‹ Œuvres choisies (tome 2)Chapitre 43 sur 58 · LE DIMANCHE ET [. INITIATIVE PRIVÉE · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE ET [. INITIATIVE PRIVÉE

moins distincte d'eux à cause de la nature môme de sa propagande.

Notre attitude sur ce point a éiô si bien caractérisée par la circulaire du Groupe rouennais, que je crois n'avoir rien de mieux à faire que de lui céder la parole :

Il n'est pas de la compétence du Comité de s'occuper de la sanctification du Dimanche : ce devoir incombe aux ministres de la relicçion. Nous demandons seulement que chacun ait le libre emploi de son Dimanche ; mais cela, nous le demand(^rons avec persévérance, en ne faisant appel qu'aux sentiments de justice et de fraternité qui doivent de plus en plus prévaloir dans notre société moderne.

C'est dans cet esprit et en nous |)lacant résolument sur le terrain de la liberté que nous désirons rallier à notre cause tous nos concitoyens, sans distinction aucune de croyance religieuse et (Popinion politique ».

Sans sortir même du terrain qu'elle s'est assigné, la Ligue peut invoquer, au profit du Dimanche, après les exigences du corps et de la production, celles du bonheur du travailleur et de sa famille.

La véritable molécule sociale, — on ne saurait trop le redire, — ce n'est pas Tindividu, c'est la famille. De son affaiblissement ou de sa forte organisation dépendent les destinées des peuples, leur décadence ou leur prospérité. La famille est dotée d'une sorte d(» perpétuité; elle fait avec des éléments éphémères et soudés bout ù bout une chaîne indéfinie qui répare ses pen'tes et défie le temps. Suivant le mot de Taine, <Mlo est Ir seul rc^nède qu'on ait trouvé à la morL

Si telle est la grandeur de la famille, — et qui pourrait le contester? — vous voyez à quelle hauteur la loi du Dimanche s'élève audessus même d'une simple mesure d'hygiène physique.

Sans Dimanche en effet, pas de famille. C'est ce jour-là seulement, et dans ce centre béni du foyer domestique, du homi^, que s(* détendent, en même temps que les muscles fatigués du père de famille, son cerveau, son cœur et son ame. C'est ce jour-là seulement ipie sa femme et ses enfants le possèdent, que la famille s'affermit et s'étale dans sa beaut('» morale et sa salubrité bienfaisante; que le travailleur, courbe'^ six jours sur son métier et asservi à l'œuvre ?ialetante de la production, se redresse ; qu'il dépose les soucis avec les vêtements de travail; qu'au lieu d'appartenir à l'atelier, au patron,

EMILE CHEYSSON

fl s'appartient et il appartient à son cher entourage ; qu'il récitaient père, époux, homme enfin, dans la plus magnifique acception de ce mot.

TV. — Le Dimanche et i.a PnospKitnÉ nationale.

Ce n'est pas seulement la taniille qui est intéresst'^e au Dimaïu^he; mais c'est en même temps la patrie elle-même.

u Qu'il y ait, disait éloquemment notre regretté Jules Simon, dans tous les coins de la France, dans toutes les chaumières, dans tous les taudis, un jour boni qui sera le jour de s'aimer, de se secourir, nous reconstituerons la patrie, en reconstituant la famille ».

En effet, essentiel à la santé, à la dignité et au bonheur des individus, à la bonne organisation de la famille, à la productivité de 1 atelier, le repos du Dimanche ne Test pas moins à la stabilité et à la préservation sociale. Ces hommes, perpétuellement attachés à la glèbe, courbés sous un travail sans relâche, privés des joies de la famille, s'aigrissent contn» la société, qui a ses privilégiés du Dimanche*, pendant qu'ils en sont exclus. Ils sont une proie toute» préparée pour les meneurs, qui n'auront pas de peine à exciter leurs haines et leurs convoitises. Le repos du Dimanche les pacifierait et les désarmerait, et c'est encore un service qu'il rend aux pays travaillés par des divisions intestines et qui ont un pressant besoin d'apaisement et de concorde.

Dimanche contribue par ce colé, cl par bien d'autres encoie, la pi^ospérité des peujjles qui le pratiquent. Ils n'hésitent pas à le considérer comme leur institution principale, la meilleure école des bonnes mœurs et le plus solide fondement de leur prospérité.

Le Cardinal Perraud voit, dans cette prospéritQ des nations protestantes, une récompense de leur fidélité au Dimanche, et ellesmêmes se plaisent a placer en lui la source des bénédictions, non seulement morales, mais encore temporelles, qui leur sont dévolues. Elles invoquent, à Tappui de celte croyance, les paroles que l'Ecriture met dans la bouche de TEternel pour promettre ses faveurs aux observateurs de ses sabbats :

« Vous observerez mes sabbats et vous révérerez mon sanctuaire. Si vous suivez mes lois, si vous gardez mes commandements et les

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mettez en pratique, je vous enverrai des pluies en leur saison ; la terre donnera ses produits et les arbres des champs donneront leurs fruits ; je mettrai la paix dans ce pays » (1).

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