‹ Œuvres choisies (tome 2)Chapitre 4 sur 58 · IV. — Lk hi t, i/ASFMirvTiex kt lk principe ni Pathonage · texte numérisé non relu

IV. — Lk hi t, i/ASFMirvTiex kt lk principe ni Pathonage

Ces institutions, dont la collection s'enrichit chaiiue jour, s'ingénient à soutenir la famille dans chacune de ses (mmscs, de la tombe au berceau, en s'adaptant à tous les cadres et à tous les milieux. Mais, bien que diversihées à rinfini, elles tendent au même but, émanent de la même iiispiration d procèdent du même principe.

Leur but commun, c'est de tarir les sources dfî 1 antagonisme^, en intéressant le personnel à la prospérité de Tatelier. Ouvriers et patrons ne peuv(Mit pas êti'e des ennemis, sans v('»ritier bientôt la grande paroh* : Toute maison divisée contre elh*-mém(' périra ». Ils doivent avoir les mêmes intérêts, former les membres d'une même famille. Toutes les combinaisons qui tendent à cette solidarité d'intérêts sont avantageuses, là où on les applique avec succès; Comme certains remèdes à la mode, il faut les employer pendant qu'ils guérissent, la foi (pf ils inspirent faisant partie de leur efficacité même. Le meilleur sur un point donné et pour une heure donnée est celui qui réussit le mieux sur ce point et à cette heure, sans qu'on puisse ériger aucun d'eux en |)anacée universelle et absolue.

Quant à Tinspiration commune à tous ces patrons, c'est leur atta- (^henjent à leur personne^l. Là est le grand secret : savoir aimer. Hors de là, tout est stérile et Ton n'a qiu^ des mécanismes inanimés.

Que puis-je lui apprendre ? Il ne m'aime pas », disait mélancoliquement Socrate d'un de ses disciples, qui ne profitait pas de ses leçons. De même, en face d'un patron au (^eur sec, qui serait tout

EMILE CHEYSSON

disposé à introduire chez lui une institution éprouvée ailleurs, mais s'imaginerait qu'il s'agit d'un outillage quasi-mécanique, d'où jaillirait automatiquement la paix, comme Télectricilé d'une machine Gramme, on serait en droit de lui répondre : « Que peut-on vous apprendre et que comptez-vous obtenir? Vous n'aimez pas. » Tant vaut rhomme, tant vaut la formule. Erreur et chimère que de croire à la vertu d'une organisation niême ingénieuse ! Tout dépend des mains qui la dirigent et surtout du cceur qui l'inspire,

Enlin, le principe commun d'où procèdent toutes ces institutions, c'est la liberté : elles sont filles de l'initiative privée ; elles naissent spontanément, sans que l'Etat y intervienne (sauf en ce qui concerne les caisses de secours et de retraites des ouvriers mineurs rendues obligatoires par la loi du 29 juin 1894).

Ailleurs, — en Allemagne par exemple, — c'est TEtat cpii en a pris rinitiative, qui en impose et eu survcMlle le fonctionnement. La loi étend sur tous les ateliers ses contraintes uniformes : par cela seul qu'on est patron, on est tenu d'assurer ses ouvriers, et de la façon voulue par 1 Etat, contre les accidents, la maladie, la vieillesse, l'invalidité; on (»st condamné d'oftice à la prévoyance. Tout est minutieusement prévu par un code ijui a un aspect de règlement militaire. Ouvriers et patrons connaissent leurs droits et surtout leurs devoirs, comme un soldat sa consigne. Une telle organisation ne peut aller sans un grand déploiement de bureaucratie : c'est à la fois la plaie et le chiMiment du socialisme d'Etat. Elle fait table rase des institutions privées ; elle tarit la générosité du patron et la reconnaissance de l'ouvrier; elle substitue à ses rapports directs, qui sont tVn^jnds et bicMifai sniils, l'action de la loi (*t S(»s formules implacablement unilbrnuvs ; elle trouble le tète~à tête de la famille industrielle, pour y faire intervenir l'inspecqeur et l'agent du fisc.

En France, nous avons (ni la sagesse de rester jusc[u*ici fidèles à nos traditions nationah^s (»l do laissn* les institutions sociales aux mains des patrons. Malheureusement le vent qui souffle à travers TAllemagne agit sur nos nerfs et nous trouble. Les esprits les plus forts se laissent, même à leur insu, imprégner d(» cette iufluence. On s'endort libéral et l'on se réveille étatiste.

