Chapitre III
Minorité de Louis XIV. — Victoire des Français sous le grand Coudé, alors duc d’Enghien.
Le cardinal de Richelieu et Louis XIII venaient de mourir 3, l’un admiré et haï, l’autre déjà oublié. Ils avaient laissé aux Français, alors très inquiets4, de l’aversion pour le nom seul du ministère et peu de respect pour le trône. Louis XIII, par son testament, établissait un Conseil de régence. Ce monarque, mal obéi pendant sa vie, se flatta de l’ètre mieux après sa mort ; mais la première démarche de sa veuve, Anne d’Autriche, fut de faire annuler les dernières volontés de son mari par un arrêt du Parlement de Paris. Ce corps longtemps opposé à la cour et qui avait à peine conservé sous Louis XIII la liberté 5 de faire des remontrances, cassa le testament de son roi avec la même facilité qu’il aurait jugé la cause d’un citoyen 6. Anne d Autriche s’adressa à cette compagnie pour avoir la régence illimitée, parce que Marie de Médicis s’était servie du même tribunal après la mort de Henri IV, et Marie de Médicis avait donné cet exemple, parce que toute autre voie eût été longue et incertaine ;
(1) Voir ce qui est dit plus haut des préventions de Voltaire sur ce point (notice, p. 514).
(2) Le chapitre II est consacré à une^revue des Etats de l'Europe devant Louis XIV.
(3) Richelieu mourut le 4 décembre 1642, Louis XIII le 14 mai 1643.
(4) Inquiets. V. Lex.
(5) L’édit du 21 février 1641 interdisait au Parlement de s’occuper d'aucune affaire concernant l’administration et le gouvernement ; il ne lui laissait que la faculté de faire des remontrances au roi sur les édits de finances, quitte q les enregistrer ensuite, si le roi l’ordonnait.
(6) « Riencourt, dans son Histoire du Parlement , dit que le testament de Loui/sXIII fut vérifié au Parlement. Ce qui trompa cet écrivain, c’est qu’en effet Louis XIII avait déclaré la reine régente, ce qui fut confirmé; mais il avait limité son autorité, ce qui fut cassé. »
(Note de Voltaire.)
VOLTAIRE
que le Parlement, entouré de ses gardes, ne pouvait résister à ses volontés, et qu’un arrêt rendu au Parlement et par les pairs semblait assurer un droit incontestable.
L’usage qui donne la régence aux mères des rois parut donc alors aux Français une loi presque aussi fondamentale que celle qui prive les femmes de la couronne L Le Parlement de Paris ayant décidé deux fois cette question, c’est-à-dire ayant seul déclaré par des arrêts ce droit des.mèrÆs 1 2, parut en effet avoir donné la régence : il se regarda, non sans quelque vraisemblance, comme le tuteur des rois, et chaque conseiller crut être une partie de la souveraineté. Par le même arrêt, Gaston, duc d’Orléans, jeune oncle du roi 3, eut le vain titre de lieutenant général du royaume sous la régente absolue.
Anne d’Autriche fut obligée d’abord de continuer la guerre contre le roi d’Espagne, Philippe IV, son frère, qu’elle aimait. 11 est difficile de dire précisément pourquoi l’ou faisait cette' guerre ; on ne demandait rien à l’Espagne, pas même la Navarre, qui aurait dû être le patrimoine des rois de France 4 ; on se battait depuis 1635, parce que le cardinal de Richelieu l’avait voulu, et il est à croire qu’il l’avait voulu pour se rendre nécessaire5.
(1) Il s’agit d’un des articles de la loi salique, l’article 6 du titre 62, selon lequel les mâles seuls pourront succéder à la terre salique. Cet article fut appliqué à la succession au trône pour la première fois en 1317, après la mort de Louis X le Hutin. Depuis, ii a été plusieurs fois invoqué dans des circonstances mémorables.
(2) Le Parlement se borna à décider que la reine, déclarée régente par la volonté du feu roi, avait de droit la plénitude du pouvoir royal.
(3) Gaston d’Orléans, second fils de Henri IV et de Marie de Médicis, était né en 1608. Il avait joué un triste rôle sous le règne précédent.
(4) . La Navarre, située en majeure partie au sud des Pyrénées (entre l’Aragon et le Guipuscoa), avait appartenu à la France de 1285 à 1328. Elle fut enlevée, en 1512, par Ferdinand le Catholique à Jean d’Albret. Il ne resta à ce seigneur que la Basse Navarre, territoire peu étendu au nord des Pyrénées, et a«s droits qu’il transmit à ses descendants, notamment a Henri IV et ses successeurs.
