‹ uvres choisies illustréesChapitre 237 sur 240 · TYRAN DE PADOUE · texte numérisé non relu

TYRAN DE PADOUE

Avec cette pièce — la dernière qu'il ait écrite en prose, — Victor Hugo revint à la Comédie française, théâtre de sa première bataille, la bataille A'Hemani'1. Angelo y fut joué, le 8 avril 1835, par la célèbre comédienne qui y avait créé, en 1830, le rôle de doua Sol, MUc Mars, et par la grande actrice romantique Mme Dorval, que l'auteur fit engager à la Comédie pour les représentations... disons de ce nouveau mélodrame. Car enfin, si les drames en vers de Victor Hugo (à l'exception des Burgraves et de Torqucmada, plus épiques que lyriques) sont des opéras, ses drames en prose sont, tous les trois, quoique très » littéraires » et chargés d'intentions morales, des espèces de mélodrames historiques. Historiques en ce sens que les héroïnes, au moins par leur nom, appartiennent à l'histoire (on l'a vu), ou bien, comme dans Angelo, parce que le poète, n'empruntant à l'histoire aucun personnage, n'en prétend pas moins évoquer une époque ; la préface A' Angelo dit même « tout un siècle, tout un climat, toute une civilisation, tout un peuple ».

.M"' Mars et Mme Dorval furent remarquablement secondées par le tragédien Beauvallet (Angelo) et par Geffroy et Provost. Mais il faut lire dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie*, comment, des deux grands rôles féminins, Mlle Mars prit celui qui convenait le moins à son talent (celui de l'ardente courtisane Tisbe), espérant que Mme Dorval serait mauvaise ou médiocre dans l'autre (celui de Catarina, la femme du monde, l'épouse du tyran de Padoue). Cela n'empêcha pas Dorval d'être admirable, ni d'ailleurs M"1' Mars d'avoir beaucoup de succès. Et la pièce elle-même réussit. Oui, « somme toute », comme dit si loyalement Victor Hugo raconté. ..'■'•.

La Comédie française reprit Angelo en mai 1850, Rachel y succédant à M"c Mars, et une sœur de Rachel, Mlle Rebecca-Félix, à Mme Dorval. Et près de cinquante-cinq ans passèrent avant une seconde reprise du drame, celle- que, somptueusement. Mme Sarah Bernhardt offrit sur son théâtre en février 1905...

L'intention de Victor Hugo fut surtout d'illustrer dramatiquement une idée socialo-mora'e (ou moralo-sociale, si vous préférez). Depuis quelques années, « l'importance immense » que peut avoir le théâtre, moralement et socialement parlant, le préoccupait fort. Dans la préface de Lucrèce Borgia — où se trouvent les mots que nous venons de citer, — il n'hésitait pas à déclarer : « Le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire ». Et, trop pompeusement peut-être : « Le drame, sans sortir des limites impartiales de l'art, a une mission nationale, une mission sociale, un mission humaine ».

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