SES DANGERS — SES REMÈDES
Noire Conii;rcs a déjà plusieurs l'ois renconlré la quesliou do Thabitatioii dans ses diverses séances. C'esl, en effet, une question tellement capitale qu'elle ressemble à ces cimes élevées, qui dominent la plaine et qui en commandent toutes les perspectives. On no peut pas, en matière sociale, faire un pas sans se heurtcM* à elle ou sans en ressentir rinfluence indirecte.
On m'a chargé de traiter ce soir cette question devîuit vous : sujet immense, qu'il est aussi téméraire de vouloir enfermer dans le cadre étroit d'une conférence, ({ue de chercher à faire tenir la mer dans une coquille.
Je dois donc me résigner d'avance à être incomplet et me restreindre aux grandes lignes et aux aspects généraux, en bornant mon ambition à vous en faire embrasser l'ensemble et mesurer la grandeur.
f.v Famille et la Maison en France.
Comme tant d'autres questions qui s'imposent aujourd'hui à notre sollicitude, le problème du loyer n'existait pas autrefois : car il avait spontanément reçu la solution que, dans un accès de mauvaise humeur goguenarde, M. Vautour conseillait à un locataire en retard:
Quand on n*a pas de quoi payer son ternie, Il faut avoir une maison à soi.
Ce procédé radical et simpliste était autrefois géiiéral. Au moyen âge, toutes les familles, même les plus pauvres, possédaient en
(1) Conférence faite au Congrès de VAlliance d'hygiène sociale à Nancy, le 23 juin 1900.
EMILE CttEVSSOJ^
propre leur maison, très humble l\ coup siir, mais enfin leur maison, et elles Thabitaient. Aujourd'hui encore, dans Torient, le nord el le midi de TEurope, cette coutume est générale. Sur plusieurs points de ces contré(*s, la jeune fille ne consentirait pas à prendre un mari qui n'aurait pas son habitation, si bien (jue le phis vif attrait de rhumanité pousse les jeunes gens à de grands efforts de travail et d'épargne pour obtenir cf» résultat. Mon illustre maître, Le Ph\y, dont nous venons, il y a huit jours, de célébrer le glorieux centenaire et d'inaugurer la statue dans le jardin du Luxembourg, nous racontait un jour qu'au cours de ses voyages en Orient, il lui avait été impossible de découvrir et de se faire indi(juer, malgré Tappat d'une récompense, une seule famille qui n'eut j>as la propriété^ de son foyer.
Même dans notre pays, ces traditions sont beaucouj) moins abandonnées qu'on n'est générah^ment porté à le croire, quand on ne porte pas ses yeux au delà de nos caravansérails parisiens. Vous me pardonnerez peut-être de vous infliger quelques chiffres pour dissiper cette légende. La France est tellement calomniée, — même et surtout par ses propres enfants qui, par la littérature et le thé-âtre, la noircissent comme à plaisir, — qu'il faut saisir toutes les occasions de rétablir la vérité et de rendre à notre pays la justice à laquelle il a droit.
Nous possédons, vu chiffres ronds, 9 millions de maisons et 10,700,000 ménages, ce qui correspond en moyenne à douze ménages pour dix maisons. Le fait général est donc Tunité de la famille, non par logement, mais par maison. Ce n'est pas tout : les trois cinquièmes de ces maisons sont habitées par leur propriétaire, qui les occupe seul.
Ainsi en France, — on ne saurait trop le redire, — presque toutes les familles habitent seules dans une maison, et la moitié d'entre elles, dans une maison qui leur appartient. En Angleterre, ce fait est beaucoup plus rare. Les Anglais ont cependant réussi à se donner l'auréole du peuple qui connaît le mieux la douceur du chez soi, le charme intime et pénétrant du Home. c( Or, dit M. de Foville, ce foyer, c'est le peuple anglais, peuple de locataires et de voyageurs, à qui il manque le plus, n en déplaise à la légende, et c'est le peuple français auquel il manque le moins M. Aynard ajoute que « les Anglais parlent du Home, comme nous parlons de la famille française dans nos romans. Ils pren-
LE TAUDIS
lient autant de soin à se faire valoir que» nous à nous dénigrer. La vérité, c'est que c'est en Francf* qu'existe réellement le fameux Home anglais ».
I/Km \ss| MKM DANS LES ViLLLS.
Tel n'est pas malheureusement le spectacle que nous donnent nos grandes villes. Accrues par milli» causes qu'il serait trop long d'analyser ici, drainant à leur profit les campagnes, déracinant les populions rurales, elles les ont entassées sur d'étroits f»s|)aces, ou la valeur du terrain n'a plus permis d'édifier des maisonnettes pour une famille, mais a obligé à batii'ces ruches immenses, (pii ne comportent plus que le foyer instable et banal en location.
Les foules, toujours plus à l'étroit, ne pouvant s'étaler en largeur, s'empilent en hauteur dans des log(*ments su|)erposés comme le sont les cabines des passagers à bord des navires.
Façonnées par le changement de nos mœurs, les familles aisées s'accommodent encore de ce régime nomade ; mais il aurait profondément répugné à nos pères, accoutumés à passer leur vie dans une même maison, leur maison », qui avait vu mourir les ancêtres, naître l(*s rejetons, et qui gardait les traditions de la famille comme un dépôt sacré, avec le souvenir des joies et des douleurs du passé, des jours sombres et des jours heureux. <( Nous avons changé tout cela », suivant le mot de Sganarelh^ Nous ne faisons plus que traverser de véritables hôtelleries, qui ne nous disent rien de notre passé, ne promettent rien à notre avenir, ne garderont de nous nulle mémoire, et qu'on croirait comme à plaisir disposées pour démoraliser nos serviteurs et les coaliser contre nous. Dans nos étapes successives, nous semons au vent des carrefours les lambeaux de notre personnalité.
Mais c'est pour les ouvi-iers des agglomérations urbaines et (mi particulier pour ceux de Paris, que ce régime des locations prend un caractère déplorable, en leur infligeant de véritables souffrances autrefois inconnues, fruits empoisonnés du déracinement rural et du surpeuplement des villes.
La formation des grandes villes est due a tout un ensemble d<^ causes, dont Tannlyse m'entraînerait trop loin, mais dont une des principales me paraît être l'avènement de la machine à vapeur, avec les facilités qu'elle a données au déplacement des hommes et des
EMILE CHEYSSON
choses, à la création de la grande industrie et aux agglomérations ouvrières.
Les cités sont un des puissants facteurs de la civilisation, un des traits caractéristiques de la physionomie des sociétés modernes, dont elles sont la parure et Torgueil ; mais elles ont des côtés moins lumineux et présentent des dangers d'ordre matériel et moral, que J.-J. Rousseau dénonçait déjà dans V Emile :
Les hommes, disait-il, ne sont point faits pour être entassés en fourmilières, mais épars sur la terre qu'ils doivent cultiver. Plus ils s'assemblent, plus ils se corrompent. Les infirmités du corps, ainsi que les vices de l ame, sont Tinfaillible effet de ce concours trop nombreux. L'homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient en peu de tem|)s. L'haleine de rhomn]e est mortelle à ses semblables : cela n'est pas moins vrai au propre qu'au figuré. Les villes sont le gouffre de l'espèce humaine. Au bout de quelques générations, les races périssent ou dégénèrent : il faut les renouveler, r\ c'est toujours la campagne (jui fournit à ce renouvellement » (1).
