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Chapitre lxi

3. « La réussite persista aux représentations suivantes », ajoute l'ouvrage; et cette modestie est d'autant plus notable et louable que Victor Hugo dut, en 1837, faire un procès au directeur de la Comédie française, qui avait profité d'une baisse des recettes pour interrompre une nouvelle série de représentations. Le directeur, Vedel, fut condamné par le Tribunal de commerce et par la Cour royale.

Et, en définitive, il écrivit ses trois drames en prose avec la conviction qu'il

faisait œuvre utile comme homme et comme citoyen.

Dans Angelo, que voulut-il ? La préface le dit : « Mettre en présence, dans une action toute résultante du cœur, deux graves et douloureuses figures, la femme dans la société, la femme hors de la société » ; et « montrer ces deux femmes, qui résument tout en elles, généreuses souvent, malheureuses toujours ; défendre l'une (la femme mariée) contre le despotisme, l'autre (laTisbe) contre le mépris»; enfin, en rendant «la faute à qui est la faute, c'est-à-dire à l'homme, qui est fort, et au fait social, qui est absurde », faire vaincre « les ressentiments de la femme par la piété de la fille, l'amour d'un amant par l'amour d'une mère, la haine par le dévouement, la passion par le devoir » (On comprendra tout à l'heure).

Comme Marie Tudor, Angelo est en trois «journées ». Mais la troisième est en trois parties, dont la première, il est vrai, ne fut représentée à la Comédie française ni en 1835 ni en 1850. Mme Sarah Bernhardt crut devoir la rétablir, d'accord avec Paul Meurice qui, vivant encore à cette date, était, on ne l'ignore pas, l'exécuteur testamentaire de Victor Hugo...

Toute l'action se passe à Padoue, en 1549

La première « journée », intitulée la Clef, nous montre d'abord — dans un jardin « illuminé pour une fête de nuit » — la courtisane ou plutôt l'admirable comédienne Tisbe et « le magnifique podesta » (ou tyran) de Padoue, Angelo Malipieri ', violemment épris de cette Tisbe, qui lui sourit, le flatte, mais ne l'aime pas et n'est pas sa maîtresse. Jaloux, il la presse de questions ; elle répond en racontant sa vie, — son enfance, du moins, et une histoire de crucifix, d'où partira, dans la seconde « journée » , le premier grand coup de théâtre de ce drame fertile, comme tous ceux de Hugo, en péripéties :

— J'avais une mère.. C'était une pauvre femme sans mari, qui chantait des chansons morlaques J dans les places publiques de Brescia. J'allais avecelle. Onnous jetait quelque monnaie. C'est ainsi que j'ai commencé... Un jour, il parait que dans la chanson qu'elle chantait sans y rien comprendre il y avait quelque rime offensante pour la seigneurie de Venise... Un sénateur passa... Il entendit, et dit au capitaine-grand qui le suivait : A la potence, cette femme ! Dans l'état de Venise, c'est bientôt fait. Ma mère fut saisie sur-le-champ. Elle ne dit rien, à quoi bon ? m'embrassa avec une grosse larme qui tomba sur mon front, prit son crucifix et se laissa garrotter. Je le vois encore, ce crucifix. En cuivre poli. Mon nom, Tisbe, est grossièrement écrit au bas avec la pointe d'un stylet. Moi, j'avais seize ans alors, je regardais ces gens lier ma mère, sans pouvoir parler, ni crier, ni pleurer, immobile, glacée, morte, comme dans un rêve. La foule se taisait aussi. Mais il v avait avec le sénateur une jeune fille qu'il tenait

1. Ce « tyran » n'est que le représentant de la république de Venise, dont la ville de Padoue est la sujette. Et s'il terrorise les Padouans, il vit, lui, dans la peur de Venise, de son fameux Conseil des Dix. Ce qui ne le gêne en rien, au reste, dans le drame, et n'a d'autre intérêt que de fournir à l'auteur l'occasion de ce qu'on pourrait appeler une belle déclamation historique.

