‹ Œuvres choisies (tome 2)Chapitre 53 sur 58 · I.K CONFORT · texte numérisé non relu

I.K CONFORT

lo(;ement popi laihe

Pour rendre le logis atlrayanl et y retenir le travailleur, il ne suffit pas d'avoir construit une maison salubre : il faut encore la pourvoir de tous les organes nécessaires à sa commodité et à sa bonne tenue. On se souvient de la hauteur méprisante avec laquelle Tarchitecte romantique de Jérôme Paturot gourmandait, l'œil flamboyant et le crin hérissé, la sottise épaisse et bourgeoise de son client, qui osait, — le misérable philistin î — se plaindre de ne pouvoir se loger dans un hôtel moyenâgeux, orné de tourelles et de mâchicoulis, mais dépourvu des recoins les plus essentiels. Cet architecte irascible a longtemps fait école et même aujourd'hui, en cherchant bien, on pourrait encore trouver quelques-uns de ses élèves, fidèles aux traditions de la façade, du décor, de « l'art pour Tart ». Il faut dire à Thonneur de nos (constructeurs modernes qu'en général ils s'inspirent de principes plus rationnels et ((u'ils ont su concili(*r les exigences de Tai-t avec celles du confoi*t par un(* heureuse adaptation de l'édifice aux besoins de ses habitants.

Mais, si ce progrès a été brillamment i-éalisé pour les demeures opulentes, à peine commence-t-il à s'infiltrer dans celles de la moyenne bourgeoisie, et reste-t-il à conquérir presque entièrement pour celles du peuple.

I/avènement de la démocratie doit cepfMulant avoir son contrecoup sur nos constructions. I/observation a partout établi que l'aspect des maisons décèle aux passants Tétat social et politique de ceux qui les occupent. Le château, orgueilleux et hautain, dont les tours semblent défier le ciel, fait pressentir le seigneur omnipotent

1 Extrait du Bulletin tle la Société ficinraise dei$ Habitations à bon tnaiclié

ÉMTLE CHEYSSON

sur son domaine ; tandis que, sous la chaumière humble et basse qui semble se cacher furtivement dans les replis du sol, on devine le serf craintif et courbé, qui se fait tout petit et cherche à se dissimuler pour échapper aux exactions du collecteur d'impôts.

Or, voici qu'une révolution s'est accomplie dans le principe de la souveraineté, qui repose désormais sur le peuple. Elle a eu sa répercussion dans toutes les directions et doit, à son tour, s'affirmer dans nos maisons. L'architecture est tenue, elle aussi, de se démocratiser, de se mettre au service du peuple, comme elle s'était mise jadis au service des Médicis et des Louis XIV. L'hygiène et le confort relatif ne peuvent plus être le privilège exclusif de la richesse. L'art, luimême, — ce luxe, qui ne coûte rien à l'artiste que du talent ou du génie, s'il a reçu ce privilège divin — l'art doit ajouter son prestige an charme dom(^stique de l'habitation salubre et confortable. Le travailleur a droit, lui aussi, à la beauté, la beauté dans les lignes de son logement, la beauté dans celles de son mobilier. Kuskin la réclamait déjà pour lui et Ruskin avait raison. Il faut que son vœu de poète et d'artiste devienne une belle et bonne réalité.

C'est une modification profonde à faire dans l'éducation de l'architecte et dans Torientation de son idéal. Il doit être initié aux secrets du confortable pour le logenKMit populaire, et, dans ce but, descendre des hauteurs sacrées des temples grecs et des somptuosités des palais pour fréquenter les foyers les plus humbles. Là, il étudiera les mceurs des ouvriers et s'identifiera avec eux, pour bien se rendre compte des exigences de leur vie domestique, pour analyser les gènes et même les souffrances que leur inflige leur habitation. Cette étude et cette fréquentation intime lui feront aimer ces braves gens et lui inspireront la noble ambition de contribuer à leur bienètn^ dans sa sphère d'action, en leur procurant des conditions d'agencement domestique, sans lesquelles il leur serait difficile, sinon même impossible, d(^ bien tenir leur logement.

Quelles sont ces conditions? L'expérience personnelle permet à chacun de nous de les pressentir ; mais, pour peu qu'on ait visité des logements populaires, (*lles apparaissent avec une lumineuse évidence.

Ces logements ne peuvent être agréables et bien tenus que s'ils sont spacieux, que si l'on assure l'abondante circulation de l'air et de la lumière, l'adduction des eaux propres, l'évacuation des eaux sales, des matières usées, des ordures ménagères, le lavage et le sé-

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chage du linge, Téclairage et le chauflage, enfin des aménagements commodes pour le rangement et pour l'ordre^ : autant de conditions dont chacune exerce une intluence décisive sur la bonne tenue du logement et le bien-être du ménage ouvrier.

a) Maison collective et Maisonnette.

Avant de discuter ces conditions en détail, il faut distinguer la maisonnett(3 isolée en pleine banlieue avec le jardin qui Tentoure, et la grande ruche qui se dresse au milieu de la cité. Dans le premier cas, l'ouvrier peut devenir propriétaire en quinze ou vingt ans, moyennant une annuité qui comprend à la fois Tamortissement et le loyer ; il n'est, au contraire, qu(^ locataire dans la maison à plusieurs alvéoles, quoique certains projets, actuellement en cours, reposent sur l'attribution en toute propriété de chaque logement individuel à la famille qui Toccupe. Je ne crois pas au succès de ces projets et je m'en tiens à la division classique : location, avec promesse de vente, de la maisonnette ; location à loyer simple de la maison collective.

