit ironique et tranquille, ne croire à rien, et quitter cette vie d'une façon fière. Pétrone1, homme de plaisir, fait tout ce qu'il peut pour mourir voluptueusement. Il se met dans un bain tiède, relit l'ordre de Néron, récite quelques vers d'amour, puis prend un couteau et se coupe les quatre veines ; cela fait, il regarde son sang couler, écarte la coupure d'une veine avec ses doigts, puis l'autre, les bouche, les rouvre, tantôt c'est le bras droit, tantôt c'est le bras gauche, et il dit en riant à ses amis: Amant alterna Camœnœ-. Certes c'est là une attitude superbe devant l'ombre ; mais c'est plutôt bien faire sa sortie que bien mourir.

Bien mourir, c'est mourir comme Léonidas pour la patrie, comme Socrate pour la raison, comme Jésus pour la fraternité...

Je pense par instants avec une joie profonde qu'avant douze ou quinze ans d'ici, au plus tard, je saurai ce que c'est que cette ombre, le tombeau, et j'ai une sorte de certitude que mon espoir de clarté ne sera pas trompé.

O vous que j'aime, ne vous affligez pas de ce cri que je pousse vers l'attente suprême, ne vous attristez pas de cette impatience, car j'ai la foi que c'est dans l'infini qu'est le grand rendez-vous...

. . . Où y a-t-il un devoir ? où y a-t-il une lutte ? où y a-t-il un exil ? où y a-t-il une douleur? Courons-y. Aimer, c'est donner; aimons, soyons de profondes bonnes volontés...

i. Écrivain latin d'origine gauloise ; auteur du Satyricon pamphlet satirique où se trouve le fameux Festin de Trimalcion.

2. « Les Muses aiment les chants alternés. » (Virgile, Églogues, III, 59.)

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