2. Les Morlaques ou Morlat~ vivaient dans le nord de la Dalmatie.

par la main, sa fille sans doute, qui s'émut de pitié tout à coup. Une belle jeune fille, monseigneur. La pauvre enfant ! elle se jeta aux pieds du sénateur, elle pleura tant, et des larmes si suppliantes et avec de si beaux yeux, qu'elle obtint la grâce de ma mère. Oui, monseigneur. Quand ma mère fut déliée, elle prit son crucifix, — ma mère, — et le donna à la belle enfant en lui disant : Madame, gardez ce crucifix, il vous portera bonheur ! Depuis ce temps, ma mère est morte, sainte femme, moi je suis devenue riche, et je voudrais revoir cette enfant, cet ange qui a sauvé ma mère...

Elle aime un beau ténébreux, de l'espèce fatale des Didier ', Rodolfo, qu'elle fait passer pour son frère. Mais ce « brave soldat », ce « noble proscrit », ce « généreux homme », comme elle l'appelle, ne l'aime pas. Il a cru l'aimer, peut-être ; seulement, à Padoue, où il a suivi la Tisbe, voilà trois mois, il a revu une femme qu'il avait adorée jeune fille, à Venise, et qu'on avait mariée subitement, il ne put savoir à qui. Pendant cinq ans — depuis ce mariage — il a jeté sa vie aux plaisirs, « aux distractions, aux folies » (comme le lui dit un espion du Conseil des Dix, Homodei), sans pouvoir se défaire de son ancien amour. Et, de son côté, « la femme de Venise » lui a gardé tout le sien. Et c'est donc avec un égal bonheur que les amants de jadis (amants chastes et purs) se sont retrouvés, un soir, dans une cabane. Nous l'apprenons encore par Homodei, qui sait tout, et particulièrement bien cette aventure, comme il le prouve à Rodolfo :

— ... A partir de ce jour, vous vous êtes rencontré trois fois par semaine avec elle dans cette cabane. Elle est restée tout à la fois fidèle à son amour et à son honneur, à vous et à son mari. Du reste, cachant toujours son nom. Catarina, rien de plus. Le mois passé, votre bonheur s'est rompu brusquement. Un jour elle n'a point paru à la cabane. Voilà cinq semaines que vous ne l'avez vue, cela tient à ce que son mari se défie d'elle et la garde enfermée. — Nous sommes au matin, le jour va paraître. — Vous la cherchez partout, vous ne la trouvez pas, vous ne la trouverez jamais.

Mais il ajoute : « Voulez-vous la voir ce soir ? » Oui, à minuit, chez elle ! » Je vous conduirai... » Rodolfo accepte avec joie. Imprudemment ! car il ne sait pas qui est « cet homme », de qui tous ses secrets sont connus ; mais quoi ! « Pour l'heure qu'il me promet, je lui aurais donné ma vie »... Et le premier soin d'Homodei est d'avertir la Tisbe, en l'engageant à demander au podestat « un petit bijou en or », qu'il porte « à sa chaîne de cou ». Ce bijou est une clef. « Quand vous l'aurez, je vous expliquerai comment il faudra vous en servir la nuit prochaine. Je reviendrai dans un quart d'heure. » Lorsqu'il revient, elle a la clef.

La deuxième « journée » a pour titre : le Crucifix, et se déroule dans la

i. Didier dans Marion de Lorme.