\je cadre de cette étude ne comporte pas la discussion des circons< tances qui convienncMit au choix de c(*s deux modes. me bornerai à dire que, à mon avis, la maisonnette, dont l'ouvrier devient [)ropriétaire, est Tidéal social (^l (ju'on doit s'efforcer de lui en faciliter de plus en plus Taccès.

J'ajoute que, dans un moment où Ton agite avec passion la question des retraites ouvrières, la maisonnette est une solution du problème, non seulement élégante*, mais encore très supérieure à celle du livret individuel de pension viagère. Ce livret, en effet, intlige des sacrifices stériles à ceux qui meurent avant la liquidation de leurs pensions. Quant à ceux qui, plus heureux, en ont le bénéfice effectif, ils remportent avec eux dans la tombe. La maisonnette, au contraire, produit ses effets sociaux du jour même oii Ton entreprend sa conquête. Dès la première annuité d'amortissement, la famille en jouit; après le paiement de la dernière annuité, elle en est détinitivement propriétaire ; désormais elle est mise à Tabri des angoisses du terme et trouve dans la suppression du loyer un supplément de ressources qui équivaut à une retraite ; enfin, à la mort du père, elle conserve l'immeuble, comme un patrimoine familial, de sorte qu'elle a résolu d'un seul coup le triple problème du bien-être domestique, de la retraite et de l'assurance en cas de décès.

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Tl serait infiniment regrettable qiriiypnotisé par le livret individuel, rÉtat vînt le rendre obligatoire et s'opposer, en prescrivant cette forme particulière et unique de la prévoyance, à la pratique de toutes les autres et notamment de Tune des meilleures, Tacquisition du foyer domestique.

On ne saurait donc trop s'etVorcer de dt'velopper celte tendance et crorienter h^s es})rits de ce coté ; mais ((uehiue considérables que soient ces avantages, il faut reconnaître que la conquête de la maisonnette exige toute une série de conditions exceptionnelles et qu'elle ne peut guère être le partage que d'une minorité, dont on doit énergiquement chercher à élargir les cadres, mais qui est et restera longtemps encore forcément restreinte. En résumé, pour le moment du moins, la masse des travailleurs dans les villes est tributaire de» la maison collective.

La bonne tenue de la maisonnette est relativement facile : le cottage est généralement vaste, isolé, entouré d'air, parfois de verdure, en tout cas baigné de lumière ; la famille qui Thabite en est propriétaire et le soigne avec amour : autant de conditions pour en garantir la salubrité. Il existe d'excellents types de ces maisons et, de ce coté, on n'a plus grand'chosc^ à demander à nos architectes.

La situation est tout autre quaiid il s'agit du logement dans les villes. C'est là que le problème prend à la fois toute sa difficulté et toute son acuité ; c'est là, c'est dans la maison collective qu'il importe^ de l'étudier et surtout de le résoudre pratiquement.

Je viens de dire : maison collective ; mais je n'ai pas dit : caserne. Fn effet, si Ton est forcé, par des nécessités d'espace et de clierté de terrains, de j*éunir plusieurs familles sous un même toit, il ne s'ensuit nullement ((u'on doive se résigner à un type justement (*ondamné par l'opinion publicpu* (^l auquel personne* ne |)eut songer à revenir aujourd'hui.

Comme conception générah*, il faut que l'immeuble soit desser\i par plusieurs escaliers, de manière à supprimer (*es couloirs longs, malsains et obscurs, qui (Hablissent entre les habitants du même étage une dangereuse promiscuité : que chaque palier ne donne accès qu'à deux ou trois appartements ; que les escaliers, largement éclairés et balayés par les vents qui en chassent les miasmes, semblent le prolongement de la voie publique et laissent à chaque locataire l'illusion du chez soi individuel.

Si Toîi franchit le seuil de Tappartemeiit, on doit y trouver \\\\

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nombre de pièces propoiiionné à l'effoclif delà famille, de manière à séparer les sexes. Ces pièces, d'une hauteur convenable et d'un cube d'air suffisant, doivent recevoir le plus possible de soleil, le purificateur par excellence, élre éclairées et ventilées directement, soit sur la rue, soit au moins sur de larges cours, et non pas sur des courettes en forme d(* puits, qui empoisonnent au lieu d'assainir.

Les spécialistes se demandent s'il vaut mieux une salle commune pour préparer et consommer les repas, ou deux pièces distinctes : la cuisine et la salle à manger. Chacun de ces systèmes a ses amis et ses adversaires, également convaincus, et qui ne manquent, ni les uns, ni les autres, de bons arguments à l'appui de leur thèse contradictoire. Question de mœurs et de traditiqus locales. Dans certaines provinces, les populations sont fermement attachées à la première solution et Tou apporterait, si Ton s'en écartait, un trouble l^rofond à leurs habitudes séculaires. A Paris, au contraire, l'expérience démontre qu'en général, les familles ouvrières aisées i)réfèn^nt la séparation des deux pièces, ce qui sembh», en (îflet, plus conforme à l'hygiène et plus favorable à la bonne tenue du logement.

Un mot maintenant — car les délails m'entraîneraient li-op loin

— sur les diflérenls besoins du ménage et les mesures prises pour les satisfaire.

b) L'Eau.