Si Rousseau avait déjà raison quand il écrivait cette tirade éloquente, combien n'est-elle pas devenue d'une vérité encore plus poignante, par suite de l'évolution industrielle et de l'accroissement des villes !
De nos jours, Emile Verhccren, le poète des Campagnes liallucinëeSy a lancé des vers enffaminés contre la ^< pieuvre ardent(^ et la ville tentaculaire ».
La statistique, après la poésie, vient à la rescousse pour condamner, au point de vue de la démographie, les entassements urbains et démontrer que les grandes villes sont des mangeuses d'hommes. Les immigrants viennent s'y fondre comme le minerai dans le fourneau, et s'il sort de ces fournaises humaines des lingots de métal pur, combien ne rejettent-elles pas de scories et de déchets ! combien ne s'élabore-t-il pas dans leurs profondeurs de mélanges explosifs et de vapeurs délétères, qui peuvent menac(»r la sécurité et la santé publiques !
C'est précisément ce phénomène qu il nous faut serrer de plus près, parce que cette analyse nous fera apparaître le rôle du
(1; I2mili\ liv. I, p.
loiîj'ciiKMil ('I nous coiuliiira îiinsi jus([irau <:(rur niriiic de iiolrc suj et.
Les deux eauses (]ui rendent particidièrement malfaisante l'intluencedes grandes villes sont le déracinement et le surpeuplemcMit. Et d'abord \c, déracinement.
L'homme a été comparé avec raison à un arbre qui |)longe ses racines dans le sol. Le jour où il quitte* son village pour la ville, il souffre comme un de ces pauvres arbr(*s déracinés, qu'on essaie de transplanter sur nos boulevards et qui vont \ jaimir IristenuMJt, puis y mourir, ayant la nostalgies de la foret natale et lentement empoisonnés par un air chargé de miasmes et par les sucs meurtriers du sous-sol urbain.
Oui, c'est bien, à mon avis, \c déracinement ({ui est la cause profonde, la cause prcmiière de tout le malaise social ; il est au fond de chacune de ses manif(»stations, et Ton parviendra toujours à l'y retrouv<M% pourvu que Ton saclic (M-cuser ass(»/ profondéMuent pour l'y découvi'ir.
Nous sentons tous confuscMnenl rctte soiilIVaucr ; (ous, nous avons une aspiration inconsciente vris la Irrre, v(m*s la ver(lnn\ vers \o, so1(m1, (pii nous manijucnl et qui sont cepimdanl indispensables ii r('»panouisseni(*nt de notre* vie.
De là, cett(* joie ingénue qu(» nous cause* la vue de la nature ; de hi notre gout pour les excursions à la campagne. Quand nous retrouvons la foret, la prairie, les tleurs, nous éprouvons Tapaisement de Tenfant que calme le sein de sa nourrice.
L'amour de Jenny l'ouvrière pour les balcons tleuris et le succès des jardins ouvriers ne s'expliquent-ils pas par ce l^esoin instinctif (lu contact avec la nature et |)ar ces aspirations eonfus(*s vers un peu d(* détente, d'idéal et de poésie, qui tourmen t(*nt dans leui's profondeurs obscures ces pauvres gens courbés sous la dure loi du labeur quotidien ?
Mais ces trêves du retoui* à la bonne mère luiture sont (extrêmement rares poui* les ouvriers de nos grandes villes. Trop souvent entassés dans des bâtisses sans air, dont beaucoup de chambres mal éclairées ne respirent que sur des courettes infectes, ils souffrent de toutes les horreurs du surpeuplement. Le proverbe qui affirme que « le soleil luit pour tout le monde » est pour la plupart d'entre eux une cruelle dérision. A Paris, plus de 20,000 familles, chargées d'enfants et repoussées parles propriétaires, sont parquées dans des
ÉMtLE CriEVSSON
bouges hideux, qui ne sont pas plus Tabri ou le nid de la famille qu'un haillon n'est un vêtement.
M. Barbey nous disait hier, avee sa vibrante éloquenee, ee que sont ces bouges; mais leur description, même faite par un incomparable orateur, ne peut en remplacer la vue directe. Il faut les voir soi-même, et, une fois qu'on les a vus, on ne peut plus les oublier. Cette évocation sinistre nous poursuit à Tétat d'obsession au milieu même des plaisirs et des fêtes, comme le spectre de Banco, et Ton songe alors au mot de La Ro(;hefoucault : « En présence de certains spectacles, on a le remords d'être heureux ! »
Les dangers du taudis.
Ce n'est j)as impunément que se produisent de parrils désordres. Tout se paye, et le taudis prend de cruelles revanches, non seulement contre ceux qui riiabitent, mais encore contre la société tout entière.
// Santé et moralité des habitants du taudis.
Et d'abord, sur ses malheui*eux hal)itants, le taudis exerce ses ravages en atteignant leur santé et en les décimant prématurément. Le tauK de mortalité s'exagère dans les maisons insalubres et il sert précisément de critérium dans la plupart des lois — notamment dans la loi anglaise et la loi française — pour l'application des mesures sanitaires qui incombent aux municipalités.
Si Ton dresse à la même échelle deux cartes des vingt arrondissements de Paris et si Ton teinte en couleurs dégradées : Tune, d'après les divers taux de mortalité ; Tautre, d'après le prix moyen d(*s loyers, on est frappé de leur coïncidence. La mortalité et la qualité de Thabilation sont dans une dépendance étroite.
Le casier sanitaire de la ville de Paris vient confirmer, d'une façon éclatante, ces constatations. Les belles études de M. Juillerat ont démontré que si la mortalité moyenne par tuberculose est de o pour 1,000 habitants, elle s'élève daîis 820 maisons à près du quadruple (19,26).
^< Il existe à Paris, dit cet auteur, des foyers tuberculeux intenses, qui rayonnent autour d'eux et qui sont constitués par la maison elle-
Le taudis
même. La luberciilose revient sans cesse dansées maisons fnnèbres et elle y existe à peu près à denn^ure. On doit chercher, dans la maison elle-même, la cause ou les causes d(^la persistance de la maladie. Ces (*auses ne sont pas extérieures, elles résid(»nt dans rimm<HU)le lui-même (1) ».
11 est impossible qu'on se résigne à tolérer plus longtemps Texislence de ces maisons, qui condamnent en quelque sorte leurs habitants à mort et qu'on a }>u comparer à de u véritables abattoirs humains ».
Ce n'est j)as seulenu^it par une augmentation de la mortalité ((ue le taudis fait sentir sa funeste inlluence, mais c'est aussi pai* ses attiMUtes graves *i la moralité d(; ses habitants. Ses murailles empuanties dégagent, en effet, un double poison : le corps s'y étiole et le corps s*y dégrade. Repoussé par ce logis inhospitalier où tout le choque et le blesse, le père le fuit pour aller chercher ailleurs de malsaines et coupables distractions. « JjC taudis, a dit énergiquement Jules Simon, est le pourvoyeur du (Uibaret ».
Mon ami Barbey vous a dit hier la fascination ce mauvais lieu sur ces pauvres phalènes qu'il attire par s(vs lumières aveuglantes, comme aussi par la promesse mensongère de leur procurer l'oubli de leurs maux ; ils y cherchent, en outre, la satisfaction d'un besoin inné de sociabilité ; enfin, ils vont y demander àralcool une chaleur artificielle, ([u il hnirfait, hélas ! payer bien cher.