Il faut réagir contre ces importations étrangères qui ne vont pas à notre tempérainent national. Au lieu de la richesse et de la souplesse des solutions qu'engendr(^ la liberté, l'Etat est condamné a

LE KULE SOCIAL DE l'lxGÉMEUR

riiniformité brutale et niveleuse de l'obligation. Ce n'est pas lui qui aurait pu faire surgir tous ces systèmes si ingénieux, si variés, si complexes, qui sont votre honncHir, Messieurs, et que vous avez su adapter à chacun de vos cas particuliers. Je conduisais dernièrement mes élèves de TEcole des mines visiter les ateliers de la Compagnie d'Orléans et Téminent ingénieur en chef de cette Compagnie, votre collègue, M. Polonceau, leur expliquait avec une autorité persuasive l'organisation, les principes et les résultats des institutions patronales de cette Compagnie. Le cher Président de votre association des anciens élèves de l'Ecole centrale, M. Honoré, en faisait autant naguère pour la grande entreprise qu'il dirige d'une manière si remarquable. L'Etat, s'il eût réglé ces mécanismes, les aurait tous taillés sur le même moule. A la place de la végétation touffue et luxuriante qu'a produite la liberté, il aurait planté ses poteaux à l'alignement officiel, tous identiques, tous monotones et secs, non seulement sans feuilles et sans fleurs, mais encore et surtout sans fruits.

Nous devons donc adresser à l'Etat la prière qu'adressait Diogène il Alexandre, c'est de s'ôter de d(»vant notre soleil et de laisser s'épanouir librement nos institutions patronales.

Favit-il toutefois pousser le rigorisme jusqu'à exclure TEtat de tout contact avec ces institutions, le supplier de les ignorer et borner son rôle à ne pas leur faire de mal ? Je ne le pense pas et il me semble qu'après lui avoir demandé de ne pas entraver nos libres initiativeè et surtout de ne pas les supplanter, on peut lui réclamer son concours pour développer leur essor par deux mesures, qui rentrent dans ses attributions légitimes et auxquelles les esprits même les plus jaloux de limiter son intervention n'auraient sans doute rien à redire.

Le premier, c'est d'instituer des enquêtes, qui serviraient à mettre en lumière les mérites sociaux et qui en montreraient la fécondité. En etï'et, les projets qui reposent sur l'obligation commencent par accuser de banqueroute et d'impuissance l'initiative privée. « Puisqu'elle s'abstient ou se dérobe par torpeur ou par égoïsme, il faut bien, dit-on, que TEtat se résigne à prendre sa place ». Cette condamnation sommaire est sévère jusqu'à l'injustice et provient d'une connaissance incomplète des faits. Du moment où l'initiative privée est traitée en accusée, elle a droit à ce qu'on instruise son procès dans les formes et qu'on établisse son dossier.

EMILE CHEYSSON

jour où Ton abordera onfin cette enquête authentique, impartiale, complète, elle ménagera, plus (Micore que n'ont pu le faire les expositions d'Ec^ononiie sociale, des révélations inattendues sur la multiplicité et la souplesse des mille combinaisons qui ont surgi cli et là sans plan préconçu, sous Tinspiration de la sollicitude patronale. L'Etat nous doit ces tableaux, ces relevés, ces totaux, qui seront comme Tinventaire de l'initiative ))rivée en matière sociale et auront pour conséquence son éclatante réhabilitation.

Mais l'Etat pourrait faire plus encore en sa faveur, s'il s'appuyait résolument sur elle, s'il l'invoquait, s'il l'honorait, s'il la récompensait solennellement.

Tout le monde connaît le |)restige dont jouissent dans notre pays les distinctions honoi'itupu's et les (*tToi-ls qu'on déploie pour les obtenir. Les (expositions reposcMit en partie sur ce sentiment, et l'on ne s'imagine pas tout ce que les directcnirs de ces solennités peuvent tirer de cet appât pour susciter des j)rodiges de la part de collaborateurs innombrables et gratuits. Je. puis témoigner, par mon expérience de 1867, de la puissance; que met aux mains des chefs de service cette perspective d'une récompense entrevue pour la tin de l'exposition.

C'est cette puissanc(* qu'il s'agirait de mettre au service de la })aix sociale et d^'s institutions d(* prévoyance. Je voudrais qu'à n]oins de découvertes exceptionnelles, les industriels et les commerçants ne pussent être décorés si, à leur mérite technique^ ils ne joignaient pas un mérite social. En dehors de cette condition, (ju'ils aient des médailles d'or et des grands prix, qu'ils fassent fortune, c'est assez : le pays ne leur doit rien de plus. Pour leur donner ses décorations, il exige autre chose : il veut que le patron ne se soit pas borné à payer à ses ouvriers le salaire convenu, mais encore qu'il se soit préoccupé de leur bien-être, de leur logement, de leur vieillesse, en les associant à toutes ces mesures de prévoyance, en développant leur esprit d'épargne, en les aidant à conjurer par Tassurance les crises qui s'abattent sur leur famille. X côté, au-dessus du jury des produits, siégerait un grand jury, semblable à celui qui fonctionnait en 1867 sous le nom de jury du nouvel ordre de récompenses et qui connaîtrait de ces mérites sociaux. Son apostille serait nécessaire pour que la décoration proposée par le premier jury pût être accordée par le gouvernement. Cette mesure serait féconde en heureux effets.

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