Et d'abord, la question primordiale : Teau. Sans eau, pas de propreté ; sans propreté, pas d'hygiène, pas de santé, pas de dignité, et Jules Simon allait jusqu'à dire, pas de vertu. Malheureusement, Teau coûte cher à fournir, quand elle est propre ; beaucoup plus cher encore à pomper dans les fosses, quand on n'a pas le lout-àl'égout. Aussi les propriétaires, qui poursuivent avant tout le revenu

— et ils sont légion — ont-ils une peur instinctive de l'eau, qui menace d'entraîner daîis les canalisations le rendement hnancier de leurs immeubles. 11 y a donc, entre les besoins des locataires et les intérêts du propriétaire, un antagonisme naturel, dont l'hygiène fait en général les frais.

L'eau est distribuée parcimonieusement à certains robinets déterminés et à certaines heures, de sorte que la ménagère, obligée de

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se ralioiiner, a !)eaucoui) de peine à enliM^iMiir la propreté de son ménage.

Nous n'avons pas le droit de transiger sur ce chapitre et nous exigerons que l'eau soit, non seulement introduite dans chaque logement, mais encore abondamment distribuée.

Connnent réidiser ce desideratum impérieux, sans ruiner \c propriétaire, ce qui rendrait la condition absolument utopique ? C'est ici une question de tarif, et Ton peut demander qu'elle soit résolue dans un sens nettement démocratique.

La plupart des municipalités ont compris ce devoir et s\v conforment. I^ar exemple, la Ville de Paris a mis en service, pour les petits loyers, un abonnement d'eau de source à forfait, c'est-à-dire sans compteur, qui, moyennant une somme de 6 francs par an pour toute la famille, alloue à chacun de ses membres une consommation annuelle de î20 mètres cubes, ou, par jour et par téte, de o4 litres; ce qui, poui* une famille composée de cinq personnes, fait ressortir la consommation quotidienne à 270 litres, ou une trentaine de seaux, et le prix du mètre cube à 6 centimes, au lieu de son taux normal de 35 centimes. Malheureusement le locataire n'est pas toujours discret, et si, par exemple, pendant les chaleurs, — comme celles que nous venons de traverser et qui avaient amené le rationnement de la population parisienne, — il laisse le robinet ouvert toute la journée pour rafraîchir sa boisson, le quantum attribué à la famille, si large qu'il soit, sera encore dépassé, et le propriétaire, responsable en dernière analyse, sera condamné à payer tous les excédents au prix très élevé de 35 centimes par mètre cube.

Le remède à cet inconvénient, c'est le compteur individuel, qui rend chaque locataire responsable de sa consommation. Seulement, le problème technique consiste à trouver un compteur de petits ménages, dont le prix annuel d'entretien et de location ou d'amortissement ne dépasse pas un taux modique, par exemple, 5 francs par an. Ce problème ne semble pas insoluble, dût-on, au besoin, provoquer un concours entre les constructeurs. La solution en sera facilitée, si Ton atténue les exigences des épreuves pour la réception de ces appareils, qui ne seraient pas des compteurs de haute précision, c< enregistrant la goutte », mais des instruments divisionnaires de surveillance intérieure ; dès lors, plus simples et moins coûteux il construire et à entretenir. Grâce à eux, le gaspillage sera conjuré

Le confort du logement Populaire

et roii pourra bénéticier du tarif à t'orrait, sans crainte de ruineux dépassements.

11 serait en outre désirable que, pour les maisons à petits loyers, les excédents à la cliari»e du propriétaire fussent réglés d'après un tarif réduit de 35 à 20 centimes le miitre cube (ît que la limite^ de ces petits loyers dans les tarifs municipaux coïncidât «avec la définition légale donnée à Thabitation à bon marché par l'article o de la loi du 30 novembre 1894 et par Tarticle TSO du règlement d'administration publique du 21 septembre 1895, rendu en exécution de cette loi,

c) Wateh-cj.osets.

En c(^ qui concerne les watt^r-closets (je demande paixlon à mes lecteurs de ce détail, mais il est capital en matière d'habitations à bon marché), ils sont rares, en général, dîins les grandes casernes populaires et, par surcroît, ils sont privés d'eau; la promiscuité de leur usage entraîne Tirresponsabilité de leur tenue et, par suite, une saleté repoussante et des odeurs infectes qui empuantent et déshonorent toute la maison. Tant qu'on n'aura pas supprimé cette cause souveraine d infection et de démoralisation, on n'aura rien fait pour Tassainissement et Tamélioration du logement populaire.

Il est donc indispensable que chaque logement soit muni de son water-closet et Ton doit grandement se féliciter de voir cette obligation introduite dans le Règlement sanitaire du 22 juin 1904, rendu pour la Ville de Paris, en exécution de la loi du 15 février 1902, sur la santé publique.

Puisque je rencontre cette loi, je me ferai l'interprète de toutes les espérances qu'elle éveille chez les amis de l'habitation populaire : mais, pour qu'elle n'aboutisse pas à une faillite et à une déception comme la loi de 1850, il faut qu'elle rencontre le concours sincère des municipalités, des architectes et des médecins. G^est à l'opinion publique à déterminer un puissant courant dans ce sens, en réservant ses rigueurs à ceux qui, chargés de l'application de cette loi, la laisseraient dormir, et ses faveurs à ceux qui sauront en tirer parti pour l'hygiène de la maison et la santé de ses habitants.