(5) Jugement très injuste, que Voltaire lui-même a réformé ailleurs : « Il résolut... d’établir la force et la gloire de la France au dehors et de remplir le grand projet de Henri IV, en faisant une guerre ouverte à toute la maison d’Autriche, en Allemagne, en Italie, en Espagne... >»
(Essai sur les mœurs, chap. clxxvï.)
LE SIÈCLE DE LOUIS XIV
Il s’était lié contre l’Empereur avec la Suède, et avec le duc Bernard de Saxe-Weimar1, l’un de ces généraux que les Italiens nommaient condottieri , c’est-à-dire qui vendaient leurs troupes. Il attaquait aussi la branche autrichienne-espagnole dans ces dix provinces que nous appelons en général du nom de Flandre ; et il avait partagé avec les Hollandais, alors nos alliés, cette Flandre, qu’on ne conquit point.
Le fort de la guerre était du côté de la Flandre : les troupes espagnoles sortirent des frontières du Hainaut, au nombre de vingt-six mille hommes, sous la conduite d’un vieux général expérimenté, nommé don Francisco de Mello 2 : ils vinrent ravager les frontières de la Champagne ; ils attaquèrent Rocroy, et ils crurent pénétrer bientôt jusqu’aux portes de Paris, comme ils avaient fait huit ans auparavant 3 : la mort de Louis XIII, la faiblesse d’une minorité, relevaient leurs espérances ; et quand ils virent qu’on ne leur opposait qu’une armée inférieure en nombre, commandée par un jeune homme de vingtun ans, leur espérance se changea en sécurité.
Ce jeune homme sans expérience, qu’ils méprisaient, était Louis de Bourbon4, alors duc d’Enghien, connu depuis sous le nom de grand Condé. La plupart des grands capitaines sont devenus tels par degrés. Ce prince était né général ; l’art de la guerre semblait en lui un instinct naturel : il n’y avait en Europe que lui et le Suédois Torstenson5 qui eussent eu à vingt ans ce génie qui peut se passer de l’expérience.
(1) Un des généraux les* plus célèbres de la guerre de Trente ans. Né à Weimar en 1604, mort en 1639. Il avait combattu sous Gustave-Adolphe et pris une part importante à la bataille de Lutzen, où mourut ce prince. Il conquit l’Alsace sur les Impériaux en 1637.
(2) Gouverneur des Pays-Bas espagnols.
(3) En 1636, après la prise de Corbie, ils avaient franchi la Somme et, s’avançant dans la vallée de l’Oise, avaient menacé Paris.
(4) Le grand Condé était le petit-fils de Henri de Bourbon, prince de Condé, mort en 1558, qui était cousin germain de Henri IY.
(5) Torstenson (1595-1664) commanda l’armée suédoise de 1643 à 1648 et anéantit l’armée impériale à Jankowitz (1645). Étant page de Gustave-Adolphe, il fit preuve d’une rare intelligence, un jour qu’en pleine bataille, il avait modifié les ordres qu’il portait
VOLTATRE
Le duc d’Enghien avait reçu, avec la nouvelle de la mort de Louis XIII, l’ordre de ne point hasarder de bataille. Le maréchal de L’Hospital1, qui lui avait été donné pour le conseiller et pour le conduire, secondait par sa circonspection ces ordres timides. Le prince ne crut ni le maréchal ni la cour ; il ne confia son dessein qu’à Gassion 2, maréchal de camp, digne cLêtre consulté par lui : ils forcèrent le maréchal à trouver la bataille nécessaire.
(49 mai 4643.) On remarque que le prince, ayant tout réglé le soir, veille de la bataille, s’endormit si profondément qu’il fallut le réveiller pour combattre. On conte la même chose d’Alexandre. Il est naturel qu’un jeune homme3, épuisé des fatigues que demande l’arrangement4 d’un si grand jour, tombe ensuite dans un sommeil plein ; il l’est aussi qu’un génie fait pour la guerre, agissant sans inquiétude, laisse au corps assez de calme pour dormir. Le prince gagna la bataille par lui-même, par un coup d’œil qui voyait à la fois le danger et la ressource, par son activité exempte de trouble, qui le portait à propos à tous les endroits. Ce fut lui qui, avec de la cavalerie, attaqua cette infanterie espagnole jusquelà invincible, aussi forte, aussi serrée que la phalange ancienne si estimée, et qui s’ouvrait avecome agilité que la phalange n’avait pas, pour laisser partir la décharge de dix-huit canons qu’elle renfermait au milieu d’elle. Le prince l’entoura et l’attaqua trois fois. À peine victorieux, il arrêta le carnage. Les officiers espagnols se
(1) Nicolas de L’Hospital, marquis de Vitry, était capitaine des gardes quand, en 1617, il tua de son pistolet Goncini, qu’il avait -ordre d’arrêter. Nommé à cette occasion maréchal de France, il servit dans les guerres contre les Protestants. Richelieu l’avait fait mettre à la Bastille pour les exactions qu’il avait commises comme gouverneur de Provence.
