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CHAPITRE II

Le Siècle de Louis XIV (1751).

C’est le meilleur ouvrage (le Voltaire, son titre le plus sûr à la reconnaissance de la postérité. C’est non seulement un très bel ouvrage historique, c’est aussi une œuvre d’inspiration nationale, plus que la Henriade, sans parler’du Poème de Fonlenoy.

' Voltaire eut quelque mérite à écrire ce livre, car il lui fallut remonter un courant d’opinion. Louis XIV n’était pas populaire au lendemain de sa mort. Sa mémoire, comme on l’a dit1, avait toutes sortes d’adversaires, pour ne pas dire d’ennemis. Les plus acharnés étaient ceux qui réprouvaient sa politique religieuse, les protestants et tous ceux qui blâmaient la Révocation de l’Édit de ** Nantes et les persécutions. D’autres condamnaient ses guerres et, leurs conséquences funestes pour la France; les parlemenl aires ne lui. pardonnaient pas son absolutisme et le long silence imposé aux cours souveraines. Aussi comme ils s’étaient empressés de se venger en cassant le testament du vieux roi ! Les économistes lui reprochaient les souffrances du commerce et de l’industrie dans ses dernières années. D’ailleurs Louis XIV avait régné trop longtemps, il avait naturellement contre lui tous ceux qui aspiraient à quelque chose de nouveau, tous ceux qui étaient las d’un état de choses déjà ancien et condamné sans retour parce qu’il était le passé : un passé de contrainte et de pénible mémoire. On ne lui savait aucun gré de la gloire dont il avait été entouré : on estimait qu’il avait été trop loué, trop adulé, et on était heureux de démentir tant de louanges. 11 suffit de voir comme Louis XIV est apprécié dans les Lettres persanes. Voltaire avait pris sa part de ce persiflage. N’avait-il pas à craindre d’ailleurs, en plaidant pour le grand roi, de mécontenter l’Opinion européenne, toujours très prévenue contre la mémoire d'un

(1) Niaard, Histoire de la TAttêrature française ? -IV , p. 358

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