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(I) Ordures ménagères.

Quant à révacuation des ordures ménagères, le système actuel est assurément défectueux. Dans un petit ménage où Tespace est très mesuré, ces ordures tiennent d(* la place et sentent mauvais. Il importe donc de les conserver le moins longtemps possible au logis et ridéal serait de les évacuer au dehors, pour ainsi dire au moment même de leur produ(*tion. Quelques maisons — et en particulier celles de la Société j>hilantliropiiiae — sont pourvues d'une trémie verticale, dans laquelle, par des branchements obliques débouchant sur des balcons extérieurs pour éviter les mauvaises odeurs, chaque ménagère rejette les détritus de son ménage. Des boîtes disposées au rez-de-chaussée recueillent ces détritus qui tombent de la trémie et, une fois pleines, elles sont vidées tous les matins dans les tombereaux du service de la voirie. Ce système fonctionne, d'après les déclarations des habitants, d'une manière très satisfaisante.

e) ]^AVA(.E ET SÉCHAGE lU J^IX-E.

J'arrive à la question du linge, qui est aussi Tune des plus graves préoccupations de la ménagère : où Temmagasiner quand il est sale? où le laver, où le faire sécher? Comme les ordures dont je viens de parler, le linge sale occupe de la place et répand des odeurs. Si on le lave sur Tévier, il est mal lavé et gène le ménage. Si on l'apporte au lavoir, c'est une dépense et, pendant ce temps, le logis reste abandonné, peut-être avec de petits enfants sans surveillance. Enfin, quand le linge est lavé, on Tétend sur des cordes dans ce petit logement qu'il pénètre d'humidité et de buée malsaine, qu'il salit et qui le lui rend bien ; enfin qu'il encombre, au point de le rendre inhabitable et d'en chasser le père qui, les jours de lessive, va se distraire avec des camarades au cabaret.

Tout cela est mauvais et doit être corrigé dans celte maison idéale, dont nous cherchons à tracer le plan.

A cet effet, on peut concevoir une buanderie à l'usage commun des ménagères, mais dont chacune aurait la clef à tour de rôle, d'après un roulement arrêté entre elles.

Un certain nombre de récipients, par exemple des bacs en ciment, avec aérage et porte à serrure, seraient mis à la disposition de ces femmes pour y serrer leur linge sale.

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Enfin des séchoirs, également individuels, leur pernielli'aienl de sécher leur linge en dehors de leur logis.

Ces dépendances seraient-elles installées au rez-de-chaussée ou dans les combles ? A cette question, pas de réjionse absolue. La solution sera dictée par les circonstances locales. Il semble cependant qu'en général il sera préférable d'établir dans le rez-de-chaussée, peut-être même dans le sous-sol, le lavoir et les bacs à linge sale, tandis que Ton consacrei^ait les combles à des séchoirs à clairesvoies et à des greniers.

Mieux vaudrait réserver à cet usage cet étage qu'à ces chambres de célibataires, que maudissait si justement Jules Simon, en dénonçant éloquemment les dangers qu'elles font courir à la morale, aussi bien dans les maisons populaires que dans celles de la bourgeoisie, témoin la touchante histoire de Donatienne, si bien racontée par M. René Bazin. De plus, on pourrait utiliser pour ce séchoir la chaleur perdue de la buanderie ou du calorifère, si Ton se décidait à chauffer la maison.

Le système que nous venons de décrire repose sur le concours individuel des ménagères ; mais il n'est pas le seul auquel on puisse recourir.

M. le docteur Calmette, l'éminent directeur de Tlnstitut Emile- Roux à Lille, a résolu autrement le problème. Toutes les semaines, chacune des familles, clientes du dispensaire, apporte un sac numéroté, renfermant son linge sale, dont toutes les pièces portent le môme numéro. Avant d'être ouverts, ces sacs sont plonges dans une solution de lysol à 2 0/0 qui détruit les germes infectieux dont ces pièces pourraient être éventuellement imprégnées. Ainsi désinfecté, le linge est blanchi, essoré, séché, serré dans un sac de toile propre, et restitué à la ménagère, qui n'a plus qu'à le raccommoder, à le repasser, enfin à le ranger, fleurant bon, dans son armoire.

Ce système de la buanderie collective est excellent au point de vue de Thygiène et surtout de la prévention contre la contagion de la tuberculose, ce fléau des grands caravansérails pojndaires, comme le prouve douloureusement TiM^iquete instituée par M. le professeur Grancher sur les enfants des écoles primaires de Paris, dont un sixième est atteint de prédisposition tuberculeuse.

En échange de cet avantage considérable, il a Tinconvénient d'installer dans la maison une manière de communisme phalanstérien, d'exiger une exploilalion colh^clive avec préposées spéciales, etd'en-

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traîner, par conséquent, soit le paiement direct du blanchissage, soit — ce qui revient au même — un supplément de loyer, qui ne serait justifié que si la ménagère en retrouvait Téquivalent sous une autre forme, en ayant par ailleurs un emploi fructueux de son temps.

En tous cas, ces deux systèmes du lavage individuel et du lavage collectif méritent d'être mis en regard et Ton se décidera entre eux suivant les circonstances particulières de chaque application.

f) Le Chauffage.

