SALAIRES
SECTION IV
BÉNÉFICES DKS INDUSTRIES.
La colonne de droite, intitulée recettes, est rémunération de toutes les recettes en argent et en nature, qui résultent pour la famille des revenus des propriétés, des produits des subventions, des salaires et des bénéfices, c'est-à-dire des sources de recettes énumérées en regard dans la colonne de gauche.
Une opinion trop généralement accréditée fait lenir toutes les ressources de la famille dans le salaire. On néglige ainsi d'autres recettes, souvent 1res importantes, surtout au point de vue de La moralité et de la dignité de la famille, et Ton sacrifie ces autres recettes, avec les biens qu'elles impliquent, au gain de la femme et de L'enfant qui désertent La maison pour la manufacture. Cette fois encore une erreur d'opinion conduit à une erreur de conduite.
feUDGETS COMPARÉS DES CENT MONOGR APHIËS DE FAMILLES 23§
Les divisions adaptées par Le Play pour son budget des recottes démasquent cette erreur, remettent le salaire à sa place et relèvent l'importance des autres ressources aujourd'hui méconnues. II existe quatre sources de recettes el non pas une seule; Le salaire est une de ers ressources et souvent elle n'est pas la plus forte. Il faut également tenir grand compte des trois autres : les revenus des propriétés^ le revenu des subventions, el les bénéfices des indus/ries domestiques.
Les subventions ont dans le budget un rôle que les monographies ont mis en relif. Sous ce nom générique, Le Play entend toutes les allocations que le patron attribue à l'ouvrier en dehors du salaire. Elles se différencient du salaire, d'abord parce qu'elles ont un caractère bénévole et facultatif, ensuite et surtout parce qu'elles sont une des formes du << patronage » et sont plutôt proportionnelles aux besoins de la famille qu'aux résultats du travail. Deux ouvriers, l'un célibataire, l'autre chargé d'enfants, sont égaux devant le salaire, s'ils ont même habileté et même rendement, mais ils sont inégaux devant les subventions qui seront bien plus élevées pour le second. Aussi l'on allouera au père de famille, pour son chauffage gratuit, une quantité de charbon supérieure à celle de son collègue célibataire ; son logément sera plus spacieux ; les secours médicaux et pharmaceutiques, s'adressant à tous les siens et non pas seulement à sa personne, seront plus abondants et partant plus onéreux. De même pour les frais d'école, de crèche, etc. En un mol, dans les subventions, le patron cherche à atteindre directement les besoins et donne davantage à celui dont les charges de famille sont plus lourdes. Le salaire relève du principe économique : la subvention, du principe familial. Aussi a-t-ellé une vertu toute spéciale d'apaisement, là où (die est pratiquée avec tact. Elle distingue, sous l'homme, le père de famille et (die échappe à la loi sèche de l'offre el de la demande qui régit le salaire. Elle produit en outre les résultats les plus bienfaisants sur les familles ouvrières, en les soustrayant pour la satisfaction de certains besoins aux suites de leur imprévoyance : alors même que l'ouvrier est Intempérant et prodigue, sa famille n'en sera pas moins chauffée, logée, soignée, et elle jouit du chauffage, du logement et des secours médicaux, à titre de subvention.
( a> genre de Subside était autrefois 1res répandu dans les campagnes sous la forme de pacage, glanage, affouage et autres droits communaux ou féodaux ; ils intervenaient heureusement dans le
KM ILE CHEYSSON
budget des pauvres familles pour en assurer l'équilibre. Aussi leur limitation graduelle â-t-elïe compensé sur beaucoup de points les progrès dont aiment à se targuer les avocats du présent et de l'avenir, laudatôres tempôris futùri (1).
