V. — Objections a i/action en faveur du Repos nu Dimanche
Ces considérations sur les bienfaits du Dimanche vous sont trop familières pour que j'aie besoin d'y insister. Je m'excuse presque de ces redites et je ne me les suis permises que pour dissiper les malentendus et délimiter nettement le terrain sur lequel la Ligue installe et dirige son action, en même temps que pour remettre sous vos yeux les états de service et les titres de noblesse de la cause qui nous réunit aujourd'hui.
Au point de vue du principe, la cause du Dimanche est gagnée : en dehors de quelques intransigeants attardés, qui n'osent pas prononcer son nom et le voilent sous des euphémismes pudibonds, tels que c< Repos hebdomadaire », on ne se montre plus en général hostile au principe de ce repos, quand il apparaît sous sa forme sociale, et Ton peut dire démocratique, en faveur des humbles, des employés, des ouvriers.
Mais, si le principe lui-même n'est plus en jeu, ce qui est un grand progrès et une conquête dont il faut prendre acte avec joie, ceux dont nous sollicitons le concours, pour faire passer dans l'application ce principe qu'ils ne contestent plus, se dérobent à notre appel en nous opposant deux objections principales : la prcmiière, c'est que le Dimanche est incompatible avec les nécessités de la vie moderne ; la seconde, c'est que l'individu est impuissant exercer une action (^flîcace pour le restaurer dans les mœurs, et que l'Etat seul a qualité et pouvoir pour atteindre un tel but.
VT. — Conciliation du Dimanche avec les nécessités
DE LA Vie moderne.
De la première objection, je ne dirai qu'un mot sur révolution de lactique qu'elle nous impose. Pour la réfuter, nous sommes obligés de descendre des hautes généralités du Dimanche, de quitter les cîmes, pour explorer patiemment le terrain des applications pra-
i Léritiqite, xxvi, 2, 3. 4, 6 et 12.
KMILE CHEYSSON
liqiies, analyser à fond chacjuo cas particulier, en disséquer les convenances techniques, non en apôtre, mais en homme du métier, et voir si ces convenances s'accommodent du repos dominical ou si elles y répugnent absolument, de manière à ne demander que ce qui a chance de réussir, et à se garder de ce rigorisme du Dimanche britannique que ne supporteraient pas notre tempérament et nos mœurs.
Cette nouvelle tactique est celle qu'a suivie avec persévérance notre Ligue et ii laquelle elle a dû ses principaux succès.
Vît. — L"l>TEnVEISTIO?s DE l.A Loi.
La seconde objection qui arrête et paralyse trop souvent les efforts individuels, c'est leur prétendue imi)uissance et la nécessité, pour y suppléer, de recourir à l'intervention de la loi.
Cette objection se présente donc sous deux aspects : l'omnipotence de TEtat, Timpuissance d(* l'individu.
Je serai bref sur le premier de ces deux aspects. Cette solution de 1 appel à TEtat n'est ni bien induisante ni bien efficace. Il est claiii|u elle constitue une solution simple, commode, à la portée de tout le monde: elle ne demande de grands frais ni d'imagination, ni d'énergie. Le repos (bi Dimanclie est désirable : vite une loi, au besoin même se contenhM'ail-on d un bout de décret. Il n'en faut pas davantage : le gc^ndarme entre en scène et notre idéal est réalisé, à la façon d'une consigne <]ui s'étenil sur tout le pays, sans que nous ayons eu besoin de quitter notri^ robe de chambre et le coin de f(Mi, sans qu'il nous en ait coûté le plus léger sacrifice et le moindre eftort personnel.
On a même été plus ambitieux, toujours à aussi bon compte. Pour réaliser d'un coup de baguette le l)ienfait du Dimanche dans le monde, on a songé à une législation internationale, non pas divine, — c'est chose faite — mais politique, mais humaine. Par une coïncid(Mice vraiment curieuse, les socialistes se sont rencontrés sur C(* |)oint avec le gouvernement allemand, à cette différence près que là où ce dernier (Miiployait le mot f)imanche, les premiers le remplaraient par le Repos liebdomadaire.
Je n'ai pas à vous refaire ici l'histoire de la Conférence convoquée* à Berlin par TEmpereur Guillaume II, en avril 1890. Il faut grandement se féliciter de son avortement. Le Dimanche l'a échappé belle :
LE niMAXCUR ET l/lXITlATIVE PRIVER
2Sl
Teslampille de Berlin lui aurait été aussi funeste que Tout é\é h la Restauration ^< les fourgons de l'étranger ».
Si la législation internationale en matière du Dimanche est restée jusqu'ici à Tétai de tentative avortée, il n'en a pas été de même pour les lois nationales qui, dans divers pays, ont été rendues en vue (Ken assurer le respect: cessation du travail h* Dimanche, fermeture des boutiques, ou au moins d(^s cabarets, soit toute* la journée, soit à certaines heures; inl(M*ruption partielle des services publics, tel est l'objet de diverses lois intervenues — quelques-unes même tout récemment — en Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Suisse, en Autriche.
Nous-mêmes, nous avons eu en France une loi de 1814, conçue dans le même sens; mais elle n'a pas porté bonheur au Dimanche et lui a fait un tel mal, qu'il a failli ne pas s'en relever. Même tombées depuis longtemps en désuétude et réduite à l'état d'une de ces épées rouillées qu'on ne sort plus du fourreau, cette loi entretenait contre 1(* Dimanche des haines (*t des préventions qui paralysaient toute action en sa faveur. Un mouvement de réaction en faveur du Diman(*he n'a commencé à se produire (ju'à partir d(* Tabrogation foiinelle de la loi de 1814 en 1880, et il s't^st accentué depuis lors, ifuand on a été de plusen plus convaincu que l'Etat entendait s'absteuir désormais à ce sujet de toute contrainte sur le public.
Cette leçon de choses ou d histoire est trop significative pour être perdue. Nous n'avons pas à blànuM- ici les autres peuples qui font appel au bi^as séculier pour imposer le repos du Dimanche. Mais, en France, l'expérience^ de cette premici*e intervention de 1814 ne nous a pas assez bien l'éussi pour que n;)ns puissions a voir la tenlalion de la ré*p('*ter.