I^e chauffage est un élément essentiel du confort dans nos maisons bourgeoises. Toutes les réclames d'appartements modernes le mentionnent expressément à côté du téléphone, de Tascenseur et de Télectricité. L'hiver, par la gelée ou la neige, on éprouve une sensation fort agréable, en pénétrant de la rue dans le vestibule d'un de ces hôtels, où règne une température printanière qui ranime les membres engourdis.

Il en est tout autrement pour les logements ouvriers, où chaque locataire se défend comme il le peut contre le froid, en poussant jusqu'au rouge un poêle malsain qui dégage souvent des gaz dangereux. Généralement, le fourneau, où il fait la cuisine, sert en même temps à chauffer la famille et elle est tellement avare de cette chaleur que, pour n'en rien perdre, elle laisse les fenêtres hermétiquement closes tout rhiver. Quelquefois même, elle ferme toute issue aux rentrées d'air par des bandelettes, de sorte que l'air intérieur, usé par la respiration humaine et par la combustion, ne tarde pas à devenir impropre à la vie normale des êtres ainsi confinés, les étiole et les prédispose aux plus graves maladies.

Ce serait un immense bienfait pour ces locataires que de les faire jouir d'un chauffage collectif, dût-on le borner à la cage d'escalier. Mais, si l'on craint qu'on nMncite de cette manière les ménages à laisser leur porte ouverte, à trop voisiner, à s'installer sur le palier et à perdre leur intimité individuelle, on pourrait concevoir une gaine d'air chaud, communiquant par une bouche avec chacun des appartements.

• Là encore, si Ton parvenait à trouver un compteur de chaleur, conmie on en possède pour l'eau, la force et la lumière, on pourrait proportionner la durée et l'intensité du chauffage aux besoins, aux

Le confort du logement populaire

habitudes, aux goûts de chaque famiHo, s'opposer aux gaspillages et placer chac[ue ménage en facc^ de sa responsabilitc'^ l)ersonner.e.

Après avoir chauflé la maison et avant de se dégager sur les toits, cette chaleur traverserait les séchoirs — si on les installait sous les combles. Ce serait là une amélioration considérable et qui serait assurément très goûtée. Dans son curieux livre : Anticipations^ Wells ne met pas en doute qu'elle ne doive s'accomplir. Il fait le procès à ce qu'il appelle durement « la stupidité de nos méthodes de construction » et déclare qu\41e entraîne une foule de gros ouvrages qu'évitera la maison de Tavenir plus logiquement agencée.

Entre autres exemples, il soutient que c'est le manque d'appareils de chauffage convenables, qui nécessite dans Tappartement cette énorme manipulation de charbons, cause principale demalpro- ])reté, dont le nettoyage exige tant de temps et tant de peine. La maison de l'avenir sera probablement chauffée dans ses parois u par une chaleur produite dans quelque usine centrale et distribuée, comme l'est de nos jours dans beaucoup d'endroits la lumière électrique ».

Ce n'est pas seulement la propreté qui gagnerait à ce progrès (réalisé par une usine centrale ou par un calorifère propre à la maison) ; mais ce serait aussi la salubrité du logis i\i le bien-être de ses habitants. Il est donc un de ceux qui s'imposent aux études des hygiénistes et des constructeurs.

On aurait inutilement fait la guerre au fourneau pour h* chauffage, si on laissait subsister sa nécessité pour la cuisine. Or, cette question peut être résolue par le gaz, en même temps que celle de l'éclairage.

g) L'Éclairage.

Notre besoin de lumière s'est considérablement accru dans ces derniers temps. Nos pères du grand siècle se contentaient, au théâtre et dans les salons les plus luxueux, de chandelles fumantes et puantes ; leurs rues étaient éclairées par des quinquets obscurs qui, au dire du lieutenant de police La Reynie, « ne servaient qu'à rendre les ténèbres visibles ». Depuis lors, nous avons fait d'énormes progrès dans ce sens, et chacun d'eux, loin d'assouvir notre avidité de la lumière, n'a fait que l'aviver davantage. Notre époque pourrait

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prendre pour devise, en lui donnant un sens matériel, le vœu de Gœthe expirant : Mehr Liclit ! u Plus de lumière !»

I/éclairage des appartements élégants est très lumineux et les gens riches se donnent ce luxe, qui est une joie pour les yeux et un embellissement pour hi vie. Mais il est loin d'en être ainsi chez les pauvres gens. La défectuosité de Téclairage est certainement pour eux une cause de malaise et même de souffrances. De bonne heure, en hiver, ils sont plongés dans une demi-obscurité, qui attriste rintérieur. Aussi, des que le pèr(^ revenu de son travail, a expédié en quelques bouchées un dîner sommaire, improvisé à la hâte ou acheté tout préparé, il s'empresse de fuir ce logis où tout le choque, et s'en va dans un de ces bars, où Ton a disposé, pour attirer ces phalènes humains, le piège d'une devanture flamboyante. Si Ton veut dépister ces calculs, qui exploitent un besoin légitime et profondément ressenti, il faut assurer au père un intérieur, non seulement ensoleillé le jour, mais encore vivement éclairé la nuit.