chambre à coucher de Catarina. Quelques mots d'une suivante nous font comprendre qu'en faisant ce qu'il a fait et va faire, Homodei poursuit une vengeance personnelle. Il a été naguère, à Venise, chassé par Catarina, à qui il s'était permis d'écrire qu'il l'aimait. Le voici ! Un dressoir adossé au mur lui a livré passage en tournant sur lui-même. C'est aussi par ce chemin qu'entre Rodolfo. Homodei, ayant déposé une lettre sur une table, s'en va; — et Catarina paraît, sortant de son oratoire. Scène d'amour entre elle et Rodolfo. Mais qu'est-ce donc que cette lettre sur cette table ? Catarina la lit et s'épouvante : « Nous sommes perdus ! » Elle aperçoit de la lumière dans une galerie, entend du bruit dans le corridor ; à peine si elle a le temps d'enfermer Rodolfo dans l'oratoire, puis de se jeter sur son lit, où elle feindra de dormir : la porte de sa chambre s'ouvre ! et la Tisbe se dresse devant elle... La scène est demeurée célèbre, surtout la tirade... comment dire?... révolutionnaire, de la « comédienne » secouant (n'est-ce pas le mot ?) « la femme du podesta » :

— Ce que c'est que ceci, madame ? C'est une comédienne, une fille de théâtre, une baladine, comme vous nous appelez, qui tient dans ses mains... une grande dame, une femme mariée, une femme respectée, une vertu ! qui la tient dans ses mains, dans ses ongles, dans ses dents ! qui peut en faire ce qu'elle voudra, de cette grande dame, de cette bonne renommée dorée, et qui va la déchirer, la mettre en pièces, la mettre en lambeaux, la mettre en morceaux ! Ah ! mesdames les grandes dames, je ne sais pas ce qui va arriver, mais ce qui est sûr, c'est que j'en ai une là sous mes pieds, une de vous autres! et que je ne la lâcherai pas !...

...Vous ne valez pas mieux que nous, mesdames !... Non, pardieu ! Vous ne nous valez pas ! Nous ne trompons personne, nous ! Vous, vous trompez le monde, vous trompez vos familles, vous trompez vos maris, vous tromperiez le bon Dieu, si vous pouviez ! Oh ! les vertueuses femmes qui passent voilées dans les rues ! Elles vont à l'église, rangez-vous donc ! inclinez-vous donc ! prosternez- vous donc ! Non, ne vous rangez pas, ne vous inclinez pas, ne vous prosternez pas, allez droit à elles, arrachez le voile, derrière le voile il y a un masque, arrachez le masque, derrière le masque il y a une bouche qui ment !...

Finalement, ayant sommé Catarina d'ouvrir la porte de l'oratoire, et Catarina prétendant avoir perdu la clef, la Tisbe appelle le mari : • Monseigneur Angelo!... Monseigneur!... »; mais, avant qu'il paraisse, elle a vu, audessus d'un prie-Dieu, le crucifix de cuivre dont nous l'avons entendu parler la nuit précédente ; elle l'arrache du mur, l'examine, interroge fiévreusement Catarina, qui fut la petite fille dont elle a parlé aussi; et lorsque Angelo, ayant paru, lui demande ce qu'elle lui veut et pourquoi sa femme e?t toute tremblante : « Vous deviez être assassiné demain matin », répond-elle. « J'en ai reçu l'avis cette nuit même, et je suis vernie en toute hâte avertir madame. Puis elle sort, suivie d' Angelo.

La troisième «journée » a pour titre: le Blanc pour le noir, et commence,

on le sait, par une « partie » qui n'a été représentée qu'en 1905. — Quelques mots suffiront sur cette première « partie ». Homodei, cruellement déçu par la façon dont les choses ont tourné, mais d'autant plus avide de vengeance, intercepte une lettre de l'imprudent Rodolfo à son adorée : lettre, il est vrai, non signée'; et les deux hommes (espèces de brutes-bandits) qui la remettront au podestat, après la mort d'Homodei, tué par Rodolfo, ne pourront pas se rappeler le nom qu'Homodei mourant leur a pourtant répété plusieurs fois. — La deuxième 1 partie » nous montre à nouveau la chambre de Catarina. Angelo, ayant lu la lettre, a décidé de faire décapiter sa femme, là, dans cette chambre. Mais la Tisbe. qu'il a fait venir, et qui sera de plus en plus merveilleuse de magnanimité, qui le sera jusqu'au sacrifice, non seulement de son amour, mais de sa vie, pour le bonheur des deux amants, la Tisbe conseille au podestat d'épargner « à ce palais une tache de sang », à lui « la note publique et le bruit », et. bref, de recourir... à un poison dont elle a chez elle une fiole: et elle va la chercher ! (Or nous savons qu'elle a bien cette fiole, mais, dans une autre, un narcotique.) — Cependant Catarina, sortie de son oratoire, où un prêtre, sur l'ordre d'Angelo, l'a confessée, se désespère ; mais elle ne nommera point l'auteur de la lettre! Et elle a le courage, en outre, de renvoyer Rodolfo, qui a pu se « glisser » jusqu'à elle, et qui s'éloigne tranquille, n'ayant rien pu deviner de ce qui se prépare. — Rentre Angelo :