Pendant c(^. temps, que devicmt la famille privée de la direction de son chef et des ressources qu'il absorbe pour assouvir sa passion ? Le ménage se disloque et se désagrège. Il ignore toutes ces institutions de mutualité et d'épargne qui le mettraient à l'abri des crises de la vie; mais comment espérer un effort de prévoyance de la part d'un alcoolique qui, asservi par une passion tyrannique, a perdu toute maîtrise de lui-même, s'enferme dans le présent et n'a pas le courage de songer à l'avenir? La famille est donc à la merci du premier incident qui fondra sur elle et qui l'entraînera dans une irrémédiable déchéance.
(1) Les belles recherches du BcrtUlon font conduit à des résultats analogues pour Londres.
(( A Londres, dit-il, la phtisie est deux fois plus fréquente dans les areas, où les logements « encombrés » sont nombreux, que dans ceux où ils sont rares » [Principales causes de décès à Paris^ I8o4-I90ô).
Mêmes constatations pour Berlin, New- York.
É.MILE CFTEYSSON
Quant aux enfants, ils sont les plus déplorables victimes du taudis : pi'ivés desoins éclairés, atteints de tares hérédilaires, ilssont en général décimés de bonne heure; ceux qui survivent, livrés à l'éducation du ruisseau, mènent une vie misérable et sont voués aux pires déchéances dans Tordre physique et moral.
Il serait facile d'allonger cet acte d'accusation contre le taudis. Pour l'avoir vu de près, je le dénonce à votre indignation. Il est la source empoisonnée de toutes nos misères, il est un mangeur de vies humaines, il est le péril national !
h) Santé et sécurité publiques.
Si lugubre qu'il soit, ce dossier n'est pas encore complet : il faut tourner le feuillet. J'ai maintenant à vous montrer l'action du taudis s'élargissant au delà de son cadre et répandant ses ravages sur la cité, puis sur le t^ays tout entier.
La santé publique, celle des riches comme celle des pauvres, est sous rinfluence du taudis. Lesgermes qu'il dégage s'en vont, chassés par le vent, porter la contagion jusque dans les quartiers les plus brillants et dans les profondeurs des demeures les plus luxueuses. Si nous étions encore sous un régime monarchique, on pourrait dire de ces germes de mort émanés du taudis, que :
La garde qui veine aux barrières du Louvre N'en défend pas les rois.
C(; n'est pas lout encore. En même temps que la santé publique, la sécurité générale est mise en péril. « Il faudrait, a dit le Du Mesnil, un véritable héroïsme pour ne pas contracter dans les bouges la haine de la société ».
Cette épidémie de haine sociale n'est pas moins dangereuse que la contagion de la tuberculose ou de la fièvre typhoïde. Ces haines peuvent amener de redoutables explosions. Imprudents ceux qui dorment à côté de ces cratères, d'où peuvent, à chaque moment, jaillir des forces longtemps comprimées, pour venir brusquement semer la ruine et la mort, non seulement dans les malheureuses familles qu'abrite le taudis, mais dans le [^ays tout entier!
Nous sommes donc liés à ces malheureux par une étroite solidarité de fait, qui ne permet à aucun de nous de se désintéresser de ces douloureux problèmes et de les repouseer comme importuns. Que nous le voulions ou non, nous sommes obligés de compter
LE TAUDIS
avec eux, soit par un calcul égoïste de préservation personnelle, * soit plutôt, — et c'est là le mobile auquel nous obéissons tous ici, — par Tamour de nos semblables et le sentiment élevé du devoir social.
c) Le rôle de la maison vis-à-vis de la famille.
(Vest ainsi que, i)ar ces différents chemins qui convergent, nous sommes amenés à reconnaître Timportance sociale de l'habitation et à comprendre la placé prépondérante qu'elle mérite dans les préoccupations de Topinion publique et des Parlements.
Cette importance apparaît avec une netteté encore plus lumineuse, si Ton envisage les rapports étroits qui existent entre la familh^ et la maison.
La famille, c'est la véritable molécule sociale : ce n'est pas d'individus ([u'une nation est composée, mais de familles. En soudant bout à bout des chaînons éphémères, la famille forme une chaîne indéfinie qui relie les générations à travers les siècles. Suivant le mot profond de Taine, elle est le seul remède qu'on ait ti-ouvé (^onlre la mort.
C'est de la solidité ou de la désagrégation dr la famille que dépendent la prospérité ou la décadenc(^ gtMiéi'ales : tant vaut la famille, tant vaut la nation.
Or, cette famille n't^st j)as une abstractioij . Elle ne peut pas rester en l'air : (41e a besoin de prendre pied sur le sol pour y trouver une enveloppe, un abri, un nid. Cette env(*loppe, cet abri, ce nid, c'est la maison. Elle est mieux encore qu'un nid pour la famille : elle est son alv(M)h% sa coquilh^ et commf* h^ prolongenuMi t d(» sa |)ersonnalité.
C'est là ce qui donne à la mais'>n un rôle paur ainsi dire humain, puisqu'elle participe* à la vi(* de la famille elle même.
D'après un vit^il adage latin : Tesprit sain habit(* un cor[)s sain. On peut de même affirmer que Ton ne saurait concevoir une famille saine dans une maison malsaine. L'insalubrité de la maison nuigit fatalement sur la famille (4, |)ar elle, sur la nation tout entière.
C'est pour cela que TAIliance d'hygiène sociale a mis Thabitation au premier rang de ses préoccupations et en téte de son programme. Cette question est, en effet, comme une sorte de carrefour, où se nMK^onfrent, pour se donner la mjn'n, toutes les Fédérations que
EMILE CHEYSSON
groupe rAlliance. Toiiles ont affaire à ro même ennemi ; loul(\s aussi ont intérêt à concerter leur action, pour lui livrer un suprême* et décisif assaut. Elles tenteraient une œuvre vaine en cherchant à venir à bout des divers fléaux qu'elles ont la spécialité de combattre, si elles ne s'efforçaient d'en tarir ensemble hi source commune. Comment épuiser le tonneau des Danaïdes, si le taudis le remplit plus vite encore que ne penit le vider chacune de ces Fédérations?
C'est donc à juste titre que M. Bourcart déclarait hier, dans un rapport justement remarqué, que u la question de l'habitation est le centre de la question sociale, et que le jour où cette question sera résolu(^un pas décisif et gigantesque aura été fait vers la solution de la question elh* môme ».
Les remèdes au taudis.
Celte question du taudis peut-elle elre résolue?
Si je ne croyais pas à cette possibilité, je me serais bien gardi* d'évoquer devant vous toutes ses tristesses et toutes ses misères, sur lesquelles j'aurais dû par charité jeter un voile. Quand on est en face d'un malade incurable, on n'a pas le croit d'insister sur l'horreur de son mal et la charité commande de se borner à lui adresser quelques [laroles d'espérance et de (^onsolation.
Ici, Dieu merci ! nous sommes (mi fa(*e d'im mal (Mirable : j)Our h* guérir, il suffit de vouloir.
Quels sont les moyens h employer dans ce but ? Ils forment la s(»conde partie de ma conférence ; mais eu égard au temps qui me reste et à la vaste étendue de ce sujet, je serai forcé d'être très bref et de me contenter d'une sorttî de table des matières, dont je vo\is ))rie d'avance d'excuser la sécheresse.
J'examinerai: d'abord, le programme d'action; puis, le personnel auquel incombe la tâche de le réaliser. Telles seront les deux divisions de cette seconde partie.