On pourra demander ce service à Télectricité, quand elle sera devenue d'un prix plus abordable et se pliera pratiquement aux usages domestiques. Jusque-là, c'est au gaz qu'il conviendra de recourir. Son prix à Paris vient de tomber à 20 centimes le mètre cube, avec perspective de nouvelles réductions. Les manchons à incandescence permettent d'obtenir un éclairage aussi intense qu'économique. En outre, on dispose pour la cuisine de fourneaux à gaz bien agencés et qui ont fait leurs preuves.

Ces différents appareils, tant pour la lumière que pour la chaleur, pourraient être installés d'avance par le propriétaire, ou i)lutôt par la Compagnie du gaz ou la Ville, si elle exploite ce service en régie.

Dans ce système, combiné avec celui du chauffage collectif — si l'on parvient à le réaliser — le fourneau alimenté au charbon de terre ou de bois perd le rôle prépondérant et fâcheux qu'il joue dans réconomie domestique et, du même coup. Ton supprime, comme on Ta vu, les inconvénients qu'il présente pour la salubrité et la propreté du ménage.

Quant à la fourniture et au paiement du gaz, on pourrait avantageusement les assurer par un de ces distributeurs automatiques déjà usités dans quelques villes de France et de l'étranger et analogues à ceux qui, sur nos voies publiques, distribuent aux passants des tablettes de chocolat. En mettant un décime dans la fente de l'appareil, on a droit à un volume de 500 litres de gaz, suffisant pour ali-

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monter pendant quelques heures soit un Ixm^. Auei% soit un fonrneau de cuisine (1).

La ménagère se rend ainsi un compte exact de sa dépense et elle évite cette accumulation de dettes quotidiennes, qui, au bout du trimestre, se traduit en une facture écrasante et toujours inattendue.

C'est la même considération qui rendrait secourahles des combinaisons permettant, comme Angleterre, la perception du loyer, pour épargner à la famille Téchéance, redoutable et pleine d'angoisses, du terme trimestriel.

//) Le Mobilier.

Le mobilier joue un grand rôle dans le confort du ménage. Suivant qu'il est insuffisant, maussade, éclopé, ou au contraire, commode, bien adapté ot Jjien entretenu, il contribue puissamment à rendre le logement inhospitalier ou attrayant. Tl est un des éléments constitutifs du home. La maison n'est pas seulement formée de murs, de toits et d'escaliers, mais aussi de tous ces objets qui la remplissent et servent à nos besoins, comme des amis ([u'on a toujours sous la main. Ces meubles nous atta(*hent à notro maison, à notre coin natal, et Vigano a pu dire, avec une pointe d humour paradoxale qui cache une vérité profonde : c< que Tamour que nous avons pour notre fauteuil l^amilier est une forme du patriotisme ».

De jeunes ménages, qui se sont établis sans ressources, ont été précisément disloqués, parce que leurs débuts ont eu lieu dans un pauvre local, dénué de mobilier, où rien, dès lors, n'attirait et ne retenait le mari. C'est cette poussée instinctive vers l'ameublement confortable qui explique le succès des magasins où l'on pratique la vente à tempérament par mensualités.

En organisant la maison populaire, dont nous esquissons le programme^ il faut tenir grand compte de ce besoin inné et en préparer la satisfaction.

En dehors des meubles, qui appartiennent au locataire, la maison peut en comprendre un certain nombre, classés sous la rubrique « d'immeubles par destination », tels que les glaces, le fourneau. Il sera bon d'utiliser, avec des meubles de ce genre, des recoins spéciaux, auxquels ne pourraient pas s'adapter les types courants.

(1) 11 existe de ces compteurs cinq l)ec?, rpii coûtent de 55 à CO francs.

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J'iiisisle, en parliculitM^ sur lt\s armoires et les placards, qui t'onl la joie des ménaii^vres et |)ermeltent le rangement du linge, des vêtements, de la vaiss(»lle et des autres objets domestiques. Jadis très usitées, ces armoires ont généralement disparu des maisons neuves. Il est très désirable qu'elles y soient rétablies; car elles sont la condition même de Tordre et de la bonne tenue du logement.

Quant au mobilier apporté par le locataire, on ne voit pas la nécessite* qu'il continue à ctre le plus souvent laid et incommode. On a le droit de vouloir qu'il soit conforme à sa destination, tout en possédant un certain cachet artistique et de bon goût, sans cesser d'être économique. A l'instar de divers pays qui ont fait dans cette direction d'intéressantes tentatives, on pourrait, par des concours avec prix, des expositions et des musées, seconder la campagne entreprise avec ardeur par le docteur C.azalis et ses amis pour faire pénétrer l'art dans le logement populaire.

Dans ce même but d'égayer et d'embellir la maison, il serait utile de disposer le long des fenêtres des sortes de jardinières où les locataires puissent cultiver des fleurs. On encouragerait cette habitude par des concours de façades, de fenêtres et de balcons fleuris.

r.a fenêtre fleurie, c'est le jardin à domicile ». M™"^ Chalam(4 a inauguré celle ((Hivrë Paris, en 1901, après Amiens et Nîmes, nous dit rhistoi*i()graphe très bien informé du jardin ouvrier^ M. Louis Rivière. I/c^i'anger s'est résolument engagé dans cette voie, (c Les Floralia » de Hollande sont des sociétés établies dans le but d'encourager les ouvriers h embellir leur logement en l'ornant de fleurs. De même en Allemagne et en Angleterre. A Glasgow, à Liverpool, à l^eicester, on donn(^ aux ouvriers des boîtes toutes plantées de fleurs pour les placer sur l'appui de leurs fenêtres. Rc'cemment, la direction du Jardin botanique de Bruxelles a décidé de mettre gr*atuitement des plantes d'ornement à la disposition des ménages ouvriers (1).

