‹ uvres choisies illustréesChapitre 25 sur 240 · Chef -lieu de canton (Saôue-et-Loirel · texte numérisé non relu

Chef -lieu de canton (Saôue-et-Loirel

de sculptures ; aiguës de formes, hardies d'attitudes ; communales et bourgeoises comme symboles politiques ; libres, capricieuses, effrénées, comme œuvre d'art ; seconde transformation de l'architecture, non plus hiéroglyphique, immuable et sacerdotale, mais artiste, progressive et populaire, qui commence au retour des croisades et finit à Louis XT ' . Notre-Dame de Paris n'est pas de pure race romane comme les premières, ni de pure race arabe comme les secondes.

C'est un édifice de la transition. L'architecte saxon- achevait de dresser les premiers piliers de la nef, lorsque l'ogive, qui arrivait de la croisade", est venue se poser en conquérante sur ces larges chapiteaux romans qui ne devaient porter que des pleins cintres. L'ogive, maîtresse dès lors, a construit le reste de l'église. Cependant, inexpérimentée et timide à son début, elle s'évase, s'élargit, se contient, et n'ose s'élancer encore en flèches et en lancettes, comme elle l'a fait plus tard dans tant de merveilleuses cathédrales. On dirait qu'elle se ressent du voisinage des lourds piliers romans.

D'ailleurs ces édifices de la transition du roman au gothique ne sont pas moins précieux à étudier que les types purs. Ils expriment une nuance de l'art, qui serait perdue sans eux. C'est la greffe de l'ogive sur le plein cintre.

Xotre-Dame de Paris est, en particulier, un curieux échantillon de cette variété. Chaque face, chaque pierre du vénérable monument est une page non seulement de l'histoire du pays, mais encore de l'histoire de la science et de l'art. Ainsi, pour n'indiquer ici que les détails principaux, tandis que la petite Porte-Rouge atteint presque aux limites des délicatesses gothiques du xve siècle, les piliers de la nef, par leur volume et leur gravité, reculent jusqu'à l'abbave carlovingienne de Saint- Germain-des-Prés '. On croirait qu'il y a six siècles entre cette porte et ces piliers. Il n'est pas jusqu'aux hermétiques qui ne trouvent dans les symboles du grand portail un abrégé satisfaisant de leur science, dont l'église de Saint-Jacques-de-la- Boucherie était un hiéroglyphe si complet. Ainsi l'abbaye romane, l'église philosophale, l'art gothique, l'art saxon, le lourd

i. i Au retour des croisades » serait une expression bien vague si elle ne se précisait dan^ la phrase suivante, mais de façon tout à fait erronée, par ces mots appliqués aux mêmes églises dites gothiques : « de pure race arabe ■. Le style dit gothique devrait s'appeler le style français, car il a pris naissance sur le sol français, exactement : dans l'Ile-de- France et dans la Picardie au xne siècle.

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