A. Le Pro(.ram>je.
Et d'abord, le programme. Il est indiqué parla nature du mal luimême : puisque le mal provient de l'insalubrité de la maison, il faut procurer à l'ouvrier une maison saine et salubre.
LE TAUDIS
a Les maisons neuves.
Lo procédt'^ le plus radical est de eoiistniiro des maisons neuves et de toutes pièces, en prenant son parti (Mitre les deux types : celui de la maisonnette isolée, pour une seule famille qui peut en devenir l^ropriétaire, et celui de la maison collective, à lo^^c^nents multiples cédés à titre de simples location.
La première solution, la plus séduisante comme aussi la plus efficace au point de vue social, est un idéal qui ne convient qu'à une élite de familles privilégiées. La maison collective est, au contraire, pour les villes, la solution générale ; mais elle ne doit, ni de près ni de loin, — rappeler « la caserne », d'odieuse mémoire. Elle sera traitée avec un profond respect, à la fois de l'hygiène et de la dignité des familles qu'elle abrite.
Avec notre cher et vénéré doyen, Emile ïrélat, que je salue ici en votre nom, et avec tous les maîtres de Thygiène, les Du Mesnil, Brouardel, Letulle, Juillerat, Rey et tant d'autres que je ne puis (*iter, nous demandons que Ton mette à la disposition des habitants « les fact(Mirs naturels de la santé et de la vie », c'est-à-dire Tair, Teau et le soleil. Nous voulons, au lieu de cette courette puante où Tair est stagnant, des cours ouvertes, balayées par de larges courants d'air. Nous faisons la guerre aux couloirs sombres. LVscalier doit être une sorte de rue verticahi, puissamment ('»clairée et aérée. Les habitants doivent avoir Tillusion d'occup(MMuie maison isolée, grâce à la suppr(\ssion des couloirs sombr^^s et au jielil nombre de port(*s ouvrant sur chaque palier.
Nous avons surtout de terribles exigences sui- la lumière et nous prendrions volontiers pour devise le mot de Gœthe expirant : « Toujours plus de lumière ». Il nous faut aussi beaucoup d'eau : sans eau, ])as de j)ropreté, pas de salubrité, pas de moralité. Un des meilleurs moyens de combattre la tuberculose^ et l'alcoolisme, c'est d'introduire Teau à |)rofusion dans le logement populaire.
En un mot, nous avons à imposer aux constructeurs de l'avenir tout un programme de conditions que nous jugeons essentielles, non seulement à la salubrité de l'habitation, mais encore à son agrément et à son confortable et dont j'ai tracé ailleurs un tableau détaillé (1).
(I) Le confortable du loQe)nent populaire^ par M. E. Cheysson Premier Conprrôs do rassainissement do riiabitation, Paris, iîM>5 .
EMILE CHEYSSON
Nos exigeiicos no s'arrel(Mil uirmo pas au contbrlal)l(^ ot à la salubrité, elles vont jusqu'à d(*mander pour nos elients populaires certaines jouissances d'art, qui (unbcllissent et leur logement et l(Mir mobili(M\ Eux aussi, dans une mesure à dcUerminer, ont droit à cette part d'idéal, c|ui est restée jusqu'ici le privilège des classes aisées.
h L'assainissement des maisons existantes.
Certes, la solution des maisons neuves est radicale et excellente, mais elle a l'inconvénient d'exiger des capitaux énormes. On estime en France nos maisons à 60 milliards. Elles représentent l'œuvre accumulée de nombreuses générations. On ne peut songer à les démolir toutes et à les refaire à nouveau : ce serait une entreprise insensée au point de vue esthétique et financier. D'autre part, jusqu'à ce que ces maisons existantes aient disparu de leur mort naturelle, on ne saurait se résigner à leur insalubrité. Dans la campagne en faveur de l'habitation saine, il est donc indispensable de faire une paiM cl niu^ large pari à TassainissemiMit des maisons existantes.
(l'csl un des p]*()('(Ml('s aux(iii(»ls on \\ \\ pas suftisaninienl l'cMNuiru dans iioirc pays et <pu^ je voudrais y voir appli((U('' sur une grand(^ (W'helle,
Il esl 1res em|>loy('^ en Anglel(MM*e, où il a riMidu justi^ncnl célrbi'c nom d*U!ie femme* de (*<iHir, Miss Ollavia Mil!, ((ui a ohlcFiu dans (^qie direction d'admirables résultais.
Cil* l^rocédt» a riM'u eu France (pudiques rares aj)pli(*alions, d'ailleurs très e!H^ourag(nuiles. M. h* W Lelulle nous a cité celle qui est due à u une sainte laïque » — h» mot est de lui — 31^''* (lha|)tal, c[ui en a tiré un merv(ûlleux pai^li dans le quartier de Plaisance, où ell(^ a li'anspo)M('* le cpiarlier général (b* ses opérations rliarital)les.
(Te^st une mcWhode à gén(*raliser. S'il demande moins de millions que la construction de maisons neuves, en revanche, il exigr, (bi côté de l'action |)ublique, beaucoup de fermeté chez les autorités sanitaires, et du côté de l'initiative privée, dans sa forme individuelle ou collective, beaucoup de dévouements et surtout de dévouement féminin ( I ).
t Voir LWssniNissi'tHCH f »m/.so;>.v (wls/nn/t's:, pnr M. K. Cheysson, \i)0%.
LE TAUDIS
c) La formation de la ménagère.
Que ce soit par Tnii ou l'autr(^ des deux moyens en présence, nous nous sommes ainsi procuré des maisons saluhres ; mais notre œuvre sera vaine, si le locataire vient à infecter ces logements que nous lui avons livrés sains ou assainis.
Tl va, en effet, deux sortes d'insalubrité : Tune, qui est constitutionnelle ; Tautre, acquise ; la prenii('^re qui tient à riiabitation : la seconde à ses habitants. Après avoir dénoncé la part de responsabilité (jui r(»vient à la société dans le taudis, j'insiste maintenant sur celle qui revient à la femme.
Donne/ à une mauvaise ménagère un cottage, confortable et ensoleillé : elle aura tôt fait de le transformer en bouge. Une bonne Flamande, au contraire, saura s'ingénier pour lutter contre l'insalubrité de son logement et parviendra encore, par un mirar^le d'industrie, à y faire* régner Thygiène, Tordre, la proprcli'^
Tout dép(md donc de la qualité de la femme : elle est h* bon ange ou le mauvais génie de la faniilb* ; elle fait sa prospérité ou sa ruine. Je (lisais loul à riuMU'c : << Tant van! la l*alnilI(^ laiit \anl la ualion! » Va dis inaiiilciiaiil : <( Tant \aul la trnnn(\ lani \anl la famille 1 »^
La frmuH' est loulr-pnissan le à la fois pour biiMi et |>our le mal. Nos Ligu^^s, uos I^'é'dé*ralions, nos Alliatices u<' p(MiV(Mil s(* passer d(^ son concours. Si la tV^mnn* ne les aidrs leurs elforts seront voués à une stérililé ceilainc». EmbusqM(''e dans son laudis, comnn* dans un foi*t (lhabrol, la femme d(\jonera victorieusennMil tons nf)s etforis contre la tuberculose, Talcoolisme, la mortalité infantile, en un mol conln* la misère sous toutes ses formels. Si, au <*ontrair(s nous avons su metlj*e dans notre jeu c(»U(* boniu» ménagères qui remplit ses (bavoirs augustes d ('épouse (»t de mère, nolr(^ tîudie est singulièl'ement facilittM^ et nous sommes surs du su(*(*ès.
r/(^sl ce que disait, avec une éloquencu^ proph('»tique, Jules Simon, (p\and il s'é(MMail : u lN)ur sauver h' pays, donn(v.-nous des nn'*r-(\s ! »
Nul besoin n'est aujourd'hui i)lus prc^ssant que celui-là. Tous les peuples autour de nous Tout bien compris et nous les voyons organiser, à Tenvi, renseignement ménager à ses divers degrés pour former des épouses et des mères. Nous commençons, à notre tour, à eu(r(M- dans ce mouviMiieiif. 11 importe que toutes les nobles ini-
EMILE CHEYSSON
lialives prisos dans co sens soient coordonnées et généralisées, de manièn^. à nous doter de ménagères ([ui sachent maintenir à Tétai de salu])rité le logement sain qne nous aurons mis à leur disposition, et, par là même, assurer à leur familier la santé, hien-étre (^t la paix ( I).