11 faut mourir ou me livrer l'homme qui a éerit La lettre. Avez-vous pensé à me livrer cet homme, madame ?

CATARINA

Je n'y ai pas pensé seulement un instant, monsieur.

Alors, des mains de la Tisbe, il prend • une fiole d'argent » (le blanc pour le noir, la Tisbe, nous le savons, ayant son poison dans une fiole noire) ; et, à sa femme : « Vous allez boire ceci ». Catarina lui jette à la face son mépris. Éloquemment. Puis elle avance la main vers la fiole. Mais elle recule, et prie la Tisbe, qui n'a pu retenir une exclamation de pitié, d'intercéder pour elle. Angelo, exaspéré, en revient à sa « première idée ». « Les épées ! les épées ! » crie-t-il... Seule un instant avec la malheureuse, Tisbe en profite pour l'exhorter à boire. Elle n'ose pas lui dire : ce n'est pas du poison ; mais c'est à peu près comme si elle le lui disait, et Catarina semble comprendre. Et. au uniment où Angelo va faire entrer les sbires, la Tisbe se jette sur la porte : « Entrez seul !... Elle se résigne au poison ». Catarina, qui a bu, se sent défaillir et se dirige en chancelant vers son oratoire, où elle disparaît. Angelo donne l'ordre à deux hommes (les bandits de la première « partie ») de descendre le corps dans le caveau du palais. Mais la Tisbe, seule avec eux : « Deux cents sequins d'or... si vous faites bien tout ce que je vais vous dire... ».

La troisième «partie» nous mène dans une «chambre de nuit «.chez la Tisbe. Sur le lit, mais derrière des rideaux qui ne la laissent voir d'abord qu'une seconde, Catarina, enveloppée d'un linceul. Arrive Rodolfo, à qui une suivante de la pseudo-morte, Dame — dupe des apparences, — a raconté les horribles scènes que l'on sait. Aux yeux du jeune homme, Tisbe est donc une empoisonneuse, un monstre ; il est venu pour la tuer. Et il la tue ! Et c'est ici — avant et après le coup de couteau — que s'achève dans le sublime l'ascension morale de la comédienne amoureuse. — Cette belle scène est. au reste, la dernière du drame :

AXGELU 533

LA TISBE, RODOLFO; CATARIXA, toujours dans l'alcôve fermée.

Si j'en suis sûr ? [de votre crime]. Allons, priez, pleurez, criez, demandez grâce, faites promptement ce que vous avez à faire, et finissons !

Rodolfo

LA TISBE

RODOLFO

Qu'avez-vous à dire pour vous justifier? Vite ! Parlez vite ! Tout de suite !

LA TISBE

Rien, Rodolfo. Tout ce qu'on t'a dit est vrai. Crois tout. Rodolfo, tu arrives à propos, je voulais mourir. Je cherchais un moyen de mourir près de toi, à tes pieds. Mourir de ta main ! oh ! c'est plus que je n'aurais osé espérer ! Mourir de ta main ! oh ! je tomberai peut-être dans tes bras ! Je te rends grâce ! Je suis sûre au moins que tu entendras mes dernières paroles. Mon dernier souffle, quoique tu n'en veuilles pas, tu l'auras. Vois-tu, je n'ai pas du tout besoin de vivre, moi. Tu ne m'aimes pas, tue-moi. C'est la seule chose que tu puisses faire à présent pour moi, mon Rodolfo. Ainsi tu veux bien te charger de moi ? C'est dit. Je te rends grâce.