C'est là une pratique d'une délicatesse ingénieuse et tonchante. Il est bon de mettre, dans l'austérité de ces vies conrbées sons le travail incessant, un peu de poésie et d'idéal.

D'après les types recommandés par les hygiénistes et par le Toîirhui Ciuh, il serait désirable de remplacer sur les murailles le papier par la peinture. On se trouverait bien aussi de supprime)*,

(1) Jardins ouvrier.^, par M. Louis Rivière, p. 185.

LE CONFORT DV LOGEMENT POPULAIRE

rommo aux Ktals-Unis, les clous par des lileaii\ eu hois, qu'on dispose (]'avanc(* dans la construction sous l(»s corniches et aux(|uels il (^st facile d'accrocher les objets sans détériorer les murs.

Quant au revêtement du sol, partout où nos mœurs n'imposeront pas le parquet, comme, par exemple, dans la pièce d'apparat, il vaudra mieux le former avec des carreaux de grès céramique, plus hygiéniques (*t plus faciles à entretenir par le lavage à grande eau.

Les derniers types de la Société bordelaise des liabilations à bon marché comprennent un bain-douche installé dans chaque maison individuelle.

S'il est difficile d'avoir la même ambition pour chaque logement d'une maison collective, il n'y a rien de chimérique à demander que, à côté de la buanderie, on établisse une série de bains-douches à Tusage des locataires.

Partie de Boj^deaux, Tanivri^ des bains-douches, grâce à Taposlolat de son promoteur, M. Gazalet, gagne successivement toute la France et, partout, elle rencontre un succès éclatant et mérité. Les enfants des écoles, les ménages ouvriers en deviennent les clients assidus et prennent ainsi des habitudes de propreté et de respect de soi, aussi favorables à la santé ({u'à la moralité de la famille (1).

/) La Cent.

La cour contribue, avec la rue, à Taérage et à l'éclairage de la maison. Outre ce rôle de « poumon », elle doit encore remplir d'autres offices, qui la veulent spacieuse et bien accessible au vent et au soleil. On peut souhaiter qu'elle contienne un petit coin de terre et de jardin, entouré de grillage, où les enfants puissent jouer au sable et prendre leurs ébats, en dehors du logis étroit et encombré. Ce serait le « square à domicile », pour ces chers petits, auxquels ne convient pas vme atmosphère confinée et qui ont besoin d'espace et d(* grand air pour dépenser leur pétulance et leur besoin de mouvement.

S'il est vrai que la cause première, la cause profonde de tout le malaise so(*ial soit la perte de conta(*t avec la terre, le déracine-

1) 11 en existe deux à Paris : l'un, rue de liretagne, 49; l'autre, boulevard Barbès, en face des magasins Dufayel. Un troisième va être prochainement inauîîuré, 80, faubourg Saint-Antoine. D'autres sont en projet pour répondre à la faveur croissante du public*.

KMTLE CHEYSSON

ment », il faut saisir toutes les occasions de réagir contre les conditions artificielles et pernicieuses de notre entassement urbain et donner à nos pauvres enfants déracinés un coin, où ils puissent voir le ciel, la verdure et les fleurs.

Toujours en vue d'éviter Tencombrement dans le logis et d'y faciliter Tordre, il serait Ires utile de ménager dans la cour un petit préau couvert où Ton pourrait remiser les bicyclettes et les voitun^ltes d entants»

;/) Df:PE>DAiSCES diverses.

Les maisons modèles, établies à Lyon, par le regretté M. Mangini, sont acconjpagnées d un restaurant, où les consommateurs peuvent trouver une nourriture saine, abondante et à bas prix. A condition d'être bien gérés, ces établissements ne sont pas une charge et n'imposent pas de sacrifices financiers, tout en rendant de signalés services à leur clientèle, qui comprend non seulement les locataires de la maison, mais encore ct^ux du quartier.

On peut aller plus loin et concevoir d'autres dépendances qui compléteraient la maison et resserrera itMil les liens entre ses locataires, telles que :

1" Une Soci<Ué coo)jé*rative de consonnnalion , où ils pourraient faire au comptant leurs provisions de méMiage et dont les bonis annuels, au lieu de buir être remis en espèces, serviraient à doter leur budget de prévoyance, ]>ar exemple à leur constituer une pension de retraite ;

2° Une Société de secours mutuels, qui les assurerait contre la maladie et la vieillesse et dont les cotisations seraient payées par les bonis coopératifs (1) ;

Une salle de réunions et de conférences avec bibliothèque.

Au lieu d'être particulières à chaque maison, ces dépendances, — et autres analogues qu'il serait facile d'imaginer, — pourraient n'être établies que pour un certain nombre de maisons d'un même quartier

(1) La Coopération el la Mutualité. Conférence au Musée Social par M. E. Cheysson, 1901.

(2) On pourrait encore, pour intéresser les locataires à la gestion de rimmeuble et ù sa bonne tenue, leur donner une certaine participation au produit net.

LE CONFORT DU LOGEMENT POPÏ LATRE

k) Caractère et dépenses du Programme.