(2) Jean de Gassion (1607-1647) avait combattu sous les ordres de Gustave-Adolphe. Il prit une grande part à l'a bataille de Rocroy. Il fut tué au siège de Lens.
(3) Il est fort intéressant de rapprocher le récit de Voltaire de la page enthousiaste de Bossuet dans l 'Oraison funebre de Condé. Le duc d’ Aumale, dans son Histoire des princes de Condé , a fait un exposé magistral de la bataille de Rocroy
(4) Arrangement. Y. Lex.
LE SIÈCLE DE LOTJIS XIV
jetaient à ses genoux pour trouver auprès de lui un asile contre la fureur du soldat vainqueur. Le duc d’Enghien eut autant de soin de les épargner qu’il en avait pris pour les vaincre.
Le vieux comte dé Fuentes, qui commandait cette infanterie espagnole, mourut percé de coups. Condé, en l’apprenant, dit qu'il voudrait être mort comme lui , s'il n'avait pas vaincu.
Le respect qu’on avait en Europe pour les armées espagnoles se tourna du côté des armées françaises, qui n’avaient point, depuis cent ans, gagné de bataille si célèbre ; car la sanglante journée de Marignan, disputée plutôt que gagnée par François Ier contre les Suisses, avait été l’ouvrage des bandes noires allemandes autant que des troupes françaises1 *. Les journées de Pavie et de Saint-Quentin 2 étaient encore des époques fatales a la réputation de la France : Henri TV avait eu le malheur de ne remporter des avantages mémorables que sur sa propre nation; sous Louis XIII, le maréchal de Guébriant 3 avait eu de petits succès, mais toujours balancés par des pertes : les grandes batailles qui ébranlent les Etats, et qui restent à jamais dans la mémoire des hommes, n’avaient été livrées en ce temps que par Gustave-Adolphe4.
Cette journée de Rocroy devint l’époque 5 de la gloire française et de celle de Condé : il sut vaincre et profiter de la victoire. Ses lettres à la cour firent résoudre le siège de Thionville, que le cardinal de Richelieu n’avait pas osé hasarder ; et au retour de ses courriers tout était déjà préparé pour cette expédition.
(1) Touiouvs ce parti pris de rabaisser tout ce qui n’est<pas le siècle de Louis XIV.
(21 La bataille de Pavie fut perdue par François Ier. le 24 février 1525; celle de Saint-Quentin, par le connétable de Montmorency, en 1557
(31 Guébriant (1602-16431, général en chef de l'armée du Rhin, força le passage de ce fleuve, à dix lieues de Coblentz. et remporta les victoires de Wolfenbuttel (16411 et de Kempen (16421. qui lui valurent le bâton de maréchal. Il mourut l’année suivante, des suites de ses blessures.
(4) Les victoires de Leipsick en 1631 sur Tilly, et de Lutzen en 1632 sur Wallenstein .
(5) L'époque. V. Lex.
VOLTAIRE
Le prince de Condé passa à travers le pays ennemi, trompa la vigilance du général Beck, et prit enfin Thionville (8 août 1643) : de là il courut mettre le siège devant Cirq *, et s’en rendre maître : il fit repasser le Rhin aux Allemands ; il le passa après eux ; il courut réparer les pertes et les défaites que les Français avaient'essuyées sur ces frontières après la mort du maréchal de Gué-. briant1 2. Il trouva Fribourg pris, et le général Mercy3 sous ses murs avec une armée supérieure encore à la sienne. Condé avait sous lui deux maréchaux de France, dont l’un était Gramont4, et l’autre ce Turenne, fait maréchal depuis peu de mois, après avoir servi heureusement en Piémont contre les Espagnols. Il jetait alors les fondements de la grande réputation qu’il eut depuis. Le prince, avec ces deux généraux, attaqua le camp de Mercy, retranché sur deux éminences (31 auguste 1644 5). Le combat recommença trois fois, à trois jours différents. On dit que le duc d’Enghien jeta son bâton de commandement dans les retranchements des ennemis6 et marcha pour le reprendre l’épée à la main à la tète du régiment de Conti. Il fallait peut-être des actions aussi hardies pour mener les troupes à des attaques si difficiles. Cette bataille de Fribourg, plus meurtrière que décisive, fut la seconde victoire de ce prince. Mercy décampa quatre jours après : Philipsbourg et Mayence rendus 7 furent la preuve et le fruit de la victoire.