RODOLFO

Madame...

LA TISBE

Je vais te dire. Écoute-moi seulement un instant. J'ai toujours été bien à plaindre, va. Ce ne sont pas là des mots, c'est un pauvre cœur gonflé qui déborde. On n'a pas beaucoup de pitié de nous autres, on a tort. On ne sait pas tout ce que nous avons souvent de vertu et de courage. Crois-tu que je doive tenir beaucoup à la vie? Songe donc que je mendiais tout enfant, moi. Et puis, à seize ans, je me suis trouvée sans pain. J'ai été ramassée dans la rue par des grands seigneurs. Je suis tombée d'une fange dans l'autre. La faim ou l'orgie. Je sais bien qu'en vous dit: mourez de faim ! mais j'ai bien souffert, va ! Oh ! oui, toute la pitié est pour les grandes dames nobles. Si elles pleurent, on les console. Si elles font mal, on les excuse. Et puis, elles se

plaignent ! Mais nous, tout est trop bon pour nous. On nous accable. Va, pauvre femme ! marche toujours. De quoi te plainstu ?... — Rodolfo, dans ma position, est-ce que tu ne sens pas que j'avais besoin d'un cœur qui comprît le mien? Si je n'ai pas quelqu'un qui m'aime, qu'est-ce que tu veux que je devienne, là, vraiment? Je ne dis pas cela pour t'attendrir; à quoi bon? Il n'y a plus rien de possible maintenant. Mais je t'aime, moi ! O Rodolfo ! à quel point cette pauvre fille qui te parle t'a aimé, tu ne le sauras qu'après ma mort ! quand je n'y serai plus. Tiens, voilà six mois que je te connais, n'est-ce pas? six mois que je fais de ton regard ma vie, de ton sourire ma joie, de ton souffle mon âme ! Eh bien, juge ! depuis six mois je n'ai pas eu un seul instant l'idée, l'idée nécessaire à ma vie, que tu m'aimais. Tu sais que je t'ennuyais toujours de ma jalousie; j'avais mille indices qui me troublaient. Maintenant cela m'est expliqué. Je ne t'en veux pas, ce n'est pas ta faute. Je sais que ta pensée était à cette femme depuis sept ans. Moi, j'étais pour toi une distraction, un passe-temps. C'est tout simple. Je ne t'en veux pas. Mais que veux-tu que je fasse? Aller devant moi comme cela, vivre sans ton amour, je ne le peux pas. Enfin il faut bien respirer. Moi, c'est par toi que je respire ! Vois, tu ne m'écoutes seulement pas ! Est-ce que cela te fatigue que je te parle ? Ah ! je suis si malheureuse, vraiment, que je crois que quelqu'un qui me verrait aurait pitié de moi !

RODOLFO

Si j'en suis sûr ! le podesta est allé chercher quatre sbires, et pendant ce temps-là vous avez dit à elle tout bas des choses terribles qui lui ont fait prendre le poison ! Madame, est-ce que vous ne voyez pas que ma raison s'égare? Madame, où est Catarina? Répondez !...

... Où est-elle? dites ! Où est-elle? Savez- vous que c'est la seule femme que j'aie jamais aimée, madame ! la seule, la seule, entendez-vous ? la seule !

LA TISBE

La seule ! la seule ! Oh ! c'est mal de me donner tant de coups de poignard! Par pitié!...

{Elle lui montre le couteau qu'il tient.) — vite le dernier avec ceci !

RODOLFO

Où est Catarina? la seule que j'aime ! oui, la seule !

