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Œuvres choisies (tome 1)

Voilà, hélas] plus d'un an tju'Emile Cheysson nous a quittes. Cependant, pour sa famille, pour ceux qui lurent ses amis, ses collaborateurs ou ses disciples, sa mort semble dater d'hier, tant son souvenir esi encore vivant dans les esprits et dans les cœurs. Ce nous fut à tous un deuil profond d'apprendre, en février 1910, qu'il venait d'exhaler son deraier soupir sur cette montagne lointaine où, pour d'autres, il (Hait allé chercher la santé : il semble que, là, sa belle âme, se sentant comme à moitié chemin du ciel, ait pris spontanément son vol. . .

Au cours d'une existence déjà longue, puisqu'il a vécu près de trois quarts de siècle, Cheysson a donné sa mesure en tant qu'homme de science e1 en tant qu'homme de bien. 11 a beaucoup agi, beaucoup professé, beaucoup écrit aussi ; mais chez lui l'action et l'apostolat ont quelquefois fait tort à l'écrivain. Toujours prêt à se mettre en campagne dès que l'une des grandes causes qui lui étaient chères faisait appel à son dévouement, il n'a jamais trouvé le temps de condenser lui-même, sous forme de livres, sa production intellectuelle. Ses rapports, mémoires, conférences, brochures... sont innombrables; mais nous n'avons pis vu paraître les deux

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ou trois grands ouvrages qu'il nous avait promis ; et ce fut, au lendemain de sa mort, un regrel universel <lc voir que ses leçons et ses pensées restaient dispersées à ce point. Nous fûmes alors les interprètes d'un désir très général en ouvrant une souscription donl le but principal était de faire revivre, sous la forme d'un recueil d'QEuvres choisies, cette liante et saine prédication morale que notre ami, pareil au semeur de l'Evangile, avait prodiguée pendant quarante ans, sans trop s'inquiéter <lc savoir sur quel sol tomberait le bon grain.

C'est cette publication, cette réédition partielle, que nous apportons aujourd'hui à ceux et à celles qui l'attendaient.

L'abondance des souscriptions recueillies nous aurait permis de multiplier les volumes. Mais, dans l'intérêt même de la mémoire de Cheysson, nous nous sommes montrés moins soucieux de la quantité que de la qualité et, d'un commun accord, il a été convenu que le surplus des ressources mises si généreusement à notre disposition servirait h perpétuer et à honorer d'une autre manière le nom de celui qui n'est pins.

.Môme en procédant par voie de sélection, ce n'est point chose aisée à Faire) à bien faire, qu'une réédition comme celle-ci. Il a fallu aux hommes de cœur et <lc talent qui ont bien voulu assumer cette tache beaucoup de temps et beaucoup de soins pour mener à bien L'entreprise: Qu'il me soit permis, parmi tant de précieux concours, de signaler particulièrement celui du Musée social et celui de M* Frantz Funck-Brentano, l'aimable et savant historien. C'est ce dernier qui a bien voulu, au prix de beaucoup d'efforts, dresser la bibliographie complète, par ordre chronologique, des écrits d'Emile Cheysson (pages 71 à 107 du tome I er ) et le répertoire alphabétique qui en doublera l'utilité (pages 108 à 113). C'est grâce à lui aussi que les notes autobiographiques laissées par Cheysson 1 ni- même ont pu être mises ad point et complétées (pages ! à 70).

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Dans le reste du tome I e * et dans le tome II, rions avons groupé des œuvres de dates très différentes et de natures très diverses. Cheysson, la plume à La main, a traite, et toujours avec 4 une autorité supérieure, nne foule de problèmes soit d'ordre technique, soil d'ordre social.

On trouvera réunis dans le premier volume quelques opuscules où c'est tantôt l'ingénieur qui parle, tantôt le mathématicien, tantôt le statisticien, tantôt le monographe, élève et continuateur de Le Play. Cheysson, dans les recherches et dans les démonstrations de ce genre, faisait preuve d'une méthode, d'une logique, d'une netteté d'expression et de pensée dont on aurait grand 'peine à trouver l'équivalent.

Dans le second volume, c'est surtout la science sociale et l'amour du prochain qui se donnent carrière. Ayant observé de près les conditions de la vie ouvrière et scruté les causes principales de la misère humaine, Cheysson s'était voné, théoriquement et pratiquement, à l'amélioration dn sort du plus grand nombre. Sa philanthropie fut toujours aussi scientifique que généreuse : toute institution nouvelle destinée à rendre la vie meilleure aux déshérités de ce monde était sûre d'obtenir son concours et de s'en trouver bien. Il était membre de cenf associations à but humanitaire et apportait à chacune d'elles un concours des plus réels, voire même des plus prépondérants. Il en dirigea et en présida beaucoup : le Musée social, la Société d'économie sociale, la Ligue nationale de la mutualité, la Société Française des habitalions à bon marché, la Ligue antialcoolique, la Société d'hygiène et de médecine publique, l'Alliance d'hygiène sociale, la Société générale des prisons, la Ligue populaire pour le repos du dimanche, le Comité central des œuvres d'assistance par le travail, etc.. A toutes ces œuvres, il était profondément dévoué, el pour toutes, il se dépensait sans compter : c'est parmi des milliers de pages, toutes fortes,

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bonnes et belles, qu'il nous a fallu choisir pour composer ce second volume.

On nous pardonnera, nous Fespérons, des omissions que nous regrettons nous-mêmes, mais qui étaient inévitables. Notre bui sera atteint et notre ambition satisfaite si, telle qu'elle est, cette publication obtient les suffrages et console un peu les regrets «le Ions ceux qui ont admire, respecté, aimé Émile Cheysson : autant dire de Ions ceux qui l'ont connu.

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