Le duc d’Enghien retourne à Paris, reçoit les acclamations du peuple et demande des récompenses à la cour ;
(1) Sierck, sur la Moselle.
(2) V. p. 527, note 3.
(3) François, baron de Mercy, né à Longwj' à la fin du seizième siècle, un des plus grands généraux du dix-septième siècle. Il battit Turenne à Marienthal et fut lui même vaincu par Condé à Nordiingen (1645). Il mourut de ses blessures le lendemain de la bataille.
(4) Gramont, né en 1604, fait maréchal en 1641, mort en 1678, a laissé des Mémoires.
(5) La bataille fut reprise trois fois; : 3, 5, 9 août, et non 31.
(6) Bossuet, dans l 'Oraison funèbre de Condé , ne dit rien de cette tradition populaire, que l’on trouve pour la première fois dans une histoire de Condé, publiée en 1694.
(7) Rendus. V. Notes gramm., p. 986.
LE SIÈCLE DE LOUIS XIY
il laisse son armée au prince maréchal de Turenne. Mais ce général, tout habile qu’il est déjà, est battu à Mariendal (avril 4645 *). Le prince revoie à l’armée, reprend le commandement, et joint à la gloire de commander encore Turenne celle de réparer sa défaite. Il attaqua Mercy dans les plaines de Nordlingen ; il y gagne une bataille complète (3 auguste 4645) ; le maréchal de Gramont y est pris, mais le général Glen, qui commandait sous Mercy, est fait prisonnier, et Mercy est au nombre des morts. Ce général, regardé comme un des plus grands capitaines, fut enterré près du champ de bataille ; et on grava sur sa tombe : sta, viator ; iieroem calcas: Arrête , voyageur ; tu foules un héros . Cette bataille mit le comble à la gloire de Condé, et lit celle de Turenne, qui eut l’honneur d’aider puissamment le prince à remporter une victoire dont il pouvait être humilié. Peut-être ne fut-il jamais si grand qu’en servant* ainsi celui dont il fut depuis l’émule et le vainqueur.
Le nom du duc d’Enghien éclipsait alors tous les autres noms (7 octobre 1646). Il assiégea ensuite Dunkerque, à la vue de l’armée espagnole, et il fut le premier qui donna cette place à la France.
Tant de succès et de services, moins récompensés que suspects à la cour, le faisaient craindre du ministère 1 2 autant que des ennemis. On le tira du théâtre de ses conquêtes et de sa gloire, et on l’envoya en Catalogne avec de mauvaises troupes mal payées ; il assiégea Lérida, et fut obligé de lever le siège (4647). On l’accuse, dans quelques livres, de 'fanfaronnade pour avoir ouvert la tranchée avec des violons. On ne savait pas que c’était Tusage en Espagne.
Bientôt les affaires chancelantes forcèrent la cour de rappeler Coudé en Flandre : l’archiduc Léopold, frère de l’empereur Ferdinand III, assiégeait Lens en Artois.
(1) Plus exactement, le 5 mai. — Mariendal : Marienthal (ou Mergentheim) sur la Tauber, affluent du Mein. Y. p. 528, n. 3:
(2) L’arrogance du duc d’Enghien se traduisait par des lettres impérieuses et des exigences intolérables.
VOLTAIRE
Coudé, rendu à ses troupes, qui avaient toujours vaincu sous lui. les mena droit à l’archiduc. C’était pour la troisième fois qu’il dopnait bataille avec le désavantage du nombre : il dit à ses soldats ces seules paroles : « Amis, souvenez-vous de Bocrov, de Fribourg et de Nordlingen. »
(10 auguste 164^ l.) Il dégagea lui-même le maréchal de Gramont qui pliait avec l’aile gauche : il prit le général Beck ; l’archiduc se sauva a peine avec le comte de Fuensal dague. Les Impériaux et les Fspagnols. qui composaient cette armée, furent dissipés2: ils perdirent plus de cent drapeaux et trente-huit pièces de canon, ce qui était alors très considérable : ou leur fit cinq mille prisonniers, on leur tua trois mille hommes, le reste déserta, et l’archiduc demeura sans armée.