En matière industrielle, au contraire. 1rs subventions se propagent et sont en plein épanouissement. Patrons et ouvriers en ont ressenti les bons effets domestiques et sociaux. Les premiers s r irçgénient donc à en multiplier et à en varier les formes, de façon à aider l'ouvrier à satisfaire les besoins de sa famille et à s'abriter eohtrle les coups du sort, 11 était dès lors nécessaire aussi bien pour les familles rurales que pour celles qui vivent de l'industrie d'ouvrir dans le budget des receiles un article spécial aux produits des subventions.
11 ne Tétait pas moins d'en ouvrir un autre aux industries domestiques. Ces industries sont aussi variées qu'intéressantes et l'observation, même la plus superficielle, suffit a montrer leurs inappréciables avantages pour le ménagé qui les exerce.
Elles donnent leur maximum d'effet quand le chef de famille unit les travaux agricoles aux travaux manufacturiers, et conjure ainsi par cette heureuse alliance les chances du chômage de râtelier. Mais, même en étant surtout ouvrier industriel, le père peut encore, dans ses moments de loisir, cultiver un ebamp ou un jardin ; la mère de famille, assistée des vieillards et des jeunes enfants, peut élever des animaux (porcs, veaux, poules, abeilles) ou se livrer à quelque travail léger, comme la confection des dentelles, des gants, d'objéts en vannerie... qui, sans l'enlever au foyer et tout en lui permettant d'entretenir le linge, le mobilier et de préparer le repas, procurent au ménage un gain appréciable. Gomme Ta fait excellemment remarquer M. Jules Simon, c'est pour avoir méconnu ces bienfaits directs et indirects de la présence de la femme au logis et les périls de son absence que bon a trop vite conclu à la nécessité de son salaire industriel il).
Quant au procédé du calcul des divers articles du budget des recettes, il n'offre pas de difficultés spéciales,
(1) Voir dans YHistoire de la propriété et de ses évolutions primitives, par M. de Laveleye, le chapitre consacré aux Allmendcn suisses.
(2) Journal des Economistes du 15 avril 1885 Compte rendu de la discussion de la Société d'Economie politique du 5 avril 1885, sur le travail de la femme).
BUDGETS COMPARÉS DKS CKN l MONOGUAPHtES DE FAMILLES 2 il
Les revenus des propriétés se calculent d'après le taux moyen du revenu que produisent, dans la localité, les valeurs mobilières ou immobilières engagées dans les opérations de l'agriculture ou de rindustrie ; on contrôle cette évaluation en s'assurant qu'elle concorde avec celles qui entrent dans les balances établies, pour chaque industrie, dans les comptes annexés.
Les produits des subventions s'obtiennent directement en ce qui concerné les propriétés reçues en usufruit et les objets ou services alloués. Quant aux droits d'usage, la valeur < k n esl déterminée à
l'aide des comptes annexés.
Les salaires sont connus immédiatement pour les travaux exécutés au compte d'un patron. Mais leur détermination implique moins de certitude pour les travaux secondaires entrepris au compte de la famille, lorsque des travaux identiques ne sont pas dans la localité l'objet d'une rétribution spéciale. Elle s'opère alors d'une façon approximative et par analogie; mais [es erreurs qu'on viendrait à commettre n'auraient d'autre conséquence que d'altérer, dans une proportion peu importante, la valeur relative qui devrait être attribuée aux totaux partiels des quatre subdivisions du budget des recettes.
Les bénéfice des industries entreprises par la famille sont établis dans les comptes annexés, qui fournissent le détail des calculs.
Le budget des dépenses comprend cinq sections, qui correspondent aux principaux besoins matériels eî moraux de la famille. Cette division est rationnelle et Ton y retrouve l'organisateur des expositions universelles de 1855, 1862 el 1867 il) qui ont dû en partie leur succès a une classification méthodique, basée elle aussi sur la hiérarchie des besoins humains.
Ces sections sont elles-mêmes subdivisées en articles et en alinéas, ainsi que l'indique le tableau suivant :
(l Cette classification a été reproduite presque sans changeaient pour les Expositions de 1878 et de 188'J.
EMILE CttEYSSON