Le programme que je viens d'esquisser n'a rien d'imjiéralif ; il n'a rien non plus d'absolument nouveau, car tel ou tel des articles qui le composent est emprunté à des types existants qui font grand honneur à leurs constructeurs. C'est un thème, qui — en dehors de quelques points essentiels sur lesquels on ne peut transiger — comporte de larges corrections, suivant les circonstances particulières de terrain, de milieu et de clientèle. On comprend bien en eftet, que la même solution, par exemple pour le chauffage et Téclairage, ne convienne pas à la famille sédentaire ou à celle qui ne reste au logis que pour s'y coucher ; au ménage réduit au mari et à la femme, ou à celui qui a de nombreux enfants.

Ce que nous voudrions qu'on retînt de ce programme, ce n'est pas tel ou tel détail, contestable ou moditial)le suivant le cas ; mais c'est son ensemble et surtout son inspiration générale, qui procède de Téternel principe : « Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fît à vous-même ». Il s'agit de faire participer, dans la mesure du possible, l(' logement |>opulaire aux ainélioralions, dont nous sommes pour nous-mêmes si friands (^1 si jaloux.

J'entends bien Tobjeclion que vont m'opposer ceux qu'eflraie toute nouveauté. C'est, va-t~onme dire, un programme séduisant que celui de cette maison confortable ; mais il est irréalisable, sauf au pays d'Utopie, où l'on n'a pas à compter avec la réalité. Agencés comme on l'indique, ces logements vont coûter si cher qu'ils ne trouveront pas de locataires, ou ne rapporteront rien aux capitaux de premier établissement. On sera donc acculé à ce dilemme : ou bien écarter, au profit de la petite bourgeoisie, la clientèle populaire qu'on avait primitivement visée; ou bien, pour attirer cette dernière, lui infliger l'humiliation de l'aumône, en lui donnant le loyer au-dessous du prix de revient et en décourageant, d'autre part, les capitaux par le refus de leur juste rémunération.

Je crois qu'on peut échapper aux deux termes, également fâcheux, de cette alternative. C'est aux architectes à combiner leur construction de façon à réaliser ce programme aux moindres frais possibles.

Cette part leur serait accordée, soit sous forme de réduction de loyer, soit plutôt sous forme de versement à leur compte dans une œuvre de prévoyance, ainsi qu'il a été indiqué pour les bonis coopératifs.

EMILE CHEVSSON

Il y a, i\c ce coït», des étiidos à pousser oL des h'on vailles à t'a'uMî, qui ne seront ni sans profit ni surtout sans gloire.

En second lieu, une économie, qui serait obtenue aux dépens de rhygiène et de la santé des locataires, n'est pas pour attirer des capitaux philanthropiques, tandis qu'ils se contenteront volontiers d'un revenu un peu moindre, s'ils trouvent un complément de divi- (hMide dans la satisfaction du dc^voir accompli (^t du service rendu.

Enfin, quand on étudie le budget delà famille ouvrière, on y voit figurer à coté d(* Tarticle du loyer proprement dit, ceux du chauffage, de Téclairage, et surtout, hélas! ceux du médecin, du pharmacien et du cabaret.

De tous ces articles divers on pourrait, en les groupant, constituer un seul chapitre, dans les limites duquel se pratiqueraient des virements, comme en font les Ministères pour les crédits dont ils disposent. 11 serait, à tout prendre, très avantageux i\ un ménage de ])ayer, par exemple, pour le loyer d'un logement neuf et confortable, comme celui qu'on vient de décrire, cinquante francs de plus qu(^ pour un logement à moitié seulement salubre et hospitalier. Ce» ménage y gagnerait tout cequ il cesserait de dépenser pour le chauffage, réclairage, la propreté, les soins de santé, (*t pour les plaisirs du dehors, aussi malsains que coûteux.

L'économie, en résumé, ne doit pas s'obtenir en supprimant l'attrait et l'hygiène du logis, car elle serait ruineuse (mi faisant déserter parle père ; mais en réduisant les dépenses extérieures qu'il évitera, s'il se laisse gagner et retenir par le charme pénétrant du foyer. N'hésitons pas à demander, s'il le faut, à la famille ouvrière, en faveur de l'agrément de son logis, un léger relèvement du loyer, qui se traduira pour elle, non seulemcmt par d'incont(\stables résultats moraux, mais encore au total par un réel bénéfice financier.

Wells, que je cite encore, se demande, après avoir tracé son programme de c( la maison de l'avenir », combien de temps il faudra pour sa réalisation. « La construction et l'inslallation par quelque philanlhrop(\ dit-il, d'une série de maisons où l'on expérimenterait ces économies de main-d'œuvre, détermineraient certainement un progrès considérable de confort intérieur dans un avcMiir proche ». — u Mais, ajoute-t-il, les lubies philanthropiques ne prennent pas des directions aussi pratiques ».

Wells calomnie les philanthropes et restreint beaucou|) Irop la

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portée des Iraiist'orinations (ju il souluiit(% en les réduisant à une simple économie de main d'ieuvre, tandis que leur principal objet est de satisfaire les aspirations légitimes des ouvriers et de les apaiser par rattachement à leur foyer, désormais saluhre et confortable. Il faut donc espérer que les architectes, les hygiénistes, les amis d(î la paix sociale, s'eftbrceront à Tenvi de s'engager résolument dans la voie dont nous avons essayé d'indiquer l'orientation générale.

Le Travail des Femmes

à domicile

LE THAVAIL HES EEMMES

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