R. Le Pkrsoinnel.
J arrive maintenant à la dernière partie de cette conterence : il s'agit, après avoir déroulé le programme de Taction, de savoir quel sera le personnel chargé de le réaliser.
La tache étant immense, nous aurons à faire appel à toutes les forces vives du pays sans en négliger aucune. Nous nous tiendrons à récart de ces intransigeances opposées, qui professent le u tout à TEtat » ou le c( rien à TEtat » ; mais nous chercherons à combiner harmonieusement, chacune dans sa sphère, Taction publique et Faction privée. Ce sont deux puissants facteurs qu'il faut concerter, bien loin de les opposer l'un à Tautre : si l'action publique a pour elle Tautorité, b^s ressources, rid)i(]uit/% Taction jn-ivée IxMiéticie (Tune souplesse, d'unt^ «élasticité et d'une chaleur qui lui |)ermettent (rndaptc!* les solutions aux exigences de chac(ue ras particulitM'.
ff) L'Etat.
Qu(»l roli* assignei'ons-nous à TKlat dans la campagne^ poui* le log(^menf sain ?
Nous lui demanderons, d'al)ord, de fair(^ des enquêtes destinées à établir Titiventaire de la situation actuelb». C/esl rauscultation du médecin qui pn^cède h* Iraitement. 11 faut connaître le mal pour (Mi découvrir le remède et, quant au mal social en particulier, il ne persiste le plus souvent que grâce à notre ignoranc(\ Dès iju'on a pu le voir tel qu'il est et le mesurer dans ses lugubres réalités, il provoque comme une sommation de la conscience publique qui en exige impérativement le remède. C'est ainsi que TAngleterre, la Belgique, ont procédé à leurs grandes réformes sociales. Pour un peuple, l'enquête exacte et courageuse, qui voit tout et dit tout, est un de cesexamens de conscience qui préparent l(\s résolutions généreuses.
(1) Voir Enseignement ménaçfer^ par M. E. Cheysson {Economiste françai.^^ 15-22 octobre et 12 novembre 1004 .
LE TAUDIS
L'Etat ne nous doit pas seulomont les enquêtes de ce genre. Nous lui demanderons, (mi outre, d'organiser ces transports puissants et écononiiqu(»s qui permett(*nt do décongestioiunn* les capitales et à leurs ouvriers d'aller, leur journée de travail finie, retrouver un logis hygiénique dans la banlieue, là où la terre, Tair et la lumièiM^ sont à meilleur compte que dans la cité.
Toute une autre série de mesures excellentes, qui dépendent encore de TEtat, doivent encourager le mouvement d(*s habitations à bon marché par des immunités fiscales, des facilités de crédit. Telle est précisément Tceuvre de la loi du 30 novembre 1894, que notre reconnaissance a justement appelée u loi Siegfried » et qui vient d'être heureusement amendée par la loi du 12 avril 1906, due en partie à l'initiative d'un autre de nos éminents amis, M. le sénateur Strauss.
Nous n'en avons pas encore fini avec nos exigences envers l'Etat. 11 a des devoirs impérieux de police à remplir envers l'habitation : il ne peut pas plus laisser mettre en location des maisons contaminées que débiter par des marchands des aliments frelatés et dangereux. Il (^sl arnn* par l;i loi sanitaire* du 15 février 1902, à laquelhî il ue manque, |)OUi- (Hr(» <*xc(dhMil(% que d'être^ ré»solumeid a|qjliquée. Il faut espérer qu'elb^ n'au)*a pas le sort de sa devancière de 1850 (q que les municipalités, d'um* pari, fadministration centrale, de l'autre, sauroiit useï* en faveur (h» Thygirn^^ cl de la salubrité» d(\s pouvoirs que la loi mrl ru leurs mains.
Enfin, nous attendons de TEtat celte réforme de l'expropriation <(ui permettra de conjurer les scandaleux abus provenant du jeu de la loi actuelle. Nous demandons, qu'à l'exemple de TAngieterre, le propriiHaire exproprie^ ne puisse* pas asseoir un bénéfice sur Tinsalubrité de sa maison; mais qu'on déduise de la valeur de cet immeuble le montant des dépenses qu'il faudrait faire pour le mettre en règle avec la loi sanitaire. On doit, en un mot, concilier ces deux [principes fondamentaux des sociétés humaines : la santé pul)lique et la propriété, en combinant ces deux lois qui semblent s'ignorer aujourd'hui : la loi sanitaire et la loi d'expropriation. A cette condition seulement, on pourra donner aux opérations de» voirie l'ampleur qu'elles réclament, et devant laquelle hésitent aujourd'hui les municipalités, justement alarmées par les exagérations du jury,
Des vœux ont été émis dans ce sens par le conseil supérieur des habitations à bon marché et par le congrès international de la
ÉMILE CFIEVSSON
tuberculose, sur la motion de notre illustre président, M. Gasimir- Perier, de MM. Léon Bourgeois, Jîrouardel, wSlrauss... ; enfin, il vient d'être renouvelé dans notre* congrès, sur le remarquable rapport de M. Bourcart et après la brillante discussion qui Ta suivi.
b) Le patron.
Après l'action publique, Taction privée.
Je commence par invoquer le concours des patrons. J'ai constaté tout à rheure l'étroite solidarité qui nous unissait tous sur cette question de l'habitation et qui ne permettait à aucun de nous de s'en désintéresser. Mais cette conclusion est surtout vraie pour le patron. Comment pourrait-il espérer la collaboration dévouée de cet ouvrier, soumis à la torture d'un logement infect et qui, rentrant au logis, y puise des sentiments de haine contre la société en général (M contre l'usine en particulier? Cette haine, dont le taudis est la source, il la répandra autour de lui dès qu'il en trouvera l'occasion, il hi manifestera par le « sabotage » ou par la grève. Le patron doit vivre en paix avec son personnel, sous peine d'être brisé par l(*s tiraillements intérieurs ou par le <*lio<* d(* la <'nu<Mirrence étrangère.
Le meilleur moyrii de paciti(*r les onvii<*rs, ( '(vst de Nmii* assurei* le bienfait d'un logemnil sainbrc et confortal)l(\ Aussi if est-il pas d(* question ({ui mérite à u!i plus haut degi'é les pnVjccupations des industiMels : il y va pour eux non seulement des bons rapports avec l(Hir pf^rsonncl, mais euiujre d(^ la [)rospérit('^ de* hnirs atTaires. Ils sont donc obligés de résoudre c(* problème non moins par leur intérêt bien entendu qu(* par leur devoir social.
