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Mon appui et ma gloire

CORRESPONDANCE V'.i'.i

H. -H. [Hauteville-House], dimanche, 3 avril [1864].

Vous avez admirablement saisi la nuance, c'est la série des génies, un peu distincte de la série des grands hommes1. Ceci répond à cette belle et profonde page que vous m'écrivez sur Molière-. Molière est encore plus un homme qu'un génie; comme génie il est dépassé, comme philosophe frère de l'humanité, il ne l'est pas. Il en est de même de Voltaire. Je les nomme tous les deux avec l'admiration due, mais ailleurs que dans la série mystérieuse. Je souligne ce mot que vous comprendrez. Cher Meurice, ce livre vous plaît, voilà mon succès fait. Être aimé, toute la gloire est là.

Vous avez rendu une femme bien fière et bien heureuse avec six lignes. Je suis chargé de ce remerciement ému. Vous protégez mes œuvres, cher doux ami, jusque dans l'argent qu'il leur arrive de faire, et vous gagnez toutes les causes que vous plaidez, c'est tout simple. Mais que votre lettre est donc pénétrante et délicate ! Vous me parlez de mon livre avec toute votre âme, et il me semble qu'en l'analysant, vous y versez votre lumière. J'espère que la suite et la fin vous plairont. C'est plutôt à propos de Shakespeare que sur Shakespeare, comme je le dis dans vingt lignes utiles de préface. C'était une occasion de dire des choses vraies, et je l'ai saisie. Quel mot ravissant : Nous avouer d'où viennent les génies !

Tout réussit par vous, et je commence à croire au banquet parisien de Shakespeare, puisque vous en couvez l'idée 3. Cela sera d'autant mieux que l'Angleterre, chose triste, est froide. La souscription n'a encore produit que 50.000 francs (non livres). Mauvaise idée d'ailleurs, et chétive, que cette souscription. Il faut plus pour Shakespeare que pour Cobden, il fallait un acte du Parlement; l'Angleterre, j'en ai peur, va rater le jubilé...

Hauteville-House, 20 mars 18 70.

Je vous écris oppressé. Il y a ici une catastrophe. Un packet ' s'est perdu... L'île3 est en deuil, les pavillons sont en berne,

1. Victor Hugo venait de publier son William Shakespeare. (Voir ce que nous en avons dit et cité dans ce tome II.)

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