Ceux qui veulent véritablement s’instruire peuvent remarquer que, depuis la fondation de la monarchie, jamais les Français n’avaient gagné de suite tant de batailles, et de si glorieuses par la conduite et le courage.
Tandis que le prince de Condé compta;! ainsi les années de sa jeunesse par des victoires, et que le duc d’Orléans, frère de Louis XT1T 3, avait aussi soutenu la réputation d’un fils de Henri TV et celle de la France par la prise de Gravelines4 ('juillet 46441, par celle de Courtrai et de Mardi ck 5 (novembre 1644), le vicomte de Turenne avait pris Landau ; il avait chassé les Espagnols de Trêves, et rétabli l’électeur.
(Novembre 4647). 11 gagna avec les Suédois la bataille de Lavingen, celle dè Sommershausen 6. et contraignit le duc de Bavière à sortir de ses Etats a Page de près. de quatre-vingts ans (4645). Le comte de Harcourt prit Balaguer7, et battit les Espagnols : ils perdirent en Italie Por-
(1) La bataille de Lens est exactement du 20 août 1648.
(2) Dissiper. V. Lex.
(3) Gaston d’Orléans était secondé par d’excellents lieutenants : La Meilleraie. Ga^sion. Rantzau.
(41 Mardi ch , à 10 kilomètres à l’ouest de Dunkerque.
* (5) Landau, ville de Bavière, à 26 kilomètres au sud-ouest de Spire.
(6) Sommershon*en. bourg de Bavière, sur le Mein.
(7) Balayuer , ville d’Espagne, à 22 kilomètres au nord-est de Lérida.
jE siècle de LOUIS XIV
lo-Longone (1646) l. Vingt vaisseaux et vingt galères de France, qui composaient presque toute la marine rétablie par Richelieu, battirent iÀ flotte espagnole sur la côte d’Italie.
Ce n’était pas tout : les armes françaises avaient encore envahi la Lorraine sur2 le duc Charles IV3, prince guerrier, mais inconstant, imprudent et malheureux, qui se vit à la fois dépouillé de son État par la France, et retenu prisonnier par les Espagnols (mai 4644). Les alliés de la France pressaient la puissance autrichienne au midi et au nord : le duc d’Albuquerque, général des Portugais, gagna contre l’Espagne la bataille de Badajoz (mars 1645); Torstenson délit les Impériaux près de Tabor4, et remporta une victoire complète : le prince d’Orange, à la tête des Hollandais, pénétra jusque dans le Brabant.
Le roi d’Espagne, battu de tous côtés, voyait le Roussillon et la Catalogne entre les mains des Français : Naples, révoltée contre lui, venait de se donner au duc de Guise5, dernier prince de cette branche d’une maison si féconde en hommes illustres et dangereux. Celui-ci, qui ne passa que pour un aventurier audacieux, parce qu’il ne réussit pas, avait eu du moins la gloire d’aborder seul dans une barque au milieu de la flottfe d’Espagne, et de défendre Naples sans autre secours que son courage.
A voir tant de malheurs qui fondaient sur la maison d’Autriche, tant de victoires accumulées par les Français, et secondées des succès de leurs alliés, on croirait que Vienne et Madrid n’attendaient que le moment d’ouvrir leurs portes, et que l’Empereur et le roi d’Espagne étaient presque sans États ; cependant cinq années de gloire à peine traversées par quelques revers, ne produisirent que
(1) Porto-Longone, dans l’ile d’Elbe.
(2) Sur. V. Notes gramm., p. 989,
(3) Charles IV (16(T4-1675) fut bien dépouillé de ses États par la France, mais ne fut retenu prisonnier par les Espagnols qu’en 1654.
(4) Ville de Bohême;
(5) Henri de Guise (lf>14-1664), petit-fils du Balafré, soutint Naples révoltée contre les Espagnols et battit les troupes de Don Juan ; mais il tomba entre les mains des ennemis.
VOLTAIRE
très peu d’avantages réels4, beaucoup de sang répandu, et nulle révolution. S’il y en eut une à craindre, ce fut pour la France : elle touchait à sa ruine au milieu de ces prospérités apparentes.