Il serait trop long d'exposer les divers procédés que jumiI employer le patron en vue de ce résultat et je nn^ borm» à les indiquer d'un mot. Il peut, à l'état individuel, construii*e des maisons pour ses ouvriers ou leur faire des avances hyp^thécai^^s afin (p)'ils les construis(4it eux-méines d'après les plans faits en qu(4que sorte sur mesure et à leur taille. II p(Mil, au contraire, se grouper avec d'autn^s patrons j)Our édifier des cités ouvrières mises à la disposition des travailleurs avec ou sans promesse de vente. Eu tin, il peut s'etïacer derrière une société coopérative, à laquelle il laissera la responsabilité de l'action, tout en l'aidant de ses conseils et de ses capitaux (1).
(1) UintcrL enf ion patronale en malière de lorjements ouvriers, par M. K. Cheys- ?on [Bnlletiu df^ lu Sor/'r/é franraiso drs llahifa t ions à /jnn warcfié).
LE TAUDIS
Ciliacuii CCS syslciiics a ses avaiilages cl ses incouvéïiieiits. CY*st à ehaque ])atroii à faire choix de celui qui lui semblera le mi(îux approprié à la iiKMilalité de ses ouvriers, à ses rapports avec eux et aux coïivenances du milieu.
En tous cas, ils devront s'inspirer* de Texemple de ces grands patrons modèles dWlsace, qui proclamaient, avec Tillustre Jean DoUfus, que « Ton doit à l'ouvrier plus que le salaire », et dont Texemple qu'ils nous donnent à deux pas de la frontière ne peut être invoqué auprès de leurs (collègues français, sans éveiller parmi eux une vibration émue de doulcuir patriotique, de respect et d'admiration.
r L'ouvrier.
J'arrive maintenant au rôle des ouvriers. C(^ rôle ne peut pas ne pas être considérable dans une question qui met en jeu leur intérêt direct et celui de leur famill(^ Il est surprenant qu'ils se passionnent pour tant d'autres problèmes plus lointains, pendant qu'ils semblent ignorer celui qui touche de si près aux pr^fondcMirs dr li^wv bonheur domestique.
Leurs camarades anglo-saxons se sont nionlrt's plus avisés sur ce point. On est à la fois émerveillé et stupéfait des prodiges qu'ils ont accomplis dans celte direction par leurs simples efforts, sans rien demander ni à l'État, ni aux patrons. C'est par milliers de maisons et par centaines de millions que se mesure l'œuvre vraiment gigantesque des Bittldhi[/s Socleties anglaises et américaines : grand exemple à méditer par nos ouvri(u*s français.
Je suis heureux de constal(*r qu'un courant très manifeste commence à s'accentuer chez nous dans ce sens, c'est-à-dire (ui faveur de la forme coopérative dans les sociétés d'habitation à bon marché.
Les patrons y trouvent l avanlage de s'épargner des interventions directes qui, malgré les meilleures intentions, peuvent coui-ir le risque de ressembler à des ingérences indiscrètes dans la vie privée de leur personnel.
Quant aux ouvriers, au lieu de se résigner à un rôle purement passif dans une matière qui concerne leurs plus chers intérêts, ils apprennent, par la coopération, à faire leurs affaires eux-mêmes, à mesurer les responsabilités d'une gestion administrative et commerciale et à se familiariser avec les habitudes viriles de l'initiative personnelle et de la liberté.
EMILE CHEYSSON
A côt(5 des ressources à provenir des caisses publi((ues ouvertes à ces sociétés coopératives par la loi du lî2 avril 1906 sur les habitalions à bon marché et parcelle du 20 juillet 1895 sur les caisses d'épargne, les patrons peuvent et doivent intervenir très utilement pour les alimenter à titre d'obligataires. Plusieurs d'entre eux c^t des plus éminents Tout fait et n'ont eu qu'à s'en louei*.
d) L'architecte.
A la suite de ces trois grands facteurs, l'État, le patron, l'ouvrier, qu(* l'on rencontre dans toutes les questions sociales, nous avons (Micorc besoin d'enrôler d'autr(»s concours dans celle grande ci*oi~ sade en fav(H)r de l'habitat ion populaire*. Je vais me borner à les passer en revu(% sans commentaires. l\ la façon d'un dénombrement de V Iliade.
J'interpelle d'abord les architectes qui doivent obéir à une orientation nouvelle. 1^'avènemejit de la démocratie doit avoir son contrecoup sur nos constructions. L'observation a partout établi que l'aspect des maisons décèle aux passants l'état social politiepie d(^ ceux qui les occupent. Le chat(*au, orgueilleux et hautain, dont les tours semblent détier le ciel, fait pressenlir le seigneur omiupolenl sur son domaine; tandis que, sous la chaumière humble el bassf? qui sembh» se cacher furtivement dans les replis du sol, on devine le serf craintif et courbé, qui se fait tout petit et cherche à se dissimuler pour échapper aux exactions du collecteur d'impôts.
Or voici qu'une révolution s'est accomplie dans le principe de la souveraineté, qui repose désormais sur le peuple. Elle a eu sa répercussion dans toutes les directions et doit, à son tour, s'aftirmer dans nos maisons. L'architecture est tenue, elle aussi, de se démocratiser, de se mettre au service du peuple, comme elle s'était mise jadis au service des Médicis et des Louis XIV. 1^'hygiène et le confort relatif ne peuvent plus être le privilège exclusif de la richesse. L'art lui-même, — ce luxe, qui ne coûte rien à l'artiste que du talent el du génie, s'il a reçu ce don en partage, — l'art, je le répète avec insistance, doit ajouter son prestige au charme domestique de rhabitation salubre el confortable. Le travailleur a droit, lui aussi, à la beauté, la beauté dans h^s lignes de son logement, la beauté dans celles de son mobilier. Ruskin la réclamait déjà pour lui et Ruskin avait raison. Il faut que son vœu de poète devienne une belle el bonne réalité.
Le tAL^nis
3hi
(Vesl une iiioilîticaliou protoiide à Wilrc dans l'éducalioii d(3 l'architecte et daiis l orientation de son idéal, fl doit être initié aux secrets du confortable pour le logement populaire, et dans ce but, desc(mdre des hauteurs sacrées des temples grecs et des somptuosités des palais pour fréquenter les foyers les plus humbles. Là, il étudiera les UKeurs des ouvriers et s'identifiera avec eux, pour bien se rendre compte des exigences de leur vie domestique, i)our analyser les gènes et môme les souffrances que leur intlige leur habitation. Cette étude et cette fréquentation intime lui feront aimer ces braves gens et lui inspireront la noble ambition de contribuer à l(»ur bien-être dans sa sphère d'action et dans la limite de son pouvoir qui est considérable pour Taménagement du foyer domestique.
r Le médecin et 1 hygiéniste.
Après h^s arcliilccles, nous appelons à notre aide les médecins et les hygiénistes. A eux de nous tracer les règles que nous devons suivre, non seulement pour l'établissement de nos maisons, mais encore pour leur (Exploitation et IcMir bonne tenue, (mi vue de préserver coîitre toute atteinte la vie des pi^tits enfants, celte grain(3 si rare et si précieuse, la santé des parents, et la capacité de travail du père qui est à la fois une ricln^ssi^ pour les siens et pour le pays, c'est-à-dire de maintenir l'équilibre i)hysiologique, économique et moral de la famille.