LA TISBE

Ah ! tu es sans pitié ! tu me brises le cœur ! Eh bien, oui,

je la hais, cette femme, entends-tu? je la hais ! Oui, on t'a dit vrai, je me suis vengée, je l'ai empoisonnée, je l'ai tuée !

RODOLFO

Ah ! vous le dites donc ! Ah ! vous voyez bien que c'est vous qui le dites ! Par le ciel ! je crois que vous vous en vantez, malheureuse !

LA TISBE

Oui, et ce que j'ai fait, je le ferais encore ! Frappe !

rodolfo, terrible.

Madame...

LA TISBE

Je l'ai tuée, te dis-je ! Frappe donc !

RODOLFO

Misérable !

(Il la frappe.)

la tisbe {Elle tombe).

Ah ! au cœur ! tu m'as frappée au cœur ! C'est bien. — Mon Rodolfo, ta main !

{Elle lui prend la main, et la baise.) — Merci ! Tu m'as délivrée ! Laisse-la-moi, ta main. Je ne veux pas te faire du mal, tu vois bien. Mon Rodolfo bien-aimé, tu ne te voyais pas quand tu es entré, mais de la manière dont tu as dit : Vous avez un quart d'heure ! en levant ton couteau, je ne pouvais plus vivre après cela. Maintenantque je vais mourir, sois bon, dis-moi un mot de pitié. Je crois que tu feras bien.

RODOLFO

Madame...

LA TISBE

Un mot de pitié I Yeux-tu?

(On entend une voix sortir de derrière l'alcôve.)

CATARINA

Où suis-je ? Rodolfo !

RODOLFO

Qu'est-ce que j'entends ? Quelle est cette voix ?

(77 se retourne et voit la figure blanche de Catarina, qui a enlr' ouvert les rideaux.)

CATARINA

Rodolfo !

rodolfo (// court à elle, et l'enlève dans ses bras).

Catanna ! Grand Dieu ! Tu es ici ! vivante ! Comment cela se fait-il ? Juste ciel !...

(Se retournant vers la Tisbe.) — Ah ! qu'ai-je fait ?

la tisbe, se traînant vers lui avec un sourire. Rien. Tu n'as rien fait. C'est moi qui ai fait tout. Je voulais mourir. J'ai poussé ta main.

RODOLFO

Catanna I tu vis, grand Dieu ! Par qui as-tu été sauvée?

LA TISBE

Par moi, pour toi !

RODOLFO

Tisbe !... Du secours !... Misérable que je suis !

LA TISBE

Non. Tout secours est inutile, je le sens bien. Merci ! Ah ! livre-toi à la joie comme si je n'étais pas là. Je ne veux pas te gêner. Je sais bien que tu dois être content. J'ai trompé le podesta. J'ai donné un narcotique au lieu d'un poison. Tout le monde l'a crue morte. Elle n'était qu'endormie. Il y a là des chevaux tout prêts. Des habits d'homme pour elle. Partez tout de suite. En trois heures, vous serez hors de l'état de Venise. Soyez heureux. Elle est déliée. Morte pour le podesta. Vivante pour toi. Trouves-tu cela bien arrangé ainsi?

RODOLFO

Catarina !... Tisbe !...

(// tombe à genoux, l'œil fixé sur la Tisbe expirante.) la tisbe, d'une voix qui va s'êteignant. Je vais mourir, moi. Tu penseras à moi quelquefois, n'est-ce pas? et tu diras : Eh bien, après tout, c'était une bonne fille, cette pauvre Tisbe. Oh ! cela me fera tressaillir dans mon tombeau ! Adieu !... Madame, permettez-moi de lui dire encore une fois mon Rodolfo î Adieu, mon Rodolfo !... Partez vite à présent. Je meurs. Vivez... Je te bénis !

{Elle meurt.)