/') Les caisses d'épargne et les bureaux de bienfaisance.
Nous ferons encore appel aux caisses d'épargne et aux bureaux d(* bienfaisance, pour obtenir leur concours moral et linanci(M*, dans la limite que leur permet la loi du 14 avril 190G.
En Belgique, la caisse générale d'épargne et de retraite a pris résolument la téte du mouvement et avancé plus de 60 millions aux sociétés de construction et de crédit. Nos caisses françaises n'ont usé qu'avec beaucoup plus de discrétion des facultés que leur ouvrait la loi.
Les bureaux de bienfaisance se sont montrés plus réservés encore. H semble cependant que leur devoir soit tout tracé par l'évolution qu'est en train de subir partout l'assistance.
L'assistance peut se donner un triple but : celui d'empêcher ses clients de mourir de faim ; celui de les relever; enfin celui de prévenir leur chute. Ces trois buts d'humanité, de relèvement et de
EMILE CltEVS^OxN
prévclUioli, iiiariiuciil aiilanl d'clupcs ou plulul d'éclK^loiis clans Tœuvre de rassistaiice. S'il est bon do venir au secours de 1 honinu^ qui ne peut plus subvenir fi ses besoins, il est meilleur de le relever quand il est tombé, dVjpérer son sauvetage déiinilif et de le mettre en mesure de se suffire désormais à lui-même. Mais ce qui vaut mieux encore, c'est de lui épargner la chute inilial(% dut-elle rester unique, et de le maintenir debout par des habitudes de prévoyance et de bonne tenue familiale.
Cette dernière forme, la prévention^ apparaît de plus en plus comme celle vers laquelle il faut tendre de tous nos efforts, pour dilater le plus possible le domaine de la prévoyance aux dépens de celui de Tassistance, C/est celle ({ue vient de proclamer avec solennité le congrès qui se tenait, il y a quelques semaines, du 23 au 28 mai, à Milan, sous la présidence de notre illustre président, M. Casimir-Perier,
Le présent congrès a donné son ('clalante adhésion à ce mènn* l)rincipe, auquel il a reconnu ravanlag(» de concilier le maximum de résultats avec h* minimum de sacritires et de respecter la dignité des assistés, désormais associés à huir sauvetage et à leui* prései'vatiun .
C^omment aurait-il pu en être aulrenn^nt dans cette ville de Nancy, où le bureau de bienfaisance a j)ris dans ce sens de si intelligentes initiatives? Nous saluons avec respect M. Lallemand, son vénéré vice-président, dont le nom restera attaché à cette nouvelle orientation.
Nous espérons que, propagé par le retentissement même que va lui donner notre congrès, cet exemple sera contagieux pour les autres bureaux de bi(*nfaisance. Umuid ils seront convaincus qu'ils feront plus de bien encore sous cette nouvelle forme de Tassistance, ils n'hésiteront plus à répondre aux appels, qu'ils ont jusqu'ici froidement accueillis, j)arce ({u'ils n'en avaient pas aperçu toute la portée sociale. Leur patronage moral et leur concours linancier imprim(M^ont un grand <*ssor au mouvement des habitations à bon marché et donneront à leurs secours un caractère de moralisation et de relèvement, qui en accroîtra dans une large mesure refficacité,
fj) Les compagnies d'assurances.
Parmi les ressources qui peuveîit (contribuer à cet effort, nous citerons celles qui devraient provenir des compagnies d'assurance et notamment des compagnies d'assurance sur la vie.
LE TAUDÎS
Jusqu'ici les immeubles, qui ont servi de placement à ces compagnies pour les réserves et que Ton voit jalonner les rues de la capitale, appartiennent exclusivement à la catégorie des maisons de luxe, destinées à la bourgeoisie.
Depuis près de quinze ans, nous ne cessons de leur répéter qu'elles ont tort de se continer dans cette catégorie d'immeubles et nous leur citons Texemple des autres pays, notamment de la Belgique, qui ont trouvé dans les habitations populaires un placement aussi sûr qu'avantageux (1).
Nos comi)agnies françaises auraient tout intérêt à s'inspirer de cet exemple. En même temps qu'elles assureraient ainsi un bon emploi à leurs capitaux, elles feraient — comme on Ta vu ailleurs à la suite de ces opérations — pénétrer l'assurance sur la vie dans ces couches profondes, où elle est pour ainsi dire inconuue aujourd'hui, et qui ménagent aux compagnies, assez avisées [)Our ]cs (exploiter, des débouchés aussi abondants que fruclu(»ux.
h) La mutualité.
J'adresse dans h^ même sens de pressantes adjurations à la mutualité, qui lient précisément ses grandes assises en même temps que les nôtres, par une coïncidence très significative, où s'affirme la parenté de nos deux actions.
Je suis convaincu ((ue les sociétés de secours mutuels auraient le plus grand intérêt à consacrer leur influence et leurs ressources au mouvement des habitations à bon marché.
En Allemagne, les caisses d'assurance pour les retraites et l'invalidité ont aftecté plus de 150 millions à la construction de maisons en faveur de leurs membres. Chez nous-mêmes, TAssociation fraternelle des employés et ouvriers de chemins de fer a consacré plus de 2 millions à cet emploi.
La mutualité, qui s'est donné en dernière analyse la noble ambition d'abriter la famille et ses membres contre les crises de la vie, doit méditer ces exemples. Elle ne peut rester inditférente aux efforts ayant pour but d'améliorer le logement, c'est-à-dire de tarir, comme je l'ai montré, la source principale de ces crises.
En se décidant à y participer efficacement, en contribuant à inlro-
(1) Voir V Assurance mixte et les maisons ouvrières (Masson, 1893), l'Assurance sur la vie et les Itabiiations à bon marché (Ctiaix, 1896).
EMILE CHEYSSON
duire dans les fovors mutualistes rhvaiène et les bonnes habitudes ménagères, elle y dépisterait les maladies évitables, dont la liste s'allonge sans cesse ; elle diminuerait les charges de sa caisse, en même temps que les souffrances de ses adhérents ; elle évoluerait vers la prévention où je viens de montrer la forme supérieure de la lutte contre les misères sociales ; en somme, elle pratiquerait une opération aussi excellente pour la collectivité en général que ])our chacun de ses membres en particulier.
Rien ne leur est d'ailleurs plus facile que d'apporter à ce mouvement l'appoint décisif de leur popularité et de leurs capitaux, puisque Tarlicle 20 de la loi du 1'^'" avril 1898 les autorise ^ posséder et à acquérir des immeubles jusqu'à concurrence des trois quarts de leur avoir, à les vendre et à les échanger ».
En réalité, elles n'ont fait jusqu'ici aucun usage de cette faculté légale et cette abstention s'explique par le taux de faveur de 4,50 pour cent, que la loi de 1898 accorde aux versements faits par les sociétés de secours mutuels à la caisse des dépôts et consignations.
Nul placement ne peut, en effet, supporter la concurrence d'un taux aussi élevé qui n'entraîne ni responsabilité, ni frais, ni souci de gestion ; de sorte que, par une incidence non prévue au moment du vote de la loi, ce taux de faveur se dresse aujourd'hui comme un obstacle devant les perspectives qu'avait ouvertes à la mutualité la loi de 1898, (mi l'affranchissant des restrictions de son régime antérieur.
Ce n'est pas ici le moment d'étudier les réformes que comporterait la législation pour rendre à la mutualité la souplesse de ses mouvements financiers et la liberté d'emploi de son patrimoine, qui lui est, en fait, retirée parle taux de faveur réservé aux seuls versements dans une caisse publique.
En attendant cette réforme si désirable, la mutualité n'a pas le droit de se désintéresser de la grave question du logement populaire : elle doit s'en occuper activement comme d'un des problèmes sociaux qu'elle a le plus pressant besoin de résoudi*e. Le jour où elle le voudra nettement, elle saura imaginer des solutions pratiques, qui combineront la loi du 12 avril 1906 avec la charte mutualiste du 1*-'^ avril 1898.
Les sociétés qui s'engageront dans cette voie tireront de leurs capitaux, outre un revenu en espèces, un dividende supplémentaire sous forme de santé, de dignité et de bonheur pour leurs membres,
LE tAUDIS
si bien qu'au total leur opération finira par constituer un placement très fructueux par Taddition des deux revenus, Tun financier et l'autre social.
J'ajoute que Tacquisition de la maison par le père de famille est Tune des solutions les plus élégantes (ît les plus efficaces du problème qui hante actuellement la mutualité : je veux parler de celui des retraites.
A partir du moment où la maison est entièrement libérée entre les mains de son locataire, elle représente, en effet, pour lui, une véritable pension de retraite, d'un montant égal à celui du loyer dont il est désormais affranchi.
De plus, celte retraite* a, sur la rente ordinaire telle que la pratiquent en général les mutualistes, la supériorité familiale et sociale de n'être pas viagère et de ne pas s'éteindre avec son titulaire, mais de se transmettre à ses héritiers sous forme de patrimoine, ce qui résout du même coup le problème de Thabitation saine et riante, avec son charme et son influence bénie, et celui de la double assurance contre la vieillesse et la mort avec sa sécurité.
Puisque j'ai Thonneur de parler ici aux côtés de Téminent président de la Fédération nationale de hi mutualité, M. Mabilleau, je l'adjure d'user de sa légitime influence auprès des mutualistes pour les décider à élargir leurs horizons, à faire tout le bien en leur puissance en apportant leur concours moral et financier à l'œuvre capitale de l'habitation à bon marché. Il rendrait à la mutualité un nouveau service, s'il la décidait à prendre, dans ce sens, une féconde initiative, et à prouver, par un nouveau bienfait, son admirable souplesse. Elle accroîtrait ainsi sa popularité et donnerait la mesure de ce que le pays est en droit d'attendre d'elle pour la solution des grands problèmes sociaux qui s'imposent k notre démocratie.
i) Les syndicats ouvriers et les associations coopératives
de consomm.ation.
A côté de Tarmée mutualiste, nous voudrions enrôler au service de rhabitation l'armée syndicale et l'armée coopérative.
La loi de mars 1884 qui régit les syndicats leur permet déjà de fonder des sociétés de secours mutuels. Un projet de loi, déposé en 1891 par M. Waldeck-Rousseau et actuellement pendant devant les Chambres, propose d'habiliter ces syndicats à faire des actes de commerce. Si le moment semble venu d'élargir leurs attributions,
EMILE CHEYSSON
no faudrait-il pas commencer par les orienter du côté de la conquête de leur habitation ? Peul-on assigner un plus utile et plus fructueux emploi à leur activité ?
Quant aux sociétés coopératives de consommation, Texemple de TAngleterre nous prouve le parti qu'on en peut tirer pour développer les constructions de maisons salubres à Tusage des ouvriers. Un des placements les plus usuels des réserves accumulées par les coopératives anglaises consiste dans la création de ces Buildings Societies, dont je vantais tout à Theure les prodiges et dont les maisons sont occupées par les coopérateurs eux-mêmes. En 1891, le nombre de ces « filiales » des sociétés de consommation dépassait plusieurs centaines et leur capital approchait de cent millions.
Un autre mode d'intervention de ces sociétés, et non moins efficace, serait, suivant une formule que je n'ai jamais cessé de préconiser (1), Tapplication de leurs bonis au payement des annuités qui doivent libérer les maisons louées avec promesse de vente par leurs membres. Ce système permet de développer la prévoyance, sans imposer à ceux qui en recueillent le ])énéfice ni de coûteux sacrifices, ni de pénibles efforts.
Si Ton pouvait, pour leur plus grand avantage respectif, combiner les puissants mouvements de la Mutualité, du Syndicat et de la Coopération, avec celui des Habitations à bon marché, on imprimerait à ce dernier Tampleur qu'il réclame pour s'élever au niveau des besoins à satisfaire et des résultats obtenus dans les autres pays.
j) La femme.
Enfin, — et c'est par Ui que je termine, — je fais un pressant appel aux femmes et je voudrais leur confier cette cause qui est véritablement la leur.
Votre pouvoir, Mesdames, est grand, et par conséquent grand est votre devoir. Vous êtes les gardiennes du foyer : il constitue votre domaine et votre royaume, mais s'il est insalubre, il devient votre prison et votre tombe. L'homme reste presque toute la journée dehors et ne rentre guère chez lui que pour prendre ses repas et dormir. La femme, au contraire, y séjourne tout le temps. Si le logis est malsain et obscur, elle en souffre, non pas seulement dans son pauvre corps qui s'émacie, dans sa vue qui s'épuise, mais surit) Voir entre autres publications, La coopération cl la mutualité, 1899.
LE TAUDIS
tout dans ses enfaiils, donl elle voit le leinl se plomber et les yeux se cerner sous l'influence de cette atmosphère irrespirable.
Vous, Mesdames, qui me faites Thonneur de m'écouter, vous êtes privilégiées par votre situation sociale, qui vous soustrait aux horreurs du taudis. Peut-être même quelques-unes d'entre vous ne les soupçonnaient-elles pas avant que je les eusse dénoncées devant elles, et peut-être quelques autres m'accusent-elles d'avoir poussé mon tableau trop au noir. Hélas ! je n'ai rien exagéré et mes descriptions sont restées au-dessous de la réalité.
Aidez vos sœurs du peuple à la conquête d'un logement salubre. Il y va non pas seulement de leur bonheur domestique, de la santé physique et morale de leurs enfants et de leurs maris, mais encore, vous Tavez vu, de notre santé et de notre sécurité à tous. Prêtez à ces pauvres femmes votre puissant concours pour qu'elles parviennent à se garder elles et leurs familles et à nous garder nousmêmes des redoutables contagions qui se dégagent du taudis, et c\ ramener dans leur ménage le bien-être et la paix par le charme d'un foyer que nous leur livrerons assaini et dont elles sauront assurer la bonne tenue.
Est-il vraiment plus noble tache et plus digne de tenter des cœurs généreux en quête de dévouement, comme les vôtres?
Je parlais tout à l'heure de croisade. C'en est une, en effet, à laquelle je vous convie et qui doit grouper toutes les bonnes volontés, sans aucune acception de divisions politiques ou confessionnelles. De quelque point de 1 horizon que nous arrivions, nous devons tous unir étroitement nos mains (»t nos conirs pour voler au secours de nos frères et sœurs si cruelhniient éprouvés par Tinsalubrité de leur logement, pour (combattre Talcoolisme et la tuberculose, pour apaiser les esprits aigris par la souffrance et pour accomplir ainsi, grâce à notre effort commun, une œuvre d'humanité, de patriotisme, de paix sociale et d'amour.
XVllï
Le Confort
du
Logement populaî
XVÏU