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rj>3% fc&\ mi f «v* td>*% r aï fAi r«** r«*^

Combat d'Ordener et de Han d'Islande 7

Ethel et Ordener 12

La mort d'Habibrah 10

Le ferrement des forçats à Bicêtre 24

Le départ des forçats 29

Pépita 31

La grand'salle 38

Quasimodo 44

La place de Grève 47

Esmeralda, Gringoire et la Sachette 49

Gringoire dans la Cour des Miracles 54

Ni 'tre-Dame 62

Paris à vol d'oiseau 64

Claude Frollo 68

Immanis pecoris custos, immanior ipse - 71

Ceci tuera cela 78

Le Trou aux rats 82

L'enfant de Paquette 86

Une larme pour une goutte d'eau 88

Les cloches 94

Quasimodo sauve Esmeralda 97

Le sièite de Notre-Dame par les truands 99

Louis XI 108

Louis XI et l'évêque de Verdun 111

Défaite des truands 114

La Sachette et sa fille 113

Mort de Claude Frollo 121

Mirabeau orateur 124

La mort de Claude Gueux 128

Conclusion 130

Le fauteuil de Charlemagne à Aix-la-Chapelle 133

La cathédrale de Cologne en 1838 134

Le tombeau de Hoche 136

Le Rhin 139

Le Village des Barbiers 141

Bacharach 142

Feuer ! Feuer ! 144

La salle des empereurs à Francfort -sur-le-Meis 147

Le Rhin • 149

La cathédrale de Worms 151

Le château de Heidelberg

La cathédrale de Strasbourg 155

La cataracte du Rhin 158

Les traités de 181 5 161

On se réveillera 163

Portrait 166

La tribune 1 68

Deuil et foi "170

Monsieur Myriel 172

Les œuvres semblables aux paroles 173

L'évêque en présence d'une lumière inconnue 177

Héroïsme de l'obéissance passive 184

L'homme réveillé 189

Ce qu'il fait 190

Petit-Gervais 193

Fantine 199

Monsieur Madeleine et Javert 200

Une tempête sous un crâne 204

Waterloo 216

Deux portraits complétés 240

Jean Valjean emmène Cosette 244

Jean Valjean échappe à Javert 248

Jean Valjean et Cosette au couvent 251

Le gamin de Paris 256

Le petit Gavroche 261

L'évolution intellectuelle de Marius 263

Marius indigent 267

Marius pauvre 269

Marius amoureux 271

Jean Valjean aux prises avec des bandits 275

Louis-Philippe 294

La maison et le jardin de la rue Plumet 296

Cosette amoureuse 299

L'enterrement du général Lamarque 302

La barricade de la rue de la Chanvrerie 305

La mort de Gavroche 307

Jean Valjean, Marius et Thénardier dans l'égout de Paris 310

Javert déraillé 316

La mort de Jean Valjean 323

Le grand Allemand est Beethoven 331

Il y a une douzaine d'années à Jersey 332

Il est temps que cela change 335

Gilliatt et son bateau 338

La Chaise Gild-Holm-'Ur 342

Vie agitée et conscience tranquille 344

Déruchette 345

Le garde-côte, Rantaine et Clubin 347

Un intérieur d'abîme éclairé 353

L'inattendu intervient 356

Le combat 359

La pieuvre 367

Elle est tuée par Gilliatt 369

La grande tombe 371

Les coniprachicos 375

Solitude 376

Une tempête de neige 380

L'enfant trouve une petite fille dans la neige 386

La reine Anne * 390

Dea et Gwynplaine 391

L'homme qui rit à la Chambre des lords 393

Non, là-haut ! 398

Les rues de Paris dans ce temps-là .' 405

La Vendée 408

Petites armées et grandes batailles 411

Le massacre de saint Barthélémy 416

Radoub 423

Cependant le soleil se lève 426

Au commencement de ce siècle 431

La liberté de l'enseignement 438

La revision de la Constitution 440

En quittant la Belgique 441

L'amnistie 443

A George Sand 443

Obsèques d'Edgar Quinet 44s

On vient pour m'arrêter 447

Sedan 450

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